NOS DIRECTEURS A LA BESOGNE
Les directeurs de la Ligue d'Action française s'occupent, comme l'on sait, de bien des œuvres, outre celle de leur Ligue. Il n'est pas mauvais de rappeler de temps à autre à combien de sociétés sœurs ils vont porter le secours de leur parole et de leur plum.e. Ainsi, au commencement du mois, M. l'abbé Perrier prenait une part très active à la célébration du soixante-quinzième anniversaire de fondation des Conférences Saint- Vincent de Paul de Montréal. Il a écrit dans le Devoir, sur cet anniversaire, un article que tous ont remarqué. Le 18 novembre dernier, l'abbé Lucien Pinault directeur du Cercle Colin de l'A.C.J.C., parlait de la formation religieuse du jeune homme au Congrès régional des Cercles de Montréal. M. Antonio Perrault allait porter au Droit d'Ottawa qui fêtait son dixième anniversaire de naissance, l'hommage de V Action française, et prononçait à l'un des banquets de la fête, le discours que l'on peut lire dans cette même livraison de notre revue. Le dimanche, 9 décembre, à l'inauguration de l'église syrienne de Montréal, M. Arthur Laurendeau dirigeait le chœur qui chanta, en langue grecque, une messe du rite grec oriental. Le mercredi, 5 décembre, l'abbé Groulx allait donner aux enfants de l'École de réforme de Montréal, une conférence sur l'histoire du Canada; le dimanche suivant, il racontait devant la Ligue des anciens retraitants de la Villa Saint-Martin, les gloires des foyers canadiens-français. Pendant ce temps, M. Anatole Vanier continue de monter la garde autour des droits de notre langue. C'est lui qui est chargé de porter nos revendications auprès des corps publics ou auprès des nôtres qui oublient de respecter le français. C'est ainsi qu'au nom de la Ligue, il adressait récemment à nos députés au parlement fédéral, la lettre ouverte que nous insérons ici :
Montréal, le 12 décembre, 1923.
Messieurs les Députés,
Chambre des Députés, Ottawa,
Messieurs,
Jamais la députation fédérale du Québec n'a été placée dans une situation aussi favorable. Formant un bloc homogène, appelée à partager le pouvoir avec un élément anglais plus sj'mpathique pour nous et moins impérialiste que la moyenne des ministres de l'ancien gouvernement, elle peut exercer une influence considérable à Ottawa.
Cette influence, c'est le droit de tous les Canadiens français de la Puissance de compter sur elle. Les députés du Québec doivent veiller à Ottawa sur les intérêts généraux de la Confédération canadienne, mais ils doivent veiller aussi sur les intérêts de leur province et de leur race. Nos intérêts catholiques et français leur sont confiés à eux par un devoir strict de justice envers leurs commettants. Ils sont donc tenus de les défendre plus encore que toutes les sociétés patriotiques. Ils ne peuvent pas oublier, non plus, que la province de Québec a charge en quelque sorte, de toute l'âme nationale; un devoir de charité et de solidarité ethnique nous lie à l'égard de tous les groupes français essaimes en dehors de chez nous; et c'est une vérité trop réelle que nos défaillances dans la défense du droit deviennent, parmi nos frères éloignés, des occasions de scandale et les désaffectionnent de la vieille province.
En ces derniers temps, l'opinion canadienne-française s'est émue fortement à la suite de dénis de justice trop manifestes contre les droits du français dans les services fédéraux et la part des nôtres dans le service civil. L'affaire du Bvlleiin des renseignements commerciaux, véritable insulte à l'égard de la population française du pays, illustre bien la situation qui est faite à notre langue.
Nous ne voulons pas ignorer les réformes très louables opérées par quelques ministres et nous ne tenons pas la députation actuelle du Québec responsable d'un état de choses qui remonte plus haut qu'elle; mais cet état de choses, nous croyons qu'il appartient à son patriotisme et à son sens du devoir de le faire cesser. Pouvons-nous espérer qu'elle se fera un honneur de porter remède au mal?
Se pose-t-il dans les provinces anglaises un problème d'intérêt régional, comme rinimii>ra1ion asiatique pour la Colombie anglaise, le libre-échanj e ])our les provinces du centre, la protection ou le transport par le canal Welland pour l'Ontario, qu'aussitôt les cadres des imrtis s'effacent dans ces petites patries; la sohdarité groupe à peu prêt
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tout le monde. Pourquoi serait-il interdit à la députation québecquoise de prendre les mêmes attitudes, surtout lorsqu'elle n'aurait pas à revendiquer les droits douteux de l'égoïsme provincial, mais les droits sacres de la charte fédérale ?
Les députes du Québec connaissent les principales réclamations de leur province à l'heure actuelle: elle veut le bilinguism.e d'Etat tel que prescrit par la lettre et l'esprit de la Constitution; elle veut, pour les imprimés officiels en langue française et anglaise, une publication absolument simultanée; elle veut la protection de nos lois contre les tendances à l'uniformité au profit du Common law; elle veut le rajustement de la part des nôtres dans le fonctionnarisme fédéral, le maintien de notre prestige à la cour suprême; elle veut un allégement d'impôt pour les pères de familles nombreuses et les époux mariés sous le régime de la communauté.
Ces revendications, nous nous permettons de les remettre sous les yeux de nos députés; et ils ne peuvent trouver mauvais que nous le fassions avec la franchise d'électeurs libres. Nous croyons qu'on n'en appelle pas encore inutilement à leur patriotisme et à leur sens du devoir.
Veuillez agréer, messieurs, l'assurance de nos bons sentiments. LA LIGUE DE L'ACTION FRANÇAISE.
Par le secrétaire général: Anatole Vanier.
NOTRE AVENIR POLITIQUE
Les études de V Action française sur notre avenir politique continuent de préoccuper les esprits. Nous savons qu'on les discute ardemment dans des milieux où notre revue n'est pourtant pas une hôtesse privilégiée. De temps à autre, c'est le courrier, c'est un journal qui nous révèle la marche irrésistible de l'idée. Ainsi pouvait-on lire dans le Progrès de Valley field (13 septembre), sous le titre : La nation québécoise, une véritable étude où toute notre enquête est reprise, discutée, puis honorée d'une complète adhésion, "Que chacun de nous, conclut l'auteur de l'article, suive attentivement le développement de toutes ces questions et y apporte sa faible obole... Imbus du plus pur, du plus ardent patriotisme, nous comprendrons que le critérium de toutes nos actions devra toujours être l'amour de notre province et de notre race, et nous comprendrons encore qu'il est doux de naître, de vivre et de mourir pour le Québec". Ce témoignage est d'autant plus significatif, que nous croyons reconnaître, sous le pseudonjane G. Hesse, un jeune homme qui n'a pas été, dans le passé, un lecteur assidu, ni peut-être un ami de V Action française.
Vllè année 1923 Tome IX - 1er semestre.