LA RECLAME FRANÇAISE
Nous avons tous été témoin des efforts que la langue française a faits depuis dix ans pour prendre la place qui lui revient dans les domaines du commerce et de l'industrie. L'apathie des nôtres, réveillée par de nombreux articles de journaux, par des conférences, par des brochures et des conseils patriotiques, semble disparue pour faire place à une grande vigilance de la part des clients, et à un sincère désir de ne pas mécontenter le public canadien-français, de la part des manufacturiers et des marchands de gros de l'une ou l'autre des deux races qui habitent le pays.
Les fabricants et les agents de publicité ontariens, après avoir fait l'expérience des traductions qui leur sont fournies par leurs fameux bureaux internationaux qui excellent à leur fournir ce qu'ils croient être du "parisian french", se tournent maintenant du côté de la province de Québec. Qu'on me permette de signaler le fait que plusieurs maisons de Toronto s'adressent maintenant en français à leur clientèle ou font de la publicité française pour des fabricants et des marchands de l'Ontario faisant affaires avec la population du Québec. Or, ces compagnies diverses, ayant eu à subir nombre d'ennuis à cause des traductions qu'elles avaient fait faire chez elles, ont constaté que les traducteurs ontariens ou les Français "de France" n'^ont pas le "real kick" quand il s'agit de parler aux Canadiens français. Aussi, ont-elles cru bon de faire faire à Montréal toutes leurs traductions et réclames en langue française. On constate avec plaisir que les chefs de pubhcité de nos grands magasins, de même que ceux des grands magasins anglais, continuent de nous fournir du bon français dans les colonnes d'annonces qu'ils publient dans nos journaux. Les mots "rug", "set", "overall", etc., semblent être disparus définitivement des articles-réclames, et c'est tant mieux.
Ce qu'il convient de signaler surtout aux lecteurs de VActioîi française, c'est la publication d'un magnifique catalogue bilingue, modèle du genre, dû à l'initiative de la Maison Orner DeSerres (hmitée), de Montréal. Il s'agit d'accessoires d'automobile.
Il y a longtemps que les chauffeurs et les amateurs d'automobile nous cornent les oreilles, non seulement avec leurs cornes d'automobile,
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mais avec cette phrase par laquelle ils veulent excuser leur apathie et leur ignorance : "Il n'y a pas de mots français pour désigner les parties d'un automobile". Â les entendre, on dirait que l'automobilisme n'a pas été et n'est pas encore une industrie tout aussi française qu'américaine, malgré les coups de tambour de Henry Ford !
Le catalogue DeScrres réduit cet argument à néant.
On y trouve des milliers d'articles tous affublés de noms français courts, élégants et autrement faciles à prononcer que ces mots fabuleux Que nous fournit le charabia mi-anglais mi-français qu'on trouve dans la bouche des vulgaires automobilistes.
Ce catalogue est bien fait. Il est artistique. Les gravures qui sont au nombre de plus de 4,500, y sont placées avec goût. Une semblable publication a certainement coûté à la Maison Omer DeSerres plusieurs miUiers de piastres. C'est un sacrifice qu'il faut savoir reconnaître, non par une placide admiration, mais par un encouragement efficace. 11 ne faut pas que ceux qui font des sacrifices pour l'application d'un principe, pour l'accroissement de l'influence de leurs compatriotes, aillent faire panne sur le mur de l'indifférence.
Chaque fois que la Maison Omer DeSerres aura des imitateurs, soit parmi les hommes d'affaires anglais, soit parmi les nôtres, nous devrons nous en réjouir. Ce sera un grand bienfait pour notre race. Ce sera de plus un bel exemple d'esprit civique, car c'est là reconnaître le droit des deux langues.
André Lemire.
Nous sommes obligés de renvoyer à notre prochaine hvraison, un article du Père Archambault, s. j., qui aura pour titre: Au pays de Montcalm et un autre de M. Aegidius Fauteux, sur Nos archives.
MOT D^QRDRE
de l'Action française
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