CHANTS PATRIOTIQUES
"Qu'ils doivent vous être reconnaissants, écrit de son côté le jeune et vaillant évêque de Prince-Albert, qu'ils doivent vous être reconnaissants "les enfants bénis d'une race héroïque" d'avoir su mettre sur leurs lèvres et surtout dans leurs coeurs de si mâles accents... Cette belle jeunesse vous devra, cher Père, ce courage et cette vaillance qui fera d'eux "les vrais fils de la race, orgueil de la patrie..." C'est "le Blé qui lève", "c'est la plalange sainte et l'ardeur juvénile" que vous préparez aux combats glorieux." ^ On ne saurait mieux dire. Pareilles louanges venues de si haut sont la plus enviable consécration d'une oeuvre. Â ces éloges nous nous garderons bien d'ajouter les nôtres. Encore moins sommes-nous tentés de signaler quelques imperfections. Un critique sévère ferait peut-être remarquer que le rythme musical n'est pas toujours en harmonie avec le rythme poétique. Puis nous ajouterions que certains vers ne sont pas précisément une musique pour l'oreille; que certaines strophes, très rares, ont un tour quelque peu enfantin. Mais n'oublions pas que le poète écrit pour les enfants. Ces réserves faites, nous nous empresserions de dire toute notre admiration pour l'oeuvre et pour l'ouvrier. Ces stances sont en effet souvent déUcieuses. Elles sont pleines d'agrément et de naturelle beauté; elles traduisent fort ingénument les sentiments de l'âme nationale.
Souhaitons-leur la plus large diffusion. Qu'elles aillent partout dans nos collèges, dans nos pensionnats, porter aux enfants qui grandissent les enseignements de la ferveur patriotique. Nous les conseillons même aux enfants qui ont grandi. Ils y trouveront un agréable passetemps. Ils y recevront, par surcroît, plus d'une leçon fort opportune.
"Quand on a l'honneur d'être Canadien français, disait Mgr Langevin, il faut savoir le dire et le dire tout haut." Faisons mieux: apprenons à chanter cet honneur.
François Bélisle.
^ Les principaux chants, auxquels Monseigneur fait ici allusion, sont le Blé qui levé, Langue Française à Vâtre des chaumières, La survivance de Dollard, Expansion Française. On le voit, ce sont des titres cvocateurs. Et j'en passe, et de fort suggestifs. Les patriotes et les artistes devraient au plus tôt se procurer toutes ces chansons chez l'auteur, au Collège de Gravelbourg, Gravclbourg Sask., ou i\ V Action française.
Edmond LeMoine, qu'une mort prématurée a si subitement enlevé à Tafiection des siens, est né à Québec en 1879. Il était le fils de feu M. le notaire Edouard LeMoine, et de Dame Victoria Buies, la sœur du regretté Arthur Buies. Le 27 décembre 1921, il avait épousé mademoiselle Hortense Charlebois, fille de M. le notaire J.-A. Charlebois de Québec.
Edmond LeMoine fit ses débuts dans la peinture à Fatelier de Charles Huot. En 1898, il partait pour l'Europe. Il séjourna deux ans en Belgique et y décrocha un premier prix à l'Académie des beaux-arts d'Anvers, dirigée par Julien de Vriendt.
Il fit un deuxième voyage en Europe en 1913 et à son retour à Québec, il fut nommé professeur de peinture et de dessin à l'Académie des Beaux-Arts. C'est dans ces fonctions, au beau milieu d'une carrière pleine de promesses, que la mort le surprit le 9 janvier 1922, au retour de son voyage de noces, laissant une jeune épouse dans le deuil le plus profond et un grand nombre de parents et d'amis vivement affectés par cette mort imprévue.
L'œuvre d'Edmond LeMoine est considérable; elle comprend plus de trois cents tableaux et esquisses. Elle se divise en paysages, portraits et tableaux d'église. Mais la plus grande partie de ses toiles sont des paysages et des intérieurs canadiens. LeMoine était, avant tout, un peintre du terroir. Â l'exemple de Charles Huot, son premier maître, il aimait la terre canadienne et il savait s'en inspirer. Il affectionnait la vie champêtre où il allait chaque année se tremper. Il se plaisait à causer avec les cultivateurs
dont il appréciait la simplicité, la droiture et la bonhomie. Nos campagnes avec leurs arbres, leurs rivières, leurs vallons et leurs champs, mais surtout les habitants et leurs maisons, avec leur fruste mobilier, faisaient l'objet de son admiration.
Il excellait à brosser sur la toile, des paysages dans lesquels se traduisaient son amour de la terre et son attachement aux vieilles traditions canadiennes. Que de fois il a pénétré dans la demeure des habitants de nos anciennes paroisses pour peindre ce que son œil observateur y découvrait. Il n'oubliait rien de ce qui les caractérisait: vieille cheminée, vieux meubles, surtout vieil habitant, roi du logis, assis au coin du feu, etc.
OJi! ces intérieurs canadiens, peints par LeMoine, comme il devait faire bon d'y vivre. Voyez ce vieillard, calme et souriant, fumant sa pipe avec un contentement marqué. Le calme, l'aisance et le bonheur régnent en cette demeure ancestrale:
Encore robustes, inais chargés du poids de Vâge, C^est là qu^on les revoit ces défricheurs d'hier, Vieux rentiers d^aujourd'hui, respectés au village.
Toujours simples, mais fiers.
Ils ont laissé leurs fils aux travaux de la terre, Sur le bien qu^avec peine ils avaient défriché, Léguant Vexemple à tous de ce labeur austère
QuHls avaient tant prêché,
(L'abbé Laçasse).
Et cette énorme cheminée, munie d'une solide crémaillière, où brûle quelques bûches, qui peut la regarder sans penser aux ancêtres ? Il est bien antique ce culte du foyer; il date des premiers âges du monde, sans doute; mais il nous rappelle les temps héroïques de la Nouvelle-France,
OÙ se procurer du feu durant nos rudes hivers était une véritable corvée.
Les vieilles choses ne se laissent pas tuer; elles résistent aux nouvelles et tâchent de s'y adapter tant bien que mal. Tel est le cas des cheminées dans nos maisons modernes, où le chauffage à l'eau ou à l'air chaud s'est installé. Nos architectes, généralement peu respectueux des vieilles traditions, auraient pu éliminer ce vestige d'un autre âge, mais le plus grand nombre ne l'ont pas fait. Supprimer ce foj^er, même sans feu, ce serait trop froid. L'enlever de nos maisons, ce serait oublier que nos pères ont combattu 'pro aris etfocis.
Les tableaux d'Edmond LeMoine sont dispersés un peu partout: à Montréal, à Ottawa, à Toronto, mais surtout à Québec, où l'on peut voir et étudier son oeuvre dans un grand nombre de familles et, en particulier, chez Madame Edmond LeMoine. Pour l'histoire, nous donnons ici une liste abrégée de quelques-uns des tableaux de LeMoine, car la liste complète en serait trop longue :
Vieille maison canadienne, 1916; Nature morte, 1912; Un coin de la Malbaie, 1898; Portrait de jeune homme, 1918; Une maison d'habitant à la Malbaie, 1906; Retour du marché, 1899; Le port de Québec, 1910; Une scène d'après guerre, 1918; Nature morte, 1917; La communiante, 1902; Intérieur canadien, 1915; Québec, vu de Maizerets, 1915; La cour du Séminaire de Québec, 1914; L'habitant canadien chez lui, 1908; Quai du Cap-à-l' Aigle, 1907; La Pointe de Sillery, 1906; Village du Cap-Blanc, (N.-D-de-la- Garde), 1911; Un coin de la rivière Ottawa, 1921; Portrait d'Arthur Buies, 1916; Le vieux rentier, paysan canadien, 1918; Pêcheuses de crevettes, 1918; Un coin de la rivière Malbaie, 1915; La moisson, 1917; Retour à la ferme, 1918; Le quai de la Rivière-du-Loup, 1910; Les Plaines d'Abra-
ham, 1917; Mise au Tombeau, 1898; La rivière Mailloux, à la Malbaie, 1904; Le Christ en croix, d'après Van Dyke, 1918; Nature morte, 1903; La maison de Montcalm, à Québec, 1914; Un paysage à Maizerets, 1917; Descente de la croix, d'après Rubens, 1915; Intérieur d'atelier, 1914; Une ferme à la Malbaie, 1912; Un coin de la Malbaie, la Comportée, 1908; La bergère, d'après Charles Lenoir, 1899; Le retour à la ferme, 1911; Le vieux calvaire, 1900; La rivière Malbaie, près du village, 1911; Portrait de jeune fille d'après Greuse, 1916; Village de la Comportée à la Malbaie, 1900; Le bout de l'île, 1916; Portrait de Georges Bellerive, 1918; Le Cap-Blanc, 1914; Troupeau de moutons au pâturage, 1904; L'heure des vaches, 1913.
Nous arrêtons là la nomenclature des œuvres de LeMoine, croyant qu'elle donnera une idée assez exacte de sa laborieuse carrière. Mais il faudrait plusieurs pages encore pour en dresser un catalogue complet. Il a traité plusieurs fois les mêmes sujets et fait de nombreuses répliques de plusieurs de ses tableaux. Nous laissons à un critique d'art plus averti que nous, l'appréciation des œuvres de LeMoine. Ce que nous avons voulu surtout faire ressortir, c'est la note patriotique, sincèrement canadienne qui distingue Edmond LeMoine parmi nos meilleurs artistes du terroir.
Hormisdas Magnan.
LA VIE DE r ACTION FRANÇAISE