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LA COLONISATION FRANÇAISE DANS VONTARIO

Les Canadiens-français soiit^rcominG chacun sait, errants et migrateurs. On en trouve d'établis dans tous les États de la république voisine; on en trouve également dans tous les comtés de l'Ontario. C'est un malheur, car, lorsqu'ils sont isolés au milieu des protestants, leurs enfants perdent presque fatalement leur langue et leur foi. Nous voulons, dans cet article, faire rapidement l'histoire, non des individus, mais des groupes canadiens-français d'Ontario.

LA COLONISATION AU X^VIIie SIÈCLE

Les premiers colons français d'Ontario sont ceux qui se fixèrent dans la Pé linsule, aux comtés de Kent et d'Essex. Il ne semble pas que les commencements d'établissement au fort de Kataracoui aient subsisté. Vers 1700, le Français Lamothe-Cadillac fonda au Détroit, sur la rive américaine, le fort et le poste de Pontchartrain, dans le but politique et commercial d'assurer la souveraineté de la France sur le pays environnant et de faire la traite avec les nations sauvages. Autour du fort un certain nombre de familles françaises commençaient des défrichements sur les deux bords de la rivière Sainte-Claire. Nous n'avons pas à nous occuper ici du Détroit ni de ses vicissitudes. Cette grande ville du Michigan a conservé jusqu'à nos jours de nombreux souvenirs de ses origines, mais ses premiers habitants se sont

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graduellement américanisés. Disons seulement que, pendant toute la durée du dix-huitième siècle, les soldats du fort et les colons du voisinage furent régulièrement desservis par des Récollets, des Jésuites, des Sulpiciens, des prêtres du Séminaire de Québec, etc.

Lors de la cession du Canada aux Anglais, 1763, on comptait trente-sept familles françaises dans les limites du comté d'Essex actuel. La population grandit rapidement et prit une telle importance que, en 1793, la chambre des députés de la nouvelle province du Haut-Canada vota une résolution à l'effet de faire traduire en français toutes les lois et tous les débats de l'assemblée à l-'intention des Canadiens-français d'Essex et de Kent. Quelle était la population française de cette région au commencement du XIXe siècle ? Nous l'ignorons, mais nous savons que le recensement de 1819 comptait deux mille catholiques à Sandwich et dans les autres points de l'Ouest. Pour nous, ces deux mille catholiques sont tous ou presque tous des Français.

Après ce premier et faible essai de colonisation au sud d'Ontario, un second et plus important fut inauguré aux confins mêmes des deux provinces, c'est-à-dire dans les régions de l'Est. Nous allons en raconter les origines.

Lors de la révolution américaine, en 1775, tous les habitants des colonies ne se rangèrent point parmi les Rebelles. Un certain nombre, au contraire, prirent fait et cause pour la métropole. On les appela Loyalistes. Après la guerre, la plupart de ceux-ei acceptèrent, plus ou moins joyeusement, le nouveau régime et firent de nécessité vertu. D'autres, en grand nombre, se voyant persécutés, ou poussant la fidélité jusqu'au bout, quittèrent les États-Unis et passèrent au Canada.

Le gouverDement britannique accueillit ces infortunés avec les égards qu'ils méritaient. L'argent, les provisions, les instruments aratoires, les terres leur furent libéralement distribués. A partir de la signature de la paix, à Versailles, 1783, le courant d'immigration se régularisa. Vingt mille Loyalistes s'établirent dans les Provinces Maritimes, dix mille dans les Cantons de l'Est, Québec, dix mille, enfin, dans l'Ontario, sur les rives septentrionales du Saint-Laurent et des Lacs.

Le gouvernement, en vue de favoriser ses compatriotes, di\isa alors la vieille province de Québec en deux parties autonomes : le Bas-Canada, surtout français, et le Haut- Canada, surtout anglais, 1791.

Depois cette époque le mouvement d'immigration anglaise au Canada alla s'accentuant chaque année pendant près d'un siècle, colonisant d'abord le Haut-Canada (l'Ontario moderne), puis les provinces du Nord-Ouest.

La plupart de ces premiers émigrants étaient protestants. Parmi eux, cependant, un certain nombre d'Écossais catholiques débarquèrent, vers 1784, sur nos bords et se fixèrent dans les Provinces Maritimes et dans l'Ontario. Les comtés de Glengarry, de Stormont et de Frontenac furent ouverts en partie par ces derniers. Les Irlandais n'arrivèrent que trente ans plus tard en nombre notable.

Ce fut après 1815, lors du licenciement des troupes du duc de Wellington, après la bataille de Waterloo. Les autorités distribuèrent alors aux vétérans et à leurs chefs des terres en abondance, non plus seulement sur les bords du Saint-Laurent, mais dans les comtés de Carleton et de Lanark, sur les rives de l'Ottawa. Parmi ces vétérans, un bon nombre étaient Irlandais et catholiques. Au milieu de ces nouveaux venus, du côté d'York (Toronto), et du Niagara, quelques émigrés français conduits par le comte

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de Puisaye, et le régiment franco-suisse des Meurons reçurent des terres et commencèrent des défrichements qu'ils abandonnèrent dans la suite.

• Les premiers Canadiens-français qui envahirent l'Ontario à cette époque, vinrent naturellement des comtés voisins de la hgne provinciale, c'est-à-dire de Soulanges et de Vaudreuil. Les bords de l'Ottawa étaient bas et marécageux; les concessionnaires anglais les revendirent pour quelques piastres à de puissantes sociétés foncières de Toronto. Ces sociétés les cédèrent, dans la suite, à de bonnes conditions aux Canadiens qui y réussirent à merveille, comme nous le constatons aujourd'hui. Telle est l'origine des deux beaux comtés de Prescott et de Russell, comtés actuellement aussi français que les comtés voisins de Québec.

L'Ontario possédait, en 1806, 70,000 habitants, dont 10,000 seulement catholiques. De ces dix mille catholiques combien étaient français, nous l'ignorons.

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