LA COLONISATION FRANÇAISE EN ONTARIO DEPUIS LA CONFÉDÉRATION
Un fait social domine l'époque qui commence, au point de vue de la colonisation ontarienne; c'est l'arrêt total de l'immigration irlandaise et le ralentissement de l'immigration anglaise. Les Irlandais ne vont plus dans les colonies britanniques; quant aux Anglais, ils poussent plus loin, dans la direction des plaines du Nord-Ouest qui s'ouvrent et offrent aux colons des facilités d'établissement extraordinaires. L'inauguration du chemin de fer Pacifique Canadien, en 1886, donne le signal du mouvement vers l'Ouest qui va déplacer l'axe économique de la Confédération.
Quant aux Canadiens-français, selon leur tactique traditionnelle, ils gagnent de proche en proche et font dans l'Ontario des progrès chaque jour plus marqués. Dans les comtés depuis longtemps défrichés ils achètent les fermes que les Anglais abandonnent, procédé lent et coûteux ; dans les pays nouveaux ils s'installent plus rapidement et en plus grand nombre.
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Le recensement de 1871 nous fournit les renseignements suivants :
Population totale
catholique
française
Un seul commentaire suffit à caractériser les progrès de cette décade. Tandis que, de 1861 à 1871, les Canadiens-français ont augmenté de 42,096, la population catholique totale ne s'est accrue que de 16,011. Or tous les Canadiens-français sont catholiques. La conclusion se déduit d'elle-même.
Comment se distribue cet accroissement régulier des Canadiens ? Normalement. Ce n'est que à partir de 1880, ' que nous les verrons envahir de nouveaux territoires.
Depuis 1880, en effet, des faits nouveaux dont il faut tenir compte vont modifier profondément le status des Canadiens français dans l'Ontario. Tandis que, dans les vieux comtés, l'augmentation de la population provient de la croissance naturelle si remarquable des familles canadiennes, dans les comtés récents qu'ouvrent les chemins de fer et l'exploitation des mines, c'est à la seule émigration de la province de Québec et des anciennes paroisses surpeuplées d'Ontario que l'occupation du sol est imputable. Nous faisons allusion aux comtés d'Algoma, du Nipissing et de Thunder Bay, ainsi qu'aux régions encore mal organisées du Nord.
Ces comtés sont de création toute moderne, ou pour mieux dire, en voie de création. Le commerce des bois et, comme nous venons de l'observer, l'extension des chemins de fer et la découverte des mines, mines de nickel à udbury, d'argent à Cobalt, ont attiré dans le pays unj icule
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d'émigrants, italiens, autrichiens, allemands, ruthènes, anglais, etc., etc. Les Canadiens-français, concurrencés par ces étrangers, se sont, pour la plupart, établis sur des terres, lesquelles, d'ailleurs, sont rares dans ces montagnes généralement stériles, et se sont emparé du sol. Eux seuls, ou presque seuls, s'3^ livrent à l'agriculture, ce qui nous semble un phénomène providentiel. Et, en effet, lorsque les mines seront épuisées, lorsque les chemins seront achevés, lorsque les forêts seront rasées, la main-d'œuvre étrangère s'éloignera forcément de ces territoires, où les fermiers resteront.
Dans les régions du Grand Nord ouvertes récemment à la colonisation par le Transcontinental canadien, on a découvert une immense zone fertile, la clay helt, qui, malgré les rigueurs du climat et l'humidité du sol, promet d'égaler pour la culture des grains la fécondité du Manitoba. Nos colons s'y précipitent, au grand émoi des Orangistes et des fanatiques d'Ontario.
Afin de rendre plus sensibles les progrès des Canadiensfrançais, nous ferons abstraction des recensements de 1881, de 1891 et de 1901, et nous donnerons le tableau comparatif des statistiques de 1871 et de 1911.
RECENSEMENTS d'ONTARIO
Population totale
Que ce tableau est suggestif et plus éloquent que des discours ! Il nous montre, en effet, que, dans l'espace de quarante ans, tandis que la population d'Ontario s'est ac-
catholique
française
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crue d'un peu plus de moitié, que les catholiques ont augmenté des trois quarts, les Canadiens-français ont presque triplé.
Il nous reste maintenant à étudier dans quelles portions de la province ces augmentations s'opérèrent.
Nous comptons, à la date de 1911, une vingtaine de comtés où la population canadienne-française dépasse le chiffre de mille habitants. En groupant ces comtés et en comparant avec les totaux du recensement de 1871 ceux de 1911, la chose nous sera facile.
GROUPE DE l'est
Années 1871 1911
Comtés
Carleton
Dundas
Glengarry
Hastings
Ottawa
Prescott
Russell
Stormont
Divers, environ
Totaux 35,190 94,521
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groupe du sud
Années 1871 1911 Comtes
Toronto 572 4,569
Simcoe 3,024 6,686
• Essex 10,539 20,733
Kent 3,480 5,956
Divers 3,000 5,000
Totaux 20,615 42,944
GROUPE DU XORD ET DE l'oUEST
Renfrew 2,882 6,107
Peterborough 1,024 1,309
Algoma 995 14,347
Nipissing 358 26,277
Parry Sound 169 2,188
Thundcr Bay 4,731
Totaux 5,428 54,959
De ce triple tableau ressortent les faits suivants :
1° La population du groupe de l'Est, comprise dans les diocèses d'Ottawa, d'Alexandria et de Kingston, aurait triplé en quarante ans, par la seule puissance de sa natalité, sans immigration sensible, sauf pour la ville d'Ottawa dont la prospérité croissante a attiré beaucoup d'étrangers, si, dans le diocèse de Kingston, nous n'avions à constater un véritable recul, dû manifestement à l'amlMance protestante. Les Canadiens dispersés semblent fatalement destinés à disparaîtr(\
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2° Le groupe du Sud a vu sa population se doubler dans le même espace de temps, sans immigration d'aucune sorte.
3° Enfin le groupe du Nord et de l'Ouest est sorti, pour ainsi dire, du néant. La population a décuplé et a trouvé la fortune dans le défrichement des terres nouvelles.
De telles constatations sont bien faites pour nous consoler et pom" ranimer notre confiance dans la Providence. Aucune puissance humaine n'est capable, scmble-t-il, désormais, de changer le cours de nos destinées."
fr. Alexis, cap.