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CANADA FRANÇAIS

Il y a toutes sortes d'obstacles à la formation d'un état français en Amérique. Ils sont peut-être plus nombreux dans Tordre économique qu'ailleurs. Est-il possible de surmonter ou de tourner ceux-ci ? De quelle manière ?

Plusieurs, chez nous, se sont déjà bercés de chansons follement optimistes. Notre race, à les entendre, devait conquérir le Canada tout et tier. D'autres, pessimistes, ont cru qu'il ne nous restait plus qu'à nous laisser assimiler ou à nous coucher pour mourir. La mentalité est autre, aujourd'hui. Nous voulons vivre. Pour vivre, nous savons qu'il faut lutter. Avant et pendant la bataille, il est bon de voir où nous en sommes, comment nous pouvons améliorer notre situation, comment il faut nous préparer en vue de cette double éventualité de plus en plus rapprochée: rupture de la confédération canadienne, formation d'un Etat français autonome, aux bords du Saint-Laurent.

Presque partout l'étranger nous domine, nous tient. Il est le grand obstacle. Nos gouvernants, sans clairvoyance ou pressés d'avoir des recettes, d'où qu'elles vinssent, et des surplus aussi, ont laissé des gens d'autre langue, d'autre race, s'emparer à vil prix de presque tout notre patrimoine. Que nous reste-t-il encore, dans l'ordre visible, matériel? Nos champs. Et même, aux environs des grandes villes, nous en avons déjà trop cédé aux spéculateurs étrangers. Ils s'en sont enrichis, tandis que les anciens propriétaires, déracinés du sol, sont venus manger ou jouer dans la cité le produit de leur vente; et leurs fils sont passés pour la plu-

part dans les rangs des oisifs malfaisants, ou des employés de bureaux quelconques, domestiques d'autrui, quand ils auraient dû rester sur la terre ancestrale. Ils y eussent constitué une sorte de bourgeoisie terrienne, tandis qu'aujourd'hui ils s'acheminent presque tous vers le prolétariat.

A part nos champs, dont une sage politique de colonisation peut encore accroître l'étendue, si nos gouvernants veulent réparer les erreurs du passé et facilitent par des règlements intelligents l'oeuvre du défrichement en marge de la forêt, qu'avons-nous ? De rares industries, un peu d'argent, pas assez encore si nous voulons le bien employer, trop, déjà, si nous sommes pour aller l'engager et le perdre à la bourse ou dans des spéculations imprudentes, comme tant des nôtres en ont pris la déplorable habitude.

Et pour le reste ? Anglais, Américains ou Juifs, les hommes d'ailleurs nous encerclent.

Nous sommes prospères, dit-on. Le vrai, c'est que les autres le sont, chez nous, et que, chez nous, nous les servons. Il nous faut mieux que cela. Une enquête de V Action française, l'an dernier, a montré ce que nous avons à faire dans le champ des différentes activités humaines, pour atteindre à l'émancipation économique. Voyons, cette fois-ci, quelles solutions s'offrent, dans ce même domaine, à ceux qui estiment possible l'existence d'un état français autonome, en

terre d'Amérique.

Et d'abord, nos richesses naturelles.

Nous n'avons plus guère de forêts accessibles qui nous appartiennent. C'est pourtant une de nos richesses, et des plus précieuses. Une partie en a été définitivement aliénée aux étrangers, de 1900 à 1910. Nous ne pouvons pas la recouvrer. L'Américain l'a exploitée à fond. Il n'a pas pensé à reboiser les vastes espaces dénudés par la hache ou

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par Fincettdie. Que, demain, nous «oyons nos vrais maîtres, l'étranger restera également chez nous. Nous n'en pourrons le chasser. Les fautes du passé nous lieront. Certes,-mais il nous reste de veiller à ce qu'il exploite sagement ses réserves, d'établir, d'accord avec lui s'il le veut, sans lui, s'il est récalcitrant, un régime de prévention contre l'incendie dans la forêt. Ses titres de propriété l'obligent à respecter les règlements de la province; nous avons la ressource, pour empêcher un déboisement trop grand, de les resserrer, de prendre des mesures pour les faire observer.

Sur d'autres points de notre province, la forêt est affermée pour un terme assez long d'années; mais nous sommes propriétaires du fonds. Là, ce sera moins difficile de restreindre à la longue l'étranger à la portion congrue. Outre une surveillance constante et inflexible de la mise en coupe, la vigilance la plus éveillée, quant aux violations des clauses du bail d'affermage et des règlements provinciaux, une initiative intelligente dans la lutte contre les feux de forêts et dans le reboisement suivi des terres mises en coupe réglée, nous devrons resserrer les clauses des baux, à leur renouvellement. Ce sera le temps, alors, ou de reprendre notre domaine pour nous, ou, si nous l'affermons de nouveau d'en modifier les conditions d'exploitation, de hausser le prix du loyer, et le reste. Nous ne garderons plus d'étranger dans ces forêts que si cela s'accorde avec notre politique de développement économique. Il devra se plier aux exigences de l'Etat, ou quitter le pays.

Plus loin, dans des régions encore assez inaccessibles de la province, il y a des bois inexploités. Le feu y a fait des trouées, mais ce qui est debout constitue notre réserve véritable, l'industrie ayant largement entaillé les autres. C'est la dernière tranche de notre richesse forestière. Si nous voulons nous préparer à l'indépendance politique

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d'après-demain, comme à l'indépendance économique, ne cédons plus un mille carré de ces réserves à personne de l'extérieur ; interdisons même, si nous en affermons des parties à des gens de chez nous, qu'on les puisse passer ensuite à des étrangers. Cela doit nous rester. Plutôt la forêt vierge et inexploitée, d'ici de longues années, que la forêt à bail à l'étranger, même à prix forts. Ce serait de l'imprévoyance d'aliéner les derniers domaines boisés de la province; on doit les garder pour la génération d'après-demain, celle qui doit être maîtresse chez elle, si elle veut être citoyenne d'un pays indépendant. Au moins aurait-elle alors les vestiges d'un bien gaspillé ou insuffisamment défendu.

Adoptons , pour nos mines, le même régime. Ainsi notre amiante ne doit plus sortir à l'état brut de notre province. Qu'on oblige les étrangers qui l'extraient ici à l'ouvrer ici. Un gouvernement quelque peu éclairé sur le danger de laisser déboiser nos forêts au seul bénéfice de l'industriel de l'extérieur a fini par frapper d'un droit d'exportation le bois abattu sur le domaine public et transporté jusque là hors de nos frontières à l'état brut. Les successeurs de ce gouvernement doivent à la province d'adopter pareils règlements quant à notre amiante. Qu'on n'en cède pas de gisement en pleine propriété. Il ne faudra désormais consentir à l'étranger, tout comme au citoyen canadien, que des baux emphythéotiques, et pour un terme relativement court, à la condition de fabriquer sur place. Procéder d'autre façon, ce serait folie; car le Québec a les plus beau* gisements d'amiante du monde, les plus faciles d'accès et d'exploitation.

Quant aux autres minerais et minéraux québécois, une politique de concessions prudemment surveillées s'impose, lui règle générale, si l'étranger veut exploiter nos gisements, il le fait parce qu'ils sont riches et F attirent, à cause despossi-

bilités de gain qu'il y voit; forçons-le au moins à s'installer chez nous, à n'exporter qu'un produit ouvré ici, et, toujours, réservons la majeure partie de ces gisements pour les nôtres. S'ils ne peuvent les mettre en valeur aujourd'hui, qu'importe. Tout nous montre que ces réserves vaudront dix fois plus cher, dans vingt, cinquante ans. Préparons notre avenir, même s'il faut , pour cela, refuser des avantages matériels immédiats. Ceux d'après-demain seront autrement plus grands.

On dit que, du côté du Nouveau-Québec, vers l'Ungava, des richesses naturelles considérables existent, presque inconnues encore, inexploitables d'ici longtemps. Pour aucun prix, même s'il semble élevé aujourd'hui à cause de leur inaccessibilité, n'en cédons quoi que ce soit. Si on nous en fait des offres alléchantes, c'est qu'on saura que la valeur en est plusieurs fois plus grande. Nous serions en ce cas imprudents de conclure quelque marché que ce soit. Puisqu'on a aliéné de façon imprévoyante, à ce qu'il paraît aujourd'hui, une trop vaste part des ressources naturelles du vieux Québec, ne commettons plus cette faute, dès qu'il s'agit d'un territoire neuf. S'il ne recèle pas grand'chose, nous ne devons pas permettre à des brasseurs d'affaires étrangers de se servir du bon nom de notre province pour monter en Angleterre ou aux Etats-Unis le coup de l'Ungava, où des gens laisseraient des millions, au détriment de la bonne réputation du Québec. Et s'il y a dans le Nouveau- Québec des richesses minières et forestières véritables, elles sont la part d'héritage de nos neveux et de nos petitsfils. Elle ne sera pas trop grande, en comparaison de ce que nous avons déjà laissé aliéner à leur détriment.

Pareillement, il faut veiller aux concessions possibles de sources d'énergie hydro-électriques, dans notre province. Tout comme nous avons fait de nos forêts et de nos mines,

nous en avons déjà vendu à tout jamais d'importantes. Elles travaillent au profit tout à fait discutable et lointain de quelques milliers des nôtres, au bénéfice direct d'Américains ou d'étrangers qui les ont harnachées. Il nous faut un nouveau régime des eaux. A l'heure présente, des groupes financiers importants, de l'étranger ou qui agissent ici pour des étrangers, rêvent de s'assurer, par de longs baux, nos sources d'énergie hydro-électriques. Nous ne devons pas tolérer qu'un gouvernement aille leur céder ce qu'ils convoitent et dont la possession , plus tard, leur serait un instrument puissant, pour dominer nos industries, tenir à leur merci nos fabriques, nos municipalités, nos réseaux de transport, faire payer trop chjr à nos paysans la force motrice dont ils auront de plus en plus besoin, à mesure que l'agriculture s'industrialisera. Ce qui est perdu est perdu. Ce qui est libre et accessible doit le rester; c'est dire qu'en prévision de l'avenir nos gouvernants n'ont désormais plus droit de consentir des baux emphythéotiques de plusieurs décades. Et surtout, que ces concessions n'aillent qu'à des sociétés exclusivement canadiennes. Au surplus, tous ces baux devront renfermer des clauses explicites, obligeant les adjudicataires d'assurer d'abord l'énergie électrique au marché domestique, à un prix satisfaisant, avant d'en exporter aux Etats-Unis ou ailleurs. Un contrôle rigoureux devra s'exercer sur cette exportation. Nos chutes d'eau travailleront pour nous d'abord, pour l'étranger ensuite. Ainsi nous nous assurerons pour plus tard, puisque le nouvel Etat français d'Amérique ne paraît renfermer aucun gisement de houille ou de pétrole considérable, sauf les gisements de houille bitumineuse de la Nouvelle-Ecosse, si elle fait partie du nouvel Etat, l'énergie motrice à nos industries. C'est à prévoir, à une époque où le combustible fait déjà prime, où les grèves des

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charbonnages sont fréquentes, où nos plus grandes sources d'approvisionnement sont à l'étranger, où l'énergie hydro-électrique tend à se substituer de plus en plus à l'anthracite et au charbon bitumineux, dans les pays où les cours d'eau sont nombreux.

En résumé, quant à nos matières premières, l'obstacle à l'indépendance économique, etai indispensable à l'indépendance politique, c'est, on le voit, le quasi-monopole qu'exercent sur elles des sociétés et des groupes étrangers à notre race. Il est donc plus que temps, si nous voulon préparer l'avenir, de dresser l'inventaire complet de nos richesses naturelles disponibles ou qui peuvent le devenir assez facilement, bois, gisement miniers, chutes et cascades susceptibles d'être mises au service de notre industrie, et d'adopter sur ce terrain un programme compréhensif, dont on ne peut aujourd'hui qu'ébaucher les grandes lignes. Aux techniciens et aux spécialistes d'en étudier le détail, d'en formuler les directives complètes.

Dans le domaine industriel, les obstacles sont aussi considérables, et l'étranger reste, ici aussi, le principal.

Au cours de l'enquête menée ici même l'an dernier, nous avons exposé sommairement la situation de notre industrie, où elle en est , ce qu'il faut faire pour la relever, pour assurer à nos maisons un marché domestique dont elles auraient, sinon le monopole, du moins une très large part. N'y revenons pas au long. Citons simplement cette conclusion: "Quand nous nous suffirons à nous-mêmes, le progrès sera déjà immense. Quand nous aurons assuré la durée de nos maisons présentes, leur expansion chez nous, nous aurons fait à peu près tout ce à quoi notre race peut s'attendre dans le domaine industriel . . . Multiplions surtout

les industries rurales, celles de la ferme, de Pélevage, celles qui en découlent, lainages, cuirs, peaux, beurres et fromages; industrialisons, en quelque sorte, l'agriculture et le sol. Notre principale industrie tiendra d'ici longtemps au fonds découvert et défriché par nos aïeux". Devant la perspective de l'indépendance politique, ces objectifs importent plus que jamais. Il faut nous efforcer de consolider notre situation industrielle, de garder la place prise, de préparer, de hâter le développement ' de nos maisons, d'y adjoindre des industries dont un comité d'initiatives économiques pourrait dresser la liste. Et surtout, assurons à celles qui existent déjà un personnel de techniciens de notre race, un appui effectif, dans nos achats, dans notre façon de placer notre argent pour le faire valoir, afin d'enrayer chez nous la vague d'américanisation qui est en train de submerger l'industrie anglo-canadienne et peut d'ici quelque temps s'attaquer à ce qui nous reste d'industries prospères. Cette américanisation graduelle de l'industrie canadienne est, ne le dissimulons pas, un des dangers considérables de demain, pour nous tout comme pour le reste du Canada. Nous n'avons pas de temps à perdre, si nous voulons empêcher cette infiltration dans nos trop rares usines. Et si nous n'y prenons garde, le danger grandira, du jour où nos industries seront plus prospères e.t auront de beaux bilans, notre conquête industrielle par l'étranger fera à tout jamais de nous ses tributaires économiques.

Pour empêcher que cet obstacle barre notre route vers l'indépendance réelle, nous avons le devoir de conserver nos capitaux, de les faire servir à nos fins à nous. Nous n'en avons pas encore autant qu'il en faut pour dresser une armature économique forte au point de résister à la pénétration extérieure. Mais le demi-milliard de dollars dont se compose approximativement la fortune liquide ou dispo-

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bible, à brève échéance, du Canada français, peut être un facteur important dans la conquête de cette indépendance si nous savons faire valoir cet argent avec prévoyance, ne le plaçant qu'en toute sûreté, directement ou conseillés par des intermédiaires de confiance, dans nos maisons de banque à nous, ou dans des titres de chez nous, prêts provinciaux ou municipaux, ou dans des titres d'une autre espèce, prêts gagés par l'Etat fédéral et dont nous serons sûrs du remboursement, avances faites en toute sûreté à des industries qui sont nôtres, et bien administrées. Nous avons assez longtemps mis dans des institutions étrangères nos épargnes, elles y ont trop souvent servi moins à aider les nôtres qu'à soutenir des maisons et des entreprises dirigées par des administrateurs d'autre langue. Augmenter la proportion de notre argent placé ailleurs que dans nos banques, nos caisses d'épargne, nos industries, ce serait étayer l'obstacle dressé par la force même des choses contre nous.

Nous ne le devons pas.

Où le problème se complique, c'est quant aux transports par terre et par mer. Un pays a beau avoir des ressources naturelles, les exploiter soi-même, fabriquer mille articles d'usage répandu, alimenter de ses capitaux des industries à soi, il est en quelque sorte pris dans les mailles d'un filet, si les chemins de fer et les transports maritimes par où circulent et se distribuent ses matières premières, ses produits industriels et marchands, appartiennent à des capitalistes étrangers. Voyons les Etats-Unis; ils ont des marchés domestiques considérables, leurs industries sont puissantes; mais ils n'ont que depuis quelques années des transports maritimes à eux. Et si, jusqu'ici, leurs marchés domestiques, ainsi que ceux de leurs voisins, le Canada et le Mexique, ont absorbé d'énormes quantités de produits

américains, les Etats-Unis n'ont pu, à vrai dire, placer leurs marchandises en Amérique du Sud et sur les marchés européens que du jour où ils ont eu des cales à eux, pour les y transporter. A la veille du grand conflit de 1914, l'Angleterre et l'Allemagne, parce qu'elles avaient l'une et l'autre des navires marchands en grand nombre, tenaient les premières places sur les marchés sud-américains, où les Etats- Unis ne réussissaient pas à leur faire une concurrence heureuse, malgré leur production industrielle intense. Anglais et Allemands transportaient leurs produits d'abord, les cargaisons américaines ensuite. Pareillement, l'industrie française ne se développe guère beaucoup au dehors. Elle était menacée sur les marchés extérieurs, dès avant la guerre, elle le reste, parce que la marine marchande française n'était pas alors tout ce qu'elle aurait dû être, et ne l'est pas encore.

Aussi bien, tant que les chemins de fer et les navires appartiendront, chez nous, à des gens d'autre langue, comme c'est le cas, serons-nous dans une situation périlleuse ; car nous verserons à ces étrangers, chaque année, des millions en frais de transport, millions sortis de notre trésor pour aller grossir la fortune d'autrui, à notre détriment. Et c'est pourquoi la question des transports est manifestement l'une des plus difficiles à résoudre. Nous reviendrons

tantôt sur ce sujet.

Voilà, groupées dans un raccourci imparfait, les maîtresses données du sujet. Les principaux obstacles économiques à l'existence d'un état français autonome, taillé à même le Canada, tiennent, on ne le répétera jamais assez, à la présence de l'étranger chez nous, à sa mainmise sur nos matières premières, nos ressources naturelles, nos industries, nos chemins de fer, nos voies de transport maritimes. Plus

riche de capitaux que nous, plus entreprenant aussi, il a pris des initiatives que nous ne pouvions prendre, que nous hésitions à prendre ou que nous avions abandonnées, pour cause d'insuccès partiel, de manque d'argent, d'absence de techniciens entendus. Aujourd'hui, des étrangers ont chez nous des intérêts acquis, nous leur avons fait des concessions sur lesquelles ils ont des droits légaux indiscutables; nous devons les subir, ceux-là. Prêcher la xénophobie serait absurde et nous nous attirerions, à tenter pareille politique, des représailles où nous n'aurions pas le dessus. De toute nécessité, il faut donc trouver un moyen terme. Ce moyen terme, nous pensons l'avoir indiqué, quant à nos ressources naturelles, à notre industrie, à nos capitaux. L'adopter, ce sera travailler à préparer l'indépendance économique et politique d'après-demain, de demain peutêtre.

Mais, dira-t-on, il se trouvera tout de même que si l'indépendance politique du Canada français arrive, l'étranger déjà installé ici ne voudra plus y rester. Il disposera de ses intérêts, fermera ses usines, retirera ses capitaux, s'en ira: et ce départ créera des embarras à notre régime économique, ce sera une grande crise, le pays sera presque ruiné.

Cette objection est spécieuse. Croit-on que l'étranger installé ici sacrifiera ainsi ses intérêts ? S'il veut les vendre, nous le* achèterons, à supposer qu'il préfère s'en aller. Les acheter, ce sera regagner peu à peu la maîtrise de ce qui nous avait d'abord appartenu. S'il ne trouve pas preneur chez nous, ou s'il estime qu'il a tout à gagner à rester ici, à y faire travailler ses capitaux, la situation reste ce qu'elle est, il n'y a pas de crise; et nous sommes libres de travailler à améliorer notre état.

Pour ce qui est de retirer ses capitaux, pense-t-on que l'étranger s'y résoudrait? On a déjà cité, dans V Action française et ailleurs, ce passage d'un discours d'un ancien ministre des cabinets Borden et Meighen, sir James Lougheed, homme pourtant assez peu porté envers notre province et notre race, où il dit en substance: "Dans les questions d'ordre moral, social ou séculier, la législation du Québec est marquée au coin d'une grande modération. Je reconnais très volontiers que dans sa législation séculière le Québec montre plus de bon sens que certaines autres provinces du pays. Les lois morales et sociales du Québec dénotent moins d'intolérance que celles d'autres provinces. A mon avis, les placements d'argent et la propriété sont mieux protégés dans le Québec qu'en toute autre province du Canada. Le peuple du Québec a résisté à la vague qui pousse notre époque à rechercher dans toutes sortes d'élixirs et de panacées la guérison de maux imaginaires. C'est la seule province conservatrice que je connaisse dans la Puissance du Canada. Si j'avais demain à placer de l'argent dans une grande entreprise ou à diriger pour d'autres le placement de capitaux, je choisirais la province de Québec de préférence à toute autre." Et combien d'autres, étrangers comme lui à notre race et à notre province, tiennent un langage analogue, depuis quelques années ?

Au surplus, les maisons qui font valoir ici ces capitaux sont dans notre province presque toutes depuis longtemps; elles s'y sentent à l'abri, protégées, bien traitées, elles se sont fait dans notre coin de pays une excellente situation, elles sont aux tout premiers rangs des institutions de l'Est du Canada. A rester ici, que risqueraient-elles, advenant notre indépendance économique? Elles savent que L'homme du Québec traite bien la minorité de race et de langue différentes, qu'il est peu enclin, par son tempérament et sa

formation, à manifester de l'hostilité envers l'étranger, qu'il est plutôt accueillant, confiant, trop confiant, souvent, et loyal. A la façon dont notre population les a considérées jusqu'ici, ces maisons savent comment elle continuera de les traiter. Si elles allaient déplacer leurs sièges sociaux, parce que le Québec ne ferait plus partie de la confédération, ou parce qu'il ne voudrait pas de l'annexion aux Etats- Unis, où s'en iraient-elles? Aux Etats-Unis? Elles n'y tiendraient qu'un rôle tout à fait secondaire, elles y seraient sur un plan négligeable, à côté des immenses institutions financières, commerciales, industrielles qui y existent déjà. Arrivant en pays encombré, elles ne seraient plus qu'une une goutte d'eau dans la mer américaine. S'en iraient-elles dans l'une quelconque des autres provinces du Canada présent ? Mais où ? Dans l'Ontario, le Manitoba, la Colombie ? Un ferment de socialisme d'Etat travaille ces provinces: on y est de plus en plus hostile à l'exploitation, par l'initiative privée des sources d'énergie hydro-électrique, des chemins de fer, des utilités publiques; la société y est rongée par l'étatisme, qui peut avoir certains avantages discutables, mais dont assurément les inconvénients sont considérables surtout pour les entreprises particulières de quelque envergure. Il y a déjà des banques d'Etat, des commissions hydro-électriques, en Ontario, des téléphones, des tramways d'Etat ou de municipalité, dans l'Ouest. Et ce sont ces provinces, de l'Outaouais à l'Océan Pacifique, qui ont pratiquement obligé par leur politique, leur conduite et leurs déclarations subséquentes l'état fédéral à nationaliser les chemins de fer qui s'appelaient autrefois le Grand- Tronc, le Transcontinental national, le Grand-Tronc-Pacifique et le Nord-Canadien. Aucune de ces provinces donc n'offrirait à ces grandes industries, à ces maisons d'affaires, à ces sociétés commerciales ou financières de Mont-

réal et du reste de la nôtre les garanties de tout genre que leur donnent nos institutions publiques, notre population, notre régime économique et législatif. Or les chefs de ces maisons d'affaires, les administrateurs de ces chemins de fer, sont des réalistes, en politique. Si leurs sentiments et leur intérêt matériel s'accordent, ils vont où la résultante de ces forces les dirige. Mais un intérêt d'abord les meut, l'intérêt matériel, le souci du lendemain, du point de vue économique. Ainsi donc, et dans cet état d'esprit, consentiront-ils, pour rester malgré tout dans des milieux de langue anglaise, à sortir définitivement d'une région où tout leur promet le minimum d'ennuis sérieux ? Voudront-ils faire passer leurs capitaux et leurs affaires dans des pays où des tracasseries de tout genre les harcèlent déjà? Sacrifieront-ils des avantages assurés pour le seul plaisir de décontenancer quelque peu, de désorganiser jusqu'à un certain point des gens dont l'ambition serait de fonder en Amérique un état français autonome ? Et ne peut-on les croire d'avance mieux fixés sur les conséquences dès aujourd'hui évidentes de leur abandon de notre province, sur les répercussions que cela pourrait avoir dans leurs propres affaires ? Nous ne tenons pas à ce que ces étrangers restent; nous prétendons seulement que leur intérêt matériel les enracine ici, qu'ils auront droit d'y rester et qu'en gens avisés nous devrons tirer le meilleur parti possible de leur présence chez nous, même si elle nous embarrasse.

Notons, au surplus, qu'une solution paraît s'imposer, du fait que des chemins de fer, des maisons de transport maritime, le haut commerce et do grandes institutions financières ont leur siège social à Montréal ou à Québec.

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Quant aux chemins de fer dans la province, ils sont de deux catégories: ceux de l'Etat et ceux qui appartiennent à l'initiative privée: les chemins de fer nationaux, Intercolonial, Grand-Tronc, Transcontinental National, Nord Canadien, et, d'autre part, le Pacifique Canadien et ses filiales, Québec Central et Témiscouota. Que demain, la confédération se disjoigne d'un commun accord, ou qu'elle se rompe après une querelle, nous devrons avoir une tranche du premier groupe de ces chemins de fer, s'ils sont encore alors propriété d'Etat; car nous avons fait partie de la confédération, nous avons aidé de notre argent à la construction de ce réseau. Il incombera aux spécialistes et aux techniciens, de définir cette part. La proposition la plus simple, en apparence, ce serait d'attribuer au territoire de l'Est qui formerait le nouvel Etat autonome tout le réseau ferré national compris dans ses limites; il devrait en retour prendre à ses charges, à même la dette ferroviaire totale, une part proportionnée au nombre de milles qui lui seraient ainsi attribués. Ce règlement serait déjà assez onéreux, puisque l'Est n'a jamais ou presque jamais garanti de subsides à ces chemins de fer, qu'il en a déjà payé une grande partie du coût, pour le compte des provinces du Centre et de l'Ouest, et à leur bénéfice.

Pour ce qui regarde le Pacifique Canadien et ses filiales, et le reste des chemins de fer de la province, si l'exploitation par l'Etat ne dure pas, un intérêt bien entendu leur conseillera de garder leurs têtes de lignes et leur siège social dans le nouvel Etat français. Car c'est dans ce nouvel étal que se trouveraient le principal port de mer du Canada présent, Montréal, l?s principaux entrepôts à marchandises, et celui de Québec, incomparable par son étendue et sis facilités d'accès. Transporter le siège social du Pacifique et des autres chemins de fer à Toronto, ce serait

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laisser ceux-ci sans issue directe bien accessible sur la mer; le transporter à Halifax ou à Saint-Jean (Nouveau-Brunswick,) si ces villes ne font pas partie du nouvel état autonome, ce serait avoir des ports de mer trop éloignés des grandes villes marchandes de l'intérieur. Si Halifax et Saint- Jean sont du nouvel état autonome, la solution marquée reste encore plus possible.

Soulignons en terminant quel facteur puissant d'indépendance économique et politique sera pour l'Est du Canada le fleuve Saint-Laurent. C'est le seul débouché géographique ouvert sur l'Atlantique à tout un hinterland immense; il est l'artère par où doivent passer les échanges commerciaux entre la partie nord de notre continent et les ports du Royaume-Uni, de l'Europe continentale, du bassin de la Méditerrannée et du littoral africain, de Tanger au Cap. Il est à nous , il relie l'intérieur du pays à l'extérieur, c'est la grande route maritime du continent, à part d'être une source d'énergie hydro-électrique , incalculablement puissante. Nos voisins le reconnaissent si bien qu'ils pensent à s'en servir pour le canaliser, pour amener des navires jusqu'à l'intérieur même de leur pays, pour leur donner de l'énergie motrice. Il offre à la navigation océanique une route merveilleuse, jusqu'à mille milles à l'intérieur du continent nord-américain. Un chemin de fer comme le Pacifique Canadien ne peut pas ne pas rester à Montréal, à cause de ses nombreux paquebots qui remontent en toute sûreté au coeur du pays, sans transbordement coûteux, leurs vastes cargaisons et les déchargent dans des wagons , à quai. Et puis, ce fleuve assure à Québec, à Montréal, à notre coin de pays, la durée à perpétuité,

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chez nous, de grands établissements d'importation et d'exportation, de vastes industries, intéressés à se trouver au terminus de la navigation océanique et des chemins de fer. Or quels endroits, plus que Montréal et Québec, leur assurent pareils avantages? ***

Certes, il existe d'autres obstacles que ceux dont nous parlons ici à notre autonomie politique et économique, à la constitution finale d'un Etat français autonome, en Amérique. Il faudra des années d'efforts, de travail et de détermination active pour les écarter tous, pour atteindre au but ultime. Mais, d'autres pays en ont franchi d'aussi considérables, et sont arrivés enfin à leur émancipation totale. Nous avons pour nous, par ailleurs, d'importants facteurs. Et puis, il y a, pour nous aider à atteindre au but, des éléments impondérables, mais puissants, la volonté de devenir quelqu'un, de vivre notre vie nationale pleinement. Nous y arriverons, si nous y pensons.à chaque heure, si nous nous y obstinons, si nous savons vouloir, agir, si nous agissons. L'iss;ie finale n'en vaut-elle pas la peine ? Et qui, ayant la perspective d'une vie indépendante, mais difficile et modeste d'abord, irait préférer à cela la fusion dans la masse, ou la domesticité la plus dorée, mais perpétuelle ?

Georges Pelletier.

A consulter: collection de Y Action française, 1921-1922 ,notamment l'enquête de 1921 sur le problème économique; l'Indépendance économique du Canada français, par Errol Bouchette; le Piobleme industriel au Canada français, compte rendu du Congrès de l'A.C.J.C. à Québec, 1921; Les voix du passé, conférence d'Etienne Parent à Québec, 1846, reproduite dans le Devoir du 24 juin 1922; Y Avenir des industries chimiques au pays, article de Louis Bourgouin à la Revue Trimestrielle, décembre 1920; la Conquête industrielle, article de Paul-Emile Piché à la Revue Trimestrielle, juin 1922; collection de la Rente, 1919-1922.

... Et voici comment les membres du Comité ont pu continuer depuis avril leur modeste travail.

Dans la dernière quinzaine de son séjour en Fiance et malgré les multiples occupations des dernières heures toujours précieuses, M. l'abbé Groulx a trouvé le moyen de faire largement sa part et de laisser encore à ses successeurs avant de les quitter quelques heureux exemples de la manière de faire. Sur la pressante invitation de M. l'abbé Gouin, — le dévoué sulpicien, qui, pendant plusieurs années, s'est donné à nos oeuvres de Montréal et qui, aujourd'hui, nous garde un souvenir fidèle, — notre fondateur s'est rendu à Nantes et là, devant une assemblée d'élite, a exposé l'histoire de la vie catholique au Canada: son établissement, sa survivance, sa vigueur et ses promesses d'avenir pour l'Eglise canadienne et pour les pays de missions.

Des relations multiples unissent déjà Nantes à Montréal. Cette bonne ville de Bretagne où la foi est restée vive et généreuse, nous a donné quelques-uns de ses meilleurs fils qui dépensent leur vie dans nos communautés de Montréal, et parmi lesquels nous pouvons ici mentionner tout au moins notre cher M. Lecoq. D'autre part, plusieurs Montréalais entretiennent d'excellents rapports d'amitié avec quelques professeurs nantais. Au surplus, le Canadien qui voyage par là, en rapprochant en esprit les personnes et les choses, trouve avec plaisir une ressemblance souvent frappante et qui se révèle dans maints traits de moeurs et jusque dans les traits de physionomie de la population. C'est bien

là l'un des coins de France où l'on se sent plus vite en famille. Aussi pour autant est-il facile de comprendre l'aimable accueil qu'à reçu notre conférencier sur ces bords de la Loire. Tout ce qu'il pouvait dire du catholicisme au Canada apparaissait du coup comme la suite parallèle d'une même histoire admirable dans son cours et ne pouvait qu'intéresser vivement ses auditeurs heureux d'entendre raconter comment le catholicisme garde sur la terre d'Amérique toute sa sève et sa fécondité et comment le Canadien français, bien que violemment isolé, a pu maintenir très haut sa foi, l'esprit d'apostolat de sa race, son idéal

latin.

En revenant de Nantes, M. le Directeur de Y Action française s'arrêtait à Chartres où se tenait ls Congrès général de l'Association de la Jeunesse Catholique Française. Il devait prendre la parole au banquet de clôture. Là encore, il sut charmer les assistants. Nous tenons de plusieurs amis congressistes et plus particulièrement du nouveau président de l'Association, M. Charles Flory, que le jeune et vibrant auditoire se laissa facilement porter jusqu'au véritable enthousiasme. Ce n'est pas sans une vraie satisfaction que nous enregistrons ces événements, car il est évident que tout cela contribue à faire estimer et aimer davantage notre cher pays — ■ ce qui est proprement le

but de notre action.

Puisque nous sommes à Chartres, je signale à ceux qui auront l'occasion d'y venir quelque jour de ne pas manquer d'aller voir au trésor et aux archives (h la cathédrale, certains cadeaux curieux faits autrefois à Notre-Dame par

les Hurons, nos co-diocésains au temps de Monseigneur de Laval. Ces bons sauvages avaient adressé leurs offrandes à Notre-Dame-de-Chartres de préférence justement parce que le premier évêque du Canada était originaire du diocèse de Chartres. Et cela est si vrai que les fêtes qui doivent avoir lieu au Canada en avril prochain en l'honneur de Monseigneur de Laval, auront leur réplique ici, en France, d'abord par l'érection d'un monument à Marcilly, au diocèse de Chartres et, ensuite, par la pose d'une plaque commémorative dans l'Eglise de Saint-Germain-des-Prés à Paris où le premier évêque canadien fut sacré.

Et c'est ainsi que ces souvenirs historiques ménagent la transition et nous conduisent à S. Germa in-des-Près où M. l'abbé Groulx donnait sa dernière conférence la veille même de son départ. C'est en effet à cette église, chère au pèlerin canadien et reste imposant de la vieille abbaye illustrée par Mabillon et tant d'autres bénédictins célèbres, que notre historien donnait sa dernière leçon d'histoire en France. Le public était ici tout à fait choisi, composé en bonne partie d'hommes d'études et d'écrivains. Aussi était-ce une grande satisfaction pour notre confrère que d'avoir encore, après une bonne heure de cours, à répondre aune foule de questions qui lui témoignaient le vif intérêt que l'on avait pris à son exposé.

Le lendemain, M. le Directeur de l'Action Française partait pour le Canada, où il allait reprendre son poste de dévouement et de vigilance. Il a pu rentrer au pays avec la conviction justifiée d'avoir en passant fait oeuvre utile. Nos compatriotes lui en garderont reconnaissance, mais nos bons amis ne manqueront pas de souhaiter au Comité un successeur animé d'un pareil esprit de judicieuse initiative et nous aideront sans doute à combler les vides.

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Dans le courant de mai, M. l'abbé Alphonse Fortin prenait son tour. C'est à Chois}', près Paris, que l'on réclamait une conférence avec projections. Cette fois, il s'agissait de développer devant un auditoire de jeunes gens, les ressources agricoles et économiques du Canada, le tout bien entendu après introduction générale historique et géographique. M. l'abbé Fortin, spécialiste en histoire et en géographie, était l'orateur tout désigné. L'impression rapportée a été excellente.

A peu près dans le même temps, M. l'abbé Chaussé avait à entretenir du sujet évidemment toujours le même: "le Canada mieux connu," les paroissiens d'Auteuil. Cette magnifique paroisse d'Auteuil si joliment située en bordure du Bois-de-Boulogne, sur les pentes qui conduisent à la Seine, est l'une des mieux organisées de Paris. Les oeuvres y sont très prospères et la population répond admifablement au zèle de son nombreux clergé. Aussi était-ce devant plusieurs centaines de personnes qui constituent un "groupement familial" d'élite que la conférence avec projections devait être donnée. Pendant près de deux heures, cet auditoire a témoigné d'un intérêt aux choses religieuses canadiennes et d'une curiosité pour les innombrables péripéties de notre histoire vraiment remarquables.

C'est toujours une grande joie pour le conférencier que de voir affluer après séance les demandes de renseignements supplémentaires, plusieurs réclamant une plus ample documentation — imprimée de préférence; mais le lendemain une autre satisfaction nous était réservée. Nous recevions une lettre d'un jeune assistant de la veille qui nous annonçait s'être entendu avec quelques amis, tous élèves finissants d'un lycée, pour faire de la propagande canadienne, si nous voulions bien les accepter comme auxiliaires et leur fournir tracts et brochures,

A notre courte honte, nous avons dû répondre que nous n'avions pas hélas ! les "munitions" nécessaires. Devant cette bonne volonté, si aimablement exprimée, une leçon nous reste à tirer pour les années prochaines. Un travail, nous semble-t-il, serait à entreprendre, et qui pourrait être éminemment utile. D'abord Ton devrait nous écrire quelques tracts courts mais précis sur un certain nombre de questions canadiennes-françaises importantes avec quelques statistiques soigneusement contrôlées, claires et expressives — il est en effet hors de conteste que si les statistiques encombrent toujours un discours, le rendent trop souvent fastidieux et ne sont guère retenues, pour éloquentes qu'elles soient, il n'en reste pas moins excellent et parfois indispensable que les auditeurs mis en éveil puissent consulter à loisir ces évaluations numériques présentées en bon ordre dans un texte qui demeure.

Pour notre histoire, il nous faut continuellement y recourir , mais il est excessif qu'un conférencier soit obligé à développer incessamment toute une période de cette histoire pour expliquer un simple fait ou pour faire saisir tout le sens d'une citation. Comme d'autre part il serait puéril de s'attendre à ce que chaque auditeur ait déjà lu quelque volume bourré de faits et considérations, ou même qu'il ait parcouru les 5 fascicules en tableaux synoptiques d'un de nos historiens, ne serait-il pas souhaitable que l'on pût distribuer, et en nombre, quelque brochure de format moyen qui tiendrait à la fois du résumé d'histoire et du tableau synoptique, laissant de côté toutes les réflexions et développements qui font justement l'objet de la série des conférences ? Et pourquoi n'y serait-il pas joint quelques cartes géographiques — à légendes françaises — de grâce! et surtout des cartes qui ne soient pas un simple décalque et sur lesquelles les textes ne soient pas simplement

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de mauvaises traductions dites officielles. A quoi seraient ajoutés quelques plans, schémas et graphiques si commodes pour l'éclaircissement d'un exposé.

Nous soumettons ces réflexions à nos amis du Canada, car c'est au pays même seulement que ce travail doit être mis au point et peut être bien fait.

En plus des conférences, nous avons à dire un mot de notre collaboration aux revues de Paris.

Nous rappelons ici pour mémoire le travail du P. Lamarche, O.P. sur Maria Chapdelaine, travail qui contient de si judicieuses réserves et que tous ont pu lire dans la Revue Hebdomadaire où il est paru au numéro du 1er avril 1922, par l'entremise du Comité. A signaler aussi un article que M. Gaston Jolicoeur, membre du Comité, a fait paraître dans la revue d'organisation commerciale: Mon Bureau, Cet article sur la Publicité et le Canada a été fort remarqué et a fourni à son auteur, spécialiste en la matière, l'occasion de placer à propos plusieurs bonnes vérités. Enfin, une très belle étude du Père Adélard Dugré, S.J. a paru dans les Etudes du 5 et du 20 juin 1922 sur l'Oeuvre Apostolique des Canadiens français. Les Pères Jésuites de Montréal, après avoir défrayé toutes les dépenses d'un abondant tirage en brochure séparée, ont offert cette édition au Comité qui ne saurait trop les remercier et qui tâche de mettre toute la diligence possible à répandre dans tous les milieux catholiques cette magnifique vue d'ensemble de notre effort apostolique. Des centaines d'exemplaires ont déjà été distribuées dans toutes les directions, et plus spécialement en France, en Belgique, en Suisse, en Italie, et jusqu'aux plus lointains pays susceptibles d'apprécier l'oeuvre de nos missionnaires, de s'en réjouir et de favoriser tant de dévouement et de sacrifices. La distribution de La France d ) Outre-mer de M. l'abbé Groulx

a encore occupé tous nos loisirs ces dernières semaines. Le Comité mettra toujours toute son activité à répandre des travaux de cette marque et de cette qualité. Nous saisissons ici l'occasion de rendre hommage au bienveillant concours que vient de nous fournir dans cette tâche, le P. Paquette, notre compatriote des Missions Etrangères de Paris.

A remarquer le dévouement à notre oeuvre de M. Albert Larrieu qui met tout son soin à aider notre propagande par plusieurs articles à la Croix et dans diverses publications françaises. Nous avons à son endroit à regretter et à réparer un malheureux oubli. M. Larrieu avait adressé il y a plusieurs semaines, un chèque de 100 francs à notre secrétaire. Nous n'avions pas manqué d'enregistrer sa souscription et d'en faire mention dans l'un de nos derniers rapports. Hélas! notre merci a dû s'égarer dans l'engrenage compliqué de quelque linotype. Nous tenons à lui réitérer ici l'expression de notre reconnaissance. A regretter encore que des renseignements insuffisants nous aient empêché de remercier d'abord et avant tout M. Hébert, officier général de la Compagnie du Pacifique, pour l'envoi de la belle collection de vues canadiennes sur verre.

Il nous reste à dire le vif plaisir que nous avons éprouvé de la souscription de 250 francs, versée à Paris au nom de la Maison Rougier Frères, de Montréal, ainsi que de la libéralité de M. l'abbé Narcisse Riou, curé de l'Echourie, au diocèse de Gaspé. Enfin, à souligner l'envoi de nombreuses brochures, photos et documents par M. J. Boulanger, médecin d'Edmonton.

Tout le monde au pays s'intéresse aux succès universitaires de nos étudiants de Paris, car tous se rendent compte sans doute que ces succès sont de nature à bien servir le Canada auprès de l'étranger. Les amis du ( Jomité

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ne trouveront pas hors de propos que le rapporteur leur indique en terminant la brillante réussite de deux membres de notre groupe, je veux dire de M. Augustin Frigon, professeur de l'Ecole Polytechnique, et de M. Paul Riou, professeur de l'Ecole des Hautes Etudes Commerciales. (1)

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