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AUTOUR DU METIER: abbé Emile Dubois1.
Vous en savez autant que j'en pouvais connaître en apercevant ce livre pour la première fois, si vous n'en avez jamais encore entendu parler. Sans doute le nom de l'auteur flotte-t-il avantageusement dans notre atmosphère littéraire, mais il a fallu m'apprendre que c'est celui d'un professeur éminent du collège de Saint-Thérèse, déjà connu parmi nos meilleurs hommes de plume et de pensée. Mais là s'arrêtaient les renseignements du mauvais Montréalais que je suis, et j'en fais ma coulpe avec un regret profond. Car depuis, j'ai laissé me parler ce livre et cet auteur, et désormais M. l'abbé Dubois compte un lecteur fidèle et respectueux de plus. Je le défie de rien écrire dorénavant dont je ne cherche à m' approcher par tous les moyens. Les cerveaux meublés avec goût et abondance ont ainsi une force d'attirance à laquelle on ne peut plus échapper après l'avoir une fois ressentie. Et quel est ce besoin du coeur humain de conserver toujours dans son voisinage, dans son orbite, ce qui lui a une fois parlé comme il aime qu'on lui parle, c'est-à-dire rendant un son de vie sincère ? Je ne suis pas ici pour l'expliquer, heureusement pour le lecteur, mais faisons notre oeuvre et voyons ce que l'on rencontre autour du "métier" d'abord énigmatique dont parle la bonne et franche voix régionale qui s'élève à Blainville.
La vignette qui orne le couvert vous dit tout de suite qu'il s'agit du bon vieux ''métier à catalognes" de nos
1 1 vol. 6x9, 192 pp. Bibliothèque de Y Action française, 1922, 75 sous. — Edition de luxe sur papier teinté, numéroté à la presse, $1.25.
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vraies rurales, qui tissent encore, Dieu merci. En tout cas, c'est un métier bien canadien, autour duquel on cause ou plutôt Ton écoute un auteur disert et savant raconter d'un ton posé une variété de choses instructives et douces à la fibre canadienne de chacun de nous. Mais il y a, avant d'entrer, une inscription qui nous situera tout de suite dans la manière de l'auteur et son intention, et que nous lirons avec respect: "A la mémoire de celle dont les doigts agiles, infatigables, sur un large métier de chêne, ont tissé amoureusement la solide étoffe du pays de mes habits d'enfance, ma mère, je dédie à mon tour ces rudes pièces d'étoffe du pays, cousues entre elles, simplement, par le fil d'or de l'amour pour les vieilles gens et les vieilles choses de chez nous."
Le moyen d'entrer là-dedans autrement que chapeau bas et tête penchée, presque avec timidité? Heureusement, un mot de trop s'y est glissé, qui nous permet une observation critique, sans quoi ce serait à s'enfuir comme devant une intime réunion de famille où l'on n'est pas invité. C'est à savoir le mot "rude" qui se trouve là-dedans sans le moindre droit. Il en sortira ou bien nous resterons, pas plus intrus que lui. Et comme l'on voit bien qu'il s'obstinera, nous voilà dans la place et pressés de regarder tout autour . . .
Il y a d'abord une préface dont trois lignes nous diront de quoi il s'agit au cours du volume: "M. l'abbé Dubois. . . n'a nullement la prétention de viser à la grande écriture ou à la grande histoire telle que nous la servent les Groulx et les Chapais. Son ambition est plus modeste . . . Il s'en va furetant les petits coins où l'âme des anciens s'est accrochée . . . et il finit par entendre dos leçons dont il
nous fait part simplement et chaudement . . . D'autres fois il nous sort dv* études critiques que lui ont suggérées ses lectures historiques. Et là encore il trouve moyen de nous plaire et de dégager des leçons de fierté, utiles à tous.
"L'âme des anciens... lectures historiques..." on commence à penser aux " Anciens Canadiens" et à la "Naissance d'une race;" et ce n'est pas si mal deviné, ainsi que le révèle tout de suite la table des matières. Aubert de Gaspé y figure en effet avec M. l'abbé Lionel Groulx, M. Adjutor Rivard, M. Thomas Chapais, M. Henri d'Arles, puis il y a des chapitres qui s'intitulent quelque chose comme "l'âme de notre histoire," etc, auxquels on ne peut s'empêcher de donner en passant un coup d'oeil 'nterrogatif. Il y est répondu d'un mot: le souffle de Dieu dans notre histoire, c'est-à-dire sa paternelle protection. Elle s'est fait sentir de bien des façons (p. 125) ; "Le doigt de Dieu est là et il frappe d'insuccès toute tentative de colonisation, car l'âme de Cartier n'est pas celle de ses successeurs. C'est Roberval en 1543, avec ses repris de justice, qui essaie mais en vain d'implanter une colonie au Cap-Rouge c'est le marquis de la Roche, en 1598, qui laisse ses forçats dans l'île de Sable; c'est Chauvin en 1599, de Chastes, de Monts en 1603, qui n'ont pas plus de succès que leurs prédécesseurs: leurs recrues se composent de huguenots et leur entreprise est avant tout une affaire d'argent. Ce ne sont pas les ouvriers que Dieu a marqués pour jeter la pierre angulaire de la nation canadienne." Et voilà comment, ajoute Champlain, les entreprises qui se font sans fondement réussissent toujours mal." Le fondateur de Québec, et Chomedy de Maisonneuve, ne se prêtaient pas à ce repioche, et leur oeuvre fut entourée de succès et de bénédictions. Telle est la conclusion d'un chapitre qui élève l'âme et grandit la fierté du Canadien, par un ferme
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rappel de la noblesse de ses origines, ainsi que la protection qu'il a reçue au bon moment contre les souffles desséchants de la Révolution. "Dieu permit que la France nous cédât à l'Angleterre au moment où elle allait se séparer de tout un passé qui avait été sa force et sa vie. Le vieil arbre français allait être secoué par les tempêtes: le jeune rameau plein de vie, planté sur les bords de notre fleuve, fut épargné. . ."
Et par centaines de mille, aujourd'hui, se vend l'oeuvre d'un jeune Français racontant de quelle façon le rameau a grandi et s'est fortifié, loin de certains souffles délétères. Les enfants bien nés ont comme cela souvent des façons de faire la morale en exemple aux vieux parents qui ont bifurqué . . .
Dirai-je qu'il y a ici sur Philippe Aubert de Gaspé un chapitre délicieux ? Le sujet, évidemment, s'y prêtera toujours, mais M. l'abbé Dubois a su en tirer des effets nouveaux, de charme et d'intérêt. On y trouve sur la vie et la carrière de Gaspé un récit et des lumières qui le rendent plus familier, et tout ensemble plus cher encore à tout coeur canadien. Et cette carrière est résumée en fin d'étude en quelques lignes sobres et fortes: "De cette vie si variée et de cette oeuvre si précieuse se dégagent pour nous de solides leçons. De Gaspé est un écrivain original et canadien. Il s'est mis en face des spectacles de notre nature grandiose pour en peindre les mille aspects changeants et en saisir les voix harmonieuses; il est allé au peuple, il a écouté ses conversations et nous les a rapportées embellies, mais dans une langue forte, savoureuse. Aussi on peut dire quand il raconte une légende: "Quel aimable conteur;" quand il décrit un paysage: "Quelle fraîcheur
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et quelle émotion;" quand il analyse le coeur humain: "Quel fin psychologue."" Il nous apprend à voir les choses canadiennes."
Aubert de Gaspé a eu des successeurs, amoureux comme lui de l'âme pittoresque de notre pays et de son peuple, et cela nous vaut entre autres bénéfices des historiens comme M. l'abbé Groulx et M. Thomas Chapais, sans parler de poètes comme M. Rivard et Fauteur déjà nommé des célèbres Rapaillages. Il en est parlé du reste "Autour du métier," dans des termes dont nous extraierons les suivants , qui résument le reste :
"L'auteur, (M. l'abbé Groulx) a écouté la leçon des érables; à l'âme des vivants il mêle l'âme des morts. Son oeuvre est celle d'un patriote, elle gardera l'avenir. Comme nos fiers érables, plongeant leurs racines dans l'humus des grands érables morts, il chante l'âme et la romance des aïeux. Il aime nos gens, simples, pieux; 1' "habitant," ce héros d'idéal, de courage et de simplicité, fondateur de pays et fondateur de race, pionnier de la civilisation et pionnier de la foi, ancêtre qui, dans notre histoire comme dans le bronze, n'est à sa place que sur un socle, dans une attitude de foi et de labeur, la tête nue sous notre grand ciel, la faucille d'une main, et de l'autre élevant vers le Créateur sa première gerbe de blé. Toute l'histoire de nos ancêtres en raccourci, dans leur vie humble, familière, mais rehaussée de toute la noblesse de la vie surnaturelle qui imprégnait
"Tout ce monde de gloire où vivaient nos aïeux."
M. Thomas Chapais s'est taillé dans les lettres une telle distinction que l'on oublie en le mentionnant de lui
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accorder les titres auxquels il a droit. Ne serait-ce pas le diminuer, en effet, que de l'appeler simplement le sénateur Chapais ? Tel est bien, assurément, l'opinion de M. l'abbé Dubois, qui consacre un chapitre plein d'observations déférentes à l'auteur de "Talon," "Montcalm" et du récent "Cours d'histoire du Canada." Nous sommes ici en présence de deux compétences, M. l'abbé Dubois étant luimême professeur d'histoire, ainsi que l'on s'en aperçoit souvent "autour du métier," et dans les appréciations qu'il fait de l'homme devant lequel il s'incline en connaisseur. "M. Chapais est maître de son sujet, dit-il, et le traite en main de maître. Il garde pour lui la poussière des vieux documents et l'ennui de leur lecture. Il donne au lecteur la joie d'une pensée forte, précise, qu'appuie, de temps à autre, une citation heureuse. A ce point de vue, le cinquième cours, qui nous introduit au parlement impérial au jour de la discussion de l'Acte de Québec, est un véritable chef-d'oeuvre."
Il faut lire en entier ce chapitre comme les autres, sous peine d'être passé, sans tourner la vue, à côté d'une riche moisson de connaissances et de précisions nouvelles sur un fond qui est nôtre, et nous doit concerner au-dessus de tout autre dans le domaine humain. Nous n'avons fait m'ef fleurer imparfaitement l'oeuvre diserte et bien parante de M. l'abbé Dubois, n'ayant même pas mentionné sncore, les "bribes d'histoire" palpitantes que sont par sxemple VOiseau bleu et "Sur la route de Carillon." mi font vibrer la fibre nationale de la plus haute fierté mtriotique. Aussi bien faut-il renoncer à établir un inventaire xact des richesses d'émotion et de savoir qui se trouvent insi tout autour du métier filialement vénéré par M. l'abbé )ubois. Les lecteurs nombreux qu'il a déjà lui ont élevé d bien plus riche monument de reconnaissance que nous
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ne saurions le faire en y prolongeant notre agréable flânerie.
L'espace nous manque maintenant, nous le regrettons, pour parler d'une autre jolie publication, les savoureux Coquillages du Fr. Bernard, C.S.V. qui ont déjà reçu de la presse et du public l'accueil le plus favorable, et, vraiment , le mieux mérité. Comme Ta dit élégamment son préfacier, M. L.-P. Desrosiers, tout le menu bruit de la vie circule dans ces pages remplies de saine réflexion et de bonne et sûre observation. On y perçoit des mouvements de l'âme notés d'un crayon sûr, et des envols qui atteignent les cimes les plus hautes. Ame de poète rendant un son de cristal fin, celle de Marius, car c'est ainsi qu'il a voulu signer — ■ nous avons tous eu trente ans, et rêvé de Provence — l'âme de Marius s'est exprimée en des articulets qui sont comme des chants entendus à travers la campagne, en même temps que le bruissement sec de la pierre sur les faulx affûtées. Nous apprenons que l'auteur fera prochainement un voyage d'étude en Europe; il n'y entendra pas d'accents plus sincères, c'est-à-dire plus près de la Beauté pure, que ceux qu'il nous traduit dans ses fidèles et délicats Coquillages.
Ernest Bilodeau.