‹ L'Action canadienne-française (volume 5)Chapitre 146 sur 175 · UNE ALLOCUTION · texte numérisé non relu

UNE ALLOCUTION

Dans une réunion d'anciens élèves, par un beau jour d'été, ; terminais ainsi une petite allocution de circonstance : "Je 'en dirai pas davantage, car tout le monde a hâte de quitter itte salle". Le compte rendu rapporta, plus euphonique- \ent : "Je n'en dirai pas davantage, car tout le monde se hâte e quitter cette salle" . Un pareil affront n'est pas à redouter n, ce soir, puisque je parle avant la pièce que vous êtes venus étendre. Mais je n'abuserai pas de la situation. Je asserai bientôt la parole aux interprètes de Contre le Flot. Si le jury du concours dramatique organisé l'an dernier par Action française désire que je déclare en son nom pourquoi a décerné le premier prix à Mlle Magali Michelet, je vous irai que c'est parce que... sa comédie lui a paru la meilleure, fais pourquoi ce concours f

Il fut un temps où, de l'Epiphanie à la Saint-Sylvestre, ous vivions comme un peuple sans histoire, sauf le jour de la aint-Jean-Baptiste, consacré par la routine à l'éloquence triotique. Tels des fils à papa, il semblait que nous prétenons vivre en rentiers improductifs — fils à ancêtres — sur )tre patrimoine glorieux. Pour avoir survécu, nous nous yions dispensés de vivre, c'est-à-dire de lutter contre les \rces de destruction qui sont en nous et autour de nous. Nos éditions s' affaiblissaient, notre résistance fléchissait, nos hits distinctifs s'estompaient. Agréablement engourdis dans i béat optimisme, tout en nous et chez nous paraissait si bien, ibeau, si bon, que nous concevions malaisément que quelque cose pût être mieux. A tout propos et hors de propos, à

1 Prononcée à la salle du Gesù, le 7 novembre, à l'occasion de la pmière représentation de Contre le Flot.

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plume comme à bouche-que-veux-tu, on alignait les plus grands adjectifs, toujours les mêmes, qu'il s'agît de Louis Fréchette ou de Louis Cyr. Et nous perdions chaque jour davantage le sentiment des convenances, le sens du ridicule, le goût de h mesure et des proportions, la notion de V équilibre, — qui sont les caractéristiques de l'esprit français.

Nous sommes, heureusement, en pleine réaction. Des journaux, des revues, des hommes s'efforcent, dans des sphères diverses, de remettre à leur place les gens, les choses et les mots. Les jugements raisonnables s'écartent à la fois du dithyrambe et du dénigrement. Mais l'esprit critique était à ce point aboli chez nous, qu'un éloge mesuré a plutôt l'allure d'un blâme, et que les moindres réserves passent souvent pour des insinuations. Cependant, bien des gens se sont ressaisis, bien des yeux se sont dessillés. Moins bruyant, le patriotisme est plus éclairé et plus agissant. On se rend compte qu'au droit d'être fiers de notre passé, correspond le devoir d'en être dignes. On examine sa conscience, on dresse son bilan. On reconnaît qu'il y a beaucoup à faire partout, et surtout dans le domaine intellectuel. Et c'est là un progrès considérable. A droite et à gauche, on entend dire : "Il faut ceci..." ou, plus modestement : "Il faudrait cela..." Bref, le pays est plein de velléités.

Parmi les sociétés qui groupent les bonnes volontés et leur proposent des sujets de méditation et des occasions d'agir, ne convient-il pas de citer à l'ordre du jour V Action française?

On connaît ses modestes débuts. La rapidité et l'étendue de son succès attestent l'excellence et l'opportunité de son œuvre. Son programme, contenu tout entier dans son nom, se dévelovpi à mesure que croissent ses moyens d'action. Sa vaillantt petite revue étend son rayonnement; elle organise des manifestations patriotiques utiles ; elle prend des initiatives et déclen che des mouvements; ses éditions et son service de librain

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