‹ L'Action canadienne-française (volume 5)Chapitre 40 sur 175 · RENDEMENT MOYEN EN BOISSEAUX PAR ACRE- PRODUCTION MONDIALE · texte numérisé non relu

RENDEMENT MOYEN EN BOISSEAUX PAR ACRE- PRODUCTION MONDIALE

Pays

Allemagne .

Danemark .

France, Angleterre, Ecosse,

Irlande,

Norvège, . . .

Pays-Bas, . .

Suède,

Suisse,

Japon,

Egypte, N.-Zélande, États-Unis, Canada, Québec,

Blé

Avoine

Orge

Seigle

Maïs

Patates

Certains chiffres de l'année 1918 manquant, notamment pour la France, nous avons pris ceux de 1917. Ce que nous croyons être une erreur dans la colonne de 1918, pour la récolte des pommes de terre en Suède, où on donne 17.73 comme le rendement de l'année 1918, nous a décidés à prendre le rendement de 1917. S'il n'y a pas erreur, la récolte en Suède, cette année-là, a dû manquer totalement, ce qui ne nous justifierait pas de prendre 17.73 comme représentant une véritable moyenne.

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Quelle triste impression nous laisse la lecture de ces chiffres ! Je veux tout d'abord faire remarquer que j'ai omis volontairement de la liste, les chiffres concernant l'Espagne et l'Italie. Ils sont pitoyables et bien en-dessous de ceux du Québec. Les rendements de la France également font pitié comparés à ceux des autres pays. Est-ce à dire que les pays latins n'auraient pas d'aptitude pour l'agriculture ? N'est-ce pas plutôt parce qu'ils semblent moins aptes à sortir de la routine, à adopter ce que d'autres pays plus pratiques s'empressent de tirer des nouvelles méthodes scientifiques ?

Peut-être fera-t-on remarquer que la position des Etats-Unis n'est guère meilleure que celle du Canada et du Québec. A part quelques céréales où les Etats-Unis offrent des rendements supérieurs, le rang qu'ils occupent n'est pas comparable à la plupart des autres pays. Mais il faut admettre que les Etats-Unis sont vastes et que bien des régions du Sud, fort arriérées, contribuent à faire baisser le rendement moyen. Mais dans les Etats du Nord, que de progrès ! Depuis 1850, l'attention publique est fort éveillée aux Etats-Unis. Le déclin des rendements contribua à faire ouvrir les yeux. On s'aperçut que les méthodes employées jusqu'alors conduisaient à un désastre si on ne s'empressait de les changer totalement. Cette constatation amena la création des départements de l'agriculture dans chaque Etat américain, l'établissement de collèges d'agriculture, la constitution de fermes expérimentales, la formation d'organisations de fermiers, la fondation de journaux et de revues agricoles, la nomination d'agronomes et de chimistes. Tous ces organismes sont aujourd'hui bien vivants, et avant peu d'années, on en verra sortir de§ résultats magnifiques.

Sans doute le Québec n'a pas les ressources de nos voisins et il ne pourrait tout créer tout d'un coup. Mais il reste tant à faire qu'il faut se hâter, si on veut pouvoir rattraper les autres provinces. "L'esprit français, écrivait M. Antonio Perrault (Action française, 1921, p. 182), est capable autant que tout autre de s'intéresser aux choses positives et de vaincre les réalités". Heureusement, que depuis quelques années, à la suite de l'effort personnel du ministre actuel de l'agriculture de notre province et sous l'impulsion de tous ses employés, il y a quelque progrès.

Les annuaires du Canada, 1918 et 1919 démontraient que des 9 provinces et du Canada, pris comme un tout, pour les moyennes annuelles des rendements des récoltes, par acre, pour le Canada et par provinces, sur quinze récoltes différentes, le Qaébec détenait, pour la période 1908-1917 : le dernier rang pour le blé, l'orge, le seigle, les pois, les haricots, les grains mélangés, le lin, le maïs à grain, le foin et trèfle, soit pour 9 récoltes; l'avant dernier rang pour l'avoine, le sarrazin, les pommes de terre, soit pour 3 autres récoltes; le 8ème rang : pour les navets et la luzerne; le 6ème rang : pour le maïs fourrager. Ce qui indique que pour cette période, sur 10 places tenues, par le Canada comme tout et les 9 provinces prises séparément, le rang moyen du Québec était de 9.19, soit une place inférieure à l'avant-dernière et un rang bien près de la queue.

Même constatation pour la période décennale 1909- 1918: — le dernier rang pour 5 récoltes, le 9ème rang pour 5 autres récoltes, variable pour les autres. Premier nulle part. Rang moyen 8.28. Pour la période décennale 1910- 1919 : — le dernier rang encore pour 5 récoltes, le 9ème rang pour 3 récoltes seulement. Meilleur rang pour les autres. Une 1ère place. Rang moyen 7.41. Pour Tannée 1919 spécialement : — le dernier rang pour une récolte

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seulement^ le 9ème rang pour une seule également, le 2ème rang pour 2 récoltes, le 1er rang pour 3 récoltes. Rang mipyen 5.40.

Donc pour Tannée 1919, la dernière année fournie par la statistique, le Québec, parmi ses sœurs canadiennes, détient un rang inférieur à la moyenne. Cependant même la Nouvelle-Ecosse, qui arrive assez bonne première, est loin d'atteindre les rendements des pays étrangers. Qu'est-ce à dire ? C'est qu'au dire du P. Adélard Dugré, tract No 50, page 13 : "Le cultivateur canadien d'aujourd'hui porte et portera probablement longtemps la peine de l'habitanl d'autrefois. Celui-ci, en effet, s'est trop laissé devancer. La campagne canadienne, comme celle d'autres pays, a ét( trop longtemps le refuge de la routine et du laisser-allei Je n'apprends rien à personne : le paysan n'est pas progressif de son naturel. Ayant la subsistance assurée, il n'est pas stimulé par la lutte pour la vie. En faisant comme il a vu faire et comme il a toujours fait, il est st du lendemain, tout en goûtant la plus délicieuse indolence, sans surmener son esprit par le désir d'invention ou de perfectionnement, sans s'imposer le surcroît de travail qu'exige toute innovation. Il est si enclin à rester dans la tradition qu'il se défie des nouveautés et parfois s'en irrite". "Les habitudes routinières des générations qui nous ont précédés ont épuisé un sol pauvre d'avance, et les humbles qui onl hérité de pareilles terres n'ont ni l'énergie, ni le talent, ni les moyens de les fertiliser. Naturellement timides et défiants, ennemis des risques et des innovations, ils se contentent presque toujours de faire ce que faisaient leur père et leur grand-père, et d'admirer, sans le pratiquer, ce que leur prêchent les conférenciers agricoles. Les conseils qu'on leur donne, ils ne les saisissent pas ou ne les croient pas pour eux." (page 15).

Bien d'autres passages seraient à citer de cette intéressante étude sur la désertion des campagnes. Comme Fauteur voit juste.! Le paysan canadien-français, un peu normand, craint de bouger. Le département de l'agriculture se doit donc de donner l'exemple. A notre avis, le ministère doit poursuivre sa bonne politique de fermes modèles dans chaque comté. Il ne doit pas se contenter de nommer des agronomes, dont les conseils pourraient paraître suspects, vu la méfiance du paysan, mais il doit continuer à acquérir des fermes et cultiver lui-même ou faire cultiver sous ses soins. Quand notre agriculteur aura vu, il comparera et il se décidera à en faire autant. Avec les moyens dont dispose le ministère, bien des méthodes inconnues du cultivateur pourront être employées, en se confinant surtout aux procédés les plus économiques. Ces moyens scientifiques vulgarisés détermineront une augmentation de rendement vite perceptible, si on s'empresse de les répandre et d'en faire connaître la facilité et le bon marché.

"L'expérience est faite, écrivait l'abbé Groulx, (Action française, 1921, p. 107), quelques interventions plus intelligentes, une ou deux découvertes scientifiques peuvent changer totalement les rapports primitifs entre l'humanité terrestre. La Mésopotamie devient désert ou sol luxuriant dans la mesure où elle succombe ou échappe à la domination des Turcs. La prospérité du pays flamand est l'œuvre exclusive d'une population laborieuse".

Un point sur lequel on doit insister, c'est la nécessité d'éliminer l'acidité du sol. Car, fait remarquable, malgré l'usage de plus en plus répandu des fertilisants et des engrais chimiques, et un peu à cause de cet usage, les rendements ne s'élèvent pas plus qu'autrefois. Les terres du Québec sont trop acides pour bien produire; elles ne sont même pas dans une condition physique suffisamment bonne pour retirer

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des engrais chimiques et même du fumier qu'on y sème parfois avec profusion, les résultats qu'on est en droit d'en attendre. Mais cette question de l'acidité du sol exigerait toute une série d'articles que nous chercherons à écrire les mois prochains. En attendant qu'il nous suffise d'espérer que l'hon. M. Caron continuera de prendre les moyens d'augmenter la production. La nomination récente d'un certain nombre de nouveaux agronomes nous fait espérer qu'il les aidera, les encouragera et les documentera comme il l'a fait pour les anciens. Nous enregistrerons avec plaisir toutes les initiatives prises pour l'avancement de l'agriculture, base de toutes les industries, fondement de l'indépendance économique des Canadiens français.

Louis HURTUBISE,

Ingénieur-Conseil.

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