CHEZ LES PUBLICISTES CHRÉTIENS
C'est aussi une conférence d'action française que notre directeur donna à Paris, le 9 février, au dîner mensuel de la corporation des publicistes chrétiens. La presse catholique de France lui a consacré d'assez larges comptes rendus. Vu l'importance du sujet, on nous permettra de reproduire ici celui de la Libre Parole :
"Lors de leur dernière réunion confraternelle, que présidait M Bené Bazin, les publicistes chrétiens ont entendu et justement applaudi un discours fort remarquable de M. l'abbé Groulx professeur d'histoire à l'Université de Montréal. M. l'abbé Groulx parla de sa patrie, de son passé et de son présent, avec la plus éloquente émotion. Et il exprima, avec délicatesse mais avec force un certain nombre de vérités qu'il n'est point inutile sans doute de faire entendre au vaste auditoire de nos lecteurs.
"L'hôte des Publicistes chrétiens s'est justement plaint que les Français ignorent beaucoup trop le Canada, n'aient sur lui que des notions incertaines ou légendaires. Combien croient encore sur la foi d'historiens superficiels que les premiers Français qui émigrèrent sur les rives du Saint-Laurent étaient des aventuriers ou des hommes de moralité suspecte. Mensonge! C'étaient au contraire des colons laborieux, honnêtes et d'un passé parfaitement honorable. Leur oeuvre même en est la preuve.
Toutefois, cette oeuvre ils ne l'auraient point réalisée, au milieu des difficultés multiples et graves qu'elle a connues, si l'Eglise n'avait point
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veillé sur le berceau de la Nouvelle-France et discipliné l'humeur indépendante de ceux qui lui avaient donné la vie. Nulle part mieux que dans la province de Québec, dans "le Québec," on n'a pu constater les fruits merveilleux que peuvent produire les vertus foncières de la race française et les forces visibles ou cachées du catholicisme. Leur union seule a permis ce prodige de peupler, de plus de quatre millions de Français, tous ou presque tous descendants des émigrants du XVIIe siècle, le Canada, de Français qui parlent la langue la plus pure, qui ont maintenu leurs plus bienfaisantes traditions , qui sont aujourd'hui capables de rayonner leur foi et leur civilisation par le monde entier, puisqu'ils envoient des missionnaires jusqu'au centre de l'Afrique et jusqu'en Chine. Or, tout cela a été réalisé en dépit de l'oubli cruel où la mère-patrie avait laissé ses fils, en dépit des efforts de toutes sortes tentés par les Anglais pour briser complètement les liens qui pouvaient les unir à la France.
"Tant de vaillance, tant de fidélité d'une part, et il faut bien le dire tant de légèreté, de la part de la France du XVIIIe siècle, nous imposait des obligations précises.
Nous sommes susceptibles, déclare M. l'abbé Groulx,très susceptibles comme tous ceux qui ont beaucoup souffert et qui ont subi de graves injustices. Ne vous étonnez donc pas que nous soyons émus quand nous voyons tant de vos compatriotes nous méconnaître si absolument, nous tenir pour des demi-sauvages, ou pour des indigènes de civilisation encore médiocre, ou bien pour des sujets de seconde zone de la Grande-Bretagne. Ne vous étonnez point que nous soyons fâchés de l'indifférence que la grande majorité d'entre vous manifestent pour les frères de race que nous sommes, alors que vous montrez tant d'encouragement, un peu surprenant, pour de jeunes nations desquelles vous n'avez pas à produire que des témoignages de gratitude. Nous vous demandons d'abord de nous mieux connaître pour nous mieux comprendre, de nous aidera poser dans le monde la réalité de notre existence non pas comme une colonie anglaise, mais comme une nation ayant ses traditions, sa langue, ses moeurs, son individualité. Nous demandons surtout un peu de sympathie active, visible, efficace. Nous vous demandons, vous qui avez le coeur si grand et si généreux, de nous aimer comme vous savez aimer.
"Que de vérité utile dans tout cela et qui serait singulièrement féconde si les Français voulaient y réfléchir avec sérieux."