PARTIE DOCUMENTAIRE
La question bilingue ont arienne: lettre des archevêques et évêques de la proaince) déclaration de m. le sénateur Landry
Le dimanche 4 février, on a lu dans toutes les églises catholiques de l'Ontario la lettre suivante signée de NN. SS. les archevêques et évêques d'Ottawa, Toronto, Kingston, Saint-Boniface, Hamilton, Sault Sainte- Marie, Alexandria, London, Peterborough, Haileybury, Pembrooke et de Mgr le vicaire apostolique du Keewatin. Pour être complet, nous en donnons les deux versions, française et anglaise.
Cette lettre, datée de l'archevêché d'Ottawa, le 30 janvier 1917, est adressée "au clergé sécidier et régulier, aux communautés religieuses, et aux fidèles de la province d'Ontario." '
Chers Frères,
Les archevêques et les évêques soussignés, ayant juridiction dans l'Ontario, ont tenu une assemblée à Ottawa, le 24 janvier 1917, et après mûre considération, après avoir soigneusement étudié la question soumise à leur considération et après avoir prié avec ferveur, ils sont arrivés, à l'unanimité, à la conclusion suivante:
Les évêques de l'Ontario, réunis en assemblée, voient avec crainte et douleur les divisions et les dissentiments causés dans la province par la question bilingue, et profondément désireux de promouvoir la paix et l'harmonie civiles et religieuses, ils adressent au clergé et aux fidèles une solennelle exhortation, leur enjoignant, en même temps, d'obéir à toutes les lois et à tous les règlements qui sont justes et que les autorités civiles feront de temps à autre.
De plus, ils prient respectueusement la majorité de cette province de considérer d'une manière sympathique les aspirations et les demandes de leurs concitoj'ens canadiens-français relatives à l'établissement et au fonctionnement des écoles biUngues, leur permettant d'arriver à une connaissance convenable du français avec la connaissance parfaite de l'anglais.
Les évêques de l'Ontario ont la confiance que ni le Gouvernement, ni la majorité de la population n'ont le désir, non plus que l'intention, de proscrire la langue française. Cela ressort des mots mêmes d'une déclaration officielle du Gouvernement de l'Ontario, en date du 14 mars 1916, qui se lit comme suit: "Le Règlement 17 s'applique seulement à
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"la liste des écoles désignées chaque année par le Ministre comme étant "des écoles anglaises-françaises. Pour ce qui est des écoles qui ne sont "pas sur cette liste, mais où se trouvent cependant des enfants de langue "française, ou bien encore, dans le cas de nouvelles écoles organisées "depuis l'adoption du Règlement 17 en 1913, il est pom-vu à l'usage et "à l'étude de la langue française par la section 84 (b) de l'acte des "Ecoles Publiques, et par la section 12 (2) des Règlements des Ecoles "Publiques et Séparées. Ces lois et règlements qui, depuis plusieurs "années, assignent la place de la langue française dans les écoles de "l'Ontario n'ont jamais été amendés ni abrogés."
Les évêques ont confiance qu'il n'j' a pas de mauvais vouloir de la part des Canadiens-Français, soit contre le Gouvernement soit contre leurs concitoyens de l'Ontario. Ils croient qu'une grande partie de l'agitation faite contre les mesures du Gouvernement en matière d'éducation est due à une interprétation fautive du Règlement 17. Et la chose n'est pas surprenante, puisque le Comité Judiciaire du Conseil Privé lui-même, rendant son jugement sur ce Règlement, s'exprime comme suit: "Malheureusement, ce Règlement est rédigé d'une manière "obscure, et H n'est pas facile de dire quelle en est la véritable portée."
En attendant les futurs développements de cette question. Nous demandons à Nos fidèles de garder la paix en ne prenant aucune initiative qui poiu-rait la troubler.
Cette lettre sera lue sans commentaire le premier dimanche après sa réception, à toutes les messes célébrées dans les éghses et les chapelles, et dès que la chose sera possible, dans les chapelles des communautés rehgieuses.
Nous prions humblement le Tout-Puissant de répandre ses bénédictions sur vous tous.
"Dearly Beloved in the Lord, —
"The undersigned archbishops and bishops, exercising ecclesiastical jurisdiction in Ontario, at a meeting held in Ottawa, on the 24th of Januarj', 1917, after careful stud}', mature deUberation, and fervent prayer, arrived unanimously at the following conclusions:
"That we view with sorrow and alarm the divisions and dissensions e.xisting in this province because of the bihngual controversy, and being earnestly desirous of promoting civil and rehgious peace and harmony, we solemnly exhort and enjoin the clergy and laity of our respective diocèses to obey ail the just laws and régulations enacted from time to time by the civil authorities, and we respectfuUy ask the majority in
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the province to consider sympathetically the aspirations and requests of their French-Canadian fellow-citizens in the matter of the establishment and opération of English-French schools, facihtating an équitable teaching of the French language together with a thorough acquisition of English.
"That we are confident there is no désire or intention on the part of the government or the majority of the people of Ontario to proscribe the French language. This is set forth in the officiai statement of the policy of the government of Ontario issued on the 14th of March, 1916, as expressed in the folio wing words:
"Régulation 17 applies only to the list of schools annually designated by the minister as English-French. In the case of schools not on the hst, but containing French-speaking pupils, or in the case of new schools organized since the adoption of Régulation 17, in 1913, the use and study of the French language are provided for by Section 84 (b) of the PubHc Schools Act, and by Section 12 (2) of the Régulations for Pubhc and Separate Schools. Thèse enactments, which hâve for many years defined the place of the French language in Ontario schools, hâve not been amended or rescinded."
"That we are also confident there is no ill-will on the part of the French-Canadian people towards the government or the majority of the people of Ontario, and are of the opinion that much of the agitation against the educational measures of the government has been caused by the misunderstanding of Régulation 17. Nor is this surprising, since the Judicial Committee of the Privy Council in delivering its formai judgment on this régulation, expresses itself as foUows:
" 'Unfortunately it (the régulation) is couched in obscure language, and it is not easy to ascertain its true effect.'
"Meanwhile we exhort our priests and people to pray for harmony and to do nothing that could tend to disturb it.
"This letter shaU be read without comment on the first Sunday after its receipt at ail the masses in each church and chapel of the province, and on the first convenient opportunity in the chapels of the rehgious communities. And we humbly beseech Almighty God to bestow His most abundant grâces and blessings upon you ail.
Le lundi 5 février, M. le sénateur Landry a publié en tête du Droit, sous le titre Un document épiscopal, la note suivante:
Le Droit pubhe aujourd'hui la lettre collective de Nos Seigneurs les Archevêques et les Evêques de l'Ontario au sujet de nos écoles.
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C'est un document important dont nous saluons l'apparition avec un plaisir facile à comprendre, car nous y trouvons, avec les conseils de modération et de prudence tombés de la bouche de l'épiscopat, l'afifirmation catégorique et unanime que "ni le Gouvernement (de l'Ontario) "ni la majorité de sa population n'ont le désir non plus que l'intention "de proscrire la langue française."
Cette lettre collective ne règle pas à la vérité la difficulté scolaire ontarienne; les Evêques le recormaissent eux-mêmes puisqu'ils recommandent à leurs fidèles, quels qu'ils soient, de s'abstenir de toute initiative "en attendant les futurs développements de cette question", ce qui indique une action vdtérieure de la part de ceux que le Saint Siège a chargés du règlement de cette difficulté de manière à "faire attribuer à "chacime des parties ce qui est juste et équitable."
La recommandation épiscopale de l'obéissance aux lois justes tombe dans une terre bien préparée, les Canadiens français s'étant toujours fait un scrupule d'obéir aux lois justes, à tel point que Sir James Whitney leur a rendu ce pubhc témoignage qu'ils étaient des ^'Laio àbiding dtizens."
L'obéissance aux lois justes n'entraîne pas la soumission aux lois injustes. La doctrine de l'Eghse sur ce point est bien connue, et comme il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes et que les prescriptions du droit naturel priment les ordonnances humaines noas nous sentons, nous catholiques, déterminés à maintenir en matières éducationnelles l'autorité paternelle et à ne pas accepter la substitution de l'autorité de l'Etat à celle du père de famille, selon la formule si chère à certains prétendus éducateurs.
Le dirons-nous? mais il nous fait particuUèrement plaisir de constater que tout l'épiscopat catholique de l'Ontario demande à la majorité protestante de cette province "de considérer d'une manière sympathique" les aspirations et les demandes de lem"s concitoyens "Canadiens français relatives à l'établissement et au fonctionnement "des écoles bUingues "
Ces paroles sont bien l'écho des paroles mêmes de Notre Très Saint Père, Benoit XV: "On ne saurait refuser aux Franco-Canadiens qui "habitent cette province (de l'Ontario) le droit de réclamer, dans une "forme convenable, que dans les écoles où leurs enfants sont en un "certain nombre, la langue française soit enseignée; et l'on ne peut "assurément leur faire vm reproche de défendre ce qui leur tient tant à "cœur."
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Ce qui nous va également au cœur et ce qui nous réjouit c'est la solennelle assurance que nous donnent tous les évêques de l'Ontario "qu'il n'y a pas de mauvais vouloir de la part des Canadiens français, "soit contre le gouvernement soit contre leurs concitoyens de l'Ontario."
Ça toujours été notre prétention et nous l'avons maintes fois affirmée en opposition aux continuelles calomnies dont nous avons été les victimes, calomnies inventées et mises en circulation par des journaux mal renseignés et par des personnages plus ignorants que fanatiques.
Cette première déclaration collective de l'épiscopat ontarien mise en regard de plusieurs autres déclarations qui se sont tout dernièrement épanouies au soleil de la "Bonne Entente" est bien de nature à raviver notre courage et à fortifier nos espoirs.
Nous croyons avec nos Vénérables Evêques que le Règlement No XVII a été fautivement interprété, par les officiers du gouvernement d'abord, et par les juges de la province ensuite.
Il nous a bien fallu toutefois accepter l'interprétation donnée par les Cours. De là notre opposition à une mesure oppressive, à une loi injuste, et notre détermination à résister jusqu'au bout. Ce qui nous confirmait dans notre opinion, ce sont les décisions rendues dans les cas d'Ottawa, de Windsor, de Green Vallej'.
Avec les membres de l'épiscopat ontarien nous voulons bien excuser les fonctionnaires de l'Etat et les magistrats du plus haut tribunal de la province en nous rappelant ce que le comité judiciaire du Conseil Privé a déclaré en parlant du Règlement No XVII:"Malheureu- "sement ce règlement est rédigé d'une manière obscure et il n'est pas "aisé d'en découvrir la portée ( Unf ortunately it is couched in obscure "language, and it is not easj' to ascertain its true effect.)"
En somme, le mandement des Evêques est pour nous le plus encourageant motif à garder nos positions, jusqu'au jour où, grâce à l'union de tous les cœurs et aux eflforts de toutes les volontés, la famille catholique de l'Ontario trouvera cette paix après laquelle elle soupire, et les enfants français, cette tranquillité dans l'ordre qui leur assurera le triomphe de leurs droits et la survivance de leur race. Ottawa, 5 février 1917.
P. Landry,
Président de V Association Canadiennefrançaise d' Education d'Ontario.
1ère année, no 3 Montréal Mars 1917
JC' Action française
Revue paraissant le 25 de chaque mois
<Ca représentation de la race française au Sénat
par Philippe f,andry
M. BOUCHER DE LA BRUÈRE — LE FRANÇALS ET LE TRAMWAY, Louis Dtjpibe — LES TIMBRES-POSTE BILINGUES, J-L. Vital Mallette — NOS CARNETS D'ABONNEMENT — A TRAVERS LA VIE COUR ANTl : Pierre Homier — PETITES NOTES — LA LIGUE DES DROITS DU FRANÇAIS — TRIBUNE DE NOS LEC- TEURS — JOURNAUX, LIVRES ET REVUES — PAR- TIE DOCUMENTAIRE: L'article de Mgr L.-A. Pâquot. une lettre de S. E. le cardinal Gasparri.
Prix : 10 sous
LIGUE DES DROITS DU FRANÇAIS
9S, IMMEUBLE DAXDURAND MONTRÉAL