QUI AVAIT RAISON
Le Droit d'Ottawa a publié, dans son numéro du 23 août, l'article suivant:
Dans certains milieux on nous a blâmés de résister au règlement 17. On a dit que notre interprétation de ce règlement était erronée et que nous devions accepter l'explication du gouvernement disant que cette loi scolaire n'était pas du tout destinée à proscrire le français.
Nous avons donné, à diverses époques, des preuves évidentes de l'hypocrisie du gouvernement dans l'explication qu'il donne de ce règlement et nous avons cité des exemples où, par la vertu de ce règlement, la langue française n'a pas droit de cité dans des écoles où plus de 85 pour cent des enfants sont de langue française.
Nous venons de recevoir une correspondance montrant que cet acharnement contre la langue française se poursuit toujours et le règlement 17 est l'instrument dont on se sert pour étouffer, sur les lèvres des enfants, la langue maternelle.
A deux milles du village de Warren, il y a une école pubhque. Depuis plusieurs années, les Canadiens-français, qui sont plus des deux tiers des contribuables, s'évertuent pour obtenir un peu de français dans leur école.
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L'an dernier, on engagea un professeur qui assurait pouvoir enseigner le français. On s'aperçut ])ientôt que ce monsieur ne savait pas assez de français pour comprendre la fille de table de l'hôtel et pour demander du pain ou du sel de façon à être compris.
Naturellement, les commissaires, déçus, refusent de renouveler cet engagement, cette année, et l'inspecteur, agent docile du gouvernement, est furieux de cette conduite et les menace de leur retrancher leur octroi.
L'inspecteur D. M. Christie joue toujours son rôle qui consiste à refuser l'enseignement d'un seul mot de français.
Voici en quels termes ce fidèle agent d'un gouvernement anghcisateur reconnaît (?) les droits des parents canadiens- français. Dans sa lettre du 3 juillet aux commissaires, il dit: "Si vous engagez tout autre instituteur (que celui dont on a parlé plus haut), sans faire tous vos efforts pour en avoir im parfaitement qualifié, vous perdrez tous vos octrois législatifs. Vous aviez la chance de retenir les services d'un bon instituteur quaUfié et compétent et vous le laissez partir."
Notons que cet instituteur ne sait pas un traître mot de français et c'est cela que l'inspecteur appelle "compétent." '
Maintenant, quel est le moyen suggéré par l'inspecteiu* pour obtenir un instituteur parfaitement qualifié ? Il le dit lui-même dans sa lettre déjà citée: "Vous devez annoncer dans des journaux de Toronto qui ont une circulation dans toute la province, comme le Globe et le Mail. Si les commissaires ne le font pas, ajoute-t-il, le département ne me permettra pas de recommander qui que ce soit, pour un certificat temporaire."
Les commissaires, de leur côté, désirent ardemment se rendre aux prières des parents, qui veulent que leurs enfants apprennent le français. Ils ont consulté le Dr Waugh, inspecteur en chef, et celui-ci leur a dit que si l'inspecteur recommande l'école, il ne voit pas pourquoi le gouvernement ne permettrait pas l'enseignement du français.
M. Christie n'est cependant pas du même avis que son chef et il écrit aux commissaires de cette école, le 26 juillet dernier: "Je crains que vous ne puissiez obtenir le changement désiré (avoir du français à l'école). Le ministre de l'Instruction pubhque ne veut pas établir de nouvelles écoles bihngues."
On viendra nous dire ensuite que nous exagérions quand nous disions que le mot "hitherto," dans le règlement 17, était la condam-
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nation à mort des écoles bilingues, qu'il serait impossible, avec cette restriction, d'établir de nouvelles écoles où il serait permis d'enseigner du français.
D'ailleurs, M. Christie ne se gêne pas pour dire que les Canadiensfrançais n'ont aucun droit à l'enseignement d'une autre langue que l'anglais dans leurs écoles, "no right whatever."
Comme on le voit, la lutte ne se fait pas seulement dans Ottawa. Elle est plus violente et plus acharnée ici, parce que la résistance a plus de ressources, et, aussi, parce que des contribuables catholiques de langue anglaise se sont aUics aux persécuteurs pour écraser la Ungue française.
Cependant, nous ne devons pas nous laisser décourager par les apparences; les Canadiens-français se rendent compte aujourd'hui de la gravité de la situation et ils sont prêts à supporter avec courage les assauts qu'on leur livre.
Ils ont ouvert les yeux aux manœuvres anglicisatrices et ils sauront résister partout où on les attaquera. La résistance organisée de tout un peuple finit toujours par triompher des lois injustes.
J.-ALBERT FOISY.
NOS ANNONCES
Un curé du diocèse de Mont-Laurier vient d'adresser à l'un de nos annonceurs la lettre suivante: "Je vois par vos annonces dans l'Action française que vos produits portent des étiquettes françaises ou bilingues. C'est la raison qui me porte à vous confier une première commande qui sera suivie d'autres, si je suis bien servi."
Dégageons brièvement de cette lettre deux leçons:
1. — Les marchands et les hommes d'affaires qui se servent de la langue française dans leurs relations avec leurs clients: circulaires, annonces, noms des produits, police d'assurance, etc., devraient, au seul point de vue de leurs intérêts, annoncer dans notre revue. Ils trouveront aussitôt des lecteurs disposés à les encourager.
2. — Un plus grand nombre de nos lecteurs pourraient imiter l'exemple de ce curé patriote. Ils veulent servir la langue française. Voici un moyen simple et efficace, propre à la fois à favoriser son emploi dans les relations d'affaires et à aider une revue vouée à son service.
1ère année, no 9 Montréal Septembre 1917
J^' Action
française
Revue paraissant le 25 de chaque mois
ifn geste d'action française