EXPÉRIENCES AVEC L’OR ET L'ETAIN
Il était également intéressant de voir comment l'or se comporte, pendant une éclipse de soleil, lorsqu'il est combiné avec d’autres sels de métaux, Dans ce but, outre les essais déjà décrits sur l’argeni, l'or, l'or et l’argent, nous en entreprimes encore une longue série sur les combinaisons d’or et de plomb, d’or et d’étain, d’or et de fer, d’or et de cuivre, d’or et de mercure, et ainsi de suite, C’est dans ses rapports avec le plomb que l’action de l’or est le moins affectée, et c’est, par contre, l’étain qui contrecarre l’action de l’or avec le plus d'intensité et de persistance. Nous estimons, par conséquent, qu’il y a lieu d’entretenir encore le lecteur des expériences sur l’or et l’étain.
Les solutions d’or et d’étain offrent, quand on les mélange, une combinaison extrêmement intéressante que connaissent fort bien tous les chimistes. Elle produit ce que l’on désigne du nom de pourpre d’or de Cassius ; mais — soit dit par parenthèse — cette coloration ne se produit pas toujours. A certains moments, le plus splendide des pourpres dorés se manifeste aussitôt que l’or et l’étain sont mélangés ; à d’autres moments, absolument rien de semblable ne se révèle. Le jaune d’or tourne alors au vert clair, mais aucune trace de pourpre n’est perceptible. Or, il avait été trouvé que, pendant le mois de juin, l’or et l’etain n'avaient pas donné de réaction purpurine. La réaction chromatique se résolvait en vert pâle et, après quelques heures, un sédiment sombre peu abondant se trouvait au fond du récipient. Le 27 juin, la réaction d’or et d’étain se montra plus active; au bout de cinq minutes, un pourpre clair se forma. Le 28 juin, la réaction fut très rapide ; la couleur tourna aussitôt au violet et l’image se présenta considérablement modifiée.
La planche XV reproduit, en couleurs, une belle image normale d’or et d’étain.
Afin de montrer quelles étaient, à peu près, les caractéristiques des
images d’or et d’étain au cours du mois de juin, nous donnons à la planche XVI les images obtenues le 12 et le 14 de ce mois.
La planche XVII nous montre l’or et l’étain, le 28 juin à 5 h. 19 du matin, après la réaction violente ci-dessus décrite ; elle nous les montre aussi le lendemain à la même heure, c’est-à-dire au moment de l’Eclipse. L'or et l’étain ont à peine pris contact que le jaune de l’or se transforme en une encre noire. Au même instant, un sédiment copieux se dépose. La solution devient tout à fait dense et semble vouloir se coaguler. Le liquide monte assez haut sur le papier-filtre (dans tous les essais de ce jour-là, la force ascensionnelle a été plus grande qu’à l’ordinaire, ce que l’on peut sans doute attribuer également à l'influence prépondérante de la lune au cours de cette journée). La feuille, cependant, demeure complètement blanche. Dans le bas, seulement, apparaît une ligne d’un violet foncé et d’un tracé presque horizontal.
Les images d’etain et d’or assument ordinairement un aspect exceptionnellement délicat et flou. C’était donc déjà un fait d’une portée considérable que cette constatation d’une soudaine carence de l’or ; car c'était avant tout une évidente carence de l’or qu’il nous fallait enregistrer Au lieu d’un belle image aux tons jaunes et violets provoquée par l’or et parsemée des signes des forces agissantes de l’étain, nous n’assistions — pourrait-on dire — qu’à une absorption d’eau claire ; l’or, au contraire était terrassé par l’étain et il apparaissait sous la forme d’un sédiment
épais et noir lequel ne pouvait naturellement tracer qu’une ligne éga-
ement épaisse et noire. Comment cela pouvait-il s'expliquer ? Tout simplement en détournant l'attention du récipient contenant la solution des deux métaux combinés et des bandes de papier-filtre qui s’y trouvaient immergées, pour la reporter au dehors et regarder le monde extérieur. On voyait alors que le soleil ne pouvait transmettre ses rayons à la terre, il faisait sombre, en plein jour, Le monde entier ressentait cet événement cosmique. Les humains étaient sous le coup d’une impression accablante. Les moins sensitifs, éprouvaient un trouble étrange. La nature entière était en ce moment bouleversée. Les ombres affectaient
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des formes lunaires. Une lueur blafarde éclairait toute chose. Tous les êtres vivants étaient atteints, d’une facon ou d’une autre, par l’eclipse du soleil. Quoi d'étonnant, dès lors, à ce que les substances inertes fussent également affectées dans leur structure intime ? |
Le soleil était affaibli pendant l’éclipse. L'or, sur la terre, était également affaibli dans son action, Il était devenu si faible que l’étain pouvait le subjuguer.
Cette expérience avec l'or et l’&tain fut également répétée heure par heure. Nous donnons la reproduction d’un certain nombre d’images ainsi produites. Il nous est malheureusement impossible de reproduire la série entière, le nombre des images étant trop considérable. A midi, déjà, de faibles formes commencent à se dessiner (voir planche XVIII) ; puis elles s’accentuent, ainsi que le montre l’image obtenue à ? h. 30 de l’après-midi. Lentement, la formation progresse (voir planche XIX) dans les images obtenues à 4 heures et à 5 h. 19 de l’après-midi. La réaction, dans ces essais, est encore très violente. La couleur est noire, à l'endroit, et d’un magnifique pourpre sombre, vue par transparence.
Nous avons signalé plus haut que c’est dans la combinaison de l'or avec l’etain que la perturbation est la plus persistante. Il nous semble donc extrêmement intéressant de suivre, sur les images, cette perturbation provoquée par l’Eclipse, dans ses étapes essentielles, jusqu’à la fin. Le jour suivant, le 30 juin, nous voyons que, vers le bas, les forces commencent à se dégager et que l’or se révèle par une légère coloration du papier en rose, tandis qu’un contour apparaît également dans le haut. L’apres-midi du 1er juillet, nous voyons apparaître déjà des formes riches, des teintes pourpre clair, mêlées au jaune et au violet (voir planche XX). |
La planche XXI se rapporte au 2 et au 3 juillet. La réaction des deux solutions s’est atténuée à tel point, qu’au bout de 10 minutes un joli pourpre se manifeste.
La planche XXIII nous montre l’étain et l’or, le 4 juillet, d’abord en plein jour, puis au crépuscule et pendant la nuit. La réaction a donné,
ce jour-là, un joli pourpre clair. L'image obtenue en plein jour présente des formes et des teintes extrêmement harmonieuses. La forme que l’on aperçoit au bas de l’image était d’un rouge violet très accusé. Quant à l’image obtenue au crépuscule, elle illustre très joliment la transition vers le rétablissement de conditions complètement normales.
Le 5 juillet, en mélangeant les solutions d’or et d’étain, aucune réaction ne se produisit. La couleur tourna seulement au vert clair et, même par la suite, le pourpre n’apparut point. L’image présenta les caractéristiques normales ; elle était absolument semblable à celles du 12 et du 24 juin.
Le 6 juillet, on voit l’action de l’or s’accentuer encore plus fortement. Dans la photographie, cela est reconnaissable aux teintes plus sombres de la partie supérieure de l’image, tandis que, vers le bas, à l’endroit où, le 29 juin, se trouvait la ligne horizontale sombre et où, le lendemain, apparaissaient des formes noirätres, une forme négative s'offre maintenant à nos yeux. C’est comme un vide blanc qui aurait été laissé à dessein. Sept jours après l’éclipse du soleil, les relations normales entre l’or et l’etain sont rétablies.
Puisque les forces de l’etain l’emportaient, pendant l’eclipse du soleil, sur celles de l’or, on pouvait penser qu’on modifiant les proportions du mélange à l’avantage de l’or, un rapport d’equilibre pourrait être trouvé. L’ayant essayé, je constatai, en effet, qu'avec une quantité sextuple d’or, il était possible, même le 1er juillet, d'obtenir une image se rapprochant de celle du 5 juillet. Par conséquent, six parties d’or et une d’etain agissaient, le 1er juillet, comme une partie d’or et une d’étain le 5 juillet ou le 12 juin. Le 5 juillet, une partie d’or suffisait à contrebalancer une partie d’etain, puisqu'à ce moment le soleil pouvait transmettre à l’or plus de force que le 29 juin, au moment de l’eclipse.
Ces experiences nous ont permis d’apercevoir encore une fois comment les forces cosmiques agissent dans les substances terrestres. Le soleil, dans le ciel, et l’or, sur la terre, sont en corrélation intime,
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