‹ L'action française (volume 2)Chapitre 13 sur 180 · V « ENTENTE NATURELLE · texte numérisé non relu

V « ENTENTE NATURELLE

15 janvier 1901.

€ Il existe une entente naturelle entre le i régime républicain et le culte représenté « par M. Dupont, car l'un et l'autre repo- H sent sur le principe du libre examen « »

Enfin ! Habemusconfitentem, . . — M. Dupont c'est cet excellent pasteur protestant qui félicitait Taulre jour, à Saint-Étienne , M. Waldeck-Rousseau , en demandant à « Dieu » d'aider le Président du Conseil « dans l'œuvre de réconciliation de tous les Français», qui est, parait-il, le souci dominant du ministère Dreyfus.

Il est sûr que MM. Dupont et Waldeck- Rousseau devaient s'entendre et que, s'il eût osé simplifier les formules de rhétorique, comme c'est admis dans un certain monde tout à fait républicain, le Président du Gwseil eût pu, — pour répondre au prédicantqui lui parlait « liberté » << morale »,

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« désintéressement », « chère patrie »,etc., — s'en tenir à un gai clin d'œil, avec un bref: « Tu Tas dit... bouffi! »

Ne nous plaignons pas, toutefois, que ces messieurs aient voulu hausser le ton du dialogue, et qu'ils aient développé leur pensée, leur doctrine, en cinq on six phrases graves et spiritualistes à la Jules Simon. Il était bon que l'on entendit une fois encore, répétées par l'un des derniers grands avocats-politiciens qui fondèrent la troisième république, les maximes auxquelles ils se confièrent. Car le moment est venu où c'est bien à ces maximes elles-mêmes qu'il faut s'attaquer, et non plus à telles ou telles de leurs applications, toujours imparfaites jusqu'ici (heureusement), mais qui pourraient devenir plus strictes, si Ton permettait à leurs fidèles de continuer leurs tentatives. L'âme du parti républicain est le libéralisme protestant : c'est aujourd'hui, comme dutemps de Gambetta, Tanticléricalisme, c'est-à-dire exactement l'anti-catholicisme. Il faut donc que, négligeant les incarnations qu'elle a rencontrées dans quelques figures d'hommes d'Etat parfois intéressantes et complexes, comme celle de l'ingénieux Constans, l'on aperçoive pourquoi cette « âme » est et doit être hostile à la France, tant que la France demeure elle-même.

La lutte, la fièvre vient de là. Le mal est

là. Hier, M. Gustave Janicot, directeur de la Gazette de FrancSy le constatait avec sa vivacité et sa sûreté habituelles de diagnostic, en ces termes : « Le protestantisme est deTeou, parlalogiquemème^ religion d'Élat »

(sous la République). Pourquoi, de cette religion d'État, ne veulent-ils point ni ne voudront-ils jamais, ceux-là mêmes des Français d'aujourd'hui auxquels les dogmes catholiques sont tout à fait indifférents?

La raison en est simple.

En tant que citoyens, préoccupés de l'organisation politique de leur pays, les Français ont expérimenté chaque jour qu'il y a dans la religion de leurs pères, — j'entends la religion catholique, — quelque chose de plus puissant et de plus impérieux que les dogmes métaphysiques, concernant une vie future, qu'elle a proposés à leur imagination. Ce qui vit, ce qui s'est réalisé et imposé d'une façon bienfaisante dans la société his* torique que forment les Français, ce sont des préceptes et des pratiques, déterminant leurs mœurs et leurs relations publiques et privées. Or, ces relations et ces mœurs impliquent, toutes^ non seulement la reconnaissance de certaines autorités, de certaines hiérarchies, de certains pouvoirs de fait et de certaines « grandeurs de chair », comme disait Pascal, mais encore le sens, le goût, l'amour et la vénération c)e ces grandeurs.

de ces pouvoirs, de ces hiérarchies, de ces autorités. La religion catholique a dicté ainsi à ce peuple une constitution politique, rien qu'en lui façonnant son âme, de telle sorte que son génie et son plaisir ne furent jamais de se faire à lui-môme des lois, comme les Anglais, dans des assemblées, mais plutôt d'en.recevoîr de toutes faites, quitte à les imposer ensuite aux autres peuples. Les Français savent obéir; ils savent commander ; ils savent lutter; ils savent vivre. Mais ils ne savent point délibérer, ou, comme disent les Huguenots, « libre-examiner n indéfiniment. C'est merveille, — quand on y songe, — que dans un pays où la langue est si souple, si riche et si nuancée, dans un pays où tout peut se dire de plusieurs façons, toutes agréables, on ait été si longtemps préservé du gouvernement des gens de tribune, du règne des rhéteurs, interprètes des «volontés » populaires, prêtres delà démocratie.

Mais ce règne, enfin, est venu. Les avocats, ces assembleurs de « nuées », nous tiennent, depuis un siècle. Que Tun des plus habiles d'entre eux ait bien voulu nous confirmer l'autre jour, à Saint-Etienne, a l'entente naturelle » que nous-mêmes avions dès longtemps aperçue entre la République parlementaire et le Protestantisme, c'est excellent. Nous userons désormais de cet aveu

avec plus de certitude et d'autorité que nous ne le'pouvions faire, de nos propres analyses, pour détourner de leur chimère de république conservatrice tant de Français profondément Français, c'est-à-dire catholiques, dont le dévouement, dont les énergies de lutte se gaspillèrent au « ralliement ». Les catholiques (ceux du moins chez lesquels « la foi » de leurs pères a gardé ses solides assises de bon sens, de sociabilité, et de respect de l'histoire,) les catholiques, à mesure qu'ils comprendront mieux les destinées, les aspirations protestantes et anarchistes du régime parlementaire, reviendront en foule se grouper autour du Prince, dont la volonté, naturellement et irrésistiblement française, leur fournira cette loi de notre organisme national qu'ils cherchent en vain dans des < constitutions » perpétuellement révisées. Et Ton verra, alors, qu'à l'entente naturelle signalée par M. Waldeck-Uousseau entre le régime républicain et l'esprit de la Réforme, s'oppose depuis des siècles, chez nous, une autre entente, non moins naturelle, entre les mœurs et traditions catholiques et la monarchie française.

Et il faudra que Ton choisisse entre ces deux « ententes », si Ton veut choisir, une fois pour toutes, entre le rêvé internationaliste et les réalités nationales.

Que choisira-l-on?

Il ne nous parait pas possible que, si la question était ainsi posée, dans ses termes derniers, à nos compatriotes^beaucoup d'entre eux hésitassent longtemps encore.

Mais, quelque lumière qu'aient jetée, eux-mêmes, les vrais dirigeants du régime, les sectaires francs-maçons, sur leurs projets et sur leurs entreprises;quelque accent qu'ail mis l'autre jour M. Waldeck- Rousseau à se glorifier d'avoir, en reprenant la politique religieuse des Gambetta, des Ferry et des Brisson, remis la troisième République dans sa voie normale; quelque faible que demeure, en face de cette véritable tradition des 363, enfin reprise, l'espoir d'une demi-république « libérale », un instant proposée au pays par le bon sens terre-à-terre du catholique, du Lorrain qu'est M. Méline, — les « conservateurs » ne se croient pas encore enterrés.

Ils vont donc livrer encore une bataille, contre la vraie république, de plus en plus solidement installée en ce pays, au nom de leurs vieilles complaintes sur «la Liberté pour tous », comme s*ils ne savaient pas que la Libertéyielle que l'entendît notre Révolution protestante et suisse, est faite pour tout le monde excepté pour les catholiques et les Français.

Nous attendrons, nous, avec patience l'issue de cette nouvelle bataille de mai 1902,1!-

NOTES POUTIQUKS 101

vrée au nom d'une équivoque. JNous savons sealementque»auxtrèsdiversesententesélectorales, si peu « naturelles n, qui se préparent, pourra et devra succéder « l'entente naturelle ]D que n'a point proclamée M. le Président du Conseil »mais que rtiistoire si trouble du xix' siècle a lentement préparée, entre la France de Louis IX et celle de Philippe VIII.

Henri Vaugeois.

P, S. — Je rappelle à nos amis que nous reprendrons le lundi 20 janvier les dîners de V Appel au Soldat, qui auront lieu, cette année, de quinzaine en quinzaine, au restaurant du Bœuf à la Mode^ 8, rue de Valois.

On pourra se faire inscrire aux bureaux à^V Action française, 28, rue Bonaparte.

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