PENSÉES DIVERSES
L'auteur du Testament Politique de M. de Louvois a bien... conu le génie de la nation. Il pose en fait que le seul et le vray moien d'éviter en France les gueres civiles est la puissance absolue du Souverain, soutenue avec vigueur et armée de toutes les forces nécessaires à le faire craindre. ... Il dit en un autre endroit : s L'autorité limitée du Souverain et celle des Républiques ont plus de mauviais costez, sont
(1) On a été longtemps sans décider si Bayle était l'auteur de VAvis aux Réfugiés. Il s'en était lui-même viyement défendu contre Juricu dans plusieurs pamphlets : la Cabale chimérique, la Chimère de la cabale de Rot~ terdam^ etc.. Maià après le pasteur Jurieu, un autre coreligionnaire de Bayle, M. Sayous, a reconnu {La liltéra' iure française à Vétranger, t. II) que VAvtB aux Réfugiés était, au moius en partie, l'œuvre du philosophe protestant.
sujettes à plus de fâcheuses suites pour l'Etat et pour le peuple, que n'est le pouvoir arbitraire. Les factions, les séditions, les tumultes, les guerres civiles, font souvent plus de mal en un an que tout le dérèglement d'un Monarque absolu n'en pourrait causer dans toute sa vie. d Il se pourrait tromper par raport à certains païs: mais il n'y a point d'aparence qu'il se trompe à l'égard de sa Nation ; elle est d'un tel génie que le plus fâcheux état où elle se puisse trouver est de vivre sous un Gouvernement mou et faible. Alors chaque gentilhomme est le tyran de son village, chaque grand seigneur le t^ran de son canton ; alors on ne voit que séditions et soulèvemens. Lisez l'histoire de France, remarquez principalement les minoritez, vous serez convaincu de ce que je viens de dire, (Note A à l'article Louis XIII du Dirtionnaire,) Qu'on fasse ce qu'on voudra ; qu'on bâtisse des Systèmes meilleurs que la République de Platon, que l'Utopie de Morus, que la République du Soleil de Gampanella, etc. : toutes ces belles idées se trouveroient courtes et défectueuses, dès qu'on les voudroit réduire en pratique. Les passions des hommes, qui naissent les unes des autres dans une variété prodigieuse, ruïneroient bien-tôt les espérances qu'on auroit conçues de ces beaux Systèmes. Voiez ce qui arrive quand les mathématiciens veulent appliquer à la matière leurs spéculations touchant les points et les lignes. Ils font tout ce qu'ils veulent de leurs lignes et de leurs superficies; c'est une pure idée de notre esprit; elle se laisse dépouiller autant qu'il nous plaît de ses» dimensions, et
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c'est pour cela que nous démontrons les plus belles choses du monde sur la nature du cercle et sur la divisibilité infinie du continu. Mais tout cela se trouve court quand on Taplique à la matière qui existe hors de notre esprit; matière dure et impénétrable. Voilà une image des passions humaines comparées aux spéculations d'un homme qui se forme les idées d'un Gouvernement parfait.
(Note E à l'article Hobbes du Dictionnaire,)
C'est l'étude du monde, et l'observation de ce qui s'y passe, et non pas une creuse méditation de cabinet, qui ont été les maîtres de Machiavel. Qu'on brûle ses livres, qu'on les réfute, qu'on les traduise, qu'on les commente, il n'en sera ni plus ni moins par rapport au gouvernement. Il faut par une malheureuse et funeste nécessité que la Politique s'élève au-dessus de la Morale ;' elle ne l'avoue point, mais elle fait pourtant comme Achille .jura negat sibi nota.
Nouvelles de la République des Letlres.
Janvier 1687.
Vous devez savoir que le Gouvernement républicain (1) a cela de propre que chaque ville ou chaque bourg est composé de deux ou plusieurs factions.
Lettre à M. de Naudis.
28 décembre 1694.
Pierre Bayle.
(1) En Hollande! (N. D. L. R.^