ÉLÉMENTS DE PHYSIOLOGIE
Heureusement pour nous, la plupart des actions réflexes sont inconscientes. Nous n'avons pas conscience à chaque pas que nous faisons, de Teffort nécessaire pour actionner chaque groupe de muscles qui va se mettre en mouvement pour produire la marche aussi longtemps qu'elle durera.
Je dis : hmrmsemmt parce que le cerveau, d'où partent les impulsions volontaires, s'épuiserait à donner d'une manière ininterrompue tous les petits ordres nécessaires à la vie de relation. C'est comme le chef d'une grande administration, d'une grande usine, d'un grand Etat, qui, ne pouvant s'occuper de mille détails, cependant indispensables, se repose sur des subalternes alertes,dévoués, rompus à la besogne, mais sans initiative ni intelligence, des soins qui ne réclament pas l'intervention constante et obligée d'une plus haute autorité.
Ces subalternes — moelle épinière ou système du grand sympathique — ont à leur disposition l'action réflexe, instrument d'économie destiné à accomplir les petites besognes et à permettre au patron de s'occuper d'autre chose. Dès que cette action instinctive cesse d'être routinière, involontaire, — si le patron doit intervenir, — elle cesse d'être réflexe, puisque le jugement à rendre est porté au cabinet du patron — au cerveau.
Si vous le voulez, 6 démocrates, la multitude des actions réflexes, innombrables et toujours en mouvement, même pendant le sommeil — heureusement puisque, même dormant, nous digérons I — la multitude des actions réflexes,
dis-je, représente Ja tourbe misérable et esclave des prolétaires et des travailleurs, durs ouvriers de la mine ou de la glèbe, jamais au bout de l'ouvrage, artisans de la fortune d'autrui, peinant sans trêve pour le bien de raiistocrate exploiteur et de Tabominable capitaliste : le cerveau ! Et lui, le cerveau, c'est le fainéant qui profite, le maître qui commande, c'est l'ennemi... — Moi, je veux bien.
Je souhaite simplement à M. Brousse que la fédération des républiques moléculaires qui composent son individu, sous l'autorité du roicerveau, ne connaisse jamais le bon régime d'anarchie auquel sa secte brûle d'entraîner le pays.
Je lui souhaite de ne pas devenir ataxique.
Hipp. Galien.
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La Souricière, par Louis Dimier (Perrin et
C»«, éditeurs).
La Souricière est l'histoire d'un jeune homme médiocre comme le Frédéric Moreau de V Education sentimentale, et sensuel comme TAmaury de Volupté. Mais M. Louis Dimier ne s'est pas proposé de peindre un caractère, ainsi qu'avaient fait et Sainte- Beuve et Flaubert. Si c'est bien Alexandre Hannequin qui forme le principal personnage du livre, il n'en constitue pas proprement le sujet. Certes M. Dimier a réuni sur son héros les traits essentiels du jeune homme moderne et. il lui a bien donné les caractères de généralité qu'on devait attendre d'un écrivain qui a le sens du classique. Cela rentre sans doute dans son propos, mais ce n'est pas son propos même. M. Dimier a moins entrepris d'écrire le roman du jeune Hannequin qu'un livre sur l'éducation catholique.
Alexandre est, de l'aveu commun, un bon enfant, mais d'une nature molle, facile à la paresse et au plaisir. Un j>ère absorbé par sa profession, une mère que les plus minutieuses pratiques delà piété enlèvent aux soins du ménage, n'ont rien tenté pour affermir ce caractère. Le lycée et ses professeurs se désintéressent de semblables entreprises. Rien ne retiendra donc Alexandre de tomber où l'incline toute sa nature : dans la débauche et la dissipation. La « Souricière », le piège que le Mauvais nous tend à chaque pas, se refermera donc sur lui.
Or elle ne se referme pas qu'une fois : et c'est qu'Alexandre est parvenu à en sortir avant de connaître le définitif moyen de n'y plus choir. Resté attaché aux pratiques de la religion, c'est dans lôs procédés d'abord tout mécaniques qu'elle lui
offre qu'il trouve un secours. H. Louis Dimiera écrit des pages pénétrantes sur la confession, sur son usage et sur ses résultats. Auguste Comte louait cette institution catholique qui « purifie par l'aveu et rectifie par le repentir ». Tels sont les effets que nous lui voyons produire chez Alexandre Hannequin. Non sans peine et sans longs efforts, à la vérité. Faiblesses, lassitude, rechutes, viennent à tout instant détruire Tœuvre du sacrement. Tantôt le pénitent prend en dégoût les exercices fastidieux auxquels l'oblige son confesseur. Tantôt la certitude de Tabsolutibn l'encourage à succomber. Vaines embûches du tentateur : la seule habitude de revenir au confessionnal suffit pour empêcher Alexandre de s'abandonner sans retour. Bien plus, elle le met dans la possibilité continue de s'amender et de parvenir à cet état de vertu qui assure le bonheur en ce monde et le salut dans l'autre. Et rien n>st plus merveilleux que la voie du rachat définitif d'Alexandre. Ayant séduit une jeune fille d'une condition inférieure à la sienne, il est prêta l'abandonner quand un prêtre lui montre qu'il ne ramènera en lui-même l'ordre et la paix qu'en épousant sa victime et en rachetant sa faute.
Quelqu'un, après avoir lu la Souricière^ nous disait qu'il était vivement tenté de défendre la thèse opposée : « Sans doute, expliquait-il, c'est la religion qui a finalement sauvé Alexandre; mais prenez garde que la religion même a causé quelques- ans des désordres où est tombé ce pauvre garçon. Elle Ta mené à attribuer une importance exagérée à des choses qui n'en ont qu'une fort médiocre. (In homme ordinaire met la sensualité à sa place : quand on la complique de l'idée de péché, elle grandit infiniment^ elle engendre de doubles plaisirs, et les remords qui ne manquent pas de les suivre sont encore la cause de troubles redoutables. Alexandre parvient à la pureté, il est vrai :
mais il l'a achetée bieu cher. Voyez Carpiquet et ses autres amis : on peut dire d'eux ce que l'on voudra, et qu'ils ne sont pas bien estimables. Du moins n'ont-ils pas dépensé leur jeunesse à aimer de tous les côtes, puis à se repentir d'avoir aimé : ce qui leur a donné le temps de passer leurs examens et les a empêchés d'épouser des servantes. Ils ont le cœur sec, sans doute. Mais le bon cœur d'Alexandre amène de tout autres malheurs : et c'est bien par sa faute qu'est morte cette jeune fille qu'il avait la folie de vouloir épouser quand il était encore au collège. » Cet utilitaire, ne croyant pas, pour beaucoup de raisons, qu'on doive se préoccuper du salut étemel, ne concevait pas que M. Louis Dimier, comme tout bon chrétien, fît passer cette considération d'intérêt supérieur avant toute autre. Il ne laissa pourtant pas de reconnaître les singulières vertus de l'éducation catholique. Et surtout il fut d'accord avec tout le monde pour dire le plaisir qu'il avait eu à lire la Souricière, pour louer la justesse psychologique des analyses, et pour rappeler, avec un souvenir amusé, ces figures de prêtres, de professeurs, de collégiens, de dévotes et d'athées de province qui donnent à cette histoire intime, à ce drame de conscience, tant de variété et de mouvement.
Napoléon prisonnier. Mémoires d'un médecin de V Empereur à Sainte-Hélène, par Paul Frémeaux (Flammarion, éditeur).
Le mélodrame dont la France a fait les frais au début du XIX* siècle a engendré un durable fanatisme. La captivité et la mort de leur héros sur son rocher n'ont pas cessé d'exciter la piété curieuse des napoléoniens. Après tant de récits déjà, et au moment où lord Rosebery nous expédie à grand fracas le fruit de ses veilles, M. Paul Frémeaux publie la relation d'un médecin de l'empereur, le D' Stokœ. Sur le traitement imposé au prisonnier, sur sa
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maUdie et les causes de sa mort, on trouvera dans les mémoires jusqu'ici inédits de ce chirurgien anglais, et que M. Frémeaux traduit avec choix, des détails nouveaux et d*un vif intérêt documentaire.
Introduction à l'histoire ancienne, par
Victor Fournie (Fontemoing, éditeur).
Pour si fort que nous déplaisent les tendances monisles de ce livre, nous ne pouvons dissimuler qu'on s'y laisse prendre à l'agrément des hypothèses préhistoriques. Quel beau roman scientifique que celui-ci qui nous rapporte ici une description du déluge d'après des textes mexicains et là nous raconte le changement d^axe de ce globe tetraqué survenu vers l'an 12000 avant notre ère! Et n'est- il pas merveilleux d'apprendre que les noms de Pallas, du Palais (capitale de Belle-Isle- en-Mer), de la Pologne, de Palinure, pilote d'Enée, de la po/«nta, de Poliux et de M. delà Palisse sont tous dérivés de la même racine : la palombe, qui était le a totem » d'une grande tribu ibérique? Mais M. Fournie na pas estimé que son livre ne dût servir qu'à notre divertissement.il y a dépensé autant de science et de critique que l'on en peut exiger. Peut-être, après tout, ses vues sont-elles justes; et Ton s'y abandonnerait volontiers si feu Gabriel de MortiUet n'avait laissé un souvenir trop vif encore. Quoi qu'en ait dit Auguste Comte; le scepticisme historique n'est pas toujours si condamnable.
Jacques Bainville.
Erratum. — Il faut lire dans notre n° da iô maf, page 853,5* arant-dornière ligne-, collection Janzé ei non collection Jaime.
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