‹ L'action sociale par l'initiative privée, avec des documents pour servir à l'organisation d'institutions populaires et des plans d'habitations ouvrièresChapitre 71 sur 102 · LA DIFFUSION DE LA TUBERCULOSE MOYENS DE RÉSISTANCE · texte numérisé non relu

LA DIFFUSION DE LA TUBERCULOSE MOYENS DE RÉSISTANCE

31 ootobrs 1699.

^\ L'alcoolisme est dans la vie populaire un obstacle et un mal volontaire, îl en est un autre involontaire, hélas ! auquel la pauvreté cfHitribue et qui l'empire en atteignant la famille

Wi',^,"-*'M\

LA TUBERCULOSE : MOYENS DE DEFENSE 58 f

ouvrière dans ses œuvres vives. Laissant le point de vue médical, nous en voudrions parler au point de vue social, actualisé par la poignante diffusion du mal, l'urgence de le refouler, les faits où apparaît un frappant exemple soit des répercussions inéluctables dans un monde où tout se tient et se lie, soit de Taccord profond des intérêts économiques avec les devoirs moraux.

C'est plus de 150,000 personnes que la tuberculose tue chaque année en France. Sous la seule manifestation de la phtisie pulmonaire, elle y cause plus de 3,000 morts sur 1 million d'habitants, tandis que la proportion ne dépasse que 2,000 en Allemagne, en Suisse, en Suède, et 1,000 en Italie, en Belgique, en Hollande, en Norvège, en Angleterre (V. Or, ce fléau redoutable, la misère l'aggrave toujours, le pror page fatalement.

M. Brouardel en montrait naguère la genèse, les effets désorganisateurs, les modes d'extension :

Comment se crée un foyer de tuberculose? Combien de fois les médecins n'ont-ils pas sous les yeux ce triste tableau ! Un ouvrier vit à Taise dans une ou deux chambres avec sa femme et ses enfants ; il est pris de tuberculose. Sa femme le soigne avec un dévouement qui, je le dis avec fierté, est une règle dans tous les milieux de notre société. Elle lutte pour subvenir aux besoins de la famille ; les ressources s'épuisent, la maladie s'aggrave, la misère s'abat avec les privations sur la mère e^ les enfants. La mère tombe, contagionnée par son mari ; tous deux prennent le chemin de l'hôpital. Les enfants sont recueillis par l'Assistance publique ; elle les reçoit, inoculés eux-mêmes par le gorme de là maladie, voués à la mort ou aux infirmités. Ces enfants ont été confiés aux voisins pendant la maladie du père ; ils ont contaminé leurs jeunea camarades, puis les parents. Bientôt la maison entière est un foyer. Ouvriers, ces hommes portent le germe à Tatelier : « 11 est des places, disait l'un d'eux, où ceux qui se succèdent devant rétabli sont chacun à son tour atteints, ê Cette dissémination autour des foyei's primitifi envahit la ville (2).

(1) M. Brouardel au Congrès de rAssociation française pour Tavancement des sciences, en septembre 1899.

(2) II. Brouardel au Congrès de rAsBOciation française pour l'avancement des sciences, en septembre 1899.

. Al.

fi

:.eyi

582 LKS OBStACLES ATT MIBIDC-ETRE DU PEUPLE

Et je me souviens de ces belles paroles que Jules Simon prononçait, deux ans avant sa mort, à l'assemblée générale de notre ehère Société française des Habitations à bon marché :

Vous faites des demeures de luve ; vous avez do Tair, de l'espace, du confortable. Croyez-vous vaincre ainsi les contagions ? La contagion qui n'est pas chez vous, elle est dans ces bouges infects que vous laissez subsister à cent cinquante pas d'hôtels magnifiques. Elle vous assiège. Est-ce que vous croyez que les microbes ne vont pas pénétrer à travers Vos fenêtres, parce que les vitres sont immenses, ou parce qu'elles sont recouvertes de rideaux do soie ? Toutes ces pourritures que vous laissiez s'accumuler dans les faubourgs dos vilic3, elles tuent le pauvre, et en tuant le pauvre,, elles tuent le riche.

En sorte que dans ce monde où tout est solidaire, ce n*est pas lajseule humanité qui nous presse de défendre la santé des humbles, c'est aussi la prudence. L'instinct de la préservation personnelle se rencontre avec les sollicitudes de la. fraternité, Tégoïsme presque (en ce qu'il a de légitime) avec raltruisme.

Moins routiniers et inactifs que le nôtre, d'autres pays ont entrepris la lutte. Grâce aux mesures d'hygiène publique, l'Angleterre, depuis vingt ans, malgré son climat, s'est classée au rang des nations européennes qui perdent le moins de phtisiques. En Allemagne, l'œuvre de défense a présenté un trait singulièrement suggestif.

De même que le désir d'atténuer la responsabilité des accidents du travail a poussé l'industrie à des mesures de toute sorte pour prévenir et raréfier ces accidents, de même que la préoccupalîon d'obtenir des guérisons plus rapides et plus complètes a déterminé les corporations à fonder ou à subventionner des hôpitaux pour les blessés et les convales- .cents, de même les établissements d'assurance contre la maladie et contre l'invalidité ont été conduits, en observant la proportion prise par la tuberculose dans leurs charges ('),

(1) M. Maurice Bellom a donné dans l'Économiste français des renseignements statistiques sûr ce point et sur les r.ésultats de lu i)articlpation des instituts d'assurance à la lutte contre la tuberculose. Je rappelle à

LÀ TUBEKCULO0B : MOYBNS DE DéPBNSB 583

à seconder les efforts entrepris pour combattre ce mal end6* mique.

Dès 1895, M. Qebhart, directeur de rétablissement hanséatique d'assurance contre Tinvalidité, signalait au congrès de Stuttgart que la majeure partie des rentes d'invalidité était payée à des tuberculeux, que la proportion augmentait tous les ans, et que les caisses auraient intérêt à se charger en partie de Tentretien des malades dans des sanatoria. La science avait, en efîet, indiqué comme le meilleur moyen défensif, la cure méthodique d'asepsie, de repos, d'air, d'alimentation dans des maisons spéciales, lieux d'hospitalisation thérapeutique en même temps qu'écoles de prophylaxie, et le premier sanatorium populaire de tuberculeux avait été ouvert en 1892 par une Société de bienfaisance de Francfort. Les caisses d'assurances contre la maladie constataient, de leur côté, qu'une part considérable de leurs allocations (52,6 */« en moyenne à Berlin) était absorbée par la durée et le coût de la tuberculose ; leur commission centrale émettait le vœu que les caisses d'invalidité, disposailt de capitaux beaucoup plus étendus, créassent des sanatoriay et promettait que les caisses de maladie prendraient à leur charge les secours aux familles, afin de donner aux malades le calme d'esprit avec le repos physique.

' Développé depuis 1895 par les sociétés de la Croîx-Rouge, avec toutes sortes de concours, le mouvement en faveur des sanatoria populaires n'a plus cessé de grandir, et a abouti en 1897 à la constitution d'un comité central, autour duquel se groupent 33 associations. Les institutions d'assurances sociales ont participé de plus en plus à la création des sanatoria et ù l'entretien des malades. D'après la statistique de l'Oflice impérial d'hygiène, sur 2,610 tuberculeux soignés de 1896 au

cette occasion le puissant ouvrage de M. Bellom sur les Lois d* assurance ouvrière à r^fran,9&r (Paris» Rousseau, 5 vol., 1892-1901). Sur tout ce qui touche au vaste sujet des assurances sociales, suivre Texcellont Bulletin du Comité permanent international des accidents du travail et des assurances sociales, que dirige avec tant de soin M. B. Gruner.

584 LBS OBSTACLES Atl UIEDX-ÊTBE DU PEUPLE

•1" janvier 1899 dans 13 sanatoria, les frais de Iraitement avaient été fournis par les caisses de maladie pour 128 et par les caisses d'invalidité pour 1,868 ; 84,6 °j« avaient été guéris ou sérieusement améliorés. Au sanatorium de Grabowsee, en 1898-99, sur 277 cas, 37 avaient été soignés aui frais des caisses de maladies, et 340 aux frais des caisses d'invalidité. Celles-ci sont propriétaires de 8 sanatoria, où peuvent être soignés 3,000 malades par an ; une dizaine d'autres sont en projet ou en construction, par exemple celui de Beelitz qu'édîQe la Caisse d'invalidité de Berlin et qui contiendra 550 lits.

La législation allemande a facilité ces interventions, qui ont décidé du succès. Les lois du 15 juin 1883 et du 10 avril 1892 autorisèrent les caisses de maladie à se grouper pour la création et l'exploitation d'établissements thérapeutiques et l'assistance des convalescents. La loi du 22 juin 1889 avait donné aux caisses d'invalidité le droit de procurer le traitement médical aux assurés dont la maladie dégénérerait en invalidité ; la loi du 13 juillet 1899 leur a permis formellement d'organiser des services de Iraitement préventif ou curatif des maladies entraînant invalidité, et les assurés qui se soustrairaient à ces soins pourront être privés de la rente (').

Les travaux des congrès et du comité permanent international des accidents du travail et des assurances sociales avaient, depuis plusieurs années, appelé l'atlention sur cet aspect attachant de ta question. Lorsque l'Académie de Médecine, après le débat clos en 1898 par le rapport de l'éminent professeur Grancher, eut arrèlé ses vues sur la manière d'entreprendre en France la lulte contre la tuberculose, elle délégua MM. Grancher, Landouzy, Lannelongue et Nocard au congrès international qu'ouvrit à Berlin, le 37 mai 1899, le comité centra' pour la création des sanatoria. La communication présentée au retour par M. Landouzy à l'Académie résume avec anpleur le mouvement admirable qui a fait d'un progrès économique

<l) Reichsameiger du M juillet 1899.

. LA, TOBBBCULOSe : MOYENS i)B DBKBNSÇ . 585

le moteur d'un progrès humanitaire : les établissements d'assurance-invalidité ont déj& réalisé an bénéflço de plusieurs raillions de marks, et ce résultat n'est rien auprès dç tant de bienfaits accomplis, de toutes les contagions évitée^ dans les ateliers comme dans les familles. Qu'on lise Tespos^ magistral de M. Landouzy(') :, il atteint {i l'éloquenca pa^f l'élévation des vues et la vigueur de l'expression, il passionnç par la générosité des sentiments et la foi persuasive. On le complétera utilement par une étude substantielle et auss; ardente qu'a publiée le docteur R. Ronime, sous le litre : lea Assurances ouvrières et la iutie contre la tuberculose er^ ^^^ema0n«(i) : il y a là, indépendaiçment d'un hisloriquer vue esquisse précise de l'organisation des sanatoria, où l'oi) peut suivre le rétablissement graduel, dans un repos et des soins qu'il n'a jamais connus, d'un ouvrier malade, jusqu'à^ jour où il recouvre la vie domestique dans la famille entrç temps soutenue et la capacité de travail. ,

Que faire dans notre pays, où le mal fait plus de victimes^ sans doute parce qu'il est moins bien combattu? M. Rommgi calcule (et il croit ces chiffres au-dessous de la réalité) qu'où pourrait, d'après la statistique de Grabowsee, sauver déflnii tivement 2,500 existences par an, et rendre à la société, a^ moins pendant plusieurs années, 35,000 autres. Laissons les supputations; il est certain que le bien à faire est immense. Les délégués au congrès de Berlin demandent qu'on hâl^ l'ouverture du premier sanatoriur.i populaire projeté depuis quatre ans, celui d'Angicourt. lisent rapporté, avec l'avis d'associer aux sanatoria des cures d'altitude, cl i maléfiques, marines, des impresssions fortes, selon le mol de M'. Landousy, qui les poussent à réclamer qu'on aborde nu plus tét l'œuvre de défense. Œuvre considérable et complexe, qui nq sera elTicacement engagée que par les efforts associés de l'Ëtat, de l'Assistance publique, des départements, des com-

( 1) On le trouvera au Btdieiin oitê plus haut, liïraieoa î de 1899. (i) Dans \a Revue générale des aoieru:ee,ii et 30 aoQt 1899.

&SÔ LBS OBSTACLES AD MIBdX-âTBB DD PBDPLE

munes, des mutualités, des orgfanîsmes d'assurance, des lociétés philanthropiques, de la bienfaisance privée, en collaboration avec 1h science. Nous n'avons pas les capitaux accumulés des Instituts allemands d'assurances ouvrières ; los caisses d'épargne, qui pourraient apporter leur aide (nous avons souvent dit ailleurs le rayonnement de bienfaits ju'elles répandent dans les pays à régime de libre emploi^, in sont encore ft solliciter la disponibilité d'une parcelle, un îiniquième, de leurs bonis ('). L'union des énergies diverses {ue nous' venons d'indiquer sera d'autant plus nécessaire. Peut- Stre les savante promoteurs de la lutte trouveront-ils volonliers un premier écbo à leur appel dans le -vœu au moins ^ucalif, voté sur la proposition de celui qui Acrît ces lignes, }ar le Congrès mutualiste de Toulouse, • qu'une action conn- [ binée de l'initiative privée et des pouvoirs compétents entre- [ prenne, conformément aux vues des délégués de l'Acadé- I mie de Médecine au congrès de Berlin, la lutte contre la ' tuberculose, et que, le jour où seront établis des sanatoria I populaires, les sociétés de secours mutuels (*}, par esprit [ de fraternité comme afin de réduire une des sources de leurs : dépenses de maladies, généralisent parmi leurs adhérents I l'usage de cette méthode de guérison ».

Tout un mouvement d'opinion est à faire nattre.

Un autre moyen de défense, indirect — préventif plutôt [ue réparateur, — est l'amélioration des logements popuaires.

C'est celui que signalailJules Simon en ces suprêmes coneils que nous avons évoqués. L'habitation insalubre ou sur—

(I) La Caiiise d'épargne de Milan vient d« doter de 600.00) fr. un de ces anatorla de tuberculeux pauvres pour lesquels notre pa;8 cherche eu vain

(t) J'ai porté l'idée d'un concours de la mutualité devant le Conseil supâieiir des sociétés de secours mutuels à deux reprises ; dès 1899, pour tourer en ce sens l'attention de ces milieux ; en I9DI, pour préciser le rOle 09«ible et orienter vers des modes pratiques, sans viséDS excessives décoiiy igeantes. Mes deux propositions ont été adoptées à l'unanimité. En voju ) teste plus loin, au chap. La MuCualKé. f

Page 1