VI. L'Action directe
Il est un mot qui suscite bien des discussions. On s'est plû à lui donner une définition mensongère, et on l'a agi! S comme, un épouvantait. L'action directe^ par la bo' <che de nos contradicteurs, a subi une déformation exagérée, qu'il convient de redresser. Il appartient, en effet, à ceux qui ont lancé ce mot de le définir. I Action directe veut dire action des ouvriers euxmêmes, c'esl-à-dire action directement exercée par les intéressés. Cest le travailleur qui accomplit lui-même son effori; il l'exerce personnellement sur les puissances qui le dominent, pour obtenir d'elles les avantages réclamés. Par Vaciion direcie^ l'ouvrier crée luimême sa lutte ; c'est lui qui la conduit, décidé à ne pas s'en rapporter à d'autres qu'à lui-même du soin de le libérer.
Bl comme les définitions théoriques ne suffisent pas
pour niontrer ce que nous entendons par action directe,
y I il firat dter ea exemple l'agitation faite en France po«r
^ I la libération du capitaine Dreyfus. Si on eût attendu
du aeal eflbl de la I^U cette libération, il est eertaia
iOL
l'action STNDICAUtTB
ifn'elle ne serait pes un ùAi accompli. C'est grâce à nue agitation, par une campagne de presse, par meetings, rminions, manifestions, démonstrations dans ta rue qui furent, en quelques circonstances, des massacres, oue Topinion publique M saisie et que fut préparée une dispoaition d*esprit ftiTorabie à la cause du forçat Cest la foule soulcTée qui fit pression sur les pouToira consti- Cnés, et ta louide machine judiciaire, mise en mouTOment, rendit à ta liberté le capitaine. Chacun a trop présent à Tesprit cette période d'agitation pour 8> attarder.
C'est à ta suite d'une agitation moins raste, mata de même caractèro, que les pouvoira ont attenté au droit
Ide propriété des placeurs, en permettant ta suppression du pririlège de placement
L'attitude du Sénat au sujet de l'extension de ta juridiction prud'homale à toutes les catégories de salariés, BMMitra encore ta raleur de l'action directe. Rappekms ee fait, trop peu cité.
En juillet 1903, les organisations des Employés ptactrdalent sur les mura oe Paris un appel à ta corpora* tlon, qui disait :
Les Emptoyés deoMBdent des Juges I La Chambre s*est inspirée de leurs vœux; eUe a adopté, à ta presque uaanl- ■Hè, nD projet de loi accordant aux emptajés ta JuridkUon des prudlMNnraes.
Ce projet est actneUement au Sénat M. ta mtaisira do Commerce Fa défendu dans un diseoura ' fofci ta péroraison....
n est tel]
ittaipoesibto rjptnttoatn.
que ee tangage ne soit pas ëp frm u t é ém
Emptayés, a jes eonUsnea I
Renonçai à des SMnilealatfons tat e mpea U Te a qui aeniem aiploHéea par les parito de réaction et eompromettralenl notre cause. Cttf par nsirt saftSM fs'll /M /Ûre lyfsf é ta
Ùat
L ACTION STNniCAUSTB fS
A ce langage si sage et si... républicain, le Sénat répondit par un acte démocratique et., républicain. Pin octobre, il refusait la prud'homie à ces salariés. Et ce refus était opposé au moment où ta Chambre Totait la suppression des bureaux de placement Cependant, il faut le répéter, celle-ci constituait un attentat (bien anodin, sans doute) à la propriéte; la question prud'homale n'était qu'une exlengion d'une juridiction établie.
Trois mois après, le Sénat renouvelait, par un deuxième vote, à une plus forte majorite que la première fois, son refus. Devant cette obstination, les Employés lançaient l'appel suivant :
En reftisant aui employés du commerce et de Ttadustrie ta Juridiction des prud'hommes, le Sénat a trompé ta cofinance que le prolétariat des bureaux et des magasfais avait mise en son esprit républicain. Protester contre son vote réactionnaire s'impose à nous comme un devoir.
Mais ta protestation, quil apparUent à chacune de vos organisations corporatives de faire retentir, resterait vaine ai eUe n'était suivie d'une action énergique.
A cette action vous devex conrier, pour un effbK solidaire, nos camarades ouvriera. Ce ne sont pas seulement nos droita qui ont été méconnus, ce sont aussi leura droita qui ont été menacés par les atUques dont Tfaistitation même des prud'hommes a ét« l'objet de ta paK des réacteura du Luxembourg.
Ito ont oaé tavoquer contre nous et contre tous les travaiUeura lea principea de ta RévoluUon. Quelle audace et oueUe impudence I Croient4to donc que vous aves oublié rhistoira des luttes aoutennes pour ta défenae de nos droita? Et qui donc, sinon les hommes de 1789 et de ITtB, a proclamé ta plua énergiquement ta droit dea dtoyena à être jugea par taon pairs, ta principe de rélection dea magiatrataT
C'aat à une énergique campagne de protestation et d*acUon que voua appeUe ta Pédération nattonata dea Empta jéa. U anecèa pcechata aat encore poasibta : U dépend de votre résoluttan et de votre ténadU. U videnca aérait diumorsvae pour notre causa, BMta l'inaction et ta sMencslui ^ BMrtata. Par tons laa SMjeM en votre ponvoér ai
M L*ACn01l STNDICAUSTB
par Ums les lerraint de propagaïuie, manifestex votre tokmté, âfCmez votre droit
Employée du comuicree et de rindoetrie, En ▼01IS reftisant la Juridiction des prud'hotoimee, le Sénat m comnie contre voue un déni de justice. Votrç Fédération nationale ne se laissera décourager par aucun obetaele, désarmer par aucune habileté. Forte de votre appui, elle ne ces s e ra le combat que lorsque la justice vous aura été assurés psr Is complète victoire de vos revendicstions.
Il y a une difléronce entre les deux appels. Le second déclare Inaction indispensable et énergique ; c*e8t là ce ' que signifie action dirteU.
Pour finir sur ce point, voici une appréciation, qui •oit la reproduction d'un passage d*un rapide exposé de Sembat au Parlement sur ce qu'est l'action dirtcie : elle est de Pouget :
Eb oui I Voilà ce qu>8t Vaetton dirtete.,. Elle est une manifestation de la conscience et de la volonté ouvrières ; elle peut avoir des allures bénévoles et très pacifiques, et aussi dea allures vigoureuses et violentes... Cela dépend des dr-
Mais, en un cas comme dans l'autre, elle est de Taction révolutionnaire parce qu'elle n*a cure de la légaUté bourgeoise et que sa tendance est d'obtenir des améliorationsqui réalisent une diminution des privilèges bourgeois.