‹ L'action syndicalisteChapitre 16 sur 18 · LA GRÈVE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

LA GRÈVE GÉNÉRALE

1* La grève générale et ten aduenairei êocialittet,

La rapidité avec laquelle l'idée do ^rèvo g<>nëralo s'est répandue dans les milieux ouvriers t<^moignc de sa force de pénétration. Cependant, les adversaires de cette forme d'action sont encore nombreux chez ceux-là qui se réclament des idées d'émancipation sociale.

Tandis que les défenseurs de notre état social croient fk l'éventualité d'une lutte se manifestant par la cessation complète du travail, des partisan» d'une transformation sociale s'en proclament les adversaires I

En effet, les propagandistes de l'idée de grève générale sont traités de rêveurs, d'utopistes, de fous, par des citoyens... traités comme tels, do leur c6té, |Mir les conservateurs bourgeois, pour vouloir bouleverser l'ordre de choses actuel. Or, les partisans du moyen d'action qu'est la grève générale veulent, eux aussi, ce même bouleversement ! C'est là une constatation quelque peu cboquante.

Néanmoins, l'obstruction ouverte ou déguisée n'a pas arrêté la propagation de l'idée de grève générale, puisque chaque jour lui amène de nouvelles adhésions. Ce qui le montre, c'est que les faits ne manquent pas d'obliger, même les plus hostiles, à utilisercette formede lutte. N'empêche qu'après l'avoir employée, on s'en déclare l'adversaire... malgré qu'on se dispose à y recourir à nouveau.

Les motifs de cette nouvelle contradiction ne sauraient échapper à l'observateur impartial qui sa garde de les

(1) Réponse à rSaquéte du JÊûoomtnt Soelallite (a** 1S7- 1» de Jute et juillet 1904).

S8 l'action STNDICAUtTB

faire siens. Et pour ctusel J*aurais toqIu marquer les raisons cette attitude, mais ce serait compliquer cette &iquéte.

Je me bornerai, à ce début, à répéter que la grèTe générale apparaît de plus en plus comme un puissant outil pour la lutte ouTrière. Les manirostations de grève générale se renouTcllent avec une intensité que les premiers propagandistes n^araient pu prévoir et qui dénotent rimpossibilité, pour nos adversaires, d'en arrêter ou d*en paralyser le grand essor.

Que les capitalistes afOrment le caractère insensé de la grève générale, tout en prenant leurs dispositions pour en annihiler les effets, c*est leur droit et c*est leur intérêt 1 Mais que des lutteurs du mouvement social 8*obstinent à ne pas croire à sa possibilité, voilà qui eatCiire montre d'un réel aveuglement, préparant à ceux qui en sont victimes, de cruelles déceptions.

Si je ne me trompe, cette Enquête a pour but, non de bdre oeuvre de vulgarisation, mais de vaincre des résistances et des appréhensions, ou do dissiper dos erreurs.

On conviendra qu*il est dillHcile, sinon impossible, de convaincre des socialistes qui ont, à mon sens, le grave tort de vouloir vivre une époque disparue, tant il est vrai que les faits évoluent avec une plus grande célérité que les cerveaux humains.

A un moment donné, on formule un dogme, et on croit aisément que les hommes, en se mouvant, ont toujours présentes à Tesprit les « vérités » proclamées pour s*en inspirer ; on est persuadé que les événements vont leur traîa, suivant le tracé défini en vertu d'une orthodoxie rigoureuse et étroite. Puis les faits passent, les hommes se succèdent, et on assiste étonné — on pourrait dire naïf — au booleversemeot de ces formules que, bien iBleationaé, on a créées. On ne se rend pas compte de la traaaformation qui s'est opérée, et durant que les astres marchent et s'agitent, on reste sur placoy l'csil obattoéoient fixé sur le dogme, l'esprit toujours porté ^ sw la mèoie préoccupation : la formule établie. / Enrsgisfrer la vie douloureuse du prolétariat i

l'action syndicaliste S9

ietti par les possédants, dont l'expression politique est le pouvoir central, est bien ; assigner comme tAchc la 'conquête de ce pouvoir, pour en retourner les effets, est insuffisant. A se cantonner dans ce^ vues on flnil par « retarder », et on p isse à c/Vté de moyens d'action qui ne sont que la condensation d'efforts nf^cessaires et la forme do lutte adéquate à nos milieux sociaux.

La conquête du pouvoir est nécessaire dans l^sprit de beaucoup de camarades, et pour y parvenir ils veulent créer les cadres d'une organisation s'oxerçant en vue de cette conquête. Cette organisation ne peut comprendre logiquement que les individus qui reconnaissent les antagonismes de classe en les matérialisant organiquement. Cette organisalion en parti politique, contre laquelle je n'ai pas à m'élever, repose simplement sur une concordance d'idées, puisqu'elle peut grouper des hommes économiquement adversaires. Cependant cette coopération est admissible, le mouvement ouvrier étant assez vaste et assez souple pour ne pas rejeter les concours qui s'offrent. 11 n'en est pas moins vrai que cette coopération a eu, à de certaines périodes, des effets désastreux.

2* La grève générale d le mouoemenl gyndical.

Le citoyen Edouard Bcrth me permettra de faire miennes les conclusions d'un article paru dans le Mouoemenl SoeialUle (avril 1904) : C'est dans l'idée de la grève générale qu'est contenue peut-être toute l'essence révolutionnaire du socialisme. Rien de plus exact. Quels que soient les désirs et les formules, il existe une organisation spécifiquement ouvrière, reposant sur une concordance de besoins, qui tend à créer une concordance d'idées. Et cette organisation, qu'on appelle le mouvement syndical, n'est que la représentation de l'atelier et de l'usine. Elle comprend des hommes vivant dans les mêmes conditions, courbés sous des règles identiques.

Si la vie ouvrière s'exerce et s'alimente à l'atelier et à l'usine, le mouvement syndical en est TexpresaioB*

au

L ACTION ëTNDICALlSTK

. Las préoccapations intimes da tniTaillear, proroqnées par les conditions de traTail qui lui sont faites chez le patron et dont il constate les durs eflets dans son foyer, trourent leur tribune et leur écho dans le syndicat.

Et malgré les défauts de ces groupements — défauts qa*en grande partie Ton pourrait attribuer à la fausse éducation sociale donnée à Fourrier — ils sont bien Témanation, je dirai la physionomie de la vie ouvrière, dont Torganisation politique peut s*inspirer, sans la pouvoir représenter.

Aujourd'hui, nul ne songe et nul n*oserait contester la nécessité du mouvement syndical, mais on voudrait limiter son effort en le subordonnant à des forces extérieures, alors qu*on devrait reconnaître qu*à iin mouvement qui va croissant, il faut des moyens d*action tirés des formes mêmes du groupement qui le produit.

Il est aisé de se rendre compte que la grève générale surgit des formes du groupement syndical et de Torientation qui s*en dégage. Le développement des organes ouvriers Tindique, leur évolution le montre. Certes, le nombre des syndicats, on ces dernières années, n*a pas augmenté outre mesure. En revanche, et c'est ce qui •si symptomatique, le besoin éprouvé par ces syndicats de se grouper dans leur Bourse du Travail et dans leur Fédération nationale corporative prouve bien que le e6té égoïste, qui, pour d*aucuns, constituait le caractère fondamental du syndicat, disparaît, ou pour parler plus exactement, que la conscience ouvrière dont la première notion s^afflrmait dans le syndicat, se précise en se développant

Ces organismes, en annihilant le caractère strictement prâessionnel de chacun de leurs éléments, les appellent à une vie sociale plus, élevée ; cette iiû doit se faire jour pour se développer, et c*est dans des manileatatioiia de lutte qu'elle prend corps et se matérialise.

El comme il ne suffit pesa ces organismes de créer Tieisoctole qui nivelle lea consciences ei engendre

ttetton«Vila se rapprochent el se mêlent è leur tour. Ce

L'ACTION STNOICAUSTB

SI

contact et ce mélange constituent un mouvement ouvrier en France dont on ne saurait nier Timportance.

Cette importance n*échappe pas à nos adversaires. Les dirigeants, effrayés d*un mouvement qui déborde, voudraient le tuer en lui attribuant la formation d*un complot contre la sûreté de TEtaL En province, les ordres sont donnés pour chercher les traces d*une organisation qui, de Paris, à leurs yeux, commande et dirige. Si des éléments étaient recueillis, on instruirait contre les militants, et on espère que le mouvement, décapité, serait mort pour longtemps.

Les gouvernants, qui croient que lo mouvement ouvrier s^exerce en vertu de formules el de résolutions, se trompent lourdement. La vie ouvrière est trop complexe dans ses manifestations de détail, — dont la conception el Tesprit sont cependant communs, — pour se prèler aux inepties des dirigeants. Et ce qui amène ces derniers à croire à un organinme rigoureux, automatique et directeur, c*est Teffroi que leur cause une cessation générale du travail. Ils escomptent une lutte gigantesque, et, connaissant Tesprit révolutionnaire qui ranimerait, ils sont décidés à prendre les devants en arrêtant tout.

C*est en prévision de cette éventualité qu*un plan de mobUisation a été établi au ministère de la Guerre. En cas de grève générale, porte ce plan, tel ofllcier d*Epinal devra -se rendre au Creuset, etc...

Et voilà que, alors que les capitalistes s*arment en vue de cette échéance, des socialistes estiment que la grève générale est utopique I

3* La parlée de la grève générale.

. Je ne puis mieux faire que de me placer derrière cette définition si nette et si claire, que contient une communication du syndicat des maçons de Reims, parue dans la Voix du Peuple, organe de la Coufédération géméraUdu Travail, du 8 mai 19M. Rendant compte d*une causerie, il est dit : « Passant en revue les questions portées à Tordre du Jonr du Congrès de Vichy, Gujot

tt L*ACTIOI« 8TNDICAU8TB

- explique que le grère générale ne peut être que la RévoloUon elle-même, car, comprise autrement, elle ne serait qu'une nouvelle duperie. Des grèves ffénérales corporatives ou régionales la précéderont et la prépareront » , , *

On ne peut mieux dire et, entre gens qui veulent comprendre, cette définition devrait suffire.

Dans les milieux ouvrien, c*est ainsi qu'on présente la grève générale. Certes, il a été un temps où on la montrait sous un autre aspect, où on lui donnait un caractèra différent, mais il faut convenir que rien ne tui tenté, en se prêtant à une discussion sans réserve, pour préciser cette idée. De plus, la conscience ouvrière était loin d'étra ce qu'elle est aujourd'hui ; et puis, * c'était plutôt la définition d'une idée théorique résumant des aspirations, qu'une interprétation défaits telle qu'on l'envisage actuellement.

La grève générale est le refus des producteura de travailler pour procurer iouissance et satisfaction auxnonproducteure; elle est l'explosion consciente des efforts ouvriera en vue de la transformation sociale ; elle est l'aboutissant logique de l'action constante du prolétariat en mal d'émancipation ; elle est la multiplication des luttes soutenues contra le patronat. Elle implique comme acte final un sens très développé de la lutte et une pratique supérieure de l'action. Elle est une étape de l'évolution marquée et précipitée par des soubre- 'aauU, qui, comme le dit Guyot dans l'ordre du jour phM haut rapporté, seront des grèves générales corporativea..

JCes dernières constituent la g]rmnastique nécessaire, de même que les grandes manœuvres sont la gymnastique de la guerre.

On n'attend pas de moi l'explication détaillée du nouvement final, pas plus que des actions généralisées dea corporations, que, pour l'instant, je ne puis prévoir. Je ae veux nullement louer au prophète, en traçant un plan qui assignerait a chaque homme la place qu'il dent dccoper. Qoe, du haut d*un septième ciel, on

l'action STNDICAUSTB 19

s'amuse à poser des jalons sur une carte représentant le' monde social, voilà qui n'est pas de mon goAt.

Tout mouvement révolutionnaire n'a donné que ce que la classe opprimée du moment a conçu et a su prendre. La révolution, entrevue par tous, et que le monde ouvrier appelle grève générale, sera, elle aussi, ce que le travailleur l'aura conçue et saura la créer. L'action se déroulera selon le degré de conscience de l'ouvrier, et selon l'expérience et le sens de la lutte qu'il se sera donnés.

Comme cette action devra s'exercer contre des forces mdltiples et variées, comme elle devra réagir contre des courants divera, ce ne seront pas des décisions uniformes et étroites qui seront applicables. 11 appartiendra au travailleur d'adapter au milieu d'alore et aux éléments contraires les armes que les circonstances mettront à sa portée.

La grève générale, dans son expression dernière^ n'est pas pour les milieux ouvrière le simple arrêt des bras; elle est la prise de possession des richesses sociales mises en valeur par les corporations, en l'espèce les syndicats, au profit de tous. Cette grève générale, ou révolution, sera violente ou pacifique selon les résistances à vaincre. Elle sera la totalisation des efforts des producteura sous l'impulsion des groupements ouvriels.

Mais nous n'entendons pas fixer le jour ni l'époque qui mettra aux prises salariés et salarianU. 11 n'appartient à nulle force humaine de l'indiquer.

Hjs mouvement naîtra des circonstances, d'une mentalitéiouvrière plus élevée, à la hauteur des événements qui porteront en euz-mèmea lea éléments de généra- Usalion.

Les élémenls de généralisation se définissent par le rôle joué dans la production par telle ou telle industrie, entraînant la mise en action d'une autre industrie, dont lea effets iront se répercutant sur d'toatrea branches de l'tetiTité huBBaine.

On objectera que tout cela dénote ui degré aapé»

34 L*ACT10N 8TND1CAU8TB

Tieor (Inorganisation, qu*il n*est pas possible de mettre en mourement au mémo iour la classe ouTrière en totalité. Je répondrai d*abord que nous ne prétendons nullement qu*un point de départ peut ne pas être eommun à tous les traTailleurs ; nous ne disons pas que cela ne peut pas se produire. Nous nous inspirons des contingences sociales et nous disons que, de même, la conquête légalitaire du pouToir no saurait impliquer, poar ceux qui 8*hypnotisent devant elle, rentrée totale d*élus ouvriers au Parlement. Ceux-là disent que la • majorité sunira pour transformer Tétat social. La conquête rérolutionnaire du pouvoir également ne saurait non plus être Tacte unanime du pays. De part et d*autre, il y aura des gens entraînés maIgnS eux et subissant le résultat de cette conquête. Et j*ospêre bien que les uns et les autres raisonnent ainsi, car autrement ils pourraient attendre Tan 50.000.

11 nous est donc permis, à nous aussi, dé dire que les travailleurs organisés de certaines industries s*agileront sous Tempire de préoccupations données, obligeant d*autres corporations à les suivre.

La révolution, quel que soit son stimulant, ne saura être acceptée par tous. Une* minorité, que nos efforts incessants de propagande et d*action tendent à grossir, toscitera le mouvement révolutionnaire dont la nécesdté apparaît à chacun.

Une plus forte éducation sociale, une grande expérience dans la lutte, une profonde connaissance du milieu social sont autant do conditions nécessaires. Pour les acquérir, Taction s*impose. Par rétude.des conditions du travail, Touvrier apprend à connaître le miliea qai resservit ; par Teffort en vue de les améliorer, U prend un contact direct avec les forces qui le dominent et il éprouve leur degré de résistance. Ainsi, eon esprit d'observation et d*examen 8*afBne ; il se donne lee éléments indispensables pour se diriger lui-même ; U contribue è donner à Faction du monde ouvrier ane plaee el ém avtorité croissantee.

Cheean* reeonnatt IHirgenee pour le prolétaire de tra- *

ti

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veiller à accroître ses moyens d*existence, ce qui augmente d*autanl sa force de combativité et son avidité pour plus de réformes. En se groupant Touvrier exerce un effort, et c*est dans la pratique de cet effort qu*il parvient à Tintensifier. Et c*est par celte intensité, suscitant une croissance de vie, que la classe ouvrière se libérera du monde capitaliste.

4* La yrèoe générale et la pratique.

'f\jt but du travailleur est son émancipation, Toutil est • le groupement, le moyen est la lutte. L*action ouvrière V [se donne comme but Témancipation ouvrière ; elle se ; donne comme outil le syndicat, et comme moyen la ï* grève, qui est la lutte portée à son maximum d*acuité. (Pç.là, le recours, pour un résultat matériel et moral, à la grève. Ets*ilaétéun temps où l^i grève partielle, pour certains, était condamnable, parce qu*elle détournait, k leurs yeux, Tattention de Touvrier do Tidée de grève générale, il n*en est pas de même aujourd'hui. AlorF que Ton opposait la grève, manifestation de Tatelier et de l*usine, à la grève générale, manifestation de la vie sociale, à présent on considère que Tune et Tautre procèdent du même esprit : la résisitance et Tobtention de réformes. La grève générale est le complément amplifié du désir prolétarien pour plus de mieux-être. On ne peut donc pas les opposer Tune à Tautre. Toutes deux sont maniées par rouvrier pour les mêmes fins : Témancipation des travailleurs.

Cela est si bien compris, qu*aux luttes particulières tendent à succéder des luttes à caractère généralisé. Dès qu*une maison est en grève, immédiatement Tobjectif est d*étendre cette grève aux autres maisons. U est arrivé que la vie de toute une ville était arrêtée, non pas aeulement parce aue Tesprit de solidarité s*est dévMO|M)é, mais paiî^ que la eonnexité des corporations éclate plus nettement, ce qui crée la commanauté d'efforts dans la résistance.

Ces dernières années, il noos a été donné de voir dee mouvements passer par ces différentes pha«e«. Mar-

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faire siens. Et pour cause ! J*aurais roulu marquer lea raisons cette attitude, mais ce serait compliquer cette Enquête.

Je me bornerai, à ce début, à répéter que la grère générale apparaît de plus en plus comme un puissant outil pour la lutte ouvrière. Les manifestations de grève générale se renouToUent avec une intensité que les première propagandistes n*avaient pu prévoir et qui dénotent rimpossibilité, pour nos adversaires, d*en arrêter ou d*en paralyser le grand essor.

Que les capitalistes afDrment le caractère insensé de ' la grève générale, tout en prenant loure dispositions pour en annihiler les effets, c*est leur droit et c*est leur intérêt I Mais que des lutteure du mouvement social s'obstinent à ne pas croire à sa possibilité, voilà qui est faire montre d*un réel aveuglement, préparant à ceux qui en sont victimes, de cruelles déceptions.

Si je ne me trompe, cette Enquête a pour but, non de faire œuvre de vulgarisation, mais de vaincre des résistances et des appréhensions, ou de dissiper des erreura.

On conviendra qu*il est dîAicile, sinon impossible, de eonvaincredes socialistes qui ont, à mon sens, le grave tort de vouloir vivre une époque disparue, tant il est vrai que les faits évoluent avec une plus grande célérité que les cerveaux humains.

A un moment donné, on formule un dogme, et on croit aisément que les hommes, en se mouvant, ont toujoun présentes à Tesprit les « vérités » proclamées pour 8*en inspirer ; on est penuadé que les événements vont leur train, suivant le tracé défini en vertu d*une orthodoxie rigoureuse et étroite. Puis les faits passent, les hommes se soecèdent, et on assiste étonné — on pourrait dire naïf— an bouleversement de ces formules que, bien intentionné, on a créées. On ne se rend pas compte de la IranaformatioB qui s*est opérée, et durant que lea antres niarehent el s*agitent, on reste sur place, Tcsil obetiiiément fixé sur le dogme, Tesprit toujonn porté aw la même préoccupation : la formule établie.

EoMgisfrer la vie donlooreoae dv prolétariat aaso"

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ietti par les possédants, dont Texpression politique est le pouvoir central, est bien ; assigner comme lAchc la 'conquête de ce pouvoir, pour en retourner les effets, est insuffisant. A se cantonner dans cc^ vues on finit par « retarder », et on \> '.sse à côté de moyens d*action qui ne sont que la condensation d*ofTorts ni^cessaires et la ferme do lutte adéquate à nos milieux sociaux.

La conquête du pouvoir est nécessaire dans l^sprit de beaucoup de camaradi», et pour y parvenir ils veulent créer les cadres d*une organisation s*oxerçant en vue de cette conquête. Cette organisation ne peut comprendre logiquementquc lesindividus qui reconnaissent les antagonismes de classe en les matérialisant organiquement. Cette organisation en parti politique, contre laquelle je n*ai pas à m*élever, repose simplement sur une concordance d*idécs, puisqu'elle peut grou|)cr des hommes économiquement adversaires. Cependant cotte coopération est admissible, le mouvement ouvrier étant assez vaste et assez souple pour ne pas rejeter les concoure qui s'offrent. Il n*en est pas moins vrai que cette coopération a eu, à de certaines périodes, des effets désastreux.

2* La grève générale et le mouœmenl iyndieai.

Le citoyen Edouard Berth me permettra de faire miennes les conclusions d*un article paru dans le Mouoemenl SoelalUle (avril 1904) : C*e8l dans Tidée de la grève générale qu*est contenue peut-être toute Tessence révolutionnaire du socialisme. Rien de plus exact. Quels que soient les désire et les formules, il existe une organisation spécifiquement ouvrière, reposant sur une concordance de besoins, qui tend à créer une concordance d*idéea. Et cette organisation, qu*on appelle le mouvement syndical, n*est que la représentation de râtelier et de Tustne. EUe eomprend des hommes vivant dans les mêmes eonditionsy courbés sons des réglée identiques.

Si la vie ouvrière s*exerce et 8*alimente à râtelier el è rusinOf le mouvement syndical en est rexpreaaion.

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. Las préoccapations intimes da tniTaîllear, proToqaées par les conditions de traTail qui lui sont faites chez le patron et dont il constate les durs efTets dans son foyer, trouvent leur tribune et leur écho dans le syndicat.

Et malgré les défauts de ces groupements — défauts qa*en grande partie Ton pourrait attribuer à la fausse éducation sociale donnée à Tourrier — ils sont bien Témanation, je dirai la physionomie de la vie ouvrière, dont Torganisation politique peut s^inspirer, sans la pouvoir représenter.

Aujourd'hui, nul ne songe et nul n*oserait contester la nécessité du mouvement syndical, mais on voudrait limiter son effort en le subordonnant à des forces extérieures, alors qu*on devrait reconnaître au*à un mouvement qui va croissant, il faut des moyens d'action tirés des formes mêmes du groupement qui le produit.

Il est aisé de se rendre compte que la grève générale surgit des formes du groupement syndical et de Torientation qui s'en dégage. Le développement des organes ouvriers l'indique, leur évolution le montre. Certes, le nombre des syndicats, en ces dernières années, n'a pas augmenté outre mesure. En revanche, et c'est ce qui eat symptomatique, le besoin éprouvé par ces syndicats de se grouper dans leur Bourse du Travail et dans leur Fédération nationale corporative prouve bien que le e6té égoïste, qui, pour d'aucuns, constituait le caractère fondamental du syndicat, disparaît, ou pour parler plus exactement, que la conscience ouvrière dont la première notion s'afflrmait dans le syndicat, se précise en se développant

Ces organismes, en annihilant le caractère strictement prâessionnel de chacun de leurs éléments, les appellent à une vie sociale plus, élevée ; cette fie doit se faire jour pour se développer, et c'est dans des manifestatioDS de lutte qu'elle prend corps et se matérialise.

El comme il ne suffit pas- à ces organismes de créer WM vieisoctole qui nlTelle les oonsciencea et engendre l*tettoB«Vila se rapprocheot el se mêlent è leur toor. Ce

L'ACTION STNOICAUSTB

SI

contact et ce mélange constituent un mouvement ouvrier en France dont on ne saurait nier l'importance.

Cette importance n'échappe pas à nos adversaires. Les dirigeants, effrayés d'un mouvement qui déborde, voudraient le tuer en lui attribuant la formation d'un complot contre la sûreté de l'EtaL En province, les ordres sont donnés pour chercher les traces d'une organisation qui, de Paris, à leurs yeux, commande et dirige. Si des éléments étaient recueillis, on instruirait contre les militants, et on espère que le mouvement, décapité, serait mort pour longtemps.

Les gouvernants, qui croient que lo mouvement ouvrier s'exerce en vertu de formules el de résolutions, se trompent lourdement. La vie ouvrière est trop complexe dans ses manifestations de détail, — dont la conception et l'Mprit sont cependant communs, — pour se prêter aux inepties des dirigeants. Et ce qui amène ces derniers à croire à un organÎHme rigoureux, automatique et directeur, c'est l'effroi que leur cause une cessation générale du travail. Ils escomptent une lutte gigantesque, et, connaissant l'esprit révolutionnaire qui l'animerait, ils sont décidés à prendre les devants en arrêtant tout.

C'est en prévision de cette éventualité qu'un plan de mobUisation a été établi au ministère do la Guerre. En cas de grève générale, porte ce plan, tel ofncier d'Epinal devra -se rendre au Creuset, etc...

Et voilà que, alors que les capitalistes s'arment en vue de cette échéance, des socialistes estiment que la grève générale est utopique I

3* La portée de la grève générale.

. Je ne puis mieux faire que de me placer derrière cette définition si nette et si claire, que contient une communication du syndicat des maçons de Reims, parue dans la Voix du Peuple^ organe de la Confédéraiion générale du Travail^ du 8 omI 19M. Rendant compte d'une causeriOt il est dit : « Passant en revue lea questions portées à Tordre dn Jonr dn Congrès de Viehy, Goyot

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explique que la grèTo générale ne peut être que la Révolution elle-même, car, comprise autrement, elle ne ferait qu'une nouvelle duperie. Des grèves ffénérales corporatives ou régionales la précéderont et la prépareront » , • 4

On ne peut mieux dire et, entre gens qui veulent comprendre, cette définition devrait suffire.

Dans les milieux ouvriers, c*est ainsi qu*on présente la grève générale. Certes, il a été un temps où on la montrait sous un autre aspect, où on lui donnait un caractère différent, mais il faut convenir que rien ne fut tenté, en se prêtant à une discussion sans réserve, pour préciser cette idée. De plus, la conscience ouvrière était loin d*ètre ce qu'elle est aujourd'hui ; et puis, c'était plutôt la définition d'une idée théorique résumant des aspirations, qu'une interprétation défaits telle qu'on l'envisage actuellement.

La grève générale est le refus des producteurs de travailler pour procurer jouissance et satisfaction aux nonproducteurs; elle est l'explosion consciente dos efforts ouvriers en vue de la transformation sociale ; elle est l'aboutissant logique de l'action constante du prolétariat en mal d'émancipation ; elle est la multiplication fies luttes soutenues contre le patronat. Elle implique comme acte final un sens très développé de la lutte et une pratique supérieure de l'action. Elle est une étape de l'évolution marquée et précipitée par des soubreaauts, qui, comme le dit Guyot dans l'ordre du jour plus haut rapporté, seront des grèves générales corporatives..

ICes dernières constituent la g]rmnastique nécessaire, de même que les grandes manœuvres sont la gjmnastîque de la guerre.

On n'attend pas de moi l'explication détaillée du mouvement final, pas plus que des actions généralisées des corporations, que, pour l'instant, je ne puis prévoir. Jo ae veux nullement Jouer au prophète, en traçant un plan qui assignerait a chaque homme la plaee qu'il devra dceoper. Que, du haut d*uB septième deU on

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s'amuse à poser des jalons sur une carie représentant le' monde social, voilà qui n'est pas de mon goût.

Tout mouvement révolutionnaire n'a donné que ce que la classe opprimée du moment a conçu et a su prendre. La révolution, entrevue par tous, et que le monde ouvrier appelle grève générale, sera, elle aussi, ce que le travailleur l'aura conçue et saura la créer. L'action se déroulera selon le degré de conscience de l'ouvrier, et selon l'expérience et le sens de la lutte qu'il se sera donnés.

Comme cette action devra s'exercer contre des forces mdltiples et variées, comme elle devra réagir contre des courants divers, ce ne seront pas des décisions uniformes et étroites qui seront applicables. Il appartiendra au travailleur d'adapter au milieu d'alors et aux éléments contraires les armes que les circonstances mettront à sa portée.

La grève générale, dans son expression demièror n'est pas pour les milieux ouvriers le simple arrêt des bras; elle est la prise de possession des richesses sociales mises en valeur par les corporations, en l'espèce les syndicats, au profit de tous. Cette grève générale, ou révolution, sera violente ou pacifique selon les résistances à vaincre. Elle sera la totalisation des effort» des producteurs sous l'impulsion des groupements ouvriers.

Mais nous n'entendons pas fixer le jour ni l'époque qui mettra aux prises salariés et salariants. 11 n'appartient à nulle force humaine de l'indiquer.

H^ mouvement naîtra des circonstances, d'une montaUtéSouvrière plus élevée, à la hauteur des événemeaU qui porteront en eux-mêmes les éléments de généra- Usalion.

Les élémenls de généralisation se définissent par le rôle joué dans la production par telle ou telle industrie, entraînant la mise en action d*UDe autre industrie, dont les elfeU iront se répertutanl sur d'autres branches de l'activité humaine.

On objectera que tout cela dénoCe u degré i

34 L*ACT10N 8TNDICAU8TB

riear d'organisation, qu*il n*esl pas possible de mettre en mouvement au mémo iour la classe ouvrière en totalité. Je répondrai d*abord que nous ne prétendons nullement qu*un point do départ peut ne pas être eommun à tous les travailleurs ; nous ne disons pas que cela ne peut pas se produire. Nous nous inspirons des contingences sociales et nous disons que, de môme, la conquête légalitaire du pouvoir no saurait impliquer, pour ceux qui s'hypnotisent devant elle, rentrée totale d*élu8 ouvriers au Parlement. Ceux-là disent que la majorité suMlra pour transformer Tétat social. La conquête révolutionnaire du pouvoir également ne saurait non plus être Tacte unanime du pays. De part et d*autre, il y aura des gens entraînés malgnS eux et subissant le résultat de cette conquête. Et j'espère bien que les uns et les autres raisonnent ainsi, car autrenâent ils pourraient attendre Tan 50.000.

Il nous est donc permis, à nous aussi, dé dire que les travailleurs oi]ganisés de certaines industries s'agiteront sous l'empire de préoccupations données, obligeant d'autres corporations à les suivre.

La révolution, quel que soit son stimulant, ne saura être acceptée par tous. Une* minorité, que nos efforts incessants de propagande et d'action tendent à grossir, suscitera le mouvement révolutionnaire dont la néceseité apparaît à chacun.

Une plus forte éducation sociale, une grande expérience dans la lutte, une profonde connaissance du milieu social sont autant de conditions nécessaires. Pour les acquérir, Faction s'impose. Par l'étude. des conditions du travail, l'ouvrier apprend à connaître le milieu qui Tasservit ; par l'effort en vue de les améliorer, il prend un contact direct avec les forces qui le dominent et il éprouve leur degré de résistance. Ainsi, non esprit d'observation et d*examen s'affine ; il se donne les éléments indispensables pour se diriser lui-même ; il eonlrib^ è donner à Faction du monde ouvrier one plaee el if ne autorité croissantes.

Chnean* reconnaît Turgenee pour le prolétaire de tm- *

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veiller à accroître ses moyens d'existence, ce qui augmente d'autant sa force de combativité et son avidité pour plus de réformes. En se groupant l'ouvrier exerce un effort, et c'est dans la pratique de cet effort qu'il parvient à l'intensifier. Et c'est par cette intensité, suscitant une croissance de vie, que la classe ouvrière se libérera du monde capitaliste.

4* La -grève générale ei la pratique,

;'^Le but du travailleur est son émancipation, l'outil est • le groupement, le moyen est la luUe. L'action ouvrière [se donne comme but l'émancipation ouvrière ; elle se ; donne comme outil le syndicat, et comme moyen la f grève, qui est la lutte portée à son maximum d'acuité. ^De.là, le recours, pour un résultat matériel et moral, à la grève. Et s'il a été un temps où la grève partielle, pour certains, était condamnable, parce qu'elle détournait, k leurs yeux, l'attention de l'ouvrier de l'idée de grève générale, il n'en est pas de même aujourd'hui. AlorF que l'on opposait la grève, manifestation de l'atelier et de Tusine, à la grève générale, manifestation de la vie sociale, à présent on considère que l'une et l'autre procèdent du même esprit : la résistance et l'obtention de réformes. La grève générale est le complément amplifié du désir prolétarien pour plus de mieux-être. On ne peut donc pas les opposer l'une à l'autre. Toutes deux sont maniées par l'ouvrier pour les mêmes fins : rémancipation des travailleurs.

Cela est si bien compris, qu'aux luttes particulières tendent à succéder des luttes à caractère généralisé. Dès qu'une maison est en grève, immédiatement l'objectif est d'étendre cette grève aux autres maisons. Il est arrivé aue la vie de toute une ville était arrêtée, non pas seulement parce oue l'esprit de solidarité s'est développé, mais parà que la connexité des corporations éclate plus nettement, ee qui crée la communauté d'efforts dans la résistance.

Ces dernières années, il noos a été donné de voir des mouvements passer par ces différentes pha«e«. Msr-

36 l'action 8TNDICAU8TB

Mdlle, en particalier, a été le théâtre d'événements de eette nature.

A eàXé de la grève générale localisée, il y a la grève

f^nérale corporative. Celle-là a pour objet la conquête une réforme précise. Les réformes à obtenir sont d'ordre différent Tantôt la classe ouvrière peut se dresser pour imposer au potronat telle ou telle revendication, tantôt elle peut se lever pour exiger des dirigeants telle ou telle réforme. Dans Tun comme dans l'autre cas, c'est le travailleur accomplissant lui-même son effort pour son avantage propre. C'est l'application de la maxime de Tlntemationale : l'émancipotion des travallleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes.

La grève nationale corporative des mineurs, en octobre 1902, prouve que cette forme de mouvement est possible. Il est inutile d'indiquer les raisons qui amenèrent son insuccès. Elles ne sont pas dues à la forme de la lutte.

Les^ Belges, par deux fois, ont utilisé la grève géné- ^ ralê'pour l'obtention du suffrage universel, et malgré llnsuccès de la deuxième que j*ai analysé ailleurs en son temps, ils paraissent décidés à l'employer une fois de plus.

Les Suédois, à qui elle a déjà si bien réussi, se préparent ï une nouvelle mise en mouvement.

Les Hongrois, récemment, malgré la propagande hostile à l'idée de grève générale, y ont eu recours, et e'est parce qu'elle a été exercée par des gens qu'une éducation n'avait pas préparés, que le mouvement a avorté. Et si elle eut duré deux jours de plus, la grève s'étendait à tout le pays. Mais telle qu*eUe, elle n'eo contient pas moins un profond enseignement

On peut répondre, en effet, que les résultats apportés par ces mouvements ne sont pas des plus probants. A eMé des satisfactions enregistrées, les déboires n'ont pas manqué, admettons-le. Mais pourquoi les Belles ei las Snédois, qui ne a'en sont jamais déclarés partisans, •OBl-ils disposés à renouveler la grève générale T Sans ptfce qu'elle eoastitne ponr aa on excellaoi

l'action STNDICAUSTB

11 y a lieu d'aiouter que la conquête électorale du pouvoir a donné bien des déceptions. Tel siège emporté était perdu peu après, et alors, s'il est vrai que les insuccès doivent faire condamner la forme d'action employée, que devrait-il rester du suffrage universel T II m'apparalt clairement qu'il devrait être relégué au magasin des accessoires. Et si des citoyens sont logiques en ne condamnant pas tel moyen d'action dont les défaites ne se comptent plus, pourquoi condamnent-ils tel autre moyen qui n'a pas à son actif plus d'insuccès T A tout homme qui s'intéresse au mouvement social et surtout à celui qui y prend part, il est impossible de fermer les yeux à l'évidence.

Le mouvement ouvrier existe. Les manifestations de grève généralisée à caractère strictement prolétarien en sont les produits naturels. En nier l'importance et la signification serait inexplicable de la part de citoyens dont l'unique préoccupation doit être, non pas de vouloir créer les événements selon leurs idées préétablies, mais de les interpréter pour tirer d'eux le maximum d'avantages pour les travailleurs.

Tons ceux qui n'obéissent pas à cette règle ne sauraient prétendre jouer un rôle utile dans le monde ouvrier, car celui-ci passerait au-dessus d'eux. Son ascension logique vers des conditions meilleures de vie, ae poursuivrait sans se soucier de leurs gestes désMpéréa.

LE PATRIOnSMB (1) !• Le$ dioeneê eoneepihmê de la patrie

Selon que l'on est un salarié ou un possédant, on a «me conception différente de la patrie. Selon que Ton veut jouer à l'homme d'État ou être un simple citoyen,

iMUâf mu riééê al lil, AoM IMJ.

. (1) Répoass à rEnquêta du Moam

di farf£i «r la etoitt osari^Tf (B~ m

as L*ACTI01« 8YNDICAU8TB

on professe des idées diverses sur la patrie. Selon que Ton ifit de, ou que i*on paie pour la pairie, on a de cette entité une opinion divergente. Cela revient à dire qu*il y a autant de conceptions de la patrie qu*il y a de catégories humaines, c^est-à-dire d*intéréts.

Lliomme qui vit largement, sans souci du lendemain, peut disserter à son aise, par pure spéculation philosophique, en dillettante, sur le diot de patrie. Mais le salarié, qui vit de son travail — là où il en trouve — ne saurait concevoir la patrie sous le même

Si, depuis que je suis, je n avais eu comme préoccupation dominante que de satisfaire mon esprit, peut-être pourrais-je me classer « socialiste patriote-intnrnationaliste ». Mais, au contraire, je n*ai eu comme unique souci que d'assurer la satisfaction de mes premiers besoins matériels. Le théâtre, les arts, la littérature, les spéculations philosophiques, les constructions de systèmes n'ont guère rempli ma vie; d'abord, parce que trop pauvre, je n*ai pas pu acquérir cette instruction qui en fait apprécier le prix, et ensuite parce que, trop préoccupé de gagner mon pain, je n'aurais eu ni le temps ni la possibilité d'en jouir.

Par conséquent, tout le problème social se pose à inoi dans des conditions tirées de mon savoir, de mee moyens d'existence, de mes besoins. Et, comme mon savoir n*est pas celui d'un Jaurès, comme mes moyens d'existence ne sont pas ceux d'un Gérault-Richard» comme mes besoins ne sont pas ceux d'un Schneider, je ne conçois pas l'idée de patrie comme eux.

La patrie, dit-on, est l'ensemble des traditions, le patrimoine d'un pedple; elle est une portion du sol de notre planète; elle est le lieu où l'on vit en assurant à noire être les satisfactions nécessaires.

Or, les traditions morales de notre pays et son patrimoine m'échappent, faute de pouvoir les saisir et les eompreodre : la moindre parcelle du sol ne m'appar- . tient pi|s, el la vie qui m'y est faite est loin de réoBir leai ' "

l'action STflDICAUSTn 39

Je suis étranger à tout ce qui constitue le rayonnement moral do ma nation, je ne possède rien, je dois vendre mon travail pour faire face à mes besoins les plus stricts. Donc, rien de ce qui, pour certains, forme une patrie n'existe pour moi. Je ne puis pas être patriote.

Pourquoi serais-je patriote? Pour défendre ce fameux patrimoine moral, nos libertés ? Mais de chaque côté des frontières, chaque peuple parie de son patrimoine moral.

C'est donc qu'il peut y avoir différents patrimoines, c'est donc que le patrimoine moral de l'Allemagne n'est pas formé des éléments du même ordre que celui de la France. Cependant, l'Allemagne a donné Koch, la France n donné Pasteur ; la première se réclame de ses savants, la seconde de ses philosophes. Et Koch, et Pasteur, et les savants, et les philosophes ont tous travaillé pour le progrès humain. En réalité, il n'y a pas un patrimoine national, il y a un patrimoine social ; il n'y a pas un génie particulier, il y a un génie humain, expression des connaissances établies par les hommes de tous les pays.

Veut-on dire que la différence des mœurs, des langues ' justifle l'existence des patries t Mais en France, les mœurs du Nord ne sont pas celles du Midi, ni celles de Bretagne ; la langue du Midi n'est pas celle du Nord, ni celle de Bretagne. Ils sont encore nombreux les méridionaux et les bretons qui ne savent pas parler le français.

Si on prétend que les frontières marquent des intérêU diflérenU, il est aisé de répondre qu'en France il y a auUnt d'intérêU qu'U y a de régions. U discussion sur le liftgime des boissons et la crise viticole en est on exemple. Des hommes, que les idées politiques confondent, se trouvent sur ce point être des adversaires.

Je pourrais dire qu'il en est de même dans toutes les

attestions d'onlre économique. Le betteravier du Nord emande une grande consommation de sucre, le viticalleur du Midi veut la restreindre. En AUemagoe, le

St L*ACTIOI« STNDICAU8TB

- explique qat la grève générale ne peut être que la RévolaUon elle-mènie, car, comprise autrement, elle ne aeraii qu'une nouvelle duperie. Des grèves ffénérales corporatives ou régionales la précéderont et la prépareront »

On ne peut mieux dire et, entre gens qui veulent comprendre, cette déflnition devrait suffire.

Dans les milieux ouvriers, c*est ainsi qu'on présente la grève générale. Certes, il a été un temps où on la montrait sous un autre aspect, où on lui donnait un caractère dilTérent, mais il faut convenir que rien ne toi tenté, en se prêtant à une discussion sans réserve, pour préciser cette idée. De plus, la conscience ouvrière était loin d*ètre ce qu'elle est aujourd'hui; et puis, * c'était plutôt la définition d'une idée théorique résumant des aspirations, qu'une interprétation défaits telle qu'on l'envisage actuellement.

La grève générale est le refus des producteurs de tra- ' vailler pour procurer iouissance et satisfaction aux nonproducteurs ; elle est l'explosion consciente des elTorts ouvriers en vue de la transformation sociale ; elle est l'aboutissant logique de l'action constante du prolétariat on mal d'émancipation ; elle est la multiplication des luttes soutenues contre le patronat. Elle implique comme acte final un sens très développé de la lutte et une pratique supérieure de l'action. Elle est une étape de l'évolution marauée et précipitée par des soubresauts, qui, comme le dit Guyot dans l'ordre du jour plus haut rapporté, seront des grèves générales corporatives..

Ces dernières constituent la gjrmnastique nécessaire, de même que les grandes manœuvres sont la gjrmnaatique de la guerre.

On n'attend pas de moi l'explication détaillée du mouvement final, pas plus aue des actions généralisées des corporations, que, pour l'instant, je ne puis prévoir. Je ne veux nullement louer au prophète, en traçant un plan qui assignerait a chaque homme la pliM qu*il doenper. Que, du haut d*un aeptième ciel, ou

l'actioii stndicaustb tt

s'amuse à poser des jalons sur une carte représentant le' monde social, voilà qui n*est pas do mon goût.

Tout mouvement révolutionnaire n'a donné que ce que la classe opprimée du moment a conçu et a au prendre. La révolution, entrevue par tous, et que le monde ouvrier appelle grève générale, sera, elle aussi, ce que le travailleur l'aura conçue et saura la créer. L'action se déroulera selon le degré do conscience de l'ouvrier, et selon l'expérience et le sens de la lutte qu'il se sera donnés.

Comme cette action devra s'exercer contre des forces mdltiples et variées, comme elle devra réagir contre des courants divera, ce ne seront pas dos décisions uniformes et étroites qui seront applicables. 11 appartiendra au travailleur d'adapter au milieu d'alora et aux éléments contraires les armes que les circonstances mettront à sa portée.

La grève générale, dans son expression demièraf n'est pas pour les milieux ouvrière le simple arrêt des bras; elle est la prise de possession des richesses sociales mises en valeur par les corporations, en l'espèce les syndicats, au profit de tous. Cette grève générale, ou révolution, sera violente ou pacifique selon les résistances à vaincre. Elle sera la totalisation des efTorta des producteun sous l'impulsion des groupements ouvriers.

Mais nous n'entendons pas fixer le jour ni l'époque qui mettra aux prises salariés et salariants. 11 n'appartient à nulle force humaine de l'indiquer.

M«e mouvement naîtra des circonstances, d'une mentalitéfouvrière plus élevée, à la hauteur des événements oui porteront en eux-mèmea les éléments de généralisation.

Les éléments de généralisation se définissent par le rôle joué dans la production par telle ou telle industrie, entraînant la mise en action d*une autre industrie, dont les effets iront se répercutant sur d'autres branchée de l'activité humaine.

On objectera que tout cela déaole un degré sopi-

l'action STlfOICAUSTB

Tienr d'organisation, qu'il n'est pas possible de mettre en mouvement au mémo iour la classe ouvrière en totalité. Je répondrai d'abord que nous ne prétendons nullement qu'un point do départ peut ne pas être commun à tous les travailleurs ; nous ne disons pas que cela ne peut pas se produire. Nous nous inspirons des contingences sociales et nous disons que, de même, la conquête légalitaire du pouvoir no saurait impliquer, pour ceux qui s'hypnotisent devant elle, l'entrée totale d'élus ouvriers au Parlement. Ceux-là disent que la majorité suffira pour transformer l'état social. La conquête révolutionnaire du pouvoir également ne saurait Don plus être l'acte unanime du pays. De part et d'autre, il y aura des gens entraînés malgnJ eux et subissant le résultat de cette conquête. Et j'espère bien que les uns et les autres raisonnent ainsi, car autrement ils pourraient attendre l'an 50.000.

Il BOUS est donc permis, à nous aussi, dé dire que les travailleurs organisés de certaines industries s'agiteront sous l'empire de préoccupations données, obligeant d'autres corporations à les suivre.

La révolution, quel que soit son stimulant, ne saura être acceptée par tous. Une- minorité, que nos efforts incessants de propagande et d'action tendent à grossir, suscitera le mouvement révolutionnaire dont la nécesdté apparaît à chacun.

Une plus forte éducation sociale, une grande expérience dans la lutte, une profonde connaissance du milieu social sont autant de conditions nécessaires. Pour les acquérir, l'action s'impose. Par l'élude. des conditions du travail, l'ouvrier apprend à connaître le milieu qui l'asservit ; par l'effort en vue de les améliorer, il prend un contact direct avec les forces qui le dominent et il éprouve leur degré de résistance. Ainsi, 4on esprit d'observation et d'examen s'afOne ; il se donne les éléments indispensables pour ee diriger lui-même ; il contriboe à donner à l'action du monde ouvrier une place el Inie autorité croissantes.

Chaean* reeonnatt l'urgenee pour le prolétaire de tra- *

l'action stnoicaustb 95

Tailler à accroître ses moyens d'existence, ce qui augmente d'autant sa force de combativité et son avidité pour plus de réformes. En se groupant l'ouvrier exerce un effort, et c'est dans la pratique de cet effort qu'il parvient à l'intensifler. Et c'est par cette intensité, suscitant une croissance de vie, que la classe ouvrière se libérera du monde capitaliste.

4* La -grève générale ei la pratique,

"^^Le but du travailleur est son émancipation, l'outil est le groupement, le moyen est la lutte. L'action ouvrière se donne comme but l'émancipation ouvrière ; elle se ,^ donne comme outil le syndicat, ci comme moyen la î* grève, qui est la lutte portée à son maximum d'acuité. IDç.là, le recours, pour un résultat matériel et moral, à la grève. Et s'il a été un temps où Ifi grève partidlcj pour certains, était condamnable, parce qu'elle détournait, h leurs yeux, l'attention de l'ouvrier do l'idée de grève générale, il n'en est pas de même aujourd'hui. AlorF que l'on opposait la grève, manifestation de l'atelier et de l'usine, à la grève générale, manifestation de la vie sociale, à présent on considère que l'une et l'autre procèdent du même esprit : la résistance et l'obtention de réformes. La grève générale est le complément amplifié du désir prolétarien pour plus de mieux-être. On ne peut donc pas les opposer l'une à l'antre. Toutes deux sont maniées par l'ouvrier pour les mêmes fins : l'émancipation des travailleurs.

Cela est si bien compris, qu'aux luttes particulières tendent à succéder des luttes à caractère généralisé. Dès qu'une maison est en grève, immédiatement l'ol»jectif est d'étendre cette grève aux autres maisons. U est arrivé aue la vie de toute une ville était arrêtée, non pas seulement parce aue l'esprit de solidarité s'est développé, mais pane que la connexité des corporations éclate pins nettement, ee qui crée la communauté d'efforts dans la résistance.

Ces dernières années, il noos a été donné de voir des moarements passer par ces diflérentes phase«. Mur»

96 L ACTION STlfDICAUSTB

eeille, en ptrUcalier, a été le théâtre d^événements de cette nature.

A e6\é de la grève générale localisée, il y a la grère

générale corporative. Celle-là a pour objet la conquête *une réforme précise. Les réformes à obtenir sont d*ordre différent Tantôt la classe ouvrière peut se dresser pour imposer au patronat telle ou telle revendication, tantôt elle peut se lever pour exiger des dirigeants telle ou telle réforme. Dans Tun comme dans Pautre cas, c'est le travailleur accomplissant lui-même son effort pour son avantage propre. C*est Tapplication de la maxime de Tlntemationale : Fémancipation des travailleurs sera Tœuvre des travailleurs eux-mêmes.

La grève nationale corporative des mineurs, en octobre 1902, prouve que cette forme de mouvement est possible. Il est inutile d'indiquer les raisons qui amenèrent son insuccès. Elles ne sont pas dues à la forme de la lutte.

L«8 Belges, par deux fois, ont utilisé la grève généralê'pouf l'obtention du suffrage universel, et malgré rinsuccès de la deuxième que J*ai analysé ailleurs en son temps, ils paraissentdécidésàremployerunefoisdeplns.

Les Suédois, à qui elle a déjà si bien réussi, se pré* parent Fune nouvelle mise en mouvement.

Les Hongrois, récemment, malgré la propagande hostile à Tidée de grève générale, y ont eu recours, et e*est parce qu'elle a été exercée par des gens qu'une éducation n'avait pas préparés, que le mouvement a avorté. Et si elle eut duré deux jours de plus, la grève a*étandait à tout le pays. Mais telle qu*elle, elle n*eo contient pas moins un profond enseignement

On peut répondre, en effet, que les résultats apportés par ces mouvements ne sont pas des pins probants. A eMé des satisDietions enregistrées, les déboires n'ont pas manqué, admettons-le. Mais pourquoi les Belces ei les Snédois, qui ne s'en sont jamais déelarés partisans» sottMls disiNMés à renooreler Is grève généraleT Sans ptfce qu'elle eonstitne ponr eux on excelleoi

L'ACTION STNDICAUSTB

11 y a lieu d'aiouter que la conquête électorale du pouvoir a donné bien des déceptions. Tel siège emporté était perdu peu après, et alors, s'il est vrai que les insuccès doivent faire condamner la forme d'action employée, quedevrait-il rester du suffrage universel T II m'apparalt clairement qu'il devrait être relégué au magasin des accessoires. Et si des citoyens sont logiques en ne condamnant pas tel moyen d'action dont les défaites ne se comptent plus, pourquoi condamnent-ils tel autre moyen qui n'a pas à son actif plus d'insuccès T

A tout homme qui s'intéresse au mouvement social et surtout à celui qui y prend part, il est impossible de fermer les yeux à l'évidence.

Le mouvement ouvrier existe. Les manifestations de grève généralisée à caractère strictement prolétarien en sont les produits naturels. En nier l'importance et la signification serait inexplicable de la part de citoyens dont l'unique préoccupation doit être, non pas de vouloir créer les événements selon leurs idées préétablies, mais de les interpréter pour tirer d'eux le maximum d'avantages pour les travailleurs.

Tons ceux qui n'obéissent pas à cette règle ne sauraient prétendre jouer un rôle utile dans le monde ouvrier, car celui-ci passerait au-dessus d'eux. Son ascension logique vers des conditions meilleures de vie, se poursuivrait sans se soucier de leurs gestes désespérés.

LE PATRIOTUMB (1) 1* Les dioeneê eoneepUomê de la patrie

Selon que l'on est un salarié ou un possédant, on a «ne conception différente de la patrie. Selon que Ton veut jouer à l'homme d'État ou être un simple citoyen,

(1) Réponse à rEnquêta du Moammml toeiaUêU aar Viéh 4i fWrài «r la ctoitt omprMTi (■« m ellM, AOMI905}.

as L*ACTI01« 8YNDICAU8TB

on professe des idées diverses sur la patrie. Seloo que Ton vil de, ou que Ton paie pour la pairie, on a de celte entité nne opinion divergente. Cela revient à dire qu*il y a autant de conceptions de la patrie qu*il y a de catégories humaines, c'esl-à-dire dlntéréts.

Lliomme qui vit largement, sans souci du lendemain, peut disserter à son aise, par pure spéculation philosophique, en diilettante, sur le diol de patrie. Mais le salarié, qui vil de son travail — là où il en trouve — ne saurait concevoir la patrie sous le même aspect.

Si, depuis que je suis, je n avais eu comme préoccupation dominante que de satisfaire mon esprit, peul-élre pourrais-je me classer n socialiste palriote-int^nationaliste ». Mais, au contraire, je n*ai eu comme unique souci que d'assurer la salisraction de mes premiers besoins matériels. Le théâtre, les arts, la littérature, les spéculations philosophiques, les constructions de systèmes n*onl guère rempli ma vie; d*abord, parce aue trop pauvre, je n*ai pas pu acquérir celte instruclion qui en fail apprécier le prix, et ensuite parce que, Irop préoccupé de gagner mon pain, je n'aurais eu ni le temps ni la possibilité d*en jouir.

Par conséquent, tout le problème social se pose à inoi dans des conditions tirées de mon savoir, de mea moyens d'existence, de mes besoins. Et, comme mon savoir n'est pas celui d'un Jaurès, comme mes moyens d*existence ne sont pas ceux d'un Gérault-Richard» comme mes besoins ne sont pas ceux d'un Schneider, je ne conçois pas ridée de patrie comme eux.

La patrie, dit-on, est l'ensemble des traditions, le patrimoine dHm peuple; elle est une portion du sol de notre planète; elle est le lieu où l'on vit en assurant à notre être les satisfactions nécessaires.

Or, les traditions morales de notre pays et son patrimoine m*échappent, faute de pouvoir les saisir et les eempreodre : la moindre parcelle du sol ne m*appar- . tient pi|8v et la vie qui m*y est faite est loin de réunir les salisractioBa indispensables.

L*ACTION STNniCAUSTB 39

Je suis étranger à tout ce qui constitue le rayonnement moral do ma nation, je ne possède rien, je dois vendre mon travail pour faire face à roc» besoins les plus stricts. Donc, rien de ce qui, pour certains, forme une patrie n'existe pour moi. Je ne puis pas être patriote.

Pourquoi serais-je patriote? Pour défendre ce fameux patrimoine moral, nos libertés ? Mais de chaque côté des frontières, chaque peuple parle de son patrimoine moral.

C'est donc qu'il peut y avoir différents patrimoines, c'est donc que le patrimoine moral de l'Allemagne n'est pas formé des éléments du même ordre que celui de la France. Cependant, l'Allemagne a donné Koch, la France a donné Pasteur ; la première se réclame de ses savants, la seconde de ses philosophes. Et Koch, et Pasteur, et les savants, et les philosophe?» ont tous travaillé pour le progrès humain. En réalité, il n'y a pas un patrimoine national, il y a un patrimoine social ; il n'y a pas un génie particulier, il y a un génie humain, expression des connaissances établies par les hommes de tous les pays.

Veuton dire que la différence des mœurs, des langues justifle l'existence des patries t Mais en France, les mœurs du Nord ne sont pas celles du Midi, ni celles de BreUgne ; la langue du Midi n'est pas celle du Nord, ni celle de BreUgne. Ils sont encore nombreux les méridionaux et les bretons qui ne savent fias parler le français. , ^ . ,^

Si on prétend que les frontières marquent des intérèU différenU, il est aisé de répondre qu'en France il y a auUnt d'intérêts qu'il y a de régions. U discussion sur le régime des boissons et la crise viticole en est un exemple. Des hommes, que les idées politiques confondent, se trouvent sur ce point être des adversaires.

Je pourrais dire qu'il en est do même dans toutes les

3aestions d'onlre économique. Le betteravier du Nord emande une grande consommation de sucre, le viticaltenr du Midi veut la restreindi^ En Allemagne, le

40 L*ACnOfl STNDICAU8TB

même phénomène se constate. Les milieux agraires sont rarement d*accord sur les questions éoonomiques avec les milieux industriels. Néanmoins, betteraTiers, Titiculteun, agrariens et industriels s*entendent ton- Jonra pour se protéger contre les ravendications ouTrièras.

Non I la patrie n^est pas la réunion d*intérèts identiques. La production outrancière et désordonnée de notre milieu social ne permet pas d*affirmer et de pron- ▼er cette identité.

2* La patrie et le$ liberiéê poUtiquee

Nos libertés T Admettons qu'elles soient plus étendues que celles dont jouissent d'autres peuples, TAllemagne notamment Dans les polémiques occasionnées par les déclarations prolétariennes d'Henré, on a montré le spectre menaçant de la réactionnaira Allemagne, alliée à l'autocrate Russie, ietant ses armées sur nos frontièras, pour étoulTer nos libertés. Notra intérêt, ont dit les Jaurès, les Gérault-Richard et autres, est de nous dresser pour la défense de ces libertés.

Donc, le patriotisme de cette manière consiste à sauvegarder les droits acquis. Ceux-ci ne peuvent être menacés que par les pays ne les possédant pas. L*Allemagne, a-i-on déclaré, est de ceux-là. Par conséquent, si domain la France « démocratique » se Jetait sur l'Allemagne pour lui apporter nos libertés, il serait du deroir des socifJistes allemands de rafuser leur concoun à la bourgeoisie de leur pays. Que dis-je 1 Ils devraient s'allier à la France pour vaincra leun dirigeants, afin d'établir ces libertés, reconnues par eux si nécessaires. Et cependant, les chefs de la social-démoeratie allemande proclament leur ferme intention de défendra leur pays contra toaie invasion. Qu'est-ce que cela veut dira T sinon que les argumente invoqués partent d'un sentiment stupide ou intéressé. Les travailleun àe peovenl êtra intéressés, pnisqnlls payent les IMsdélagaerra^et ils ne doiveot.pasêCrasIapides*

l'action stndicaustb

S'il est indispensable de défendre les libertés, il faul dira que tous les peuples doivent tendre à les posséder. Adtramcnt dit. tout pays ne jouissant pas do lil>ertés ne saurait se défendre contre une invasion. En l'état actuel des choses et d'après ce qui ressort de ces polémiques, l'Angleterre et la France seulement pourraient êtra patriotes, puisqu'elles sont les deux grands pays libéraux de l'Europe. C'est ce que n'ont pas dit les patriotes internationalistes, malgré que ce soit la conséquence de leur raisonnement.

Et ils n'ont pas dit cela, parce que leur attitude est loin d'être inspirée par les mobiles avoués.

3* La patrie et ta etaeu ouvrière

Il faut, dit-on, défendra le sol de la patrie ! Je n'y vois pas d'inconvénient Mais à condition que les défenseure soient les propriétaires de ce sol. Or, les faits nous disent que c'est le prelétaira, qui, comme toujoure, est appelé à défendre le sol, malgré qu'il n'en possède aucune parcelle.

Durant que les possédants seraient confortablement installés dans leure demeures, au milieu des leure, les travailleure iraient se faira tuer pour la défense de ces demeures, après avoir laissé leur famille dans la misère. L'intérêt ouvrier ne saurait indéfiniment se concilier avec un tel rêle 1

L'intérêt ouvrier est tiré de la situation faite au travaUlenr, el c'est celle-ci qu'il faut établir. Le prolétaira est attaché au milieu où il est né, où il a grandi, mais il ne peut l'être que par le souvenir. Dès qu'il a l'âge d'homme, il est le plus souvent contraint de s'éloigner, allant à la recherche d'un travaU qui le fera vivra, n s*éloign)B parce que la besogne vient à manquer ou parce que, désireux d'améliorer son sort, U a osé réelamer un meilleur salaire. En retour, U est congédié par son patron qui le signale à ses confrères. Ildoit foir le milieu qui l'a vu naître» eoorir les villes, qoét de Touvrage. n s'arréle là où on atelier ou u

42 L ACTION 8TNDICAUSTE

chantier lui est ouvert. Il s'installe, il travaille, il vit, il se fait un foyer, il élève sa famille. Là est sa patrie I A-t-il, dans sa course vagabonde et incertaine, traversé une « frontière » ? Qu'importe 1 11 a quitté un lieu devenu inhospitalier, pour aller dans Tinconnu, jusqu'au moment où il a trouvé à vendre son travail.

On sait enfin combien l'idée de patrie est maintenue, exploitée par les dirigeants pour justifier l'existence d'une armée dont le rôle s'est affirmé dans les mouvements ouvriers do ces derniers temps : on sait quelle est l'entente internationale des dirigeants et des capitalistes, pour une plus intense exploitation du travailleur, n serait donc oiseux de ma part de m'arréter sur ces divers aspects de la question, que tout le monde a présents devant les yeux.

J'ai voulu dire que U prolétaire ne peut avoir de patrie. Il ne peut être patriote.

Les défenseurs du patriotisme trouveront ces lignes peu nobles, dénotant un esprit mesquin, puisqu'elles ramènent les questions qui passionnent les « grands » esprits à un point de vue matériel et partant trop étroit.

Que ceux-là abandonnent leurs privilèges et descendent dans la mine ou rentrent, pour de longues heures, dans les usines, ou bien qu'ils montent sur les échafaudages, exposés aux durs rayons d'un soleil d'été, ou à la bise d'un hiver rigoureux. Qu'ils gagnent leur pain par le travail pénible et dur de chaque jour. Ils verront ensuite combien il leur sera facile de spéculer en des hauteurs que le vulffaire ne peut atteindre.

n est si oommode de philosopher sur Tidée de patrie» lorsqu'oD vient d'encaisser des rentes facilement ganéeSy ou qu'on sort de chet le notaire signer l'acte d*aeqaisitioB d'an château seigneurial.

LB8 SYNDICATS ET LB PARH 80GIALI8TB (D 1* Lee gueedietee et taction egndieale

La question des rapports du mouvement syndical et du parti f«ociali<«te, qui semblait à jamais disparue de Tordre du jour des congre* ouvriers, y fut réintroduite au congrès d'Amiens (octobre 1!K)6), par la Fédération du Textile, sous Tinspiration des guesdistes. Le texte proposé par le Textile ne disait rien de net par luimême, et on n'en aurait soup<:onn<( l'intention, si, de son côté, la Fédération socialiste du Nord n'avait demandé que la même question fut inscrite à Tordre du jour du congrès du parti socialiste à Limoges. C'étaient, 'en fait, les mêmes hommes qui, se trouvant dans les deux organisations, avaient pris cette double initiative. Mais le texte de la Fédération socialiste avait sur celui de la Fédération textile Tavanta^e de parler clairement

La Fédération socialiste du Nord définissait à sa façon l'action politique et l'action syndicale. Celle-ci ne serait qu'une des formes de celle-là. L'action syndicale, étant essentiellement réformiste, doit se subordonner à l'action politique, essentiellement révolutionnaire. D'où, pour le syndicat, la nécessité, l'obligation même, de par son caractère, de s'inspirer du comité socialiste. Cette thèse bizarre, contraire aux événements de ces dernières années, dénotait une étrange conception.

Nous savions que, pour les militants du Nord, l'action syndicale était secomlaire. l«e vote du même Congrès textile, qui avait pris la résolution en discussion, sur le . Conseil supérieur du*tr*v«il« l'avait montré. A la presaue unanimité, le Congi^ avait déclaré oue cette institution gooTemementale rend des services à la clasae ouTrière*

(1 ) Cette étude reproduit quelquee extralU d'artidea à des dates diverses dans rBmumité.

L'ACnOII SniDICAUSTB

l'action SniDICAUSTB

* en Tertu du même principe dont se réclamait le ministre M illerand. La classe ouTrière, disaient les militants dn Nord, doit p^n^frer partout où il y a possibilité de défendre les intérêts des trayailleurs ; le socialisme doit pénétrer partout où il y a possibilité de défendre les intérêts ouTriers, disaient M illerand et tous ses amis. Cependant, les militants du Nord contestaient le bien fondé de la collaboration des classei au sein du gouvernement, tout en prônant cette même collaboration au sein d*un rouage gouvememenlal.

Adoenaireê du gouoernemeni iur le terrain politique^ êeroileari du goaoememeni iur le terrain iyndiea!, telle est la formule permettant de déflnir la théorie syndicale des militants du Nord. A cette théorie, nous opposions la nôtre : adoer$aire$ de VÊtal et de îoutet $e$ inê" Ututiom au point de ooe poliliqae, adoer$airei de tÉtai ef de totttei ses inttitutiont au point de mte iyndieal.

Il serait difDcile de concoTôir deux thèses plus inconciliables. Tandis que les guesdistes demandaient de subordonner les syndicats au parti, nous Toulions Tautonomie et Tindépendance du syndicat I Le syndicat, on ' ne saurait trop le répéter, ne groupe que des travail" Imrt^ parce que ialariéi, pour les opposer au patron. Là, seulement, réside la véritable lutte de claue : rien ne Tatténue ni ne Tamoindrit. Au contraire, dans le comité politique, se réunissent ouvrière et patrone : tel le personnel et le directeur de l'usine des Cirages français de SaintrOnen. Ensemble, ils collaborent à une CBUTre commune qui, pour être commune, doit sauregmrder les intérêts du plus fort et, partant, sacrifier les intérêts ourriers. Et c'est là la supériorité du bourgeois» asaes habile de faire litière des préjugés de son milieu» de faire montre de libres façons et de tenir un langage banal qui demain s'imposerait au sein du syndicat

De la sorte, l'action syndicale, représentation eneta des antagonismes sociaux, passerait, parce que « réfor- ■isie »» aprèa l'action politique, se distinguant par daa eompropniÎMîona de toutes sortes, parce que « réroliH ttoBoalÀ ». Etrange re n ve r se me nt des termesl

2* Avant le Concret d'Amieni

Les controTcrses qui précédèrent le congrès dAmiens amenèrent les partisans de la subordination des syndicats au parti socialiste de préciser plus encore leurs désirs. Le secrétaire de la Fédération du Textile, Renard, un des plus fidèles lieutenants de Guesde, apporta, dans la discussion, deux affirmations précieuses.

La première disait que tout syndicat doit respecter la légalité, la deuxième mettait en opposition le Conseil supérieur du trarail et le moyen d*action spécifiquement prolétarien qu'est la grèTC générale. La théorie de Renard se ramenait à ceci : comme citoyen, on peut être adversaire du gouTemement qui personnifie la légalité, comme ealarié el prolétaire, on doit être pour la légalité.

Voyons ce qu*est la légalité, que Renard voudrait respectée par les syndicats. Pour rester dans la légalité, il faut agir dans le sens du gouvernement, en évoluant dans Taction ouvrière selon le cadre établi par lui. C*est cette conception qui caractérise la politique sociale dei Waldeck-Rousseau. . C*est en vertu de cette conception qu*il prit Millefand comme ministre. Ensemble, ils allaient tenter, sur une grande échelle, la mise en application d*un plan de politique sociale animé de cette conception : mettre en articles de lois le droit de la pensée, d'organisation, de coalition, en le subordonnant à des formalités compliquées, ayant pour résultat d'en paralyser le libre exercice.

Cet homme d'État connaissait trop les hommes et les choees pour se mettre brutalement en travers de l'évolution sociale: les droits de l'ouvrier, malgré la diversité des résistances, se font jour et se précisent à travers les difficultés et lea luttes. Le mouvement ouvrier, dont lea bases étaient Jetées, promettait de prendre un essor considérable ; en dehors des gouvernants et des possédants, et contre en, les idées nouveUes germaient el sa

^ l'action 8TNDICAU8TB

N*étailril pas préférable, pour les dirigeants, de codifier, sous des apparences lil>érales, le proffrès qui pousse les hommes vers un meilleur avenir, de régler l*nsage de ce progrès, en essayant d*en diminuer le courant et d*en amoindrir la force? On sait que ce libéralisme, pas plus que la répression méliniste, n*a atteint son but. Malgré des dissentiments inévitables, le mouvement ouvrier a grandi, et il a grandi parce qu'il g a «■ ce libéralitme corrupteur, contre lequel il s'est dressé. I La loi de 1884 avait pour but de réglementer, en le I paralysant, l'usage du droit d'organisation ; elle voulait lui donner un caractère étroit et un rôle limité. De même, la loi sur les associations et la loi sur la séparation ont eu pour but d'enlever à TÉglise une pertie de sa puissance, -et non de permettre l'exercice normal et perfectible de la religion. La loi autorise le syndicat à faire telle ou telle besogne dont le choix appartient au gouvernement et lui interdit telle autre dont le choix lui appartient également. Naturellement, dans ces choix, la bourgeoisie s'est inspirée de ses intérêts et, en établissant un cadre, elle a posé une barrière, espérant qu*elle constituerait une digue la protégeant contre les luttes ouvrières.

Les syndicato, dans leur grande majorité, ont depuis longtemps brisé le cadre de la loi; ils ont dépassé lé but aMigné par le pouvoir; ils ont lutté et combattu en dépit de la loi, le plus souvent contre l'esprit de la loi. Ils n'ont, à aucun moment, voulu respecter la légalité : ils ont défendu les intéréto ouvrière. En combatUnt, sont-ils, dans des circonstances, restés dans les attri- * boUons légales? C'est à voir. Mais ont41s lutté sans tenir compte de U léndité, renversant les réstsUnces légales poor ne s'incliner que devant la force? C'est certain. Une illégalité est commise, lorsque les travaU- Imn en grève emploient tous les moyens pour amener à en d'autres travailleurs, et Us emploient tous lea noyeos, non parce qu'ils sont permis ou défendus, mais -^*-^ Qu'ils leur sool inpoaéa par les eonditioiia du combat

l'action stndicalistb

l' Si le gouvernement a voulu, par la loi de 1884, poser I une limite aux efforts ouvrière, par le Conseil supérieur I du travail, il a voulu, complétant son œuvre, suggérer f alix syndicats la nature de leure efforts. En effet, on ne saurait trop le répéter, le gouvernement arrête Tordre du jour des travaux du Conseil supérieur du Travail. Nul des membres qui le composent n'a le droit de soumettre un point quelconque à l'étude de ses collègues. L'initiative appartient au pouvoir, et non au Conseil. C'est donc que la besogne de ce Conseil ne peut être que celle choisie et fixée par le gouvernement. Par répereussion, on e<;comptait que la besogne du Conseil deviendrait la besogne des syndicats, et par là c'était, en cas de réussite, la remise entre les mains des dirigeants du choix de nos efforts. Les syndicaU se préoccupant de la prud'homie, parce que cette question était mise à Tordre du jour du Conseil supérieur du Travail par le ministre, celui-ci devenait Tinspirateur de nos luttes.

Attirer les préoccupations des ouvrière sur le terrain choisi par le gouvernement était insuffisant I La vie ouvrière provoque par son fonctionnement naturel autre chose que la parfaite harmonie et Tentière régularité dans les faits. Les grèves échappaient encore en partie à Tinducnce du système gouvernemental. 11 fallait autre chose ! De là, le projet sur l'arbitrage obligatoire et la réglementation des grèves, tendant, par un mécanisme compliqué, à rendre impossible tout conflit. Puis, selon la formule du maître : « 11 faut que le capital travaille et que le travail possède », on a parlé de capacité commerciale, afin de faire pénétrer dans les syndicats l'esprit mercantile du négoce.

Limite fixée à l'activité ouvrière, choix remis an pou* voir de la nature de noa efl'orta, étranglement des conflits, substitution de l'esprit de négoce à l'esprit de InUe, telle eût été la légalité actueUe si les tnvailleura s'étaient laissé prendre au libéralisme des dirigeants. Si, du moins, la légalité était l'expression de la Jutliee (avec an grand J), nous aurioos à voir dans quelle

46 l'action 8TNDICAU8TB

fTétaiNl pas préférable, pour les dirigeant^ de codifier, sous des apparences libérales, le progrès qui pousse les hommes ren un meilleur avenir, de régler i*asage de ce progrès, en essayant d*en diminuer le courant et d'en amoindrir la force? On sait que ce libéralisme, pas plus que la répression méliniste, n*a atteint son but. Malgré des dissentiments inévitables, le mouvement ouvrier a grandi, et il a grandi parce qu'il y a «■ ce libéralitme corrupteur, contre lequel il s'est dressé. I La loi de 1884 avait pour but de réglementer, en le \ paralysant, Tusage du droit d'organisation ; elle voulait lui donner un caractère étroit et un rôle limité. Do même, la loi sur les associations et la loi sur la séparation ont eu pour but d'enlever à TÉglise une partie de sa puissance, et non de permettre Texercice normal et perfectible de la religion. La loi autorise le syndicat à faire telle ou telle besogne dont le choix appartient au gouvernement et lui Interdit telle autre dont le choix lui appartient également. Naturellement, dans ces choix, la bourgeoisie s*est inspirée de ses intérêts '^t, en établissant un cadre, elle a posé une barrière, espérant qu'elle constituerait une digue la protégeant contre les luttes ouvrières.

Les syndicats, dans leur grande majorité, ont depuis longtemps brisé le cadre de la loi; ils ont dépassé le but anigné par le pouvoir; ils ont lutté et combaUu en dépit de la loi, le plus souvent contre l'esprit de la loi. Ils n'ont, à aucun moment, voulu respecter la légalité : ils ont défendu les intérêto ouvrière. En combattant, sont-ils, dans des drconstaneea, restés dans les attribaUons légales? C'est à voir. Mais ont-Ils lutté sans tenir compte de la léffalité, renversant les réststonees légales pour ne s'incliner que devant la foroeT Cest certain. Une illégalité est commise, lorsque les travailleqn en grève emploient tous les moyens pour amener à on d'antres travailleqn, et ils emploient tous les noyeas, non parce qu'ils sont permit on défendus, mais parce ^'Us lear sool io^MMéa par les eonditiona 1 du eoflidNit

l'action stndicaustb

Si le gouvernement a voulu, par la loi de 1884, poser une limite aux efforts ouvrière, par le Conseil supérieur du travail, il a voulu, complétant son œuvre, suggérer aux. syndicats la nature de leure efTorts. En cfTct, on ne saurait trop le répéter, le gouvernement arrête l'ordre du Jour des travaux du Conseil supérieur du Travail. Nul des membres qui le com|>osont n'a le droit de soumettre un point quelconque à l'étude de ses collègues. L'initiative appartient au pouvoir, et non au Conseil. Cest donc que la besogne de ce Conseil ne peut être que celle choisie et flxéo par le gouvernement. Par répercussion, on e<iComptait que la besogne du Conseil deviendrait la besogne des syndicats, et par là c'était, en cas de réussite, la remise entre les mains des dirigeants du choix de nos efforts. Les syndicats se préoccupant de la prud'homie, parce que cette question était mise à l'ordre du jour du Conseil supérieur du Travail par le ministre, celui-ci devenait l'inspirateur de nos luttes.

Attirer les préoccupations des ouvrière sur le terrain choisi par le gouvernement était insuffisant I La vie ouvrière provoque par son fonctionnement naturel autre chose que la parfaite harmonie et l'entière régularité dans les faits. Les grèves échappaient encore en partie à l'influence du système gouvernemental. Il fallait autre chose ! De là, le projet sur l'arbitrage obligatoire ei la réglementation des grèves, tendant, par un mécanisme compliqué, à rendre impossible tout conflit. Puis, sdon la formule du maître : « Il faut que le capital travaille et que le travail possède », on a parlé de capacité comn^ereiale, afin de faire pénétrer dans lea syndicats l'esprit mercantile dn négoce.

Limite fixée à l'activité ouvrière, choix remis au pouvoir de la nature de nos efforts, étranglement des conflits, substitution de l'esprit de négoce à l'esprit de laUe, telle eût été la légalité actuelle si les tnvailleora s'étaient laissé prendre an libéralisme des dirigeants.

Si, du moins, la légalité était l'expression de la Justice (avec an grand J), noua anriotts à voir dans quelle

42 L*ACTION SniDICAUSTB

chantier lai est ouvert. Il s'installe, il travaille, il Tii, il se fait un foyer, il élèTe sa famille. Là est sa patrie 1 A-t-il, dans sa course ragabonde et incertaine, trayersé une « frontière w T Quimporte 1 11 a quitté un lieu deyenu inhospitalier, pour aller dans Tinconnu, jusqu^au moment où il a trouvé à vendre son travail.

On sait enfin combien Tidée de patrie est maintenue, exploitée par les dirigeants pour justifier Texistence d*une armée dont le rôle s'est affirmé dans les mouvements ouvriers de ces derniers temps : on sait quelle eal Tentente internationale des dirigcanU et des capitalistes, pour une plus intense exploitation du travailleur, n serait donc oiseux de ma part de m*arréter sur ces divers aspects de la question, que tout le monde a présents devant les yeux.

J*ai voulu dire que le prolétaire ne peut aoair de patrie. Il ne peut être patriote.

Les défenseurs du patriotisme trouveront ces lignes peu nobles, dénotant un esprit mesquin, puisqu'elles ramènent les questions qui passionnent les « grands » esprits è un point de vue matériel et partant trop étrolL

Que ceux-là abandonnent leurs privilèges et descendent dans la mine ou rentrent, pour de longues heures, dans les usines, ou bien qu'ils montent sur les échafaudages, exposés aux durs rayons d'un soleil d'été, ou à la bise d'un hiver rigoureux. Qu'ils gagnent leur pain par le travail pénible et dur de chaque Jour. Ils verront ensuite combien il leur sera facile de spéculer eo des hauteurs que le vulsaire ne peut atteindre.

n est si commode de philosopher sur Ildée de patrie, lorsqu'on vient d'encaisser des rentes facilement gagnées, ou qu'on sort de ches le notaire signer l'acte d'teeqaisition d'un château seigneurial.

l'action stndicaustb

LES STFDIGATS ET LB PARTI 80GIALI8TB (D 1* Let gueêdiitet et Faction iyndicale

La question des rapports du mouvement «syndical et du parti socialiste, qui semblait à jamais disparue de Tordre du jour des congrès ouvriers, y fut réintroduite au congrès d'Amiens (octobre 1906), par la Fédération du Textile, sous f inspiration des guesdistes. Le texte proposé par le Textile ne disait rien de net par luimémo, et on n'en aurait soupconni^ l'intention, si, de son côté, la Fédération socialiste du Nord n'avait demandé que la mémo question fut inscrite à Tordre du Jourducongprès du parti sociali<(teà Limoges. C'étaient, 'en fait, les mêmes hommes qui, se trouvant dans les deux organisations, avaient pris cette double initiative. Mais le texte de la Fédération socialiste avait sur celui de la Fédération textile l'avantage de parler clairement

La Fédération socialiste du Nord définissait à sa façon Taction politique et l'action syndicale. Celle-ci ne serait qu'une des formes de celle-là. L'action syndicale, étant essentiellement réformiste, doit se subordonner à Taction politique, essentiellement révolutionnaire. D'où, pour le syndicat, Ui nécessité, l'obligation même, de par son caractère, de s*inspirer du comité socialiste. Cette thèse bizarre, contraire aux événements de ces dernières années, dénotait une étrange conception.

Nous savions que, pour les militants du Nord, Taction syndicale était secondaire. 1^ vote du même Congrès textile, qui avait pris la résolution en discussion, sur le > Conseil supérieur du<tnvi^iM*avaî^nontré. A la presmia unanimité, le Congi^ avait déclaré ooe cette institution gouvememeotale rend des servicea a la clas s e ooTrièra»

extfaHaé*artklea

(1) Cette à des dates dl

des dates diverses dans rBumÊnUé,

L'ACnON SniDICAUSTB

* en verla du même principe dont se réclamait le ministre M illerand. La classe ouTrière, disaient les militants dn Nord, doitp^ii^rer partout où il y a possibilité de défendre les intérêts des travailleurs ; le socialisme doit pénétrer partout où il y a possibilité de défendre les intérêts ouTriers, disaient Millcrand et tous ses amis. Cependant, les militants du Nord contestaient le bien fondé de la collaboration des classer au sein du gouvernement, tout en prônant cette même collaboration au sein d*un rouage gouvememenlal.

Adoenairti du gouoernemeni iur le terrain poiitiquef urmîenr» du gouvernement $ur le terrain igndical, telle est la formule permettant de déflnir la théorie syndicale des militants du Nord. A cette théorie, nous opposions la nôtre : adoereaireê de VÊtal et de toutet ses f ns- UMiom au point de oue politique, adœrtairei de tÉtai ef de loutee ses intlitutionê au point de mte igndieat.

Il serait difDcile de concevoir deux thèses plus inconciliables. Tandis que les guesdistes demandaient de subordonner les syndicats au parti, nous voulions Tautonomie et Tindépendance du syndicat I Le syndicat, on ' ne saurait trop le répéter, ne groupe que des traoail^ tmrt^ parce que ialariéi, pour les opposer au patron. Là, seulement, réside la véritable lutte de elaae : rien ne Tatténue ni ne Tamoindrit. Au contraire, dans le comité politique, se réunissent ouvrière et patrom : tel le personnel et le directeur de l'usine des Cirages finançais de SaintrOuen. Ensemble, ils collaborent à une OBurre commune qui, pour être commune, doit sauvegarder les intérêts du plus fort et, partant, sacrifier les intérêts ouvriers. Et c*est là la supériorité du bourgeois» asaes habile de faire litière des préjugés de son milieu» de faire montre de libres façons et de tenir un langage banal qui demain simpoaerait au sein du syndicat

De la sorte, l'aetion syndicale, représentation exacte des antagonismes soeianx, passmit, parce que « réformiste », après Taction politiqae, se distinguant par des eo mp ropisaiona de tontes sortes, parce que « révoiottonnalf^ ». Etrange re n ve r se me nt des termeel

l'action smniCAUSTB

2* Avant te Congrii d*Amien$

Les controverses qui précédèrent le congrès d^Amiens amenèrent les partisans de la subordination des syndicats au parti socialiste de préciser plus encore leurs désirs. Le secrétoire de la Fédération du Textile, Renard, un des plus fidèles lieutenants de Guesde, apporta, dans la discussion, deux affirmations précieuses.

La première disait que tout syndicat doit respecter la légalité, la deuxième mettait en opposition le Conseil supérieur du travail et le moyen d*action spécifiquement prolétarien qu'est la grève générale. La théorie de Renard se ramenait à ceci : comme eitogen, on peut être adversaire du gouvernement qui personnifie la légalité, comme ealarié et prolétaire, on doit être pour la légalité.

Voyons ce qu'est la légalité, que Renard voudrait respectée par les syndicats. Pour rester dans la légalité, il faut agir dans le sens du gouvernement, en évoluant dans TacUon ouvrière selon le cadre établi par lui. C'est cette conception qui caractérise la politique sociale dei Waldeck-Rousseau. . C*est en vertu de cette conception qu*il prit Millefand comme ministre. Ensemble, ils allaient tenter, sur une grande échelle, la mise en application d*un plan de politique sociale animé de cette conception : mettre en articles de lois le droit de la pensée, d'organisation, de coalition, en le subordonnant à des formalités compliquées, ayant pour résultat d'en paralyser le libre exercice.

Cet homme d'État connaissait trop les hommes et les choses pour se mettre brutalement en travers de l'évolution sociale : les droits de l'ouvrier, malgré la diversité des résistances, se font jour et se précisent à travers les difficultés et les luttes. Le mouvement ouvrier, dont lea bases étaient Jetées, promettait de prendre un esaor considérable ; en dehors des gouvernants et des possédants, et contre en, les idées nouvelles germaient et se répandaient

40 L ACTION STNDICAUSTB

N*étailril pas préférable, pour les dirigeants, de codifier, sous des apparences libérales, le proffrès qui pousse les bommes rers un meilleur avenir, de régler l*asage de ce progrès, en essayant d'en diminuer le courant et d'en amoindrir la force? On sait que ce libéralisme, pas plus que la répression méliniste, n*a atteint son but. Malgré des dissentiments inévitables, le mouvement ouvrier a grandi, et il a grandi parce qu'il y a «■ ce Ubéraliime corrupteur, contre lequel il s'est dressé. I La loi de 1884 avait pour but de réglementer, en le I paralysant, l'usage du droit d'organisation; elle voulait lui donner un caractère étroit et un rôle limité. De même, la loi sur les associations et la loi sur la séparation ont eu pour but d'enlever A l'Église une partie de sa puissance, -et non de permettre l'exercice normal et perfectible de la religion. La loi autorise le syndicat à faire telle ou telle besogne dont le cboiz appartient au gouvernement et lui interdit telle autre dont le choix lui appartient également. Naturellement, dans ces choix, la bourgeoisie s'est inspirée de ses intérêts et, en établissant un cadre, elle a posé une barrière, espérant qu'elle constituerait une digue la protégeant contre les luttes ouvrières.

Les syndicats, dans leur grande majorité, ont depuis longtemps brisé le cadre de la loi; ils ont dépassé lé but anigné par le pouvoir; ils ont lutté et combattu en dépit de la loi, le plus souvent contre l'esprit de la loi. Ils n*ont, à aucun moment, voulu respecter lo légalité : ils ont défendu les intérêts ouvriera. En combattant, sont-Ils, dans des circonstances, restés dans les attri- * botions légales? C'est A voir. Mais ont*il8 lutté sans tenir compte de la léffalité, renversant les résistonees légales pour ne s'incliner que devant la force? (Test eertain. Une illégalité est commise, lorsque les travailleqn en grève emploient tous les moyens pour amener à en d*autres travailleurs, et ils emploienl tous les moyens, non parce qu'ils sont permis ou défendus, mais parée àii*i!s leur sool imposés par les ebnditioiia ■ **'** i aa combat

.' Si le gouvernement a voulu, par la loi de 1884, poser une limite aux efforts ouvriera, par le Conseil supérieur du travail, il a voulu, complétant son œuvre, suggérer f alix syndicats la nature de leura cfTorts. En cfTct, on ne saurait trop le répéter, le gouvernement arrête l'ordre du jour des travaux du Conseil supérieur du Travail. Nul des membres qui le composent n'a le droit de soumettre un point quelconque A l'étude de ses collègues. L'Initiative appartient au pouvoir, et non au Conseil. C'est donc que la besogne de ce Conseil ne peut être que celle choisie et fixée par le gouvernement. Par répereussion, on escomptait que la besogne du Conseil deviendrait la besogne des syndicats, et par là c'était, en cas de réussite, la remise entre les mains des dirigeants du choix de nos efforts. Les syndicats se préoccupant do la prud'homie, parce que cette question était mise A l'ordre du jour du Conseil supérieur du Travail par le ministre, celui-ci devenait l'inspirateur de nos luttes.

Attirer les préoccupations des ouvriers sur le terrain choisi par le gouvernement était insunisanti La vie ouvrière provoque par son fonctionnement naturel autre chose que la parfaite harmonie et l'entière régularité dans les faits. Les grèves échappaient encore en partie A rinfiuence du système gouvernemental. 11 fallait autre chose! De lA, le projet sur l'arbitrage obligatoire et la réglementation des grèves, tendant, par un mécanisme compliqué, A rendre impossible tout conflit. Puis, selon la formule du maître : « Il faut que le capital travaille et que le travail possède », on a parié de capacité commerciale, afin de faire pénétrer dans les syndicats l'eçprit mercantile du négoce.

Limite fixée A l'activité ouvrière, choix renia au pou* voir de la nature de nos efforts, étranglement des conflits, substitution de l'esprit de négoce à l'esprit de luUe, telle eût été la légalité actuelle si les tnvailleore s'étaient laissé prendre au libéralisme des dirigeants.

Si, du moins, la légalité était l'expression de la Jusliee (avec an grand J), nous aurions à voir dans quelle

46 l'action stndicaustb

fTétaîNI pas préférable, pour les dirigeantfi, de codifier, sous des apparences libérales, le progrès qui pousse les hommes vere un meilleur avenir, de régler l*nsage de ce progrès, en essayant d'en diminuer le \ courant et d*en amoindrir la force? On sait que ce libéralisme, pas plus que la répression méliniste, n*a atteint son but. Malgré des dissentimento inévitables, le mouvement ouvrier a grandi, et il a grandi parce qu'il y a «■ ce libéraliime corrupteur, contre lequel il s^est dressé.

ILa loi de 1884 avait pour but de réglementer, en le paralysant, Tusage du droit d*organisaUon; elle voulait lui donner un caractère étroit et un rôle limité. De même, la loi sur les associations et la loi sur la séparation ont eu pour but d^enlever A TÉglise une partie de sa puissance, et non de permettre Tcxercice normal et perfectible de la religion. La loi autorise le syndicat à faire telle ou telle besogne dont le choix appaKient au gouvernement et lui interdit telle autre dont le choix lui appartient également. Naturellement, dans ces choix, la bourgeoisie s*est inspirée de ses intérêts ''t, en établissant un cadre, elle a posé une barrière, espérant qu*elle constituerait une digue la protégeant contre les luttes ouvrières.

Les syndicats, dans leur grande majorité, ont depuis longtenaps brisé le cadre de la loi; ils ont dépassé le but assigné par le pouvoir; ils ont lutté et combattu en dépit de la loi, le plus souvent contre Tesprit de la loi. Ils n*ont, à aucun moment, voulu respecter la légalité : ils ont défendu les intérêts ouvrière. En combattant, sont-ils, dans des circonstances, restés dans les attributions légales? Cest A voir. Mais ont-ils lutté sans tenir compte de la léffalité, renversant les réststonees légales pour ne s*ineUner que devant la force? Cest certain. Une illégalité est commise, lorsque les travaillean en grève emploient tous les moyens pour amener à on d*aatres travaiUeon, et Us emploient tous les nioyeos, non parce qu'ils sont permis ou défendus, mais parce ^u'Us leur sont imposés par les eonditfona — •—■ ■ du combat

l'action stndicalistb

I Si le gouvernement a voulu, par la loi de 1884, poser une limite aux efforts ouvriers, par le Conseil supérieur du travail, il a voulu, complétant son œuvre, suggérer aux. syndicats la nature de leure efTorts. En effet, on ne saurait trop le répéter, le gouvernement arrête Tordre du Jour des travaux du Conseil supérieur du Travail. Nul des membres qui le com|>osent n*a le droit de soumettre un point quelconque A Tétude de ses collègues. L'initiative appartient au pouvoir, et non au Conseil. C'est donc que la besogne de ce Conseil ne peut être que celle choisie et fixée par le gouvernement. Par répereussion, on escomptait que la besogne du Conseil deviendrait la besogne des syndicats, et par là c'était, en cas de réussite, la remise entre les mains des dirigeants du choix de nos efforts. Les syndicats se préoccupant do la prud'homie, paree que cette question était mise à Tordre du jour du Conseil supérieur du Travail par le ministre, celui-ci devenait l'inspirateur de nos luttes.

Attirer les préoccupations des ouvriers sur le terrain choisi par le gouvernement était insuffisant 1 La vie ouvrière provoque par son fonctionnement naturel autre chose que la parfaite harmonie et Tcntière régularité dans les faits. Les grèves échappaient encore en partie à l'influence du système gouvernemental. Il fallait autre chose! De là, le projet sur l'arbitrage obligatoire et- la réglementation des grèves, tendant, par un mécanisme compliqué, à rendre impossible tout confliL Puis, sdon la formule du maître : « Il faut que le capital travaille et que le travail possède », on a parlé de capacité comn^ereiale, afin de faire pénétrer dans les syndicats l'esprit mercantile du négoce.

Limite fixée à l'activité ouvrière, choix remis au pouvoir de la nature de nos efforts, étranglement des conflits, substitution de l'esprit de négoce à l'esprit de luUe, telle eût été la légalité actuelle si les tnvailleore s'étaient laissé prendre an libéralisme des dirigeants.

Si, du moins, la légalité était l'expression de la Jus- Uee (avec un grand J)« nous aurions à Toir dans quelle

40 L ACTIOlf 8TlfDlCALUTB

mesure doos loi deToos respeei et soumission. Dans ce cas, nous aurions à collaborer, patrons et ouvriers, pour faire régner entre nous « rétemelle Justice ». Mais il n*en est heureusement pas ainsi. La justice, c*est4-dire la légalité, c*est la raison du plus fort ; c*est à devenir plus foHs que les travailleurs doivent Cendre. Ils n> parviendront qu*en faisant litière de la légalité, s'emparant de ce qui peut les servir, comlwttant ce qui les frappe.

Le plan du mettre Waldeck-Roussoau a échoué. Les ■jndicaU se sont insurgés contre la légalité, et ils ont grandi ; ils se sont multipliés, ils ont créé des organismes se superposant pour une meilleure utilisation des efforts de chacun. Tout cela, en dépit de la légalité.

Or, le citoyen Renard voulait placer le mouvement syndical sur le terrain légal, but ardemment désiré par les officines du ministère du Commerce et du TrauaiL

Il s*agissait, au fond, en plaçant le syndicat sous la tutelle du Parti, de transformer Torganisation confédérale, en ta trampoiant $ur te terrain de ta tégatité. Les syndicats, devenus respectueux de la légalité, agiraient dans le sens de la loi élaborée pour des fins capitalistes, ils deviendraient des rouages collal>orant de' différentes façons à la besogne du gouvernement» Us en seraient les auxiliaires pour en devenir, n*étant pas les plus forts, les serviteurs. Et les comités politique» deviendraient le tabernacle de la révolution, ou, pour mieux dire, le pouvoir deviendrait le meilleur instmoient de la libération ouvrière.

> La motion du Congréê d'Amienê

Le Gouffres d*Amiens ne voulut pas entrer dans cette ▼oie et» à la presque unanimité, la proposition du Textile Ait repoussée el Tlndépendance des syndicats proclamée. Ma tâche se borna, en tant que mandataire eonfédéralf à défendre le slof a quo, c'est-à-dire rabeence de tons rapporta, tant locaux que centraux. Mon argumentation fbt Inspirée du sood de n'apportera Tadion eonfédéfenle aucun ebangement U Congrès, en adi^

L*ACTIOIf STNDICAUSTB 49

tant le texte lu par moi, se rallia à ma façon de voir. Il y eut donc confirmation de la pratique confédérale, c'est-à-dire de Tindépendance absolue des syndicats.

Et comment aurait-il pu en être autrement t C'est à notre entière autonomie, disais-ie au Congrès, qu'est dû le développement précipité du groupement confédéral. C'est elle qui a fait sa force ; et aliéner cette autonomie — tout rapport avec un parti politique étant une diminution de notre autonomie — c'aurait été enlever à la C. G. T. son caractère et son originalité. C'est ce que n'avaient pas voulu comprendre les seuls délégués du Textile. On leur avait tellement dit que le parti socialiste contenait toute la doctrine du socialisme I On leur avait si bien caché — en évitant tout contact entre eux et nous — les tentatives faites, sous l'impulsion de courants d'idées rajeunies et formulées au fur et à mesure que croissait en force et en étendue le mouvement ouvrier, que si le parti ne triomphait pas à Amiens, tout prestige risquait de disparaître. Aussi toute la thèse de Renaâ avait reposé sur l'action du parti : C'est le parti créant des coopératives, des syndicats, faisant de l'antimilitarisme, aidant les grèves, secourant les travailleurs. Le parti étant tout, ne pouvait pas, ne devait pas être vaincu I II le fut pourtant et d'une façon écrasante.

En quoi consiste la résolution du Congrès d'Amiens? ^ La résolution rappelle et confirme l'article 2 des statuts confédéraux — donc pas de changement sur ce . point primordial ; — elle considère que la déclaration contenue dans cet article est une affirmation de la ttttte de eiaeu, qui « oppose sur le terrain économique les travailleurs en révolte contre toutes les forces d'exploitation et d'oppression, loiil matéHeUee que moratee ». Voilà pour la partie théorique et fondamentale.

La résolution précise ensuite la besogne quotidienne et de préparation révolutionnaire du syndicalisme, elle indique le rôle du syndicat dans l'avenir. CeUe double besogne est imposée à l'ouvrier parce qu'il est salarié ; el pour raeoompUr, il doit apparlanir au qrndical. VoUà

L*ACTIOW âïNDICAUiTE

u. pour la tAchc ttiBigti<?e au salarié lui ratsanl ohligalion d'adhérer au syndicat.

Puis le pmâucUur, nprès avoir luUé pour son mieuxélre immédiat cl travorll<^ ein^i à préparer ur> meilleur avenir par b prntiquc journalière do son eîTort reveadJeaUf, a le droit, en dohors du syndicat» dit la résolu tlon» de « participer à IcMe» formes de lu lie correspondant à Ra concoplion iihilosophique ou politique ** ^ On lui demande seulement en réciprocité, comme coq- I séquence de na qnalitéde mîarié^ de n'apporter dans le ^syndicat que les préoccupai ionîi tirées de c<!<lle qualité. Voilà pour la lit>erté ot l'obligation correspondantes du travailleur,

Enfin la résolution déclare ; » Qu afin que le i^yndicalisme aUdgne ton maj^imum d'elTet, Taclion économiqtic doit s'eiercer directement contre le patronat^ les organi^tioiis confédérée*» n'ayant pas^ en tant que groupements syndicaux, à §€ préùccuper des partis et des sectes qui» etc. «

Celle dernière partie est explicite. Le^ mots k n'ayant pas à if préoccuper n sont catégonques ; si les organisations n'ont pas à $€ préùccuptr des partis, elles ne doivent pas établir des rapports, selon les résolutions mêmes du Nord, Le Congrc-s déclare qtic les rapporta locaux et centraux seraient nuisibles ; il en condamne la pratique parce qu'ils seraient de nature à « afTaibltr li signincalion du mouvement «i à f* diminuer Tautooomie syndicale n, et h <« enlever k la C. G. T Je ctriC^ tèr« 1* que cinq ans de pratique lui ont donné,

4* L'indéptndance ée* êtfndicaiÊ

L« Congrès saeiaUste do Limoges» venant après le Congrès syndical d'Amiens» ne put que prendre sagement BCle de ses décisions. El ce fut une nouvelle dé^ faite des gtxesdiiles.

Hais voici que récemment, à la veille du Congrèe social iila de Nancy (aoflt 1907;» les adversaires de Viîi* dépendance syndicale ont reprie tes armes* C'est Gueisde laÉ-mènie qui t donné le signai. L'état d^esprit tout

t'ACTIOl* STHDiCALISTK

fipécial du citoyen Guesde fait que les actes inspirés d'une eoncepljon autre que celle qu'il s'est faite du monde moderne, consliluenl une dématton, L*antimilifarisme^ le syndicalisme soitl des déviations. Nous sommes des êtres nuisibles, qu'il faut supprimer, afin de ramener Tact ion syndicale dans « tes I imites de la société capiLaliste ».

Depuis des mois» Guesde était parti en guerre contre le syndicalisme. A Troyes, à Lille, etc., etc., il s'étaîl escrimé t^nt et plus. Il tempêtait, non feulement parée qu'il n'est pas l 'inspirateur du nionvemcnt syndical, mais aussi parce que ce mouvement le j[;t>iie. C'est ù ses yeux un concurrent du f^arti. 11 faut donc réduire ses forces en limitant ses progrés. Pour parvenir à ce but* « le Parti doit être maître dos syndicats ", comme disait André, h Limoges.

H Un syndicat ne doit être ni rouge ni jaune », ^ dit Guesde. 11 aurait pu ajouter, (wur compléter sa pensée, « car il ne doit pas être •*. EnelTct^ un syndicat qui n'osl pas contre le patronat, c'est*à<dîre rouge* ou qui n'ett pas pour le patronal, c'est-à-dire jaune, que (leui-îl être ? 11 ne saurait exister.

Contre une semblable conception^ le Congrès d'Amiens s'était prononcé. Le syndicalisme, en dépit dc^ ana* tbèmesi entend vivre et agir. Le Congrès de Lîmogei» pour des raisons différentes, avait été d'un avis ideatique. Mais la majorité y fui peu forte. Delà, l'espérance chei l'ancien Parti Ouvrier Français de triompher au Congrès de Nancy.

Si vroimenl le parti guesdiste était animé d'excelleoU eentimonts â l'égard de l'organisation ouvrière» il aurait» comme premier souci» celui de ne pas lui coolester le droit de disposer d'elle-même. Que veut-il î Un cou* tact, un mélange, n en concertant et en combinant « les efforts. Pour cela, ilfautquelesdeux parties accoptenl, se me II eut d*accord. Or, l'organisation ouvrière a dit» à Amiens» « non m* £t le Congrès tociiliste de Limoges a pris acte.

En cone^uence, le filt de poser A nouveau ccUe

L*ACTIOri STNDICALISTB

fTétaitril |M8 préférable, pour les dirigeants, de codifier, sous des apparences libérales, le progrès qui pousse les hommes vers un meilleur arenir, de régler l*usage de ce progrès, en essayant d*en diminuer le courant et d'en amoindrir la force? On sait que ce libéralisme, pas plus que la répression méliniste, n'a atteint son but. Malgré des dissentiments inévitables, le mouvement ouvrier a grandi, et il a grandi parce qu'il g a tm ce libératiime eorrupUur\ contre lequel il s'est dressé. • La loi de 1884 avait pour but de réglementer, en le I paralysant, l'usage du droit d'organisaUon ; elle voulait lui donner un caractère étroit et un rôle limité. De même, la loi sur les associations et la loi sur la séparation ont eu pour but d'enlever à l'Église une partie de sa puissance, let non de permettre l'exercice normal et perfectible do la religion. La loi autorise le syndicat à faire telle ou telle besogne dont le choix appartient au gouvernement et lui interdit telle autre dont le choix lui apparUent également. Naturellement, dans ces choix, la bourgeoisie s'est inspirée de ses intérêts et, en établissant un cadre, elle a posé une barrière, ospérant qu'elle constituerait une digue la protégeant contre les luttes ouvrières.

Les syndicats, dans leur grande majorité, ont depuis longtemps brisé le cadre de la loi; ils ont dépassé lé but assigné par le pouvoir; ils ont lutté et combattu en dépit de la loi, le plus souvent contre l'esprit de la loi. Ils n*ont, à aucun moment, voulu respecter la légalité : ils ont défendu les intérêts ouvriers. En comtwttant, sont-ils, dans des circonstances, restés dans les attri- * boUons légales? C'est à voir. Mais ont-Us lutté sans ■^^ inapte de la léffalité, renversant les résistances légales pour ne s'incliner que devant la force? C'est certain. Une Ulégalité est commise, lorsque les travailleors en grève emploient tous les moyens pour amener à en d'autres travailleurs, et ils emploient tous les moyens, non parée qu*ils sont permit ou défendus, mais parce da*ils leur sont imposés par les conditions ■*^— ^ m combat

l'action stndicalistb

.' Si le gouvernement a voulu, par la loi de 1884, poser une limite aux efTorts ouvriers, par le Conseil supérieur du travail, il a voulu, complétant son œuvre, suggérer [ aUx syndicats la nature de leurs efforts. En cfTct, on ne saurait trop le répéter, le gouvernement arrête l'ordre du jour des travaux du Conseil supérieur du Travail. Nul des membres qui le composent n'a le droit de soumettre un point quelconque à l'étude de ses collègues. L'initiative appartient au pouvoir, et non au Conseil. C'est donc que la besogne de ce Conseil ne peut être que celle choisie et Hxéi par le gouvernement. Par répercussion, on escomptait que la besogne du Conseil deviendrait la besogne des syndicats, et par là c'était, en cas de réussite, la remise entre les mains des dirigeants du choix de nos efTorts. Les syndicats se préoccupant do la prud'homie, parce que cette question était mise à Tordre du jour du Conseil supérieur du Travail par le ministre, celui-ci devenait l'inspirateur de nos luttes.

Attirer les préoccupations des ouvriers sur le terrain choisi par le gouvernement était insuffisant I La vie ouvrière provoque par son fonctionnement naturel autre chose que la parfaite harmonie et l'entière régularité dans les faits. Les grèves échappaient encore en partie à l'influence du système gouvernemental. Il fallait autre chose! De là, le projet sur l'arbitrage obligatoire et la réglementation des grèves, tendant, par un mécanisme compliqué, à rendre impossible tout conflit. Puis, selon la formule du maître : « 11 faut que le capital travaille et que le travail possède n, on a parlé de capacité commerciale, afin de faire pénétrer dans les syndicats l'esprit mercantile du négoce.

Limite fixée à l'activité ouvrière, choix remis au poa«> voir de la nature de nos efiSorts, étranglement des conflits, substitution de resprii de négoce à l'esprit de luUe, telle eût été la légalité actuelle si les travailleur! s'étaient laissé prendre au libéralisme des dirigeants.

Si, du moins, la légalité était l'expression de la Jotlice (avec un grand J), noos aurions à voir dans qnello

46 l'action 8TNDICAU8TB

N*éUil-il pas préféitible, pour les dirigeants, de codifier, sous des apparences lil>érales, le progrès qui pousse les hommes Ters un meilleur arenir, de régler l*usage de ce progrès, en essayant d'en diminuer le courant et d'en amoindrir la force? On sait que ce libéralisme, pas plus que la répression méliniste, n'a atteint son but. Malgré des dissentiments inévitables, le mouvement ouvrier a grandi, et il a grandi parée qu'il g a eu ce nbéraliime corniplear, contre lequel il s'est dressé.

ILa loi de 1884 avait pour but de réglementer, en le paralysant, l'usage du droit d'organisation ; elle voulait lui donner un caractère étroit et un rôle limité. De même, la loi sur les associations et la loi sur la séparation ont eu pour but d'enlever à TÉglise une partie de sa puissance, et non de permettre l'exercice normal et perfectible de la religion. La loi autorise le syndicat è faire telle ou telle besogne dont le choix appartient au gouvernement et lui interdit telle autre dont le choix lui appartient également. Naturellement, dans ces choix, la bourgeoiRÎe s'est inspirée de ses intérêts '^t, en établissant un cadre, elle a posé une barrière, espérant qu'elle constituerait une digue la protéffeaot contre les luttes ouvrières.

Les syndicats, dans leur grande majorité, ont depuis longtemps brisé le cadre de la loi; ils ont dépassé le but assigné par le pouvoir; ils ont lutté et combattu en dépit de la loi, le plus souvent contre l'esprit de la loi. Ils n'ont, à aucun moment, voulu respecter la légalité : ils ont défendu les intérêts ouvriers. En combattant, soDt-ils, dans des drcoosUnces, restés dans les attriboUons légales? C'est à voir. Mais ont-ils lutté sans tenir compte de la lénlité, renversant les résisUnees légales pour ne s'incliner que devant la forée? Cest cniMàn. Une i llégalité est commise, lonque les travailleora en grève emploient tous les moyens pour amener à en d'autres travailleurs, et ils emploient tous les moyens, non parée qu*ils sont permit ou défendus, mais ptree qu'ils leur sont imposés par les eonditioiis mêoMa dtt eombat

l'action stndicalistb

I Si le gouvernement a voulu, par la loi de 1884, poser une limite aux efTorts ouvriers, par le Conseil supérieur du travail, il a voulu, complétant son œuvre, suggérer ' aux. syndicats la nature de leurs efforts. En effet, on ne saurait trop le répéter, le gouvernement arrête l'ordre du Jour des travaux du Conseil supérieur du Travail. Nul des membres qui le composent n'a le droit de soumettre un point quelconque à l'étude de ses collègues. L'initiative appartient au pouvoir, et non au Conseil. C'est donc que la besogne de ce Conseil ne peut être que celle choisie et fixée par le gouvernement. Par répercussion, on escomptait que la besogne du Conseil deviendrait la besogne des syndicats, et par là c'était, en cas de réussite, la remise entre les mains des dirigeants du choix de nos efforts. Les syndicats se préoccupant de la prud'homie, parce que cette question était mise à Tordre du jour du Conseil supérieur du Travail par le ministre, celui-ci devenait l'inspirateur de nos lottes.

Attirer les préoccupations des ouvriers sur le terrain choisi par le gouvernement était insuffisant! La vie ouvrière provoque par son fonctionnement naturel autre chose que la parfaite harmonie et l'entière régularité dans les faits. Les grèves échappaient encore en partie à l'inffuence du système gouvernemental. Il fallait autre chose ! De là, le projet sur l'arbitrage obligatoire et la réglementation des grèves, tendant, par un mécanisme compliqué, à rendre impossible tout conflit Puis, selon la formule du maître : « Il faut que le capital travaille et que le travail possède », on a parlé de capacité comn^erciale, afin de faire pénétrer dans les syndicats l'esprit mercantile du négoce.

Limite fixée à l'activité ouvrière, choix remis au pouvoir de la nature de nos efforts, étranglement des conflits, substitution de l'esprit de négoce à l'esprit de lutte, telle eût été la légalité actuelle si les travailleurs s'étaient laissé prendre au libéralisme des dirigeants.

Si, du moins, la légalité était l'expression de la Jus- Uee (avee un grand i), nous aurions à voir dans quelle

48 L*ACTIOIf 8TlfDlCALUTB

mesure ooas lui deTons respeei et soumission. Dans ce eas, nous aurions à collaborer, patrons et ouvriers,

Cmr faire régner entre nous « rétemclle Justice ». ais il n*en est heureusement pas ainsi. La justice, c*est4-dire la légalité, c*est la raison du plus fort ; c*est à dcTenir plus foHs que les trarailleurs doirent tendre. Ils n*7 parriendront qu*en faisant litière de la légalité, s'emparant de ce qui peut les serrir, combattant ce qui les frappe.

Le plan du maître Waldeck-Roussoau a éclioué. Les ■jndicaU se sont insurgés contre la légalité, et ils ont grandi; ils se sont multipliés, ils ont créé des organismes se superposant pour une meilleure utilisation des efforts de chacun. Tout cela, en dépit de la légalité.

Or, le citoyen Renard voulait placer le mouvement syndical sur le terrain légal, but ardemment désiré par les officines du ministère du Commerce et du TrauaiL

Il s'agissait, au fond, en plaçant le syndicat sous la tutelle du Parti, de transformer Torganisation confédérale, en ta trampoiant $ur le terrain de la légalité. Les syndicats, devenus respectueux de la légalité, agiraient dans le sens de la loi élaborée pour des fins capitalistes, ils deviendraient des rouages collaborant de' différentes façons à la besogne du gouvernement, Us en seraient les auxiliaires pour en devenir, n'étant pas les plus forts, les serviteurs. Et les comités politiques deviendraient le tabernacle de la révolution, ou, pour mieux dire, le pouvoir deviendrait le meilleur instmoient de la libération ouvrière.

> La motion du Congréê d'Amiem

Le Gonsprès d'Amiens ne voulut pas entrer dans cette ▼oie et, à la presque unanimité, la proposition du Textile tûi repoussée et l'indépendanee des syndicats proclamée. Ma tâche se l>onia, en tant que mandataire eonfédéral, à défendre le itatu quo, c'est-à-dire l'abeenee do tous rapporta, tant locaux que centraux. Mon arm- ■aentation fbt inspirée du souci de n'apportera l'ac^on eosfédéfeole aneon ehangement Le Congrès, en adop-

l'ACTIOII STNOICAUSTB 49

tant le texte lu par moi, se rallia à ma façon de voir. Il y eut donc confirmation de la pratique confédérale, c'estrà-dire de l*indépendance absolue des syndicats.

Et comment aurait-il pu en être autrement t C*est à notre entière autonomie, disais-ie au Congrès, qu'est dû le développement précipité du groupement confédéral. C'est elle qui a fait sa force ; et aliéner cette autonomie — tout rapport avec un parti politique étant une diminution de notre autonomie — c'aurait été enlever à la C. G. T. son caractère et son originalité. C'est ce que n'avaient pas voulu comprendre les seuls délégués du Textile. On leur avait tellement dit que le parti socialiste contenait toute la doctrine du socialisme I On leur avait si bien caché — en évitant tout contact entre eux et nous — les tentatives faites, sous l'impulsion de courants d'idées rajeunies et formulées au fur et à mesure que croissait en force et en étendue le mouvement ouvrier, que si le parti ne triomphait pas à Amiens, tout prestige risquait de disparaître. Aussi toute la thèse de Renaâ avait reposé sur l'acUon du parti : C'est le parti créant des coopératives, des syndicats, faisant de l'antimiliUrisme, aidant les grèves, secourant les travailleurs. Le parti étant tout, ne pouvait pas, ne devait pas être vaincu I II le fut pourtant et d'une façon écrasante.

En quoi consiste la résolution du Congrès d'Amiens? ^ La résolution rappelle et confirme l'article 2 des statuts confédéraux — donc pas de changement sur ce . point primordial ; — elle considère que la déclaration contenue dans cet article est une affirmation de la tuttêde eiauê, qui « oppose sur le terrain économique les travailleurs en révolte contre toutes les forces d'exploitation et d'oppression, tant malérieiieê que moraieê ». Voilà pour la partie théorique et fondamentale.

La résolution prédse ensuite la besogne quotidienne ol de préparation révolutionnaire du syndicalisme, elle indique le rôle du syndicat dans l'avenir. CeUe double besogne est imposée à l'ouvrier parce qu'il est salarié ; el pour raeoompUr» il doit appartenir au qriidieat Voilà

dO L'ACTION 8TNDICALUTB

- pour la tâche assignée au salarié lai faisant obligation d'adhérer an syndicat.

Puis le produeleur^ après avoir lutté pour son mieuxêtre immédiat et travaillé ainsi à préparer un meilleur avenir par la pratique journalière de son elTort revendicatif, a le droit, en dehors du syndicat, dit la résor lution, de « participer à telles formes de lutte corres- I pondant à sa conception philosophique ou politique ». J On lui demande seulement en réciprocité, comme eon- I séquence de sa qualité de $aiarié, de n'apporter dans le {^syndicat que les préoccupations tirées de cette qualité. Voilà pour la liberté et Tobligation correspondantes du travailleur.

Enfin la résolution déclare : « Qu*afin que le syndicalisme atteigne $on maximum d'efTet, l'action économique doit s'exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n'ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, etc. n

Cette dernière partie est explicite. Les mots « n'ayant pas à 9e préoccuper » sont catégoriques ; si les organisations n'ont pas à le préoccuper des partis, elles ne doivent pas établir des rapports, selon les résolutions mêmes du Nord. Le Congrès déclare que les rapports locaux et centraux seraient nuisibles ; il en condamne la pratique parce qu'ils seraient de nature à «« alTaiblir la signification du mouvement », à « diminuer Tautonomie syndicale », et à « enlever à la C. G. T. le caraeière » que cinq ans de pratique lui ont donné.

4* L'indépendance de$ igndicats

Le Congrès socialiste de Limoges, venant après le Congrès syndical d'Amiens, ne put que prendre sagement acte de ses décisions. Et ce' fut une nouvelle défaite dm guesdistes .

Mais voici que récemment, à la veille du Congrès •odaliste de Nancy (août 1907), les adversaires de Tindépendanee svndieale ont repris les armes. C'est Goasde M-mêoia qui a donné le signal. L'éUi d'esprit foui

L'ACTION STNOICAUSTB

spécial du citoyen Guesde fait que les actes inspirés d'une conception autre que celle qu'il s'est faite du monde moderne, constituent une déviation. L'antimilitarisme, le syndicalisme sont des déviations. Nous sommes des êtres nuisibles, qu'il faut supprimer, afin de ramener l'action syndicale dans « les limites de la société capitaliste ».

Depuis des mois, Guesde était parti en guerre contre le syndicalisme. A Troyes, à Lille, etc., etc., il s'était escrimé tant et plus. Il tempêtait, non seulement parce qu'il n'est pas l'inspirateur du mouvement syndical, mais aussi parce que ce mouvement le gêne. C'est & ses yeux un concurrent du Parti. 11 faut donc réduire ses forces en limitant ses progrès. Pour parvenir & ce but, « le Parti doit être maître des syndicats », comme disait André, à Limoges.

« Un syndicat ne doit être ni rouge ni jaune », a dit Guesde. 11 aurait pu ajouter, pourcompléter sa pensée, « car il ne doit pas être ». EnefTet, un syndicat qui n'est pas contre le patronat, c'est-à-dire rouge, ou qui n'est pas pour le patronat, c'est-à-dire jaune, que peut-il être ? Il ne saurait exister.

Contre une semblable conception, le Congrès d'Amiens s'était prononcé. Le syndicalisme, en dépit des anathèmes, entend vivre et agir. Le Congrès de Limoffes, pour des raisons dilTérentes, avait été d'un avis identique. Mais la majorité y fut peu forte. Delà, l'espérance chez l'ancien Parti Ouvrier Français de triompher au Congrès de Nancy.

Si vraiment le parti guesdiste était animé d'excellents sentiments à l'égard de l'organisation ouvrière, il aurait, comme premier soud, celui de ne pas lui contester le droit de disposer d'elle-même. Que veut-il T Un contact, on mélange, « en concertant et en combinant » les efforto. Pour cela, il faut que les deux parties acceptent, se mettent d'accord. Or, l'organisstion ouvrière a dit, à Amiens, « non ». El le Congrès iocialisto de Limoges a pris acte.

En eonséqoence, le fiiU de poser à nomreaa cotte

L*ACTIOIf tTNDICAUSTB

QimUÔn, c'éUildlro que Topinioii, lavis, I aceepUU©ïi de roivanisaUon syndicale eonl quantité négligeable. Ce qui importe, c'est le senUment du Parti. Comme on Toit! les oroeédés de Guesde montrent Se peu de cas qu'il fait de Torganisation ounière. ^. j

11 résulUit de cet éUt de choses que des meinbre» du Parti voulaient nous imposer un mariage. Nous o en roulions pas. Cest la guerre qui allait éclater. Et la déclaration en arait été faiteparceux le qui apportaient 6l soutenaient la résolution dite « de la Dordo(jQô *.

Mais le Congrès socialUte de Nancy a eu plus de bon sens. Il a compris que les syndicats ont trop 1 habilude delà liberté pour accepter une tutelle quelconque et U a rejeté, à une majorité accrue, la tentative des

Ti leçon à retirer de ces incidents, c est que les syndicato sont majeurs, et qu'à leur faire la chaw, on fiaque de les avoir, non avec soi, mais ^ntie soi.

LINTERNATIONALE SYNDICALE

!• U iftidieaUême françaU «I rinternalîonalt êffndhaîê L'originalité du syndicalisme français e»t frappante dans l'Internationale syndicale. 11 a devancé, par une marche si rapide, la plupart des mouvements syndicaux des autres pays, que ceux-ci ne peuTcnt ni le iuivre ni le comprendre. D'où faUlbment un aniagonitme qni teii éclater plus encore l'opposition eiietanl entre la ^yt««*> ouvrière française organisée sur le type nouveau et les diveraea dasaea ouvrières des autres nations

\ Le dilMreDd qui a éclaté depuis quelque temps déjà Wf« le syndicalisme françaia el le Bureau lyadieal

L*ACnOlf STNDICAUSTB

ss

international en est la meilleure preuve. On sait que le Bureau syndical international et la Confédération Générale du Travail ne sont pas d'accord sur le but et le travail des conférences périodiquement tenues entre les secrétaires des groupements ouvriers nationaux.

Le syndicalisme allemand, qui a le siège du Bureau syndical international, et, à sa suite, les autres pays, ont de l'action syndicale une conception qui, en toute logique, fait des organisations ouvrières les vassales des paHis politiques. Le syndicalisme français, au contraire, sans s'opposer aux partis, qu'il n'a pas à connaître, attache à l'action syndicale une prépondérance incontestable.

Ces conceptions, résultant de causes diverses, dénotent des états d'esprit dilTérenta, qui, dans les discussions, ne peuvent que se heurter. Et le plus curieux est de voir ta tetalite des comités syndicaux centraux dea autres pays refusant la discussion, alors que le seul pays possédant une mentalité dilTérente la recherche ! ' On pourrait croire que ce dernier, afin de ne pas être imprégné des idées régnant dans les autres nations, recule devant l'exposé des conditions de luUe i|ui l'agitent et l'inspirent. Il n'en est rien. Le syndicalisme français désire — et ce n'est pas d'aujourd'hui — des contacta internationaux mettant en pnftsonce de nombreux délégués de toutes corporations, afin d'établir ces liens que chacun affirme indispensables^ et de discuter les questions intéressant la classe ouvrière toute entière.

Les autres pays, et à leur tête rAllemagne ouvrière, veulent simplement la réunion dea secrétaires nationaux de chaque pays, pour y résoudre des pointa d'ordre organique et administratif. Quant aux questions posées par ta vie ouvrière, elles devront être résolues par ces aaaemblées de médecins, d'avocats, de rentiers, de pro> priétaires, de commerçants, etc.., que sont les Codgréa politiques internationaux !

La France syndicale n'a jamaia songé à contester aux parlta politiquea te droit de sa réQn& telematiooilo-

L*ACTION STNDICAUSTB

meott mais elle affirme le droit pour la classe ooTrière d'avoir à son tour, et en pleine indépendance, des rapports internationaux. En affirmant ce droit, elle n'entend pas imposer aux organismes syndicaux des autres pays la participation à un Congrès syndical international ; elle n'entend pas non plus leur interdire la participation aux Congrès politiques. Elle dit, imitant l'Allemagne, qu'elle ne prendra pas part à des conférences dont l'utilité, après celles qui ont été tenues, apparaît fort contestable, et elle se refuse à reconnaître la légitimité d'une résolution allemande qu^ intordit à tout jamais des discussion^ appartenant essentiellement au domaine syndical, et qui proclame que seuls ont le droit de les aborder et de les résoudre des Congrès politiques auxquels la France syndicale ne veut pas participer.

Et si l'on tient compte que la résolution allemande a été motivée, comme l'a dit un délégué, par l'attitude de la France syndicaliste, il en faut déduire qu'un des buts dm conférences est de donner aux Congrès politiques le relief et l'autorité qui leur assureront la prépondérance sur les Congrès syndicaux et d'amener la France ouTrière au respect de leurs résolutions.

A ce sujet, les préoccupations allemandes se sont fait nettement jour à la Conférence syndicale internationale de Cbristiana du mois de septembre 1907, dont il nous reste à parler.

2* Lu eonférenetê iyndicale$ inlemalionaleê

Posons les points du différend. La besogne faite aux eonférencet de Stuttgart (1902) et de Dublin (1903) arait trait à la constitution du Secrétariat syndical international, à la déUmiUtion de ses attribuUone, et à l'éUbliasement des relations pour l'aide mutuelle entre les organisations des divers pays. Des publications devaient être faites sur l'état de cbaqne corporation, relativement ans servicea que chacune d*elle comprend, à leur eneaisae, tant en recettes qa*en dépenses — ces aervicea étant : eaisae de chômage» de grève, de maladie, dedécèa,ete.

L ACTION STNniCALISTB

Puis, il était décidé de publier chaque année un rapport sur le mouvement syndical dans chaque pays; les agitations poursuivies, les grèves soutenues, les rérâltats obtenus y seraient mentionnés.-

Comme délégué de la Franco syndicale à ces deux conférences, nous avions participé & ce travail constitutif. L'œuvre nous intéressait dans plusieurs de ses parties et nous étions disposé à nous prêter & la plus grande somme de réalisation. En un mot, malgré les incidents fort'regrettables qui marquèrent la conférence de Dublin, malgré le ridicule et* l'indifférence qui entoura ses travaux, nous nous montrions satisfait.

Nous l'avons dit à plusieurs reprises dans la Voix du Peuple et dans le Mouvement $ociati$le (n* 127, l** septembre 1903). Et cependant la conférence de Dublin n'était pas de nature à enthousiasmer. On s'en rendra compte au seul rappel de son travail.

La conférence commença à deux heures et se termina à cinq heures; Elle dura trois heures, y compris le discours d'ouverture et le temps nécessaire aux traduotions. C'était vraiment trop peu pour légitimer un voyage de plusieurs jours et fort coûteux I

En nous rendant à la conférence, à deux heures, nous n'avions pas espéré l'avoir terminée à cinq heures, de aorte que nous avions laissé & notre hôtel un rapport sur VantimilitaHime et la grève générale. Ce rapport était imprimé en anglais, en allemand et en français. Notre intention était de le déposer à la fin de la conférence, en demandant l'inscription & l'ordre du Jour de la conférence suivante des deux pointa qu'il soulevait. La mauvaise organisation de la conférence de Dublin, dont le mieux eat de n'en pas dire plus, et l'insuffisance da travail contrarièrent nos projets. Noos ne pûmes que le iendemain remettre nos rapporta aux délégoéa que noua rencontrâmea. Si, à Dublin, il nous avait été poeaible de remplir notre mandat, peut-être le difléreod actuel n*eûi-il pas pris le caractère qu'il revêt I

Néanmoins, lorsque nous fûmes de retour en France, il ftit convenu an Comité confédéral que les inddeata

56 L*ACT10lf tTHDICAUtn

dont nous trions été les témoins on les aolenrs ne seraient pas rendus publics. Nul de nous ne Toulait diminuer Tintérét de ces premièrtê rtneonireê intenu»- Itê. Nous supposions que ces incidents éUient dus à notre inexpMence. En un mot, ce n'était pas le travail fkit que nous considérions comme une grande Talenr, mais plutôt la création d'un lien international et des aTantaôes que Ton en tirerait dans ravenir.

Ainsi donc, le peu de traraU réaUsé n'était et ne pou- Tait être à nos yeux qu'un trarail préparatoire.

En nous monirani satisfait, nous n'entendions pas dire, par conséquent, que la besogne était suffisante, et dans le numéro du Mouvement Socialiêle aue nous Tenons de rappeler, nous écriTions, en conclusion du du compte rendu de la conférence de Dublin, nngt mois avant celle d'Amsterdam (1905) :

TeBe est la besogne quU importoii d'accomplir dans les rèODioiis inteniaUoiiales, maiê qu'il fuudru eomptéÊtréamUê Nturtê efiufértueeê, car eUe •erail insuffisante pour alimenter toujours l'esamen et la discussion. Comment sera-i-eUe complétée? Il serait prématuré d'éUblir des préTisions. Il •offlL pour l'instant, de ssTolr qu'une ban* de diaco n rion ptaa large Ml néoMsalr*. C'est aux pays enzHnémes qoU a^artieni de la poeer.

Dès que la Confédération Générale du TravaU eut connaissance de la date de la conférence d'Amsterdam» le Comité confédéral décida de porter à son ordre du jour les deux points cités plus baut en y adjoignant celui relatif à la journée de buit beures.

Le secrétaire international fut saisi du désir du Comité confédéral par une lettre qui posait l'inscription des points à l'ordre du jour comme condition de notre participation à la oonférence, et qui se terminait ainsi :

Nous n'aTooa pas ta prétention de < le prepotfffoMmienottspouToosfiyre;ilsi «ms entendre. Libie eueutte à ehaeum 4$ < éSmélUtutéu lu êuUê Jugée hotme.

A celte lettre, le eeerélaire objeeta qoe les point».

qu'on TeuiOe

L*ACnON SntOICAUSTB

toulerés sortaient du cadre de la conférence et qu'il ne pouTait les inscrire. Il lui fut répondu que, sa fonction étant celle d'un « transmetteur»», il n'aTait pas à opposer un oeio. Alors le secrétaire crut babile de consulter les organisations des autres pays sur ta demande de ta Confédération Générale du Travail, en faiêant eonnatlre $on auU, La lettre qui contenait les réponses des pays ne parvint pas à ta Confédération Générale du TravaiL par insuffisance d'adresse, de sorte que la France ne fàt pas représentée à la conférence d'Amsterdam de 1905.

Les secrétaires nationaux réunis approuvèrent le se> erétaire international et, sur la proposition de l'Allemagne, ita décidèrent que :

Sont exclues des discussions toutes les questions tbéoriqnes et toutes celles qui ont trait aux lendûnceê et à lu tue» tique du mouvement syndical dans les différenta pays...

11 sem6/e résulter de cette résolution que toute question ayant trait aux métbodes de propagande, de lutte, aux idées générales et aux conceptions des syndicaU de cbaque pays ne serait jamais abordée, cbaque nation étant jugée libre de mener l'action syndicale dans les conditions reconnues bonnes par elle. Cétait, par con-

auent» l'affirmation claire et nette d'une Intematioe formée de nations restant impénétrables les unes aux autres et dont ta besogne serait maintenue dans des limites sauvegardant à cbacune d'elles l'autonomie la plus absolue. La conférence disait à la France : « Toute question portant sur ta tactique et les conceptions propres à vos syndicata ne saurait intéresser nos organisations : gardes vos tendances, nous gardons les

On verra plus loin que les méoiea aeerétaires nationaux n'ont pas craint de violer, à ta conférence de Cbristiana, leur propre réeolution. Ita ont par ta montré le mol>ile qui les guidait et les préoecupationa qui lea agitant

En janvier 190S, au moment où chacnn eaeomptailv à propos du Maroc, un eonflit entre ta FlraBce et l'Aile- I ta signataire de ces lignée M mandaté par ta

L*ACTION 8TIIDICAU8TB

Confédérttion Générale du TraTail poar aller à Berlin proposer Torganisation de démonstrations simultanées à Paris et à Berlin, afin de permettre à la classe ouTrière de manifester son horreur de la guerre. Des délégués Haienl mit à la diêpoêilion des camarades allemands pour prendre part à la démonstration de Berlin, et une demande ferme de délégués allemands pour participer à celle de Paris était faite au nom de la Confédération' Générale du Trarail.

Le délégué des syndicats français se heurta à Berlin à un refus, motiré, lui dit^on, par Tinterdiction que fait la loi aux syndicats allemands de participer à des manifestations de ce genre. Le délégué fut renvoyé au parti socialiste, mais comme il faisait remarquer que sa délégation arait pour objet de se mettre en rapport arec forganisation syndicale, les camarades allemands se décidèrent à aller demander à la social-démocratie de prendre en mains la préparation de la manifestation. Par courtoisie, le délégué français les accompagna auprès de la social-démocratie, en spécifiant bien le caractère officieux de sa démarche.

Après SToir expliqué Tobiet de son Toyage au député Singer, celui-ci lui demanda si les syndicats fHuaçais organisaient la démonstration en accord avec le parti socialiste. Le délégué répondit par la négative, en déclarant que, les groupements nationaux étant autonomes, la France syndicale entendait rester maîtresse de son action, et que nulle condition ne pouvait lui être posée. En retour, les syndicats français ne faisaient aucune objection à ce que les syndicats allemands fissent accomplir leur besogne par le parti socialiste.

Le délégué Irançais, soucieux de Tautonomie de chacun, respectait ainsi le droit pour TAllemagne d*agir à sa guise; il se bornait à réclamer le même respect pour le droit de la France. Noos laissons le soin an lectaor d'apprécier Tattitode de la Confédération Générale du Travail et celle de la Commission Générale des syndieata

Lé délégué revint donc à Paris, rapportant un reta

L ACTION SmmCAUSTB 99

catégorique. Ayant rendu compte de sa mission au Comité confédéral, celui-ci constata, une fois de plus, rinefficacité des rapports internationaux actuels, et il décida de ne plus avoir de relations régulières avec le Bureau syndical international, tout en continuant à acquitter les cotisations imposées.

Le Congrès syndical d*Amiens de septembre 1906 examina, on s*en souvient, la question des rapports internationaux et, après une discussion fort longue, il adopta le texte suivant :

Le Congrès, après avoir entendu critiques et réponses sur le passage du rapport relatif aux • rapports internationaux •, approuve Tattitude du Comité confédéral d'avoir momentanément suspendu les relations avec le secrétariat iaternatiooal qui a remisé d'inscrire, à Tordre du jour des conférences internationales, les questions de la gnkve générale, la journée de huit heures et l'antimilitarisme.

Il invite le Comité confédéral à reprendre à nouveau les relations avec le secrétariat international en demandant à nouveau Tinscription à Tordre du jour des questions précédemment révisées.'

L*addition suivante tùi également adoptée :

Au cas où le secrétariat international s*y refuserait, s'abritant derrière la motion adoptée à Amsterdam, dont il ne voudrait pas demander l'annulation à la prochaine conférence, le Comité confédéral est invité à entrer en rapporta directe avec les autres centres nationaux affiliés, en passant par deaaua le secrétariat international.

En conformité de ce vote, le Comité confédéral devait, à la veille de la conférence syndicale de Christiania, poser à nouveau la question.

Cest ce qui tùi fait, et comme il ressortait, d*aprèa les déclarations qui forent fhites, que le Bureau international ne demanderait pas Tannulation de la résolution d*Ani8terdam, une circulaire dont voici le texte fut adr e ssé e ans groupements des pays affiliés, poor leur soumettre les raisons de Tabatention de la Franee:

W L ACTION SntDICAUSTB

28 août 1907.

Camarade aeeréUire,

Gomme toos, la Goofédéralion Générale du Travail de FMnce a rac«i da Buraaa international une inritalioa à ae toira repréaenler à la Gonférence internationale ifoi ae tiendra le lo septembre, à ChrUiiania,

Gette inTitaUon ayant été soumise au Comité confédéral, eehd-cl, a*inspirant do vote émis à son Congrès national, qol a*est tenu à Amietu^ en septembre IWft, a décidé de ne^ paa ae faire représenter à Christiania, mais en même teinpa de teire connaître aui organisations ouTrières des dloénntes nationalités les motifs de sa non participation.

Vous TOUS rappelés sans doute, camarade, certains ind^ dents de la Gonférence de Dublin ( 1903) sur lesquels noua ne voulons pas revenir. A cette Conférence, nos délégués avalent mandat de présenter un rapport sur rantimiUtafwme al sur la grève générale, rapport avec texte en fhmçala, en allemand et en anglais, qui, psr suite du maurais fonctk»^ nement de cette Conférence, ne put pss même être déposé.

Lorsque nous parvint rinvitalion d'assister à la Conférence d*Amaterdam ( 1906), le Comité confédéral fkit amené à poaer coBune condition de sa participation, la mise en discussion des deux questions rappelées plus haut, auxquelles, va ractualité, était ajoutée la • Jooraée de huit heurea •.

Nos propositions transmises au secrétaire international le camarade Legien, celui-ci répondit par un refùa. Cependant, devant rinsistance du Comité confédéral. Il consenttt à eottsalter les Centres syndicaux nationaux.

Toutefois, au lieu de conserver la neotnlité qui convenait en la dreonstance, le camarade Legien voulut Iniloencer la dèdalon à Intervenir en faisant connaître son avis, en mémo temps qu'il envoyait le referendum. Aucune réponse n*étant parvenoe en France, une lettre envoyée au dernier moment par Legien lui fût retournée pour Inaufllaance d'adresse. La Confédération Générale du travail de France ne cmt paa devoir ae Cidre repréaenter à Amsterdam. A cette Gonlérence, le aecrétalre International proposa et Ht décider, an de rAUeaMgne, que désormala lea Conférences Interne aéraient plna appeléea à dlacoter dea qnende prlndpc et qu'elles se borneraient à étudier dea 'adnilnlatray< -

poteU d*i

itratlon avndicale. Dana cette dédaton, les ouvrières françaises virent une violation de natlonalea, et aoaal llMlilllé

l'action stndicaustb

Tel éUit Tétat de la question au moment où les syndicata fjrançais tinrent, à Amienê, en septembre 1906, leur Congrès national ; approurant pleinement son Comité, ledit Congrès adopta à la presque unanimité l'ordre du Jour suirant :

• • Le Congrès, après avoir entendu critiques et réponses sur le psssage du rapport relatif aux • Rapports internationaux •, approuve l'attitude du Comité confédéral d'avoir momentanément suspendu les relations avec le secrétariat International, qui a refusé d'inscrire à l'ordre du iour des Conférences internationales, les questions de la grève générale, la Journée de huit heures et l'antimililarisme.

• Il Invite le Comité confédéral à reprendre les relations avec le Secrétariat international, en demandant à nouveau llnscription à l'ordre du Jour des questions précédemment refusées. •

C'est dans ces conditions que la Confédération Générale du Trarail,- tenue par les dédsions de son Congrès national, rient vous demander, camarade, de bien vouloir frire que la Conférence qui va a'ouvrir à Christiania annule la déclalon prise à Amsterdam, et que le Secrétaire international reçoive le mandat de porter à l'ordre du Jour de la Gonférence qui suivra les questions de la grève générale, de la Jounée de huit heures et de l'antimilitarisme.

La G. G. T. ne saurait, en effet, admettre, en debon d'un retea formel opposé à la demande d'inscription d'une question ouvrière, qu'une Conférence limite psr une résolution le champ d'actirité dea fàtures Conférences. Elle estime nue poser une barrière à toute discussion, c'est rendre les ConArenees peu intéressantes, sinon Inutiles. Pour le Comité de Is G. G. T.,

Lt Sterétûirt, V. Gairromuiia

V Les eontradieiionê de la eonférenee de Chrietiania

Les gronpemaots nationanx dea mts affiliés se, sont prononcés à la conféreoco de Christiania. Ds ont, par nne résolution nonveUe» confirmé la vote d'Amsteidam, loni en le oiotani. Leur nttitnde est plutôt étrange, et on reste Interdit devant la mnladresse commise par lea déléguée. On va en jager par les ezplieationa anivantea.

• Sans s'arrêter au rôle qne doivent joner les conférences syndicales Internationales, en présence du texte de la conférence d*Amsierdam, il était permis de croire

6t l'action tTNDlCAUSTB

que, de très bonne foi et sans arrière-pensée, les délégoés avaient considéré les questions relatiTes aux lend<mee$ ei à ta lactique comme dangereuses poar la bonne entente nécessaire à rétablissement de rapports internationaux. En effet, les personnes non initiées pouTaient croire que chacun était animé du seul souci d*écarter de la discussion des questions passionnées. Le teite de la conférence de Christiania leur apporte • une déception.

Les «questions de tactique seront abordées lorsque leur objet plaira aux délégués! Ainsi ta grèot générate, rantimititaHême, /es hait heareê sont autant de points dont Tezamen déplaît. Au contraire, la question de tactique et de tendaneee qui a trait aux rapporte à itabtir entre le Parti eoeiatiete et te mouvement eyndieat est abordée et résolue, êane qa^ette ait été portée à Vordre du Jour!

Si nous n'apportions pas le texte de la conférence de Christiania, bien des lecteurs se résoudraient difficilement à comprendre pareille contradiction et semblable incohérence. Mais ceux qui connaissent Tétat de la propagande et de Torganlsation dans chaque pays ne seront pas autrement surpris.

Le texte dont il s*agit trace aux syndicats français nne tactique : celte de marcher avec le Parti êociaiiête. Or, e*est bien une question que le texte d*Amsterdam met hor§ de toute dieeueelon. Pourquoi dans ce cas TsToir abordée et réeolueT Voilé une question à laquelle il faudra répondre.

Lli^ure ne saurait suppléer aux arguments et, quelle que soit notre dose d'imbécillité et d'inconscience, notre eerreau est pourtant apte à apercoToir dans toute attitude discourtoise une preuTO de flsU>lesse.

Void le texte de la conférence de Christiania, tel que V%peàMélePempU de BruxeUes :

its des ep^

du DansflMffii,

I, d'Autriche,

La Gonfftrawe hKenatieBale des dleatiiid*ABgleterrs, de Hollande, de de Suède, de Norwège, de Finlande, d

l'action stndicaustb O

de Hongrie et d*ItaUe, dèlè|ni«« à Christiania, les 15 et 16 septembre 1907, s'est occupée de nouvesu de la proposition formulée par la Confèdéralion Générale du Trarail (France), proposition tendant à mettre à l*ordre du Jour de U Conférence la question de rantimiUtarisme et de la grèTO générale \

La Conférence reproduit sa résolution, adoptée à Amsterdam, d'après laquelle les Conférences internationales ont pour mission :

• De discuter le rapprochement de plus en plus étroit des associations professionnelles de tous les pays, la rédaction des statistiques syndicales uniformes, le soutien mutuel des luttes économiques, ainsi que toutes les questions qui se trouvent en relaUons immédiates avec Torganisation syndicale de la classe ouvrière ;

« Mais elle exclut du débat toutes les questions théoriques, ainsi que celles qui concernent les tendances et la tactique du mouvement syndical dans les divers pays. •

La Conférence considère les questions de l'anlimilitarisme et de la grève générale comme des objets qui ne relèvent pss de la comfÂtence des fonctionnaires sjrndicaux, maia dont la solution incombe exclusivement à la représentation intégrale du prolétariat international, aux Congrès socia- Ustes internationaux convoqués périodiquement — d'autant plus que les deux questions ont été résolues, è Amsterdam • et a Stuttgart, conformément aux circonatancea ;

La Conférence regrette que la Confédération n'ait paa voulu comprendre que l'attitude de la Conférence internationale des représentante des centrales nationales a été parfaitement correcte ; qu'elle ait prétexté de cette attitude pour reater étrangère à notre organisation internationale;

La Conférence prie inêtemment le eloêu ouvrière de Frenee d*examfaier cea queationa auaditea de concert evêc torgent' êution politique et ouvrière de son propre paya, et, par ans edhéêlon aux Congrèê êoelellêlee InlemaHonamx, de collaborer à la solution de ces quesUons, et, dana la suite, de s'affilier à rorcanisaUon syndicale tntemaUonale, dana le but de réaoodra lea problèaiea syndicaux.

La finale de ce texte dit clairement à la France syndicale : « Changes la tactique affirmée au réeent Congrèe

ouvrier d'Amiens, et qui prorient de la tendance donnée monremeat syndical! AUes dans lea Congrès

à votre monremeat

politiqaM internationaux pour collaborer à la besogne que les Partis socialistes f »

Ainsi les déléffués sont pris à lear propre piège. Ils en sont réduits à produire la plus criunte contradiction oui soit, c'est-à-dire proclamer à la fin d'une résolution le contraire de ce que dit la première partie.

4* Uatîitude deê igndieah françaU

On pourrait croire que la besogne faite par les deux premières conférences a reçu — en dehors du Comité confédéral — des grandes organisations françaises, un bon accueil. Qu'on en juge.

Lorsque le Bureau syndical intemaUonal transmit aux groupements des dirers pays un modèle de questionnaire à remplir par les organismes nationaux, à l'effet de dresser les sUtisUques dont la publication UTaitété décidée à la Conférence de Stuttgart, le bureau de la Confédération du Travail, selon l'avis du Comité confédéral, s'empressa de le soumettre aux intéressés.

Mais très peu répondirent à ce questionnaire, et les Fédérations qui le firent ne possédant pas de caisse de ehàmêgt, de maladie, de décès, etc. ne purent donner ffue des matériaux insuffisanU. Une seule Fédération ^dicale a, chei nous, différents services, et eUe ne donna pas signe de vie.

Plus Urd, afin d'éUblir le rapport annuel sur le mouvement syndical, dont la publication avait été décidée à Dublin, une nouvelle circulaire fut adressée aux Fédérations françaises. Une demi-douxalne seulement en tinrent compte. Les autres estimaient, comme pour le questionnaire rappelé d-dessus, que pareille besogne était ou inutile ou insuffisante. Par leur attitude/les omnisations disaient nettement que l'osuvre des Conrerences syndicales internationales étaient pour elles ■ans intérêt. •

U Comité confédéral 8*est borné à enregistrer, TSlZSI^^ P«" <«•* d'^-Prit A cela

L'âcnoif sntmcAUsn

Estrce à dire que ces organisations soient hostiles à tout rapport international T Non pas. Mais elles attachent à ces rapports un sens et des attributions particuliers. Un grand nombre, parmi elles, voudraient voir seienir des Congrèê inlemationaax de touê les êyndieatê. Celles-là estiment qu'il'y a un travail à accomplir, travail ressortissant bien mieux de leur fonction que de . celle des congrès socialistes politiques.

En signalant l'attitude des délégués à la Conférence de Christiania, dont le but est d'influer sur la tactique de nos syndicats, nous n'entendons pas leur adresser le moindre grief, Nous considérons que les groupe- X. ments des divers pays ont le droit de s'efforcer de don- ^ nérà notre action le caractère qu'ils ont choisi; noua demandons en retour l'exercice d'un droit idenliqtu.

Nous voulons faire pénétrer nos idées dans les paya voisins; ceux-ci veulent faire pénétrer les leurs chez nous. Qu'il y a-t-il à cela de repréhensibleT

Comme le disait la lettre de la Confédération Générale du Travail dont nous avons reproduit le texte, les groupements nationaux sont libres dans le choix des moyens qu'ils jugent utiles pour le développement et l'exercice de l'action syndicale. Et leur liberté restant entière, que craint-on de l'examen de questions jusqu'ici condamnées et flétries T

Puisque chacun croit que sa méthode est la meilleure, nul ne doit reculer devant les comparaisons. Pour notre part, aucune comparaison ne nous efllraye, malgré que chaque jour on s'efforce de proclamer notre « Inexistence ». Et si nous n'existons pas, pourquoi, à la conférence d'Amsterdam, prendre une résolution inspirée par notre attitude T

On ne veut pas de notre antimilltarisme, de notre conception de la patrie, et pourtant, oomment veut-on que nous soyons attaché à un pays qui donne tant de preuves d'impuissance et d'incapacité T C'est donc que cette patrie ne mérite pas de grands sacriflcesl TeUe esly sans doute, la raison qui lUt que» pour nowi il n*est pM « d*ennemi héréditaire :

L'ACTION STlfDICAUSTB

S* La liberlé dtê lendaneeê

Un dernier grief est formulé contre la Confédération ' Générale du Trarail. On lui reproche d*aToir posé ses conditions et de se tenir à Técart des Conférences internationales, uniquement parce que les Conférences lui paraissent inutiles; Or, par deux fois, TAllemagne ouTrière a déclaré qu*elle ne prendrait pas part à des délibérations dont le caractère lui déplaisait. C*était en 1904, bien arant qu*il fut question de la Conférence d*Amsterdam ; le Comité confédéral, les deux sections réunies, avait, à Tunanimité, décidé de proposer aux pays la tenue d*une Conférence internationale, à Teffet' de connaître Tattitude que la classe ouTrière de chaque nation tiendrait, en cas d'une guerre européenne.

Nous étions au début de la guerre russo-japonaise ; la presse française traraillait Topinion pour amener l*interTention de la France en faveur de la Russie. Les lecteurs peuvent, par Tesprit, se reporter à cette période de fièvre qui a provoqué de la part du citoyen Vaillant le cri répété depuis : « Plutôt Tinsarrection que la guerre ».

L'Allemagne ouvrière répondit qu'elle se refusait d'une façon absolue à participer à une Conférence ayant on pareil objet. Cette attitude fut transmise aux autres nations, dont la majorité refusa la tenue de la Conférence.

A Amsterdam, le délégué allemand déclara : « L'Allemagne ne prendra part qu'à la délibération de questions praUoues ou de telles quesUons théoriques qui regardent les syndicato tout directement, comme celle des secourt aux sans-travail, etc... »

Ainsi, la volonté des syndicats aUemands est de ne PM participer à une Conférence qui traiterait de qoettioos sortant du cadre iraeé par eux.

On^nviendra que si l'Ailemagne ouvrière est libre de pcrtidper à une Conférence discutant seulement 4iaa points qui rintéressenl. la ConfédéraUon Générala

l'action 8TNDICAU8TB

du Travail a la même liberté. Du moins, si on nous la conteste, pous la revendiquons et nous en usons.

Quelques esprits se demandent ce qu'il adviendra des rapports entre le Bureau syndical international et la Coiïédération Géftérale du Travail. Il serait prématuré de l'indiquer, car toute solution dépend, non pas de nous, mais des syndicats des autres pays. Pour notre part, nous estimons que, si aucun changement ne se produit, il y a lieu de rester dans le sfoln quo. La raison d*étre du syndicalisme fHmçais n'est-elle pas d'affirmer hautement les Aouvelles tendances ouvrières, en ftice des vieux dogmes de llntemationals syndicale T

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60 L*ACnON SntDICAUSTB

28 août 1M7.

Camarade secrétaire,

Gomme toos, la Confédération Générale du TraTall de FMnce a nça du Bureau international une inritation à ae fÛre repréaenter à la Conférence internationale qui ae tiendra le 16 septembre, à Chriêliania.

Cette inTitation ayant été soumise au Comité confédéral, eelu^ci, s*inspirant du vote émis à son Congrès national, qui a*est tenu à Amienê^ en septembre 1906, a décidé de ne^ pas ae Csire représenter à Christiania, maia en même teinpa de faire connaître aux organisations ouTrières des dioenntes nationalités les motifs de sa non participation.

Voua TOUS rappelés sans doute, camarade, certaine ind^ denta de la Conférence de Dublin ( 1903) sur lesquels noua ne Toulons pas revenir. A cette Conférence, nos délégués araieni mandai de présenter un rapport sur rantimllitansme al sur la grève générale, rapport avec texte en françaia, en allemand et en anglais, qui, par suite du mauvais fondloa^ nement de cette Conférence, ne put pas même être déposé.

Lorsque nous parvint Tinvitation d'assister à la Conférence d*Amaterdam ( 1906), le Comité confédéral fkit amené à poaer coBune condition de sa participation, la mise en discussion des deux questions rappelées plus haut, auxquelles, vu Tactualité, était i^outée la • Jouraée de huit heurea ».

Nos propositions transmises au aecrétaire international le camarade Legien, celui-ci répondit par un refùa. Cependant, devant rinsistance du Comité confédéral, il consentit à eonsulter les Centres syndicaux nationaux.

Tonlefois, an lieu de conserver la neutralité qui convenait en la eireonstance, le camarade Legien voulut influencer la dèdaion à intervenir en faisant connaître son avis, en même temps qu'il envoyait le referendum. Aucune réponae n'étant parvenue en France, une lettre envoyée au dernier moment par Legien lui fût retournée pour inaufllaance d'adresse. Là Confédération Générale du travail de France ne crut pas devoir ae toire repréaenter à Amsterdam. A cette Conférence, le secrétaire international propoea et fit décider, an de rAUeaMgne, que déaormaia lea Conféreneet Inler- M ne aéraient plus appelées à discuter des qnentlona de principe et qu'elles se borneraient à étudier des poénU d*adminlatrayon avndicale. Dana cette dêdalon, les Offganiaatlons ouvrières françaises virent une violation de fnnlènomle dea organiaatlona natlonalea, et auaai rkwliiilé

l'action stndicaustb

Tel éUit l'état de la question au moment où les syndicata fjrancais tinrent, à Amitn», en septembre 1906, leur Congrès national ; approuvant pleinement son Comité, ledit Congrès sdopta à la presque unanimité l'ordre du Jour suivant : • • Le Congrès, aprèa avoir entendu critiques et réponses sur le passage du rapport relatif aux • Rapports internationaux •, approuve l'aiUlude du Comité confédéral d'avoir momentanément suspendu les relations avec le secrétariat international, qui a refusé d'inscrire à l'ordre du iour des

de la '

Conférences internationales, les questions générale, la Jouraée de huit heures et l'antlmilitarisme.

• Il invite le Comité confédéral è reprendre les relatlona avec le Secrétariat international, en demandant è nouveau l'inscription à Tordre du Jour des questions précédemment refusées. •

C'est dans ces conditions que la Confédération Générale du Travail, -tenue par les décisions de son Congrès national, vient vous demander, camarade, de bien vouloir fkire que la Conférence qui va s'ouvrir à Christiania annule la dédaion prise à Amsterdam, et que le Secrétaire international reçoive le mandat de porter à l'ordre du Jour de la Conférence qui suivra les questions de la grève générale, de la Jounée de huit heures et de l'antimilitarisme.

La C. G. T. ne saurait, en effet, admettre, en dehon d'un refte formel opposé à la demande d'inscription d'une question ouvrière, qu'une Conférence limite psr une résolution le champ d'activité des fàtures Conférences. Elle estime nue poser une barrière à toute discussion, c'est rendre les ConMrenees peu intéressantes, sinon inutiles. Pour le Comité de Is C. G. T.,

Le Steréiûirê, V. GMmjujns

!• Les eoHlradietiom de la eonférenee de CkrUUania

Les gronpements nationtiiz des pars affiliés se, sont prononcés à In conférence de Christliuila. Ds ont, par une résolution nonvelle» confirmé le vote d'Amsterdam» lool em le oiolani. Leur attitude est plutôt étrange^ ei on reste interdit devant la maladresse commise par lea déléguée. On va en juger par les ezplicationa anivantea. • Sans s'arrêter au rôle que doivent jouer les oonféreneea syndicales internationales, en présence du texte de la oonférenee d'Amsterdam, U était permis de croire

que, de très bonne foi et sans arrière-pensée, les délégaés aTtient considéré les questions relatiTes aux tendanetê et à la tactique comme dangereuses pour la bonne entente nécessaire à rétablissement de rapports internationaux. En effet, les personnes non initiées pouTsient croire que chacun était animé du seul souci d*écarter de la discussion des questions passionnées. Le texte de la conférence de Christiania leur apporte • une déception.

Les questions de tactique seront abordées lorsque leur objet plaira aux délégués! Ainsi la grève générale, TaMmilitarUme, le$ huit heuree sont autant de points dont Texamen déplaît. Au contraire, la question de tactique et de tendaneeê qui a trait aux rapports à établir entre le Parti eocialiête et le mouvement syndical est abordée et résolue, sans qa^elle ait été portée à Vordre du Jour!

Si nous n*apportions pas le texte de la conférence de Christiania, bien des lecteurs se résoudraient difficilement à comprendre pareille contradiction et semblable incohérence. Mais ceux qui connaissent Tétat de la propagande et de Torganlsation dans chaque pa^rs ne seront pas autrement surpris.

Le texte dont il s*agit trace aux syndicats français une tactique : celle de marcher avec le Parti eocialiête. Or, e*est bien une question que le texte d'Amsterdam met kore de toute diecuêeion. Pourquoi dans ce cas l'aToir abordée et résolueT Voilà nnequestion à laquelle il faudra répondre.

L*ii^ure ne saurait suppléer aux arguments et, quelle que soit notre dose d*imbécillité et d'inconscience, notre eenreau est pourtant apte à apercevoir dans toute atti- Inde discourtoise une preuve de faiblesse.

Voici le texte de la conférence de Christiania» tel que Ta pobliéle/'MtfiièdeBraxeUes :

La Conlérenee tetamatioiiale des représentants des nm^ dleatSid*Aagletorre, de Hollande, de Bekiqne, du Dmemark, de 8«èds,deNorwège,de Ffadands, d'AUemagne, d*Aiilffebe,

L*ACTION STNDICAUSTB

de Hongrie et dilalie, délégués à Christiania, les 15 et 16 septembre 1W7, s'est occupée de nouveau de la proposition formulée par la Confédération Générale du Travail (France), proposition tendant à mettre à Tordre du Jour de la Conférence la question de rantimilitarisme et de la grève générale ;

La Conférence reproduit sa résolution, adoptée à Amsterdam, d'après laquelle les Conférences inlemationales ont pour mission :

• De discuter le rapprochement de plus en plus étroit des associations professionnelles de tous les pays, la rédaction des statistiques syndicales uniformes, le soutien mutuel des luttes économiques, ainsi que toutes les questions qui se trouvent en relations immédiates avec Torganisation syndicale de la classe ouvrière;

• Mais elle exclut du débat toutes les questions théoriques, ainsi que celles qui concernent les tendances et la tactique du mouvement syndical dans les divers pays. •

La Conférence considère les questions de l'antimilitarisme et de la grève générale comme des objets qui ne relèvent pas de la com|Âtence des fonctionnaires syndicaux, mais dont la solution incombe exclusivement à la représentation intégrale du prolétariat international, aux Congrès socialistes internationaux convoqués périodiquement — d'autant plus que les deux questions ont été résolues, à Amsterdam ' et à Stuttgart, conformément aux circonstances ;

La Conférence regrette que la Confédération n*ait pas voulu comprendre que Tattitude de la Conférence internationale des représentants des centrales nationales a été parfaitement correcte ; qu'elle ait prétexté de cette attitude pour rester étrangère à notre organisation intematloaala;

La Conférence prie inêtamment la eloêêe ouvrière de France d'examiner ces questions susdites de concert avec torgani' étalon politique et ouvrière de son propre pays, et, nar

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ùdhéêion aux Congrèê êoelaliêteê Inltmatlonaux^ de i à la solution de ces qoesUons, et, dans la suite, de s'affilier à l'organisation syndicale internationale, dans la but de réaoodre lea problèasea syndicanx.

La finale de ce texte dit clairement à la France syndicale : « Changes la tactique affirmée an réeent Congrès ouvrier d*Amiens, et qui provient de la tendance donnée à votre monvoment syndienll Ailes dans les Congrès

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04 L ACTION STNDICAUSTB

politiqaef internationaux poor collaborer à la même besogne que les Partis socialistes? »

Ainsi les délégués sont pris à leur propre piège. Ils en sont réduits à produire la plus criante contradiction oui soit, c*est4-dire proclamer à la fin d*nne résololion le contraire de ce que dit la première partie..

4* L'attilude deê iyndieah fhutçaiê

On pourrait croire que la besogne faite par les deux premières conférences a reçu — en dehors du Comite confédéral — des grandes organisations françaises, un bon accueil. Qu'on en Juge.

Lorsque le Bureau syndical international transmit aux groupemento des dirers pays un modèle de questionnaire à remplir par les organismes nationaux, à relTet de dresser les steUstiques dont la publication avait été décidée à la Conférence de Stuttgart, le bureau de la Confédération du Travail, selon l'avis du Comite confédéral, s*empressa de le soumettre aux interessés.

Mais très peu répondirent à ce questionnaire, et les Fédérations qui le firent ne possédant pas de caisse de chAnaage, de maladie, de décès, etc., ne purent donner ffue des materiaux insulOsante. Une seule Fédération qmdicale a, chez nous, différente services, et eUe ne donna pas signe de vie.

Plus terd, afin d*étabUr le rapport annuel sur le mouvement syndical, dont la publication avait éte décidée à Dublin, une nouvelle circulaire fut adressée aux Fédérations fhincaises. Une demi-douzaine seulement en tinrent compte. Les autres estimaient, comme pour le questioniMire rappelé d-dessus, que pareiUe besogne était ou inutile ou insuffisante. Par leur attitiideTles (N^nisations disaient neUement que Tosuvro des Conféreoces syndicales internationales étaient pour eUes sans intérêt. •

U Comite confédéral s*est borné à enregistrer. «o^Mc^l son devoir, pareil état d'espritA eeU • es» Aorae son rôle.

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Estrce à dire que ces organisations soient hostiles à tout rapport international T Non pas. Mais elles attachent à ces rapporte un sens et des attributions particuliers. Un grand nombre, parmi elles, voudraient voir seienir des Congrèê internationaux de tout Iti êyndieati. Celles-là estiment (fu'il'y a un travail à accomplir, travail ressortissant bien mieux de leur fonction que de celle des congrès socialistes politiques.

En signalant l'attitude des délégués à la Conférence de Christiania, dont le but est d'influer sur la tectique de nos syndicats, nous n'entendons pas leur adresser le moindre grief. Nous considérons que les groupemente des divers pays ont le droit de s^efTorcer de donner à notre action le caractere qu'ils ont choisi ; noua demandons en retour l'exercice d'un droit identique.

Nous voulons faire pénétrer nos idées dans les pays voisins; ceux-ci veulent faire pénétrer les leurs ches nous. Qu'il y a-t-il à cela de repréhensibleT

Comme le disait la lettre de la Confédération Générale du Travail dont nous avons reproduit le texte, les groupemente nationaux sont libres dans le choix des moyens qu'ils jugent utiles pour le développement et l'exercice de l'action syndicale. Et leur liberte restent entière, que craint-on de l'examen de questions jusqu'ici condamnées et flétries T

Puisque chacun croit que sa méthode est te meilleure, nul ne doit reculer devant les comparaisons. Pour notre part, aucune comparaison ne nous efhvye, malgré que chaque jour on s'efforce de proclamer notre « inexistence I». Et si nous n'existens pas, pourquoi, à te conférence d'Amsterdam, prendre une résolution inspirée par notre attitude r

On ne veut pas de notre antimllitarisme, de notre conception de te patrie, et pourtant, comment veutron que nous soyons atteché à un pays qui donne tant de preuves d'impuissance et d'incapaciteT Cest donc que

grands sacrifleeal TeUo '1 que» povr imnm» il -

cette patrie ne mérite pas de grand est, sans doute, te raison qui teit < B*osl pas « d'ennemi héréditaire ».

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L'ACTION SYNDICAUSTB

5* La liberté de$ Undaneti

Un dernier grief est formulé contre la Confédération ' Générale du Travail. On lui reproche d*aToir posé ses conditions et de se tenir à Técart des Conférences internationales, uniquement parce que les Conférences lui paraissent inutiles. Or, par deux fois, TAllemagne ooTrière a déclaré qu'elle ne prendrait pas part à des délibérations dont le caractère lui déplaisait. C'était en 1901, bien avant qu'il fut question de la Conférence d'Amsterdam ; le Comité confédéral, les deux sections réunies, avait, à l'unanimité, décidé de proposer aux pays la tenue d'une Conférence internationale, à l'eflTet' de connaître l'attitude que la classe ouvrière de chaque nation tiendrait, en cas d'une guerre européenne.

Noos étions au début de la guerre russo-japonaise ; la presse française travaillait l'opinion pour amener l'intervention de la France en faveur de la Russie. Les lecteors peuvent, par l'esprit, se reporter à cette période de fièvre qui a provoqué de la part du citoyen Vaillant le cri répété depuis : « Plutôt l'insarrection qoe la guerre i».

L'Allemagne ouvrière répondit qu'elle se refusait d'une façon absolue à participer à une Conférence ayant on pareil objet. Cette attitude fut transmise aux antres nations, dont la majorité refusa la tenue de la Conférence.

A Amsterdam, le délégué allemand déclara : « L'Allemagne ne prendra part qu'à la déUbération de ques- Uona pratioues ou de telles questions théoriques qui regardent les syndicaU tout directement, comme celle des saconrs aux sans-travail, etc... »

Ainsi, la volonté des syndicaU allemands est de ne pat participer à one Conférwice qoi traiterait de qaeettoDS sortant du cadre tracé par eux.

On ^viendra qae si l'Allemagne ouvrière est libre é% pdrUdper à one Conférence diseotant seulement 4laa poioU qoi notéressent, la Confédérayon Générale

l'action 8TNDICAU8TB

du Travail a la même liberté. Du moins, si on noos la conteste, pous la revendiquons et nous en osons.

Quelques esprits se demandent ce qu'il adviendra des rapports entre le Bureao syndical international et la Confédération Générale du Travail. Il serait prématuré de l'indiquer, car toute solotion dépend, non pas de nous, mais des syndicats des autres pays. Poor notre part, nous eslimontf que, si aucun changement ne se prodoit, il y a lieu de rester dans le etata quo. La raison d'être du syndicalisme firançais n'est-elle pas d'aflBnner hautement les Aoovelles teodaneea ouvrières, en f)Me des vieox dogmes de llntemationals syndicale t

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