‹ L'administration de la France;Chapitre 6 sur 36 · PREFACE XIII · texte numérisé non relu

PREFACE XIII

chatière, ne seraient-ils pas tentés de demeurer, le reste de leur vie, indolents et superbes, dans la contemplation du nirvana? Non, ô mes camarades, pas de revanche des gens des bureaux sur ceux de la poli^ tique. Ni maîtres, ni esclaves : tous ouvriers de la vie sociale, ouvriers d'aujourd'hui, ouvriers de demain. Mais ne mettons pas la conclusion à la première page. Avant de proclamer ce que nous devons être, tâchons d'expliquer ce que nous faisons et, si nous le pouvons, pourquoi nous le faisons, comment nous le faisons. Pour cette explication, oublions le langage des écoles et tant de controverses apprises. Écrivant comme des profanes et pour des profanes> traçons à grands traits, je dirais volontiers à gros traits, la silhouette de chaque fonctionnaire et essayons ainsi de voir d'ensemble les occupations de cette foule qui s'agite plus ou moins judicieusement pour donner à tout Français les moyens de vivre. Les livres sur l'administration abondent. Des hommes éminents et nombreux ont consigné leur science dans des ouvrages remarquables. Mais, disons-le sans irrévérence, les lecteurs bénévoles sont rares. L'éditeur compte surtout sur les étudiants et les gens du métier. Encore ceux-ci sont-ils parfois saisis par la rude sévérité des manuels et des traités. Tous les autres, tous ces Français qui ont sans cesse et de plus en plus besoin de l'administration, ignorent totalement ce qu'elle est. Ils regardent avec une inquiétude sournoise ses façades monumentales. Ainsi les sauvages s'ahurissent devant le mystère d'une machine et la brisent un soir de dépit parce que, pour un lapin, elle ne leur a pas rendu une gibelotte

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et un chapeau. Est-il donc impossible d'expliquer ces choses de telle façon qu'un profane les lise sans fatî^^ue et les comprenne? Déjà les gens qui rétléchissent, si éloignés qu'ils soient de l'administration, montrent de la curiosité à son sujet* Au train dont nous allons^ bientôt tous les Français voudront savoir ce qu'elle fait. Ne peut-on le leur dire dans la langue qu^ils parlent, sans employer à ces matières déjà si abstraites des phrases confuses et rebutantes? Si la science exige qu'on adapte au droit administratif le style de M, Stéphane Mallarmé, mieux vaut peut-être ne pas briguer le titre de savant auteur.

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