‹ L'admirable Don Quichotte de la MancheChapitre 10 sur 100 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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faire, dût-il les iiier tous. De 8oa côlc don Quichotte criait encore plus fort , les appelant perfides et traîtres, et disant que le seigneur du château était uu chevalier

félon et mal appris, puisqu'il pennuLLait (\u(m traitai de; la sorte les chevaliers eri aiiis. ^. Si j'avais reçu Fonire de chevalerie, ajoulail-il , je lui donnerais à couuaiU'e qu'il n'est qu'un traître ; mais de vous , vile et impure canaille, je ne fais aucun cas. Jetez , approchez, venez et ailaquez-moi de tout votre pouvoir, et vous verrez quel prix vous emporterez de tant d iusulenec. » 11 disait cela d'un air si résolu qu'd remplit de terreur les assaillants; si bien que cédant d'un côté à la peur, et de l'autre aux remontrances du ventero, ils cessèrent de lui jeter des pierres. Pour lors don Quichotte laissa enlever les blessés , et retourna à la veillée des armes avec le même ealiue et la môme tranquillité que ci-devant.

Le ventero n'était plus si content des plaisanteries de son hôte : il résolut d*y mettre fin au plus tôt , et pour cela de lui donner son malencontreux ordre de chevalerie avant qu'il arrivât un autre malheur. Allant donc vers lui , il s'excusa de l'insolence avec laquelle ces gens de rien avaient îigi à son égard : il n'en avait pas eu la moindre connnissance , et, au surplus, ils avaient été assez punis de leur audace. 11 lui répéta qu'il n'y avait point de chapelle dans ce château ; mais que, pour ce qui restait à faire on pouvait fort bien s'en passer, u Le point essentiel pour être armé chevalier, ajoutait-il , consiste dans les deux coups frappes sur la nuque et sur l'épaule, suivant la connaissance que j'ai du cérémonial de l'ordre; et cela peut se faire au milieu des champs. Quant à ce qui touche à la veillée des armes, vous êtes bien en règle ; car deux lieures de veillée suffisent , et vous en avez passé plus de ({uatre. »>

Don QuicliolLe crut naïvement tout cela. Il dit à l'hôtelier qu'il était prêt à lui obéir, et le pria d'achever avec toute la célérité possible ; ajoutant que si on Tat* taquait une seconde fois, et qu il se vit armé chevalier,

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il ne laisserait pas âme vivante dans le château , excepté toutefois celles qu'il plairait au seigneur du lieu, et qu'il épargnerait pour l'amour de lui. Ainsi averti, et

peu rassure, le eljùlelaiii alla chercher un livre où il tenait note delà paille et de l'orge qu*il donnait aux muletiers; et bientôt, accompagné d'un petit garçon qui portait un bout de chandelle , et des deux demoiselles en question, il revint à l'endroit où don Quichotte Tattendait, lui ordonna de se nieitre à genoux, et commença à lire dans son manuel comme s'il eiit débité quelque dévote oraison. Au milieu de la lecture il leva la main et lui donna un bon coup sur la nuque ; après quoi y avec Tépée même de son filleul , il le frappa une seconde fois sur l'épaule, toujours marmottant entre ses dents comme s'il eût dit ses patenôtres. Cela fait, il invita l'une de ces dames à lui ceindre î'épée, ce qu'elle fit avec beaucoup d'aisance et d'esprit, et il n'en fallait pas peu pour ne pas éclater de rire à chaque point de ces cëi^mouies. Mais les prouesses qu'on avait déjà vu faire au chevalier novice tempéraient l'envie qu'on aurait eue de rire. En lui ceignant l'épéc la bonne dame lui dit : « Dieu fasse de votre grâce un très-heureux chevalier et lui donne bonne chance dans les combats ! » Don Quichotte lui demanda son nom , voulant savoir dë&onnais à qui il demeurait obligé de la laveur qu'il avait reçue, car il pensait lui donner part à l'honneur qu'il acquerrait par la valeur de son bras. Elle répondit avec beaucoup d'humilité qu'elle s'appelait la Tolosa, qu^elle était fille d'un ravaudeur de Tolède qui demeurait dans les échoppes de Sancho-Bienaya, et que partout où elle serait, elle s'empresserait de le servir et le tiendrait pour son seigneur. En réponse don Quichotte la pria de vouloir bien désormais ^ pour l'amour de lui , prendre le don, et s'appeler doiîa Tolosa; ce qu'elle promit de faire. F/autrc lui chaussa l'éperon, et il eut avec elle le même colloque à peu près qu'avec celle de l'épée. 11 lui demanda son nom : elle

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répondit qu'elle s'appelait la Holinera,. et qu'elle était fille d'un honnête meunier d'Antëtiuém : sur quoi don Quichotte la pria également du prendre le don et de s'appeler dona Molinera , se mettant comme avec la première, à sa disposition. Ces cérémonies toutes nouvelles ainsi terminées à la hâte , don Quichotte ne se posséda plus d'impatience de se voir à cheval et de partir en quête d'aventures; iJ sella Rossinante au plus vite, nionia dessus, et embrassant son hôte, il lui dit des choses si étranges , pour le remercier de l'avoir armé chevalier, qu'il faut renoncer à les rapporter. Le ventero pour le voir plus tôt hors de la venta, répondit à ses compliments sur le même ton , bien que plus brièvement, et, sans lui demander son écot, le laissa partir à la grâce de Dieu*

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