CHAPITRE I
lui-même, couiiue on fait paçfoîsca recevant la coutirmation , il se persuada qu'il ne lui manquait plus rien , si ce n'est de chercher une dame de qui s*ënamourer ; car un chevalier errant sans amour n*était qu'un arbre
sans feuilles el sans fruits, un vrai corps sans àme. 11 se disait ; Si pour la punition de mes péchés, ou par la faveur du destin, je viens à rencontrer par là quelque géant, comme il arrive d^ordinaire aux chevaliers errants I et que du premier choc je le renverse de cheval ou le pourfende par le milieu du corps , qu'enfin je le vainque et le réduise à merci , ne sera-t-il pas bien . d*avoir à qui Tenvoyer en présent ; de sorte qu'entrant chez ma douce dame, et s*agenouillant devant elle, il lui dise d^unc voix humble et soumise : « Je suis, ma* dame, le géant Garaculiambro , seigneur de Tile Ma- Jindrania , qu'a vaincu en combat singulier le jamais suffisamment loué chevalier don Quichotte de la Manche, lequel m'a ordonné de me présenter devant votre grâce, afin que votre grandeur dispose de nwi selon son bon plaisir? » Oh I combien notre bon chevalier s'applaudit d'avoir eù cette idée, et surtout quand il eut trouvé la personne qu'il pût nommer sa dame ! (le fut , à ce que l on croit , une jeune paysanne d'un village voisin, de très-bonne mine, et dont il avait été quelque temps épris ; cela, assure-t-on, sans qu'elle en eût jamais rien su, et qu'elle s'en fut aperçue le moins du monde. Ëlle s'appelait Aldonza Lorenzo. Ce fut à elle qu'il jugea convenable d'accorder le titre de dame de ses pensées; et après lui avoir cherché un nom qui, sans trop s'écarter du sien , annonçât cependant la grande dame et la princesse , il finit par l'appeler Dulcinée du Tolmo , à cause qu'elle élait native de ce village; nom, à son avis, merveilleusement trouvé, harmonieux et significatif, comme tous ceux qu'il avait donnés à son équipage et à lui-même.