‹ L'admirable Don Quichotte de la MancheChapitre 83 sur 100 · CHAPITRE XLI. 46S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI. 46S

sire que je m'éloigne^ je né veux pas la contrarier. Reste en paix, et , avec ta permission , je reviendrai , au be^ isoin , cneillîr des heittes dans le jardin ^ car , à ce que

dit mon maître , on n'en saurait nulle autre part trouver d'auhsi bonnes pour la salade. — Tu pourras revenir . toutes les fois qu'il te plaira, répondit Agi-Morato^ ma fille ne dit pas cda par aucun déplaisir que tous lui ayes donné, toi ou d^autres chrétiens; elle voulait dire que les Turcs s'en allassent, ou bien qu'il était temps que tu te misses à chercher tes herbes. »» Sur cela, je pris aussitôt congé de tous les deux. Zoraïde, qui paraissait souffrir comme si on lui eût arraché Tâme, s'éloigna avec son père; Quant à moi , sous le prétexte de chercher mes herbes, je parcourus à loisir tout le jardin ; je remarquai soigneusement les entrées et les sorties , la forée de la place , etl( s laeilités qu elle ollrait pour le succès de notre entreprise. Cela fait , je revins et rendis compte de tout ce qui s'était passé au renégat et à mes compagnons, soupirant après l'heure où je me verrais en paisible jouissance du bonheur que m^offrait le ciel dans la belle et charmante Zoraïde.

« Enliii le ieujps s'ecoula, et le jour arriva, par nous tant désiré. Nous suivîmes tous ensemble Tordre entre nous arrêté après beaucoup de réflexions et de débats » et le succès répondit pleinement à notre attente. Le vendredi qui suivit le jour où j'avais entretenu Zoraïde dans le jardin , le renégat vint, à l'entrée de la nuit, jeter l'ancre avec sa barque presque en face de la maison habitée par Taimable Zoraïde. Déjà les chrétiens qui devaient tenir les rames étaient avertis et cachés de côté et d'autre aux environs. Tous ils m'attendaient dans une certaine émotion , impatients d'attaquer le navire (pi'ils avaient devant les yeux ; car ne sachant point que nous étions d'accord avec le renégat , ils croyaient que c'était par la force de leurs bras qu'ils devaient recompiérir leur liberté , en égorgeant Ié& Mores qui se trouvaient dans la barque. Or, à peine me fus-je mon-

L/iyiliz

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trë avec mes compagnons , tous les autres qui otaient cachés accoururent vers nous. C'f'hiit l'heure où les portes de la ville venaient d'être fermées , et on n'apercevait personne dans toute cette campagne. Quand nous fûmes réunis, nous hésitâmes , ne sachant le(juel valait mieux, d'aller d'aUuiii chercher /oraule , ou de commencer par arrêter lesMoresbagarins^qui ramaient dans la barque. Tandis que nous étions dans cette incerli-* tude, arrive notre renégat qui nous demanda à quoi nous perdions le temps , ajoutant que l'heure était venue , et quo tous ses Mores, loin de se tenir sur leurs gardes , étaient pour la plupart à dormir. Nous lui dîmes ce qui nous arrêtait. 11 répondit que l'important était de s'emparer d^abord de la barque, ce qui pouvait se faire avec la plus grande facilité et sans nul danger , puis qu'ensuite nous pourr ions aller enlever Zoraïde. Son avis fut unanimement approuvé, et, en constHjutnce , sans tarder davantage , guidés par lui nous arrivâmes au bateau. 11 sauta à bord le premier, et, son cimeterre à la main , il s'écria en langue arabe : « Que personne de vous ne bouge s'il ne veut qu'il lui en coûte la vie! » Déjà en ce niument presque tous les chrétiens étaient àsa suite entrés dans la barque. Les Mores, qui n'étaient pas fort résolus , furent frappés d'effroi en entendant parler ainsi leurarraèz ^ : aucun d'eux n'essaya de se saisir d*une arme; ils en avaient d'ailleurs un petit nombre : tous se laissèrent eu silence i;:\f rotter parles chrétiens. Ceux-ci s'acquittèrent eu un instant de la besogne, menaçant les Mores, si l'un deux s'avisait d'élever la voix , de les passer tous au fd de Tépée. Cela foit, la moitié de nos gens restèrent à la garde du bateau et je revins avec les autres , le renégat nous servant toujours de guide , au jardin d'Agi-Morato. Le bonheur voulut qu'à notre arrivée , en nous approchant pour

* C'esi-à-(lire les Mores qui servent en qualilé de f7m/«(o<«| comme domestiques ù gages, sur les vaisseaux '1*- leurs riches compatriotes. ' Le m«>t orraèi veut dire counuHndant.

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ouvrir la porte , elle s'ouvril tout aussitôt comme si elle n*eût pas été fermée. Nous nous avançâmes donc en

grand silence et le plus doucement possible versla maison sans donner l'éveil à personne. I.a belle Zcraïde nous aUendail à une fenêtre , et dès qu'elle entendit du bruit, elle demanda à voix basse si nous étions nazarani, c'est-àrdire chrétiens. Je lui répondis qu'oui, on l'invitant à descendre. Quand elle me reconnut, sans hésiter un moment , sans répliquer un mot, elle se hâta de descendre , et ouvrant la porte , elle se montra à tous les yeux , si belle et si richement vêtue , que je ne saurais Texprimer. Dès que je la vis , je lui pris une main que je baisai s le renégat fit de même ainsi que mes deux compagnons; et les autres qui ne savaient rien de l'aventure, firent également ce qu'ils nous virent faire : nous semblions tous lui rendre grâce et la reconnaitre pour maitresse de notre liberté. Le renégat lui demanda en langue moresque si son père était dans la maison. Elle répondit qu'oui et qu'il dormait « Alors il faudra Féveiller, reprit le renégat et l'emmener avec nous, ainsi que tout ce qu il y a ici de précieux. — Non pas, s'écria-t-elle ; je ne souffrirai poin^ rien au monde qu'on touche à mon père , et dans cette maison il n'y a que ce que j'emporte avec moi. C'est bien assez pour vous rendre tous riches et contents. Atteudez un peu et vous allez voir. » A ces mots elle rentra chez elle en disant qu'elle allait revenir, et ({ue nous restassions tranquilles, sans faire aucun bruit, .l'interrogeai le renégat sur ce qui venait de se passer entre elle et lui; et quand il me l'eut conté, je lui dis qu'il ne fallait faire en toute chose que la volonté de Zoraide. Celle-ci était déjà de retour, portant un petit coflfre plein d'écus d'or, en telle quantité qu'elle pouvait à peine le soutenir. La fatalité voulut ({ue son père s'éveillât en ce moment et qu'il entendit le bruit qui se faisait dans le jardin. U s'approcha de la fenétre^et reconnut suMe-champ que tous les gens là présents étaient chrétiens; et jetant

4M DON OVKHOTTB.

(les crit» |>t»ivanf,s, il se jjuL à dire en arabe; » Aux ehré- UensI aux cbitHions! aux voleurs! aux voleurs! » Ces cris nous remplireût tous de trouble et d'effroi. Mais le renégat voyant le péril où nous étions , et combien il importait de terminer Tentreprise avant que réveil fût donne, monta au plus vite à Tappartement d'Agi-Morato, accompagné de quelques-uns des nôtres. Pour moi, je n'osai abandonner Zoraïde, qui était tombée comme évanouie dans mes bras. Bref, ceux qui étaient montés mirent si bien le temps à profit, qu'un moment après ils descendirent emmenant Agi-Momto, les mains iuH's et uu mouchoir attache sur ia bouche , le menaçant ^ s'il parlait, de lui donner la mort. Quand sa fille Taperçut , elle se couvrit les yeux pour ne point le voii*, et lui demeura frappé de stupeur , ne sachant pas que c'était voloiiiairement et d'elle-même qu'elle s'élait remise entre nos mains. Mais comme alors ce (ju'il y avait de mieux à faire était de jouer des pieds, nous regagnâmes au plus vite notre barque , où ceux qui^étaient restés nous attendaient avec la crainte qu'il ne nous flit

arrivé quelque malheur.

« A pi'Hie s'élait-il ('couh' deuxheuics de la nuit, que nous étions tous daus la barque. On 6la au père de Zoraîde les liens qui attachaient ses mains et le mouchoir qui lui couvrait la bouche ; mais le renégat lui répéta encore que s'il disait un seul mot il était mort. Fji voyant sa fille à ses côtt's. Ac^i-Morato conmienca à pousser des soupirs piauitUs, siu tout quand il remarqua que je la tenais étroitement embrassée , et qu^clle , sans se plaindre, sans Se défendre » sans chercher à s'échapper , demeurait t^anquille entre mes bras ; iK'anuioins , il ne parlait pas, dans la crainte que le renégat n'etfectuât ses menaces. Au uioment où l'on mettait les rames à l'eau , Zoraîde, voyant là son père et les autres Mores qui étaient encore attachés, dit au rené* gat de me demander que je lui fisse la grâce de relâcher ces Mores et de rendre laliheilé à son père, ajoutant

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qu'elle se précipUorait plutôt dans la mer, que de voir devant ses yeux, et à cause dVdie, emmener captif un père qui Tavait si tendremeDl aimée. Le renégat nie transmit sa prière , et je répondis que j'étais prêt à la contenter. Mais il répliqua que cela n'était pas possible. « Si nous les laissons ici, disait-il, ils appelleront du secours, et jetteront l'alai ine dans la ville; et ils seront cause qu'on mettra de légères frégates à notre poursuite, et qu'on nous cernera par terre et par mer, de £^>on que noua ne puissions échapper. Tout ce qu^on peut faire , c'est de leur rendre la liberté au premier pa^s chrétien où nous ahorderuris, » Nous nous rangeâmes tous de cet avis, et Zoraide, à qui l'on expliqua les motifs qui nous empêchaient d'accéder sur-lechamp à son désir, en parut satisfaite.

M Aussitôt , en silence et avec célérité , mais en même temps avec joie et bonheur, chacun de nos vaillants rameurs saisit son aviron, et en nous rtu ommaiidanL à Dieu de tout notre cœur, nous commençâmes à voguer dans la direction des îles Baléares, qui sont le paya chrétien le plus voisin. Mais comme le vent du nord soufflait assez vivement, et que la mer était un peu houleuse, il devint impossible de suivre la route de Mayorque, et force nous fut de longer le rivage du cùté d'Oran, non sans grande inquiétude d'être découverts aux environs de Sargel , qui est sur cette côte , et tout au plus à soixante milles d'Alger. Nous craignions aussi de rencontrer dans ces parages quelque galiote, de celles (|ui d*ordinaire amènent des hkik liaudises de Tétouan , bieu que chacun de nous séparément, et tous ensemble, nous comptassions assez sur notre courage pour espérer, si nous rencontrions une galiote de commerce qui ne fût point armée en course , nonnseulement de ne pas être pris , mais au contraire de prendre un bâtiment avec lequel mais poumons achever plus sûrement notre route. Cependant, Zoraide était toujours à mes côtés, la tête cachée dans mes mains pour lio pas voir

468 bm QUicuOïX£.

son père ; f entendais qu'elle invoquait Leila Maryem ,

en la priant de nous venir en aide.

« Nous avions fait environ trente milles quand le jour commença de poindre : nous nous trouvions à trois portées d'arquebuse de la terre , que nous vîmes entièrement déserte et sans personne qui pût nous découvrir. Mais à force de ramer, nous avançâmes dans la mer, qui s'était un peu calmée , et quand nous lûmes à deux lieues environ de la côte, on donna l'ordre de ramer de quart pendant que nous prendrions quelque nourriture ; car la barque était abondamment pourvue. Les rameurs toutefois répondirent que le moment n é i ait pas encore venu de se j upuser, qu'on donnât à manger a ceux dont les bras étaient inutiles; que, pour eux, ils ne voulaient pour rien au monde lâcher les rames. Ainsi fut fait , et presque au même instant un grand vent se mit à souffler, qui nous força d'ouvrir les voiles et de laisser la rame en marchant sur Oran , car il n'était pas possible de suivre une autre direction. Celte manœuvre se fit rapidement, et nous naviguâmes à la voile à raison d'au moins huit milles à Fheure, sans autre crainte que celle de rencontrer un bâtiment armé en course. Nous donnâmes h manger aux Mores bagarins, que le renét^at consola en leur disant qu'ils n'étaient point captifs, et (|u'à la première occasion on leur rendrait la liberté. 11 donna les mêmes assurances au père de Zoraîde; mais le vieillard répondit : uTout autre chose, ô chrétien , je pourrais Tespérer et l'attendre de votre générosité et de votre courtoisie; mais pour ma liberté, ne me croyez pas assez si[ii])lG pour mïmaginer que vous allez me la rendre. Vous ne vous êtes pas sûrement exposés aux périls qu'il y avait à me Tôter, pour me la rendre si généreusement, surtout sachant qui je suis et quelle rançon vous pouvez tirer de moi. S'il vous plaît d'en fixer le prix, je vous offre dès à présent tout < e (|ue vous voudrez pour moi et pour cette pauvre enfant, ou même pour elle seule, qui est

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la meilleure oL la phis chère partie de mon âme. En achevant ces mots, il se prit à pleurer si amèrement, qa'ii Dous til pitié à tous, et l'orça Zoraide à touraer vers lai ses regards. Quand elle le vit ainsi pleurer» attendrie, elle se leva de mes genoux^ fut embrasser son père, et, collant son visage contre celui du vieillard, ils commencèrent tous deux à Ibntlic en lat ineb d'une manière si touchante , que presque tous nous sentîmes nos yeux se mouiller aussi de pleurs. Mais lorsque Âgi-Morato la vit en habits de fête et toute couverte de bijoux, il lui dit dans sa langue : « Qu'est ceci, ma fille? hier, à l'etitrée delà nuit, avant qu'un si horrible malheur nous arrivât, je t'ai vue avec tes habits ordinaires , et maintenant , sans que tu aies eu le temps de te vêtir, et sans que je t'aie annoncé aucune agréable nouvelle que tu doives célébrer en pompe et en cérémonie, je te vois parée des plus riches atours dont j'aie pu te faire présent à l'époque de notre plus grande prospérité? Reponds à cela, car j'en suis plus surpris et plus inquiet que du malheur même où je me trouve. »

« Tout ce que le More disait à sa fille, le renégat nous le transmettait. Pour Zoraide , elle ne répondait pas un mot. ^ Mais quand Agi-Morato vit dans un coin de la barque le coffret où elle renfermait ses bijoux , et qu'il savait bien avon^ laissé dans sa maison d'Alger, ne vou> lant pas le porter au jardin , sa surprise redoubla , et il lui demanda comment ce coEFre était tombé en nos mains et ce quHl contenait. Alors le renégat , sans a.U tendre la réponse de Zoraide , dit au vieillard : « Ne te fatigue pas, seigneur, à demander tant de choses à ta fille Zoraide : un seul mot de moi satisfera à toutes tes questions. Sache donc qu'elle est chrétienne; que c'est elle qui a brisé nos fers et opéré notre délivrance. £lle est venue ici de son plein gré , aussi heureuse , ce me semble, de se voir en cette situation, que celui qui passe des ténèbres à la lumière , do la mort à lu vie, et de l'enfer au séjour de gloire.

470 i>ON a^MJlOïTE.

— Eitroe wii, ma SUe, ce que dit celui-là ? s'écria

le More.

— Il en est ainsi , t cjioiniit Zoraïde.

— Quoi! vraiiueiil, répliqua ie vieillard , tu eschrétieone , et c'est toi qui as livré ton père à âes enneiais?

^ ùûif cbrétieime , je le euis, reprit Zoraidc ; mais ce n*est pas moi qui t'ai mis en cette situation , car jamais mon désir n'a été de t'abandonner, et encore niuiiis de le faire du mal, mais seulement de chercher mon boaiieur.

— Et quel i>onheur as-tu trouvé , ma fille?

— Pour cela» répondit-elle, demande^le àLella Ma- Fjsm; elle saura te le dire mieux que mot. »

u A peine le More eut-il entendu cette réponse, qu'avec une célérité iûcrujablcil su précipita la tête la première dans la mer, et il se serait iniaillibiemenl noyé, si ie long vêlement qu'il portait ne Teût un peu soutenu sur les lots. Zoraide poussa un cri en nous conjurant de secourir sou père. A l'instant nous nous empressâmes tous, et le suisissanL [)ar sa Uiiuque, nous le reLuiimcs de l'eau à demi noyé et sans connaissance j ce qui affligea si vivement Zoraide , qu'elle se mit à plejrer et à gémir sur lui tendrement » comme si déjà il eût cessé de vivre. Nous le suspendîmes la tête en bas, il rendit beaucoup d eau , et revint à lui au bout de deux heures. Pendant ce temps, le vent ayaiU changé, nous fûmes obliges de nous rapprocher de terre, et de faire force de rames pour ne pas être jetés à la cûte. Heurcuscmeat notre bonne étoile permit que nous arrivassions à une cale formée par un petit promontoire, que les Mores appellent ( ap du la Cava-Bhoumia, qui veut dire en notre langue de la mauvaise feimne chrétienne. C'est une tradition parmi eux qu'en cet endroit est enterrée cette Cava , qui causa la perte de l'Espagne , car en leur langue, Cava veut dire mauvaise femam^^ et RhounUa^

* Les Arabes ont donné l« siirnoin de cava ou ham (la mavTaise femme )

il Florindo , fille du comte .îulten. Quant à la Iraditiou qui place en cet endroit le tombeau de la cava , voyez à cet é0krd Luis de Msrmoi, D$icrii}ciQH' n«rai de Af rica (iib. IV, cap. 43.) •

CHAFIT&E XU. 471

chrétienne. Ils regardenl nDéme comme d'uD féoheiu aagure quand la néoesaité les y oblige , ce quMla ne fe-

raienl jamais sans cela, de venir jeler l'ancre dans celte cale. Mais jxuir nous, ce ne Fat pas uu gîie de mauvaise iemme , mais bien uq heureux port de salut, tant la mer était furieuse. Noua plaçâmes dos sentioelies & terre, et sans quitter un seul instant les rames» noua maogeâmes des provisions du renégat ; après quoi noua priâmes do tout notre cœur Dieu et iNotre-Dame de n(jus prêter assistance et protection pour meaer à boûue liu un si heureux commeacement.

« Pour accéder aux supplications de Zoraide , on se disposa A mettre à terre son père et les autres Mores qui étaient encore attachés ; car le cœur lui nianquait, et SOS entf âillps étaient déchirées à la vue de son pèro couvert d'indignes liens, et de ses compatriotes prisonniers. Nous promimes de faire ce qu'elle désirait au moment du départ ; il n'y avait nul danger à les laisser en cet endroit complètement désert. Nos prières ne furent pas si vaines que le ciel ne les entendit; en notre faveur le vent changea tout à coup, et la nier, devenue tranquille*, nous invita à continuer joyeusement la route cdtoimencée. Nous déliâmes les Mores, et à leur grand étonnement , nous les mimes à terre un à un. Mais quand on s'approclia pour descendre de la barque le j)ère de Zoraïde, qui avait alors repris toute sa connaissance, il nous dit : « Pourquoi peasez-vous, chrétiens, que cette méchante créature se réjouisse de ce que vous me rendez la liberté? Groye£«vons que ce - soit par un sentiment de pitié pour son père^ Non, certes; c'est pour se délivrer de ma présence, qui lui serait une gêne quand elle voudra satisfaire ses coupables désirs. N'allez pas imaginer que ce qui Ta portée à changer de religion , c'est d'avoir cru que la vôtre vaut mieux que celle oii elle est née : non , mais elle aur;i ;ij)pi is (|uo chez vous on se livre à Timpudicilé plus librement que dans iiolre pays. » Puis, se tour-

nant vers Zoraide, tandis qu'avec un autre chrétien je le retenais par les deux bras pour Fempêcher de se

porter u (juelque loi excès : u () jeune fille infâme et pervertie I sVk^ria-t-i! , où vas-tu , jiaiivie insensée, au pouvoir de ces chiens, nos emiemis naturels? Maudite soit l'heure où je t'ai engendrée, et maudits soient * les soins empressés que je t'ai prodigués dans ton enfance! »> Quand je vis qu'il prenait le chemin de n'en pas finir de sitôt, je nie bâtai de le descendre à terre, et là il continua à grands cris ses malédictions et ses plaintes, suppliant Mahomet de prier Àllah de nous confondre , de nous détruire et de nous abîmer. Lorsque, après avoir mis à la voile, nous ne pûmes plus entendre ses paroles, nous vîmes encore ses actions : il s'arrachait h^s chovenx, se frappait le visage et se roulait à terre. Cependant, un moment il éleva la voix de façon qu'il nous fut possible de l'entendre : <c Reviens , ma fille bien-aimée , disait-il , reviens près de moi ; je te pardonne tout. Donne à ces hommes ton argent, déjà devenu leur proie, et toi, reviens consoler ton malheureux père , qui , si tu l'abandonnes , va laisser la vie sur cette plage déserte ! »» Zoraïde entendait tout cela , et, brisée de douleur, elle pleurait. Elle ne put lui répondre que ce peu de paroles : « Allah veuille , ô mon père, que Lella Maryeni, qui m'a rendue chrétienne, to console dans ton chagrin ! Allah sait hien que je n'ai pu m'empêcher de faire ce que j'ai fait, et que ces chrétiens ne sont redevables de rien à ma volonté. Quand bien même j'aurais voulu les laisser partir et rester à la maison, cela ne m'aurait pas été possible, tant mon âme avait hâte d'accomplir une j ésuluLiun qui me paraît à moi aussi honnête que toi, mon père , tu la juges blâmable. »

« Zoraïde parlait , et déjà son père ne pouvait plus

l'entendre, et même nous l'avions déjà perdu de vue.

Tandis que je m'appliquais à consoler ma bien-aimée , tous mes compagnons s'étaient remis à Touvrage, et

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nous recommoncHmea u voguer avec un vent si favorable, que nous avions l'intime conviction de nous voir au point du jour sur les côtes d'Espagne. Mais comme rarement , ou plutôt jamais , un bonheur ne vient pur et complet, sans être accompagné de quelque contretemps (jui TalLère et le trouble, notre mauvaise étoile, ou, peut-être, les malédictions que le More avait prononcées contre sa fille (il iaut toujours redouter la malédiction d*un père) se tournèrent contre nous. Au moment où nous étions en pleine mer, à plus de trois heures de la nuit, marchant voiles déployées et les rames suspendues , car le vent prospère nous dispensait d'en faire usage, tout à coup, a la clarté de la lune, nous aperçûmes un navire de forme ronde qui, toutes voiles dehors et penché sur le flanc , traversait les flots devant nous. 11 était si proche , que nous fûmes obligés de carguer au plus vite pour ne point le heurter, et lui , de son côté, fit force de timon [)our nous donner le loisir de passer. En même temps, d u tillac de ce vaisseau on s'était mis à nous demander qui nous étions ) d'où noua venions et où nous allions. Mais comme ces questions nous étaient adressées en langue française, le renégat nous dit : <« Que personne ne réponde! ce sont sans doute des corsaires trauçais qui iont prise de tout. » Sur cet avis» aucun de nous ue souffla mot; et déjà nous avions passé un peu au large, et nous avions laissé le vaisseau sous le vent : mais soudain on nous lâcha deux coups de canon , sans doute àboideis enchaînés, car le premier coupa par ie milieu notre mât, qui tomba dans la mer avec sa voile, et le second, tiré presque en même temps, porta dans le corps de notre barque, qu'il fracassa, sans d'ailleurs faire aucun mal à personne. Nais nous voyant couler à fond, nous nous mîmes tous à demander secours à grands cris , et à prier les gens du vaisseau de nous recueillir, sans quoi nous périssions. Ils mirent alors en panne , et lançant la chaloupe à la mer, il y entra douze

474 DOK QTTiettOtTt.

hommes armés de leurs arquebuses et mfVhes allumées, qui s'ap|)rochèrent de notre bâtiment. Quaod ils virent notre petit nombre, et que nous allions couler bas , ils

nous prirent à leur bord, on disant que c'était notre impolitesse et notre refus de leur répondre qui nous valaient cette leçon. Cependant notre renégat avait pris le coffre contenant les richesses de Zora'ide et Pavait jeté dans la mer, sans que personne eût pris garde à ce quHl faisait. Bref, nous passâmes tous sur le navire des Français, ils nous adressèrent d*abord diverses questions; puis, comme s'ils eussent été nos ennemis mortels y ils nous dépouillèrent de tout ce que nous portions. Pour Zoraîde, ils lui enlevèrent jusqu'aux anneaux qu'elle avait aux pieds. Mais , malgré le chagrin qu^elle en éprouva, ce (|ui me désola plus encore, ce fut la crainte de voir ces pirates, après l'avoir dépouillée de ses riches et précieux bijoux , vouloir lui enlever encore par la violence un joyau d'un bien autre prix , et qu'elle estimait bien davantage. Heureusement les désirs de ces gens ne vont pas plus loin que l'argent , dont leur avarice ne peut jamais se rassasier. Elle se muiUra, en effet, si insatiable, qu'ils nous auraient enlevé jusqu'aux habits des captifs, s'ils eussent pu en tirer le moindre parti.

« Plusieurs d'entre eux furent d'avia de nous jeter

tous à la mer enveloppés dans une voile, parce qu*ils avaient l'inlenlion de trafiquer dans quelques ports d'Espagne sous pavillon breton» et que, s'ils nous eussent emmenés vivants, on les aurait découverts et punis. Mais le capitaine qui avait dépouillé ma chère Zoraide , dit qu il se contentait de sa prise et qu'il ne voulait toucher à aucun port d'Espagne , mais continuer immédiatement sa route, passer le détroit de Gibraltar, de nuit et comme il pourrait, et regagner la Rochelle , d*oàil était parti. En conséquence, ils décidèrent de nous donner la chaloupe de leur vaisseau , et tout ce qu'il fallait pour la courte navigation qui nous restait à

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faire ; ce qui fut exécuté le lendemaia en vue de la terre d^Espagne : douce et joyeuse jvlc , qui nous fil oublier

toulos nos douleurs, toutes nos misères, absolument comme si ce n'rût pas été nous ([iii les r'ussinns souffertes ; tant est grandie bonheur de recouvrer la liberté perdue!

u n pouvait être environ midi , quand ils nous mirent dans la cbaloupc, en nous donnant deux barils d^eau

et quelques biscuits. Même, au moment où la belle Zoraïde allait s'embarquer, le capitaine, touché de je ne sais quelle compassion , lui donna une quarantaine d'écus d*or, et ne permit point que ses soldats lui enlevassent les vêtements qu'elle porte aujourd'hui. Nous descendîmes dans la banjue, et nous leur rendîmes grâce du bien (juMls nous laisaienl, montrant plus de recoDuaissance que de ressentiment, fis prirent aussitôt le large dans la direction du détroit. Pour nous» les veux constamment .fixés sur la terre de la patrie qui brillait devant nous comme l'étoile polaire , nous nous mîmes à ranKM avec tant d'ardeur, qu'au coucher du soleil nous élioiis assez près , k ce qu'il nous sembla, pour aborder avant que la nuit tut bien avancée. Mais la lune était cachée et le ciel obscur ; et comme nous ne savions pas dans quels parages nous nous trouvions , il ne nous parut pas prudent de prendre terre. Cependant plusieurs d'entre nous étaient de cet avis , préiendant qu'il fallait aborder , fût-ce sur des rochers et loin de toute habitation , parce que , disaient^ls , c'était le seul moyen de n'avoir pas à craindre la rencontre de quelques navires des corsaires de Tétouan, lesquels quittent la Berbérie à rentrée de la nuit, ai iIncuI au point du jour sur les c6tes d'Esj)aij;ae , et puis s'en retournent coucher chez tux. Eiihn, après quelques débats, on s'arrêta à Tavis d'approcher peu à peu, et si Tétat de la mer le permettait , de débarquer où nous pourrions. C'est ce que nous fîmes , et il n'était pas encore minuit quand nous arrivâmes au pied d'une haute montagne ,

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qui n'était pas, cependant, tellement près de la mer, qu'il n'y eût un peu d'espace où l'on pût commodément aborder. Nous échouâmes notre barque sur le sable , et, sautant à terre, nous baisâmes le sol à genoux; puis, en pleurant de joie et de ravisseiiiciit , nous reiidîinf^s grâces à Dieu , notre seigneur , de rmeomparable bonté (|u'il avait eue pour nous pendant notre voyage. Nous ùtâmes ensuite de la barque les provisions qu'elle contenait, et l'ayant tirée sur le rivage , nous gravîmes une grande partie de la montagne; car, même arrivés là, nous n'étions pas encore rassurés , et nous ne pouvions pas croire que cette terre qui nous portail fût bien, en efiet, une terre de chrétiens.

« Le jour parut trop tard au gré de nos désirs , et nous achevtoies de gagner le sommet de la montagne pour voir si de là nous découvrions un village ou , du moins, quelques cabanes de beiger; mais nous avions beau étendre la vue , nous n'aperçûmes ni habitation , ni sentier , ni être vivant. Nous résolûmes toutefois de pénétrer plus avant dans le pays , bien sûrs que nous ne tarderions pas à lenconlrer quelqu'un ({ui lums ïii connaître où nous étions. Ce qui me tourmentait le plus, c'était de voir Zoraïde marcher à pied sur cet âpre terrain. De temps en temps, il est vrai, je la portais sur mes épaules; mais elle se fatiguait plus de ma fatigue qu'elle ne se reposait de son repos. Aussi ne voulut-elle bientôt plus (|ue je prisse cette peine, et elle cheminait en me donnant la main avec beaucoup de patience et de gaieté. Nous avions fait ainsi un quart de lieue à peine , quand le bruit d'une clochette vint frapper nos oreilles. A ce bruit, qui annonçait le voisinage d'un troupeau, nous regardâmes avec attention s'il s en montrait quelqu'un , et nous aperçûmes au pied d'un arbre un jeune pâtre qui s'amusait paisiblement a tailler un bâton avec son cou» teau. Nous l'appelâmes , il leva la tête , et fut debout en nu clin d'œil. Mais, à ce que nous avons su depuis,

cauntiB m«

les premiers qu'il aperçut, furent Zoraïde et le renégat; ei comme il les vit en habits moresques, il crut que tous les Mores de la Herbérie étaient à ses trousses» Se sauvant donc au phis vite à travers le bois , il se mit à criera lue-tête : « Aux Mores î aux Mores ! Les Mores sont dans le pays! AuxMores! aux armes 1 aux armosl» A ces cris nous demeurâmes tous pleins d'inquiétude» et no sachant que faire ; mais considérant que le pâtre en criant de la sorte allait répandre l'alarme dans le pays et que la cavalerie de la céte allait accourir pour Yoiree qui so passait, nous fîmes ôter au renégat ses Vêtements turcs, et il endossa une veste ou casaque de captif qu'un des nôtres se hâta de lui donner » restant les bras en chemise ; puis , tout en nous recommandant à Dieu , nous suivîmes le même chemin qu'avait pris le berger, nous attendant à chaque instant à voir fondre sur nous la cavalerie de la côte. Nous ue nous trompions point : deux heures ne s'étaient pas encore écoulées , ^ne , en débouchant de ces landes dans la plaine, nous découvrîmes une cinquantaine de cavaliers qui venaient au grand trot à notre rencontre. Dès que nous les aperçûmes, nous fîmes luiUe pour les attendre. Quand ils furent amvés, et qu'au iieu des Mores qu'ils cherchaient, ils virent une troupe de pauvres chrétiens, ils ne furent pas peu surpris, et Tun d'eux nous demanda si c'était nous par hasard qui étions cause qu*un pfttre avait appelé aux armes. « Oui , » lui répondis-je; et comme j'alliiis Jui conter mon aventure, et lui dire d'où nous venions et qui nous étions, un de mes compagnons reconnut le cavalier qui nous avait adressé la question, et sans me hiisserdire un mot de plus, il s*éeri8 : « Mes amis ! rendons grâce à Dieu qui nous a conduits en si bon port, car si je ne me trompe la terre que nous louions est celle de Velez-Malaga ; et ma longue captivité ne m*a pas ôté la mémoire au point de ne phis vous reconnaître , vous , seigneur , qui nous de<mandez qui nous sommes, et qui êtes vous-même Pèdre

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de Buslamente , mon oncle. »» A [»eine le captif chrétien eat*il achevé , que le cavalier sauta de son cheval et vint «errer le jeune borome dana sea bras. « Ah !

s'ëcria-il , je te retrouve, neveu de mon Ame et de ma

vie! je te revois eulia après t' avoir pleuré pour mort, comme ont fait ma sœur, ta mère, et tous les tiens qui sont encore vivants ! Dieu a bien voulu leur conserver la vie pour qu'Ile eussent la joie de te revoir. Nous savions que ttt étais à Mg^r et je comprends à tes habits et à ceux de tes compagnons , que vous avez miraculeusement recouvré la liberté. — 11 est vrai , reprit le jeune homme » et plus tard je vous conterai à loisir toutes nos aventures. »

« Quand les cavaliers entendirent que nous étions des captifs chrétiens, ils mirent tous pied à terre, et chacun nous offrit son cheval pour nous mener à la vilh^ de Yelez-Malaga qui était à une lieue et demie. Quelquesuns d'entre eux , auxquels nous dîmes oà nous avions laissé notre barque , retournèrent la chercher pour la porter à la ville. Les autres nous firent monter en croupe. Pour Zoraide , elle s'assi t sur le cheval de l'oncle de notre compagnon. Les habitants de la ville ayant appris^ notre arrivée par quelqu'un qui avait pris les devants, sortirent tous à notre rencontre. Ils ne s'étonnaient pas de voir des captifs délivrés ni des Mores captifs , Irabilués qu ils sont sur toute cette côte à voir des uns et des autres; mais ils s'étonnaient delà beauté de Zoraïde, qui était alors dans tout son éclat, car la fati* gue de la marche et la joie de se voir en sûreté dans un pays chrétien, avaient animé son visage de si vives couleurs qno, si ce n'est pas une illusion de ma tendresse, j^oserais dire qu'il n'y avait pas dans le monde entier un objet aussi ravissant : moi, du moins, je ne Tai jamais vu. Nous allâmes tout droit à Téglise rendre grâces à Dieu de tant de bonté, et Zoraïde , en entrant, dit qu'il y avait là des figures qui ressemblaient à celle de Lclla Maryem. Nous lui dîmes que c'étaient ses images ^ et le

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renégat lui til comprendre de sou mieux quelle en était la sii^iiiticalion, atin qu'elle leur adressât ses liouiniages comme si chacuo6 d'elles eût été efTcctivemeut Lella Maryem elle-même qui M fùk apparue* Elle , qui a beaucoup d'iatelUgence et l'esprit naittrellemeni clair et £eh elle , comprit aussitôt tout ce qu'on lui dit oonceraaiit les images. En sortant de TÉi^ lise nous lànics ramenés dans la ville et répartis dans difiérenli s maisons , mais le chrétien qui était du pays nous conduisit , le renégat, Zoraide et moi , chez ses parents , qui jouissaient d'une certaine aisance et qui nous accueillirent avec autant d'amour que leur propre fils.

« Nous restâmes tsix joui s a Vêlez , au bout desquels le renégat, qui avait fait dresser une enquête sur tout ce qui le regardait, se rendit à Grenade pour rentrer, par le moyen de la sainte inquisition, dans le giron de la très-sainte Église. Les autres chrétiens délivrés s*en allèrent chacun où il leur pluL iNuus resLaïuos seuls, Zoraïde et moi , sans autres ressources que. l'argent qu'elle devait à la courtoisie du capitaine français. Avec cela j'ai acheté cet animai qui lut sert de monture/ et moi qui lui ai juaqu^à présent tenu lieu de père et d*^ cuycr, sans être encore son époux , je la mène à mon pays dans rinicntion de savoir si mon père est vivant ou si quelqu'un de mes irères a eu, plus que moi, à se louer de la fortune, bien que le ciel , en me don*naot Zoraïde pour compagne, m'ait donné on bonheor que je prélère au sort le plus brillaiit. Zoraïde supporte si patiemment Loulcs les privauuiis {ju'entraine la |)auvrelé, et le désir qu'elle montre de se voir enfin chrétienne est si vil et si grand, que j'ensuis émerveillé, et que j'ai résolu de lui consacrer ma Tîe entière» Cepen<« dant ma joie de penser (]ue nous serons désormais Tua à l'autre, est troublée par une secrète crainte : jr [ie sais si je pourrai lui procurer, dans mon pays, l'asiK' même le plus modeste, et si le temps et la mort ne se seront pas joué» de la fortune et de la vie. de mon pèse et de

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mes frères, jusque-là que je ne trouve plus, en leur lieu, personiKMjui daigne seuleuieul me leconnaître. Voilà, seigneurs y tout ce que jlavais à vouë dire de mon histoire ; si elle est intéressante et curieuse , c^est à vous d'en juger. Quant à moi , j ^aurais voulu la conter plus brièvement, bien que la crainte de vous fati- ^uer m ail iaiL pabser sous silence plus d'un délai! de mon aventure. »

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