CHAPITRE LU
Du démêlé qu*€ut don Quichotle avec le chevrier, et de la surpre» nante aventure des pénitents blancs, qu41 lermin heureusement i la sueur de son frônt.
L'histoire du clievrier fit beatjroup de plaisir à toiii^ ceux qui l'avaient entendue. Le chanoine en particulier en fut charmé. Il avait soigneusement remarqué la manière dont s'étidt exprimé le ôônteuf , lequel, loin de paraître en son langage nn rustique chetrfef , s'était plutôt montré un liomme de cour plein d'esprit et d'élégance. Aussi . déclara-t-il que le curé avait parlé on ne peut mieux en disant que l'on rencontre des gens let'* très dans les bois et le» montagnM. Gfafleun «'«mpresM de faire ses ofii%« de service à Engénlo. Mais oeini qui
• s'en nioîilia le plus prodigue, ce fut don Quichotte: .« Ortes, lui dit-il, ami elievricr, si je me trouvais libre d'entreprendre quelque aventure, je partirais à l'instant môme à votre intention; j'irais tirer du couvent (où sans doute elle est contre son gré ) votre belle Léandra^ eu dëpil de Tabbesse et de tous ceux qui voudraient s'y
*■ Ainsi que l'ool remarqué les oommentateora esMgnels , il j ■ dens oe morceau plusieurs ptssages imités dee Égtogu9$ de Viiille.
oppuA^r; puis, ja la r^meitrm» eu vun R)mo» pour qua VOUi fimièz d'elle tout ce qu'il voui plairait, en obsenant néamoQiqa |âs loia de la chevalerie, qui dérendent qu'on U8Ô de violepce à Tendroit d'aucune damoiaelle. Mais j'espère , avec Taide de Dieu notre Seigneur, que le pouvoir d'un eocbanteur malicieux m prévaudra pas toujoura ooDtrtt 09I1H d'un autre encbioteur plua favorable; fit je voua prometa pour lora mon concours et mon appui, comme m'y oblige ma profeamon qui conaiste à venir w
aide aux faibles et aux uéceasiteux. »
Le cbevriur regarda don Quichotte , et le voyant de ai triste pelage et de ai pauvre miue , il ae tourna , passa** blement aurpria^ vers le barbier qui était près de lui ; « Quel est , seigneur , lui dit*il , cet homme qui a un ^ir
si bizarre et qui s'exprime d'une façon si étrange? — Et qui pourrai t-ce être , répondit le barbier , biiiua le iameux dop Quichotte de la Manche, le défaiseur de griefs, le redreaseur de torta» le aoutien des damoiëelies, Tef^ froit des géante et le vainqueur des bataillea ? ^ Gel^ resaeinble fort , répliqua le ohevrier , à ce qu'on lit dana
leslivrefe des chevaliers errants, qui Iciisaient tout ce que vous inédites du personnage que voilà ; qnoiijiie à vrai
dire je aoia assez disposé k croire ua peu que votre gi iue e'anuee à mes dépens, ou que ee ga^t homme a quelques caaea vides dana la tète. Voua étea un grand
drôle! s'écria aussilùt don Quichotte; c'est vous qui êtes le vide et Tinsons^^, car puiir moi j'ai la tête plus pleine que ne le fut jamais la gueuse, fille de gueuhtj, qui voua a enfanté et mia an monde ! » Cela dit , il sauta sur un pain qui ae trouvait non loin de là* et le langa au visage du cbevrier avec tant de furie , qu'il lui en aplatit le nez. Letthevj ier qui n'entendait pas raillerie , et qui se voyait maltraité pour tout de b<»n , îsans respecter ni le tapis, ni la nappe 1 ni même les dioeurs » s'élanva sur don Quiobotte et le serra à la gorge des deux msina. (1 l'aurait aani nul doule étranglé , ai Sancho Hfm t m}r vaut sur ces enUefaitas, n'eût pris h ch§vriar pgr dê^
rière et ne l'eût jeté à la renverse sur la table, cassaat les assiettes, brisant les verres, dispersant, bouleversant tout ce qui s'y trouvait. Don Quichotte, se voyant libre;
accoLu uL grimper sur le chevrier, qui, le visage plein de sang et moulu de coups par Sancho , cherchait à tâtons un couteau sur la table pour se venger d'une manière sanglante. Heureusement que le chanoine et le curé Ven empêchèrent. Mais le barbier fit en sorte que le chevrier mît à son tour sous lui don Quichotte, sur lequel il fit pleuvoir tant et tant de coups, que le visage du pauvre chevalier était, comme le sien, tout en sang. Le chanoine et le curé étoufiTaient de rire, les archers sautaient de joie , et tous à l'envi criaient xi, xi, comme on fait aux chiens qui se battent. Sancho seul se désespérait, parce qu'il ne pouvait se déban asser d'un des valets du chanoine, quii'empéchaitd aller porter secoursàsoamaîlre.
Enfin, pendant qu'ils étaient tous dans cette jubilar tion (j'excepte cependant les deux adversaires qui se gourmaient à qui mieux mieux) , ils entendirent tout à coup une trompette qui sonnait d'une façon si lugubre, que cela leur ht tourner la tête du coté d'où venait le bruit. Mais celui qui s'émut le plus en Tentendant, ce fiit don Quichotte , lequel , bien qu*il se trouvât encore sous le chevrier, Fort contre son gré et plus qu'à demi moulu, lui dit aussitôt : « Ami démon , car tu ne saurais être autre chose , puisque tu as eu assez de forces pour dompter les miennes ^ je te demande une trêve , seulement pour une heure ; car le son douloureux de cette trompette qui vient de frapper nos oreilles m'appelle , ce me semble, à quelque nouvelle aventure.» Le chevrier, déjà las de battre et d'être battu , le lâcha bien vite. Don Quichotte s'étant relevé, se tourna du côté d*où venait le bruit ; il vit descendre d'une colline un grand nombre d'hommes vêtus de robes blanches à la manière des pénitents. Vous saurez que cette année les nuages avaient refusé leur rosée à la terre, et tous les villages de ces contrées faisaient des procès-
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•ioDset dos rogations , pour demander à Dieu d'ouvrir ies maiiib de tiu aiisëricorde et d'envoyer de la pluie. Dans ce but , les habitants d'un hameau voisin ve^ naieat eu procession à un saint ermitage qu'ilynTaU sur lepdBQhant d'un des coleaux de ce yallon.
Don Quichotte, vo;^ant les étranges costumes des pénitents , sans se rappeler que mille et mille fois probableTnrnt il en avait vu de semblables, s'imagina que c'était une aventure , et qu'à lui seul , comme chevalier errant, il appartenait de L'entreprendre. Il se confirma dans cette Imagination en voyant une sainte image qu'on portait couverte de deuil s il la prit pour une haute et puissante dame qu'emmenaient par force cm lâches et indignes brigands. Dès que celte idée lui fut tombée dans Tesprit, il courut à toutes jambes rattra^ par Rossinante qui paissait tranquillement, et, détachant de Farçon le mora et la rondache , il le brida en un din d'œil; puis, ayant demandé son épée àSancho, il sauta sur Rossinante, embrassa son écu , et parlant à voix haute a tous ceux qui i eulouraient : « A présent, ditil, vaillante compagnie, vous allez voir combien il importe qu'il y ait dans le monde des chevaliera professant Tordre de la chevalerie errante ! A présent , disje, vous allez voir par la délivrance de cette bonne dame que Ton emmène captive, quelle estime il faut faire des ebevaiiers errants! »
Ën disant ces mots^ il serrâtes genoux aux flancs de Rossinante ( car, pour des éperons , il n^en avait pas ) , et prenant le grand trot ( car, pour le galop , on no voit pas dans tout le cours de cette vëridique histoire que Rossinante Tait pris une seule fois ) , il marcha à la rencontre des pénitents. Le curé , le chanoine et le bar* bier essayèrent, maison vain, de le retenir. Ilnes*arréta pas davantage à la voix de Sancho , qui lui criait de toutes ses forces : » Où allez-vous, seigneur don Quichotte? Quel diable avez-vo us donedans le corps qui vous pousse à vous attaquer à notre foi catholique ?,.. Malédiction S I, 4S
57S BON QDICHOITE.
prenez garde que c'est une proceanon de pénitents, el
que cette dame qu'on porte sur un escabeau esl la très- . sainte image de la Vierge sans laclie. Voyez, seigneur, ce que vous allez faire ; car, pour celte fois, on peut bien dire que tous n'en savez rien. » Sancho se démenaitvainement; son matlre était à tel point préoccupé ^ de Vidée d*aborder les blancs fantAmes et de délivrer la dame en deuil , qu'il ne l'euteudit pas , et l'eutil entendu, il n'aurait pas davantage consenti à revenir, en eût-il reçu Tordre du roi. 11 atteignit donc la procession» retint Rossinante, qui déjàdésirait prendre un peu de repos, et d'une voix que Témotion rendait rauque et LreiubUuile : « 0 vous, sccria-t-il , qui, à cause de vos méfaits saas doute, vous couvrez le visage, faites halte, et écoutez ce que je veux vous dire! »
Les premiers qui s'arrêtèrent furent ceux qui por*talent Timage ; et Tun des quatre clercs qui chantaient les litanies, voyant l'étrange mine de don Quichotte, la maigreur de Uossinante , el quelques autres particularités comiques qu il remarqua chez notre chevalier, lui répondit : « Seigneur el ami, si vous avez quelque chose à nous dire , dites-le vite , car ces pauvres gens ont les - épaules rompues, et en vérité il ne nous est pas possible de nous arrêter pour rien entendre , à moins que ce ne soit si court qu'on le puisse dire eu deux mots. — Je le dirai en un seul, répliqua don Quichotte, el le voici : rendez à rinstsnt même la liberté à cette noble dame, dont les larmes et le triste appareil font clairement connaître que vous Temmenoz contre sa volonté , et que vous lui avez fait quelque notable outrage. Quant à moi, qui suis venu au monde pour redresser de semblables torts , je ne souffrirai point que vous fassiez un pas de plus avant de lui avoir rendu la désirée liberté qu'elle mérite! » A ces discours, tous ceux qui les entendirent conçurent l'idée que don QiuchoUe devait être fou et commeHcèrent à rire aux éclats. A ce rire , la colère de don Quichotte prit feu comme poudre : sans dire un
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mot, il tira son épée et couiuL sur le brancard, i n de ceux qui le [lortaient, laissant la charge à ses compagnons , vint à la rencontre de don Quichotte, tenant à deux mains un bâton, une fourche qui servait i soutenir le brancard pendant les moments de repos. Il reçut d'abord sur le manche un coup d'estoc que lui porta don O"ichotte et qui brisa la fourche en deux; mais avec le tronçon qui lui resta dans la mam , il assena un tel coup à don Quichotte, sur Tépaule du coté de Tépée, c6té que la rondache ne pouvait protéger contre le vigoureux manant , que le pauvre chevalier tomba par terre en fort piteux état.
Sanclio Panza (jui le suivait huis d'iialcnie , le voyant tomber, cria à l'assommeur de ne pas recommencer, parce que c'était un pauvre chevalier enchanté qui de sa vie n'avait fait de mal à personne. Mais ce qui arrêta le manant, ce ne furent pas les cris de Sancho , ce fut de voir que don Quichotte ne remuait plus ni pied ni patte. Croyant donc l'avoir tué , il retroussa le pan de sa robe dans sa ceinture , et se mit à fuir à travers champs avec la vitesse d*un daim. En cet instant arrivaient sur le champ de bataille tous les gens de la compagnie de don QuiLhotte. Mais ceux de la procession qui les virent venir courant, suivis des archers avec leurs arbalètes, craignant quelque méchante affaire, se rangèrent tous en cercle autour de la sainte image i puis, ayant mis bas leurs chaperons, et empoignant , ceux-ci les disciplines, ceux-la les chandeliers, ils attendirent l'assaut, bien décides à se défendre, et même, s'ils pouvaient, à prendre loilensive contre les assaillants. Mais la iortune arrangea mieux les affaires qu'on ne Taurait espéré : car Sancho se hâta de se jeter sur le corps de son seigneur, et le croyant mort , il fit sur lui la plus douloureuse et la plus amusante lamentation du monde. Le curé fut reconnu par un de se» confrères qui se trouvait dans la procession , et cette reconnaissance calma les craintes mutuelles des deux escadrons. Le premier
curé coala à l'autre en deux mots Thistoire de don Quîehotle, et ftUBsitôi le boù préire, avec la troapc des pé* âitents, acedurarètit })Our Yoir ai le pftiivre dheVftUer était mort, tli entendirent Sànefao qui , les larmes aux yeux , lui parlait ainsi :
u 0 fleur de ia chevalerie, qui as vu arrêter d'un seul Coup de bâton la course de tes anii si bien employés ! 6 honneur de ta raoe , gloire et menreille de la Manche , et même du monde entier, lequel , toi lui manquant , va
demeurer plein de mallaiLeurs, qui ne craindront plus dé recevoir le chàiinieal de leurs méfaits ! 6 libéral pardessus tous les Alcxaodres, puisque, pour seulement huit mois de services ^ tu m'âvâis donné la meilleure ile que Ift mer entoure de ses flots ! ô toi, humble avec les superbes et arrogant avec les humbles, affronleur de périls, eudureur d'oulrages , amoureux sans objet, imitateur des bons, fléau des mécbants, ennemi des pervéïrs, enfln, ohevaUer errant, ce qui est le mieux qtt*ôn puisse dire «»
Aux cris et aux gémissements de Sancho , don Quichotte revint à la vie, et voici ses premières paroles :
Celui qui vit loin de vous , dulcissime Dulcinée , est AOjet à des maux plus grands encore. » Puis , après un moment; «Aide-moi, ami Sencho, ajouta441, à mè -
remettre sur le char enchanté ; je ne suis pas en état d'étreindre la selle de Rossinante, car j'ai ooite épaule tout en morceaux. — Je ne demande pas mieux, mon cher seigneur^ répondit Sancho^' retournons'-nous-en au village , en compagnie de ces seigneurs qui veulent votre bien , et là nous nous disposerons pour faire une troisième sortie qui nous donne pUis de profit et de réputation. — Tu as raison , Sancho , repartit don Quichotte ; il sera fort sage à nous de laisser passer cette maligne influence des étoiles qui court en ce moment, n
Le chanoine, le curé et le barbier lui répétèrent à Tenvi qu'il ferait très-sagement d'exécuter ce qu'il di-
CUAUIiLB LII. Sêl
Mit ; ét âprè« avoir beaucoup ri des timplioilAi de
Sancho , ils placèrent don Quichotte sur la charrette , comme auparavant. La prucessioii se remit en ordre, et poursuivit sa marche ; le chevrier prit congé de tout le monde ; les archdra ne voulurent pas aller pins loin , et le curé leur paya ce qui leur était dû ; le ofaanoine pria te curé de rinfomier de ce qu'il adviendrait de don Quichotte , s'il i^uérissait de sa folie , ou si elle persistait, et puis, demanda la permission de coniinner son voyage. Enfin , la troupe se divisa, et chacun alla de son côté , laissant seule le curé et le barbier, don Quichotte et Sancho Panza , ainsi que le bon Rosri*nante, qui montrait en toute chose la mèiae résignation que son maitre. Le bouvier attela ses bœuls, accommoda don Quichotte sur une hoUe de foin, et suivit, avec son flegme accoutumé la route que le curé lui désigna.
Au bout de six jours, ils arrivèrent au village de notre chevalier. C'était vers le milieu du jour, qui se trouva précisémeiit un dimanche, et tous les habitante étaient réunis sur la place que devait traverser la chai** rette de don Quichotte. Us accoururent en foule pour voir ce qu'elle renfermait, et lorsquUls reconnurent leur concitoyen , ils ne furent pas peu surpris. Un petit garçon courut porter la nouvelle à la gouvernanLe cl à la nièce, comme quoi leur «mk In et seisîneur arrivait tout maigre et tout jaune , étendu sur un las de foin , dans une charrette à bœufe. Ce fut vraiment pitié d'entendre les cris que jetèrent les deux bonnes dames ^ les soufflets qu'elles se donnèrent, et les malédictions qu'elles lancèrent de nouveau conlrc tons ces maudits livres de chevalerie ; el touj, cela recommença quand elles virent don Quichotte rentrer dans sa maison.
A la nouvelle du retour de don Quichotte , la femm^ de Sancho Pansa accourut bien vite, car elle avait appris (jue son mari était j)arLi pour lui servir d'écuver. £n apercevant Sancho , la première chose qu eiieiui
o8i DOM QiilCHOi ll:..
diemanda ce fut û l'àûe se portait bioo* Saocho répondit que l'âae se portait beaucoup mieux, que le maître.
«« Grâces soient rendues à Dieu , dit-elle alors, qui m'a fait «ne si grande faveur!... Mais maintenant, Tami, jcoalez-moi uo peu quels protils vous avez tirés de vos aervioesécuyéresquea? quelle jupe à la savoyarde m'apportes^voua? et quels souliers mignons àvosenrants? — Je n'apporte rien de cela, ma petite femme , répon-» dit Sancho , quoique j'apporte des choses d'une tout autre inipurtanee. — J'en suis charmée, répliqua la femme; montrez-moi» cher ami, ces choses dune tout autre importance ; je yeux les voir » pour qu'elles réjouissent ce pauvre cœur qui est resté si triste et bi aiiligc tout le temps de votre absence. — Vous les verrez à la maison , femme , reprit Panza ; quant à présent, contentez-vous de savoir que si Dieu permet que nous nous mettions de nouveau en route pour chercher des aventures, vous me verres bientôt revenir comte ou gouverneur d'une île, et non de la première venue, mais dr la meilleure qui se puisse trouver. — Dieu le veuiiie, mou ami , répondit la femme , car nous en avons bon besoin. Mais, dites-moi, qu'est-ce que c'est que ça, des iles? je n'en ai jamais oui parler. — Ce n^est pas pour la bouche de Tâne que le miel est fait, répliqua Sancho ; tu ic verras, fennue, quand il en sera temps , et même tu seras bien étonnée de t'entcudre appeler votre seigneurie par tous tes vassaux. — Que dites-vous là , Sancho , de vassaux , d'îles et de seigneuries? reprit Juana Panza (ainsi s'appelait la femme de Sancho ; non qu'ils fussent parents, mais paice qu'il est d'usage dans la Mauche que les iemmes prennent le nom de leurs maris — Q(e sois pas si pressée, Juana, de savoir tout cela, il suffit que je te dise la vérité, et bouche close. Seulement je te dirai en passant qu'il
* Dant» les autres provioccs de r£spagnc, les feiumes mariées conservaient et oonsenreot encore aujonrdlmi toor nom de fflles. Aa reste , comme le lecteur Paara déjà remarqué sans doute , Cdi^ntei, par distraction pro^ bablement , donné à la femme de Sancho pluaieurs noms différents.
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n'est rien de agréable au monde p^in un bunnêle iioaime que d'être Téouyer d'un chevalier errant chercheur d'aventures. A la vérilé, la plupart de celles qu'on trouve ne se terminent pas aussi agréablement que Ton voudrait ; car sur cent que Ton rencontre , il y en a bien , ma foi , quatre-vingt-dix-neuf qui tournent tout de travers. Je le sais par expérience, puisque , de quelqueâ-uues je me suis tiré berné, et d'autres, mou* lu ; mais avec tout cela , c'est charmant d'attendre les aventures , en traversant les montagnes , en fouillant les forêts , en grimpant sur les rochers , en visitant les châteaux, et en s'hébergcant dans les ventas à discrétion, sans payerTécoty non pas même l'aumoue du diable. »
Pendant que Sancho Panza et Juana Panza, sa femme, s'entretenaient ainsi , la gouveniante et la nièce de don
Quichotte reçurent le chevalier , le déshabillèrent, et le couchèrent dans son lit à ramages, que nous connaissons. 11 les regardait avec des yeux hagards, et ne pouvait parvenir à se reconnaître. Le curé recommanda à la nièce d'avoir les plus grands soins de son oncle , et de bien le surveiller, de peur qu'il ne leuréchappàt une autre fois; eu leur contant, à elle et à la gouvernante, à quelsexpédicnts on avait été obligé de recourir pour le ramener chez lui. La-dessus , voilà les deux femmes qui recommencent à jeter les hauts cris , qui répètent leurs malédictions contre les livres de chevalerie , qui conjurent le ciel de confondre à jamais au iuiid de Tabîme les auteurs de tant de mensonges et d'extravagances. Bref, elles demeurèrent fort inquiètes et fort troublées par la crainte de voir leur oncle et seigneur leur échapper des mains dès que sa santé se serait un peu rétablie ; et il en ai r iva justenieat comme elles le pensaient.
Mais 1 auteur de cette histoire , malgré toute la diligence qu'il a mise à rechercher soigneusement les exploits que lit don Quichotte à sa troisième sortie , n'a rien pu en apprendre , du moins par des écrits autben*
ôë4 DON QOicaoïfB.
tklues. Seulement la renommée a conserve dans les souvenirs des habitants de la Manche une tradition qui rapporte que, la troisième lois qu'il quilta sa maiBOn , don QuichoUe âe rendit à Saragossê , où il assista au célèbre (omtioi qui eut lien dans cette ville » et que là il lui arriva des choses dignes de sa haute valeur et de son remar(}ua] lie esprit. Quant à sa fin et à son tréjias, rbistorien n'en put rien découvrir , et jamais il n'eu au« rait lien sa si le pluB heureux hasard ne lui eût fait retioonttw un vieux médecin qui avait en aa poaseaaioti unè caisse de plomb, trouvée, à ce qu'il disait, dans les fondations rf nu vieil ermitai^e qu'on avait abattu pour le rebâtir. Dans cette caisse on avait trouvé quelquea parchemins écrits en lettres gothiques , mais en vera espa^ols, qui Contenaient un grand nombre des pfôuesses de notre chevalier, qui attestaient la beauté de Dulcinée du Toboso, Tencolure de Rossinante , la iidélité de Sanchb Panza , et qui faisaient connaître la sépulture de notre hérôB, avec diverses épitapbeset plu«* aieurè éloges de sa vie et de ses mœurs. Los vers qu'on a pu lire et mettre au net sont ceux que rapporte ici le véridique auteur de cette nouvelle et surprenante histoire. Au reste, en dédommagement de toute la peine qu'il a prise pour Compulser les archives de la Manche avaAt dé la publier , cet auteur ne dématide à ses lee^ teurs qu'une seule chose î c'est de lûi accorder le même crédit que les poi sonnes de sens et d'esprit accordent d'habitude aux livres de chevalerie, qui circulent dans lé monde avec tant de faveur; moyennant quoi, il s'eeti<> mera suffisamment payé de ia peine , et sera encouragé h chercher d'autres histoires , sinon aussi véritables , du moins aussi bien inventées et aussi amusantes
Voici les premiers mots qu'on lisait en tête du par* chemin qui se trouva dans la caisse de plomb t
* Ainsi qu'on le verra quelques pages plus loin , tout à la lin de cette prenuiàre partie du don Quichotte, Cervantes se proposait d'j donner une suite.
CfiAPim LU. Ô8d
LES ACADÉMICIENS ]> AlKiOIASlLLA \ BOliHCi DE LA MA>CUE,