‹ L'Adour, la Garonne et le pays de FoixChapitre 5 sur 78 · PILE ROMAINE DE LABARTHE · texte numérisé non relu

PILE ROMAINE DE LABARTHE

point souffrir en silence qu'un roi le déshonorât, ne descendait de ces premiers barons que par les femmes. Paule d'Espagne, dame de Montespan, héritière unique de son père, le dernier mâle de sa race, épousa, au xvi* siècle, Antoine de Pardaillan, sire de Gondrin, vicomte de Castillon, un grand catholique, qui fit la guerre aux côtés duseigneuf de Terride contre Jeanne d'Albret ut ses généraux, les comtes d'Arros et de Montgommery. Un jour, le

\icomte Antoine, clans la rue de Montréjeaii, rencontra le saint Viatique qu'un prêtre portait à un malade. Un huguenot passait, qui salua le seigneur terrestre et qui remit son bonnet devant le seigneur de là-haut. Le vieux Pardaillan — il était vieux alors — se jeta sur lui : « Comment oses-tu, lui dit-il, faire à la créature un honneur que tu refuses au Créateur? » — Et il le tua. Il est douteux que le « Créateur d en fût content; mais la « créature », c'est-à-dire Pardaillan, le crut, — et ce fut de bonne foi.

Je m'éveille le lendemain dans la haute ville, et de la fenêtre de l'hôtel, j'en aperçois d'abord le plan régulier. Montréjeau a toutes les apparences d'une ancienne bastide. Ce que c estqu'une bastide en pays Toulousain, en Comminges et en Foix, où elles sont fréquentes, il faut bien le savoir. Presque toutes datent des xiii* etxiv^ siècles, du temps où, bien instruits par les terribles ravages de la guerre des Albigeois, les barons voulurent mettre les bourgeois de leurs villes à l'abri des coups demain; quelquefois les bourgeois surentbien s'y mettre eux-mêmes. Ces villes neuves furent toutes bâties sur un modèle uniforme : une enceinte carrée, avec des tours de guet aux angles; deux rues régulières se coupant à angle droit, avec quatre portes fortifiées ; au centre une place rectangulaire entourée d'arcades. A Montréjeau, des arcades sont encore debout sur deux côtés de la place du marché. Au milieu s'élèvent les halles, soutenues par des piliers de bois. Ce premier corps de bâtiment en supporte un second, en étage, une sorte de grande cage d'ardoises, dont les charpentes gondolées présentent des renflements et des vallonnements pittoresques et comiques : c'est la mairie.

Messieurs du Conseil entrent dans le lieu consacré de leurs délibérations par une avenue bordée de sacs de pommes de terre et de monceaux de choux; ils gravissent un escalier de bois tout branlant qui est une échelle ; ils sont alors chez eux. Au plus haut de ces vagues d'ardoises qui les recouvrent, ont été plantées une douzaine de girouettes de toutes les formes, représen-

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