RU IX ES DE LOKDAT
les comtes de Foix servaient avec répugnance les rigueurs de l'orthodoxie triomphante. On attendit; la misère éclaircissait peu à peu les rangs de cette multitude, bientôt ils ne furent plus que quelques centaines^ au lieu de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants. Alors de petites troupes de soldats suffisaient à les réduire. L'Inquisition passa et faucha tout.
Maintenant, dans la vallée, sur la rive gauche du torrent, on ne découvre que de riants villages, des maisons de plaisance assises dans la verdure. A Aulos, l'Ariège reçoit F Aston, descendant des monts d'Andorre. Au confluent, sur un mamelon qui le com-
mande, le château de Judane, construit au dernier siècle par un maître de forges, si riche cjue les montagnards l'appelaient Roi. Au-dessus de Judane, la ruine de Château- Verdun. Sur la rive droite de l'Ariège, le village du même nom, quia son petit établissement thermal. Deuxième halte : nous allons, sous un couvert d'arbres, voir rouler une gracieuse cascade.
Sur l'autre rive, toujours, la file des monts nus, aux tons de laves. Au bas, des grottes, des ravinements, de hideuses crevasses. Nous touchons au grand village de Las Cabannas (Les Cabannes), qui a, je crois, l'honneur d'être chef-lieu de canton. Au mur des maisons, exposés au midi, et abrités par de larges toits en auven t,croissent en espaliers des lauriers-roses,dont le pied plonge en pleine terre. Il n'ya donc point d'hiver rigoureux aux Cabannes, que l'on quitte pour descendre dans une conque assez profonde, aux bords rocheux; la vallée, aussitôt après, s'élargit. Entre les monts qui l'encadrent, s'enfoncent des gorges, dont le fond et les parois mêmes sont cultivés ; les croupes apparaissent également couvertes de grands blés mûrs, encore sur pied; des clochers d'ardoises s'éparpillent rigides au-dessus de ces flots d'or ; tout ici est d'une admirable richesse de couleur. Auborddu bassin, audevant des monts, s'élèvent des mamelons isolés, recouverts de broussailles et d'herbe brune. L'un de ces mamelons porte l'immense ruine de Lordat.
Ce fut la maîtresse forteresse de la haute vallée; les débris couvrent la crête entière de ce coteau sombre. De la route, à l'aide d'une lorgnette, on peut distinguer une double enceinte: le donjon et plusieurstours sont debout. Nous visiterons Lordat, mais en attaquant le rocher à revers , et en partant du village de Luzenac, que nous allons atteindre en vingt minutes. De là nous apercevons déjà, vers le nord-ouest, le Saint-Barthélémy (Pic de Tabe). Derrière la pointe de Lordat, tout le massif se dessine : des murailles grises, des plateaux couverts de pâturages rocheux, deux étages de monts vêtus de sapinières ; tout