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L'AÉROSTATION SPORTIVE

Bien que l’année 1908 ait été surtout l’année de l'aviation, vous constaterez que l’aérostation sportive, par où se manifesta, on sait avec quelle belle vaillance et quel succès mondial, la première ardeur de notre Club à son aurore, ne montre aucun fléchissement. Je la résumerai, comme à l'habitude, en quelques chirfres qui vous édifieront suffisamment.

En ce qui concerne les ascensions faites à notre parc, leur nombre est plus élevé encore que l'année dernière, soit : 334 ascensions, et la quantité du gaz consommé a été plus considérable : elle s'est élevée à 352105 mètres cubes ; le nombre des passagers a été un peu moins grand, il est de 608, parmi lesquels 125 femmes-aéronautes.

En faisant le total des kilomètres parcourus et des heures de séjour dans l'atmosphère, on arrive aux chiffres suivants :

42.586 kilomètres parcourus ; 1.783 heures de séjour dans l'atmosphère.

Il importe d'ajouter à ces chiffres ceux des ascensions effectuées en France par nos sociétaires, en dehors du parc, soit 208 ascensions avec 180.515 mètres cubes de gaz, 610 passagers, 18.936 kilomètres, 1.090 heures de séjour dans l'atmosphère.

On arrive donc aux chiffres énormes ci-dessous qui entent le mouvement général des ascensions de Club de France en 1908 :

512 ascensions, 532.620 mètres cubes, 1.218 passagers, 61.521 kilomètres parcourus, 2.873 heures de séjour dans l'atmosphère.

Ces divers chiffres montrent que l'on tend de plus en

plus à envisager le ballon comme l'instrument admirable d'un mode de tourisme de plus en plus pratiqué. Est-ce à dire que le feu sacré ait diminué chez nous et que nos pilotes aient renoncé aux grandes ascensions sportives qui ont fait la gloire de leurs aînés et l’orgueil de leur Club ? Il n'en est rien, heureusement !

Lorsqu'on examine en effet, les résullals de nos di-

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vers concours de l'année dernière, on constate avec plaisir que les moyennes ne furent jamais plus brillantes. .

L'intérêt de ces concours s’augmente de ce qu'ils furent généralement courus par des ballons de petit cube ou de cube moyen, à bord desquels les concurrents se trouvaient dans des conditions tout à fait comparables et aussi rapprochées que possible de l'égalité théorique.

En prenant cette mesure, on avait vu juste ; on n'avait pas trop préjugé de l’habileté &e nos pilotes, les résultats l'ont prouvé. Malgré des conditions atmosphériques pas toujours favorables, ces pilotes ont montré ce que l’on pouvait faire avec des matériels de cube réduit, de prix d'achat modeste et de frais d'usage modérés ; ils ont ainsi rendu un véritable service à l’aércstation, que certains accusaient, bien à tort d’ailleurs, d'être un sport trop onéreux, dès qu’on voulait tenter de grandes choses.

Je ne vous referai point ici le palmarès aérostatique de l’année, cela m'entraînerait trop loin, et plus que jamais, ce soir, le temps nous est mesuré. Jetons cependant un coup d'œil sur nos principaux concours.,

Dans les épreuves à ‘dates libres, telles que la Coupe Antonetti, nous retrouvons le nom d’un de nos plus glorieux champions, M. Alfred Leblanc, qui conquiert ce beau trophée par 460 kilomètres en 12 heures 25, à bord d’un 600 m°, gonflé au gaz d'éclairage.

Le 17 mars dernier, M. Alfred Leblanc est également devenu possesseur définitif de la Coupe du Gaulois, challenge de distance, dont il était détenteur provisoire depuis le 17 mars 1907, avec 990 kil. 432 m. Le délai de deux ans, prévu par le règlement, s’est écoulé sans qu'aucun des concurrents régulièrement inscrits pour cette épreuve ait réussi à dépasser cette magnifique traversée de Saint-Cloud à l’île de Rügen.

La Coupe Antonetti faillit toutefois être ravie à M. Leblanc par un de nos nouveaux pilotes, que ses occupations professionnelles empêchent de participer aussi souvent qu’il le voudrait à nos grandes épreuves, le lieutenant Bellenger ; le lieutenant Bellenger, par son voyage de Saint-Cloud à Stralsund, à bord d’un 600 m° gonflé à l'hydrogène, s’il n'a pas conquis la Coupe Antonnetti à cause de certaines difficultés de règlement, n'en à pas moins élabli le record de distance pour ballons de première catégorie par 951 kil. 120 m.: il enlevait ainsi À un de mos plus brillants amis, M. Edouard Boulenger, qui préside avec tant de distinction et de dévouement l’Aéro-Club du Nord, un record des plus méritoires dont il était détenteur depuis de longues années. Le lieutenant Bellenger s’assurait du même coup la médaille annuelle de distance pour 1908.

Nous devons également complimenter un de nos camarades étrangers, M. Victor de Beauclair, qui vient de gagner, par un magnifique voyage de 55 heures 58 minutes, le prix de 4.000 francs que son célèbre compatriote, Santos-Dumont, avait créé, il y a quelques années pour le premier pilote de l’Aéro-Club de France effectuant dans l'atmosphère européenne un voyage de 48 heures. L'Aéro-Club de France a attribué au vainqueur de cette épreuve sa grande médaille d’or. M. de PACA recoit également la médaille annuelle de

urée.

Dans le concours du 16 mai, les quatre premiers, MM. Georges Blanchet, François Peyrey, Pierre Gasnier (brillant débutant des grandes épreuves), Ernest 3arbotte, tiennent l'atmosphère près de 24 heures dans des ballons de 900 m°, avec un passager.

Puisque je viens de citer M. Barbotte il me sera permis de rappeler que cet excellent pilote détient cette année, par 42 ascensions, le record annuel du nombre

RE aériens, battant son précédent record de

Le Grand Prix d'Eté de 1908 fournissait ensuite à M. Edouard Bachelard, descendu à Roermonde (Hollande), l'occasion d’une belle victoire. Viennent après lui. MM. Ch. Villepastour (représentant de l’Aéro-Club du Sud-Ouest), et Louis Duthu, ex-æquo. Cette épreuve coïncidait, vous le savez, avec nos belles fêtes décennales, fusionnées en juin dernier, avec la réception de nos amis de l’Aéro-Club du Sud-Ouest, dont le deuil récent nous atirista si vivement.

Quant au Grand Prix de l'Aéro-Club de France 190$, il a donné lieu à des performances absolument remarquables et fourni une moyenne d'ensemble rarement atteinte dans des concours ouverts à des ballons d’un cube aussi limité. Notre camarade Georges Blanchet, qui achève de s'assurer par là, la médaille annuelle des meilleurs résultats sportifs, remporta une nouvelle victoire après 37 h. 12 m. de parcours dans un 1.600 m°. I y fut vaillament aidé par M. Edouard Sirven, qui venait de fonder l’Aéro-Club des Pyrénées, aujourd'hui en pleine prospérité. Suivaient M. Jean de Francia, aidé de M. Bienaimé, deux jeunes pilotes sur lesquels le sport peut fonder le plus d'espoir, et M. Georges Cormier, le vaillant champion de l'Aéronautique-Cluh de France.

Dans la Coupe d'Aérostation Gordon-Bennett 190$, nos trois représentants, MM. Emile Carton, Jacques Faure, Alfred Leblanc, admirablement groupés en très bon rang à l'atterrissage, ont dignement défendu les couleurs françaises. I n'a pas dépendu d'eux que les conditions météorologiques et géographiques les plus génantes aient enlevé aux résultats de cette épreuve tout caractère de régularité technique et laissé au hasard, un influence par trop prépondérante.

En Espagne, M. Dubonnet, qui semble promis au plus bel avenir sportif, secondé par son ami, M. Marcel Baratoux, se classe deuxième au concours de distance de Barcelone, le 18 mai, dans une épreuve particulièrement difficile.

Signalons encore, parmi les belles ascensions de l'année, celle du comte Économos et de M. Nicolleau, inaugurant le beau ballon Sonia, par une ascension de plus de 24 heures.

Une fois de plus, notre habile et audacieux camarade Jacques Faure, avec son ami Frank Oftter, passait par ballon, de France en Angleterre, et descendait, au bout de 12 heures de traversée nocturne, à Ivychurch (comté de Kent).

Un de nos sociétaires allemands, M. Sticker, parti de Bitterfeld (Allemagne), le 8 novembre 1908, ne reprenait terre qu’à Saint-Aubert-de-l'Orne, ayant franchi 951 kil. 800.

Je tiens, pour terminer ce rapide aperçu, à rappeler les belles ascensions aérostatiques en montagne de M. Spelterini. Notre habile coliègue suisse rapporte de ces aventureuses expéditions, dans lesquelles il semble s'être spécialisé, d’admirables documents photographiques.

Comme corollaire de cette activité de l'aérostation sportive, je vous annonce que le nombre des brevets de pilotes-aéronautes délivrés depuis la fondation du Club, s'élève dès aujourd'hui à 125.

Après de tels résultats, il ne saurait être question, n'est-ce pas, de ralentissement dans l'appui que nous accordons toujours à l’aérostation, cette merveilleuse école d’audace, de sang-froid et d'endurance, qui constitue une excellente préparation à la conduite des dirigeables et des appareils d'aviation.

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