EXPLICATIONS DIVERSES
Il existe plus de vingt explications diverses, tant l'imagination des chercheurs s'est mise à la torture pour comprendre un phénomène qui n’a pourtant rien de transcendant, et ne sort pas de la mécanique la plus élémentaire ; seulement l’épure à tracer appartient à la géométrie dans l'espace, et non à la géométrie plane, à laquelle on a cherché vainement à la ramener. Aussi la décomposition des forces est-elle assez difficile à bien se représenter dans l’espace.
Nous distinguerons : les théories fantaisistes, les théories antimécaniques, et les théories sérieuses.
Théories fantaisistes. — Ce sont les plus nombreuses. ;
La première idée qui vient à l'esprit est la négation pure et simple.
Galien croyait à une tension psychique de l'oiseau. Bélon admet une répugnance de l'air à la légèreté de la plume. Aldrovande parle d'un mouvement tonique des ailes.
D'autres croient que l'oiseau se remplit les os et les tubes des ailes avec de l'air chaud, ou qu'il exerce une répulsion électrique sur l'air; n'a-t-on pas été jusqu’à invoquer la radioactivité qui rendrait l'oiseau réfractaire à la pesanteur !
Johnson (1) croit à des mouvements individuels des plumes, ou à des mouvements giratoires de la queue.
cAUEAUD penchent pour une trépidation imperceptible
»s ailes.
(1) Congrès de Chicago, août 1898.
Pour Bell-Pettigrew (1), tout s'explique par une torsion des ailes en hélice.
Signalons encore la théorie du planeur relatif de M. Goupil, qui ne soutient pas un examen attentif. Nous en passons, et qui ne sont pas meilleures.
Théories antimécaniques. — Nous appellerons ainsi celles qui sont en contradiction avec les principes de la mécanique, et qui conduisent au mouvement perpétuel. Il est curieux de constater que des savants éminents, comme MM. Marey et Drzewiecki, pour ne citer que ceux-là, n’ont pas su se garder de pareille erreur.
Le vol à voile, comme tout mouvement quelconque, exige, pour se maintenir, un certain travail. Si ce travail ne provient pas de l'oiseau, il provient né£essairement de sources d'énergie extérieures, et si ces sources d'énergie n'existent pas, il faut qu’il y ait erreur de raisonnement.
Le poids. — I. Lancaster (2) et Camuset (3) trouvent naturel que la force motrice soit le poids. Bell-Pettigrew, en termes peu précis, semble bien partager la même idée. Rappelons que si l’oiseau avance horizontalement, ou s’il revient au bout d’un certain temps à sa hauteur primitive, la pesanteur ne peut accomplir aucun travail moteur, puisque la projection du chemin parcouru sur la force est nulle.
Il n'y a travail moteur de la pesanteur que quand l'oiseau descend progressivement, mais alors c’est le simple planement et non pas le vol à voile.
L'aspiration du vent. — Mentionnons la fameuse aspiration du vent, dont parle Mouillard, au dire de M. Bazin (4. Certaines surfaces favorables éprouveraient, au lieu d’une résistance, une aspiration. M. Goupil a penché pour la même explication, sur la foi d'une expérience qu'il avait faite sur une surface arquée, en 1884 (5), mais dont il a reconnu lui-même récemment, le peu de certitude, le courant d'air ayant probablement été ascendant ; il déclare « qu'il serait intéressant d'essayer de la reproduire, mais qu’il ne croit pas qu'on réussisse » (6). , ;
M. Gandillol 1 dernièrement (7) traduit cette théorie par une épure géométrique, dans laquelle la réaction de l'air, sur une surface en planement horizontal, serait en avant de la verticale, et aurait par conséquent une composante propulsive. Cette explication a été ré-
1) La locomotion chez les animaur, 1874.
(2) American Naturalist, 1885-86.
(3) L'aviation et le vol des oiseaux, 1907.
(4) Comptes rendus de l’'Ac. des sciences, 17 avril 1905. (5. La locomotion aérienne, 1884.
(6) L'Aérophile, 15 décembre 1908.
(7) L'Aérophile, 15 novembre 1908.
l'Aérophile du 1°" Juin 1909 11]
RHODIER Frères & L°