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l’Aérophile 245

L'existence des variations de vitesse du vent est donc un fait établi, et il en résulte une importante source d'énergie que Langley appelle l'Energie interne du vent (The internal Work of Wind).

Il n’est donc pas utile, comme l’a fait Lilienthal dans une hypothèse d’ailleurs très scientifique, d'imaginer que l'oiseau, en montant et en descendant, rencontre des couches d’air de vitesse différente (1) Aussi la théorie dite des montagnes russes ou de Langley a-t-elle été généralement considérée comme la meilleure, à défaut d’autres mieux adaptées aux faits observés.

Les variations du vent sont-elles périodiques ? — On s'est demandé comment l'oiseau pouvait saisir au passage des choses aussi invisibles et aussi fugitives que les intermittences du vent.

« Il est nécessaire, écrit M. Soreau (2), que les pulsations se régularisent pour que le voilier puisse les utiliser. L'utilisation de mouvements heurtés supposerait en effet chez l'oiseau, un instinct prodigieux, hors de proportion avec l'instinct des autres créatures. »

M. Soreau part de là pour supposer qu’à une certaine altitude, les variations du vent se régularisent et se font sous un rythme constant.

M. Le Clément de Saint-Marcq (3) a essayé de développer la même idée et de la vérifier par l'observation. On est obligé de constater que rien, jusqu'ici, n’étaie sérieusement cette hypothèse, et que, pour en voir la trace sur les diagrammes, il faut beaucoup de bonne volonté. D'autre part, le vol à voile n’a pas seulement lieu aux grandes altitudes ; il a souvent lieu très près de terre, à 30 mètres et moins, ainsi que près des flots de la mer, c’est-à-dire à une hauteur analogue à celle où on à pu placer des anémomètres, et où il est tout à fait certain que la régularité du rythme n'existe pas. Il est donc certain qu’elle n'est pas indispensable, et que l'oiseau peut utiliser des variations irrégulières.

Nous montrerons plus loin, dans la théorie du vent louvoyant, que cette utilisation ne nécessite nullement un instinct extraordinaire ; elle ne nécessite même pas d’instinct du tout, £ar elle se fait automatiquement.

I1 est possible que, dans la théorie des montagnes russes, l’automatisme existe aussi ; c’est ce qu'a essayé de démontrer Lapointe (4) en s'appuyant sur la loi d’Avanzini, d'après laquelle le centre de poussée se rapproche de l'avant du plan lorsque la vitesse relative augmente ; d'où relèvement du plan; puis quand l’accalmie se produit, le centre de poussée est reporté en arrière, et le plan bascule en avant.

Quant à la cause des intermittences du vent, c’est un problème qui n’est pas bien résolu, et que nous n’aborderons pas ici.

Insuffisance de la théorie des montagnes russes. — La théorie des montagnes russes a été acceptée, faute de mieux, par la plupart des auteurs, mais non sans réserves.

C'est qu’elle a un grave défaut nullement aux faits observés.

Soreau (5) reconnaît qu’elle « a besoin d’être confirmée par des expériences plus complètes. »

Marey déclare qu’elle « ne paraît pas expliquer complètement les manœuvres de l'oiseau voilier », et il trace un « plan d'expériences à faire pour éclairer le mécanisme du vol à voile. »

Bazin écrit (6) : « I1 y a dans le vol des voiliers quelque chose d’incompréhensible en l'état actuel de nos connaissances mécaniques. »

Jos. Martin (7), écrivait récemment : « Quant au vol plané (vol à voile), il est encore, selon moi, une sorte d'énigme, quoiqu'il soit expliqué par certains auteurs en mettant en jeu les variations d'intensité du courant aérien. »

C'est par la même incertitude que conclut M. Delbruck, en terminant son enquête publiée dans la Revue du Touring-Club au début de 1908.

C’est justement, cette insuffisance de la théorie qui

: elle ne s'adapte

(1) Der Vogelflug als Grundlage der Fliegekunst, 1889.

(2) Navigation aérienne, Bulletin de la Sociélé des Ing. civils, octobre 1902.

(3) Lcc. cit.

(4) Loc. cit.

(5) Revue scientifique, 6 avril 1895.

(6) L'Aérophile, 1” août 1908.

(7 L'Aéro-mécanique, Bruxelles, décembre 1808.

a provoqué tant d'explications fantaisistes et abracadabrantes.

Il est bon de préciser en quoi la théorie de Langley est contredite par l'observation. Nous allons, pour cela, passer en revue les diverses particularités de structure et d’allure observées chez les oiseaux voiliers, particularités dont les théories proposées jusqu'ici n'ont guère tenu compte, dans l'impossibilité où elles étaient d'en donner une explication.

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