LES BALLONS-SONDES DE M. TEISSERENC DE BORT
Trois ballons-sondes ont été lancés par les soins du savant directeur de l’Observatoire de météorologie dynamique, dans la matinée du 24 mars. L'un, d'une centaine de mètres cubes, a été lancé par son collaborateur M. Raymond. Il est parti de Trappes à 8 h. 30 m. du matin par temps clair avec vent de nord-ouest faible. Il est tombé auprès de Trèves, en Prusse rhénane, c’est-à-dire dans la direction est-nord-est; au départ, la température du sol était de — 1°,9. La hauteur maximum a été de 14,300 mètres suivant un baromètre, et de 14,009 suivant un autre. Le nombre de 14,090 paraît exact. La température minima a été de — 529,9. Un autre, de petit volume, a été lancé de Bort, aux environs de Limoges, à 9 h. 27 m. du matin, par ciel nuageux (cumulus), vent nord-nord-ouest modéré avec petits grains de neige intermittents. Il est tombé à Péroles (Corrèze) après un parcours de 59 kiiom. ayant atteint l'altitude de 8,600 m. environ et une température de — 440,0 (au sol il y avait + 0,3).
Afin de déterminer l'influence que peuvent avoir les rayons du soleil sur les températures indiquées par les enregistreurs, M. Teisserenc de Bort a eu soin de lancer de Trappes, avant le lever du soleil, à 3 h. 45 m. du matin, un autre ballonsonde muni d'instruments analogues à ceux portés par les deux autres. Ce dernier est tombé à Meix-Saint-Epoin (Marne), à 121 kilom. de Trappes à l'est 4° ou 5° sud. La température minima atteinte a été de 52° au dessous de zéro à une hauteur d'environ 8,600 m., la température du sol étant de — 3°.
La comparaison de ces nombres prouve que l'abri employé par le directeur de l'observatoire de Trappes suffit parfaitement pour protéger le thermomètre de l'enregistreur contre la radiation solaire. Il n'est donc pas utile d'imaginer des mécanismes compliqués pour créer l'agitation de l'air à grandes altitudes !
N'oublions pas qu'il faut beaucoup de simplicité dans les opérations de cette nature.
Wilfrid MONNIOT.
Conformément à la décision de la Commission scientifique d’aérostation, nous avons procédé, le 24 mars de cette année, à une nouvelle expérience avec notre ballon-sonde Aérophile n° 3 (460 m.3), en lançant cet aérostat gonflé avec 150 mètres: cubes d'hydrogène pur, c'est-à-dire au tiers seulement de son volume.
On espérait ainsi obtenir le maximum d'altitude dont ce ballon est susceptible, tout en réduisant considérablement la dépense de gaz.
Le résultat de cet essai a été déplorable, ainsi que nous nous y attendions,
M. Besançon et moi. L'Asrophile, après avoir atteint une altitude de 4 kilomètres environ, s'est déchiré en mille morceaux et est tombé sur le village de Bagneux (Seine) dans un jardin, sans causer heureusement d'autre accident. La descente a été extrémement rapide ainsi que le témoigne le fac simile du baro-thermographe, elle a été accompagné d’un sifflement semblable à celui que produit la chute d'un aérolithe.
Dans les récits publiés par nous dans l'Aérophile sur nos premiers sondages atmosphériques, se trouvent décrits les différents procédés de lancement que nous avions étudiés et longuement expérimentés.
Nous avions acquis ainsi la certitude que, pour l'ascension des ballons d’un grand tonnage, si on ne voulait pas s'exposer à les voir se déchirer en l'air sous l'influence de la résistance de l'air, il fallait les gonfler complètement, ainsi que la pratique l’a démontré pour les ballons captifs ou dirigeables. Ce procédé permet de réussir le lancer par tous les temps.
Assurément, en employant un délesteur automatique fonctionnant convenablement, ou en ne gonflant l’aérostat qu'avec peu de gaz, de manière à n'avoir qu'une très faible force ascensionnelle, on éviterait l’effet désastreux de la résistance de l'air sur l'enveloppe, mais on n'aurait de chance de réussir que par un temps très calme, et il faudrait, de plus, tenir compte d’une foule de facteurs tels que le degré d'imperméabilité de l'enveloppe, l'état plus ou moins humide de l'atmosphère, etc. Ce procédé du gonflement partiel n’est donc point susceptible d'une application courante, et ne peut être tenté que dans des conditions tout à fait exceptionnelles. Quant au délesteur, nous ne l'entrevoyons que comme un accessoire nuisible à différents titres à l'ascension définitive, mais pouvant être employé cependant dans certains cas, par exemple, pour la ventilation des thermomètres enregistreurs.
Une autre raison très grave s'oppose au gonflement partiel des ballons-sondes destinés à atteindre de très grandes hauteurs, c’est l'effet des basses températures qui congèle l’étoffe vernie et empêche les plis solidifiés de se déployer, et qui provoquera la rupture de l’aérostat avant qu'il ait acquis la forme sphérique. C'est probablement cet accident qui est arrivé à notre Aérophile, car l'enveloppe de l'aérostat a été trouvée divisée en une infinité de morceaux donnant l'idée d’un ballon de verre qui s'est brisé.
Une autre hypothèse consisterait à admettre que l'enveloppe se serait prise, à un moment donné, dans le filet de telle manière que le ballon ne pouvant se développer aurait éclaté. Cette explication semble aussi admissible que la première. Le filet a été retrouvé intact, mais quant à l'enveloppe, ses avaries sont probablement irréparables.
Le résultat de cette ascension, s'il a été nul à peu près au point de vue scentifique, a au moins pour effet d'indiquer quelle voie on doit suivre pour assurer le succès des explorations futures.
L'hydrogène a été fabriqué par MM. Godard et Surcouf, dans leurs ateliers du Champ-de-Mars, où a eu lieu le départ. Privé de la collaboration de M. Besançon, qui se trouvait à la Villette occupé par l'ascension du Balaschoff, je procédais seul au gonflement et à l'appareillage des instruments.
Ces opérations, favorisées par le beau temps, furent exécutées facilement. Il n'en eût pas été de même s’il y avait eu du vent. Nous avions d’ailleurs, en prévision de cette éventualité, adopté, pour le lâcher de l’aérostat, une manœuvre spéciale qui a très bien réussi et aurait certainement été d'un grand secours en cas de mauvais temps.
Le ballon emportait deux baro-thermographes, l’un disposé comme d'habitude
dans l’intérieur du panier parasoleil, et l’autre, fixe en dehors sur la paroi de papier argenté.
Le poids total du matériel aérostatique et des instruments était exactement de 56 kilogrammes.
On a mesuré la force ascensionnelle au moment du lâcher-tout : elle était juste de 100 kilogrammes.
Le prince Roland Bonaparte qui assis- DEGRES
- tait à l'ascension fut invité à couper le CENTIGRADES a
câble qui retenait l’Aérophile et à 8 h. 50 + 20 D TIR S IMlérostatMetatmlibre-ACeltEc Qu terre, affectait la forme d'une figue, s’aph 10 platit instantanément sous l'influence, de 0 la résistance de l'air, et prit l'aspect d’un 10 : espèce de parachute renversé faisant de grandes oscillations, qui donnaient natu- - 20 nn + rellement au panier parasoleil des balan- - 50 ana cements d'une amplitude extraordinaire. 40 LE mi | A quelques kilomètres de hauteur, le balt lon disparut rapidement dans un voile de
brume.
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Je me demandais si la solidité exceptionnelle de l'enveloppe triompherait Jusqu'au bout de l'épreuve terrible à laquelle elle était soumise, lorsqu’à midi, le télé-