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AÉRO-AUTOMOBILISME

Une excursion en ballon qui se termine par un petit voyage en automobile est un fait assez rare pour être cité aux amateurs de plein air.

Ceux qui combineraient savamment une sortie aéro-automobile risqueraient de la voir échouer par suite de mauvais temps ou d'accident imprévu. Mieux vaut laisser le hasard conduire les deux sports l’un vers l’autre que de leur imposer un programme qui ne pourrait être rempli dans l’état actuel de la science.

C'est donc sans la chercher que Gustave Hermite et moi avons trouvé à l'atterrissage du Gu/liver, le 25 juin, une voiture automobile pour nousfaire terminer, sur la route de Longjumeau à ÉEpinay-sur-Orge, le petit voyage si agréablement commencé dans le ciel de Marnes-la-Coquette.

La partie aéronautique s'est accomplie le mieux du monde: le Gulliver (420 m. 3.), sorti de l'établissement central d’aérostation, a été gonflé sur la place de Marnes — le petit square où les ballons ont été gonflés les neuf années précédentes étant devenu impraticable par l’envahissement des arbres.

À cinq heures, M. Georges Besançon fait transporter le Gulliver à l'entrée du parc de Saint-Cloud, près de la porte de Garches, à l'abri du vent, dans un cadre charmant. Pour augmenter l'attrait du départ, l’Aérophile n° 4 (40 m. 3.) est attaché à l'équateur du ballon et monté au-dessus à la manière en usage chez les aérostiers militaires ; cela augmente d'environ quinze kilos la force ascensionnelle. À cinq heures quinze, M. Georges Duparquet, le très aimable maire de Marnes, nous souhaite bon voyage et bon retour. Départ, musique...

Il paraît que le petit ballon s'est comporté d’amusante facon, semblant

vouloir entraîner le Gu/liver horizontalement, puis le hisser au zénith, dans un effort suprême. De la nacelle nous ne pouvions voir ce spectacle.

Montée lente et régulière, jusqu'à goo mètres, en une demi-heure, sans jeter de lest. Panorama de la banlieue ouest de Paris, la brume épaisse limitant à Billancourt et à Viroflay. Bois, forêts, lacs, chemins de fer, villas, ete. Le soleil perçait timidement un rideau de nuages très élevés.

Descente à six heures et demie, contre un petit mur, près la maison de M. Vénier, garde particulier de Balazy, par Longjumeau. Au premier instant, personne pour nous aider. Hermite et moi commençons à dégoniler le grand ballon et j'allais mettre pied à terre quand arrive, à toute vitesse, bondissant à travers champs, comme un animal fantastique, une voiture automobile qui stoppe instantanément à côté de nous. Elle est conduite par M. le comte de Moy qui revient d’excursion avec Me de Moy.

M. de Moy offre de nous aider et de nous mener à Épinay-sur-Orge avec notre matériel. Tandis que nous étudions la possibilité de cette deuxième partie du voyage, les fermiers des environs accourent donner un coup de main pour le dégonflement des ballons. Derrière sa fenêtre, la femme du garde, tenant un bébé dans ses bras, a assisté a notre atterrissage sans pouvoir y collaborer, l'amour maternel le lui interdisant.

Au bout d'une heure, le ballot du ballon, la nacelle et les accessoires sont amenés au bord de la route et chargés sur l'automobile que M. de Moy mène à la gare d'Epinay. Au deuxième voyage, l’intrépide chauffeur nous conduit, Hermite et moi, à son château distant de cinq ou six kilomètres, par une route merveilleusement accidentée, aux derniers rayons du soleil... Tous ces voyages sans faux départs, sans accrocs, car la voiture portait un petit « trèfle à quatre feuilles » en signe de garantie.

Après diner, on a bu aux progrès de l’automobilisme et de l'aéronautique ; M. et Mme de Moy ont tenu à nous accompagner au train de dix heures quinze, à destination de Paris-Orléans.

En route, nous songions aux retours interminables en carriole ou en tombereau, où les aéronautes étaient juchés sur la nacelle culbutée, tandis que les feux de la gare paraissaient s'éloigner toujours et que la lune, montant à son tour dans le ciel, semblait crier aux hommes : & Vous n'avez fait qu’un rêve, vous n'êtes que des terriens ! 5» L’Aéronautique leur montre la planète qu’ils habitent ; l'Automobilisme leur donne des ailes pour en fuir les désillusions.

Georges BANS.

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