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VINGT KILOMÈTRES EN QUATRE HEURES

Le 3 Mars 190?

C’est par un temps merveilleux, une vraie journée de printemps, que s’esteffectuée ma première ascension de l'année, avec le ballon l'Aéro-Club de 1.200 mètres

cubes.

Le brouillard qui s'était formé pendant la nuit n’était pas encore complètement dissipé, ce qui empêcha M. Besancon de nous suivre avec une voiture automobile, car notre direction d’abord Ouest devint Nord-Est à partir de deux ou trois cents

(1) Quotient du poids par la longueur.

mètres d'altitude pour passer ensuite à l'Est pendant la montée et au Nord-Est et Nord-Nord-Ouest à la descente.

Nous passions au-dessus des bureaux de l’Aérophile à Bois-Colombes, pendant que l’on nous cherchait à Versailles !!

Six minutes après notre départ, à 10 h, 40 m., nous dominons la caserne de Rueil où un cheval « faisant le manège » ressemble à un de ces jouets d'enfant en zinc peint de toutes les couleurs.

La température, comme généralement par temps de brouillard, s'élève de + 5° à terre à + 9° à trois cents mètres. Le soleil est si chaud que mes deux voyageurs MM. Debray et Wagner quittent leurs fourrures. Quelques-unes des collines telles que Je Mont-Valérien, Montmartre, Picardie émergent des brouillards semblables à autant d’écueils dans l’océan de vapeurs.

Au-dessus de nous, à partir de 600 mètres, le ciel est limpide, excepté au Sud- Ouest où quelques cirrus se découpent dans l'azur.

Dans l'après-midi ils disparurent, tandis que de nombreux cumulus, parfois semblables à de véritables nuages orageux, nous entourèrent de tous côtés.

Notre direction varie à mesure que nous nous élevons, nous faisant longer la Seine avec une lenteur extrême.

À 12 h. 45 m., plus de deux heures après notre départ, nous nous trouvons audessus du Petit Colombes, ayant à peine parcouru trois kilomètres.

De peur d’être ramenés sur Paris, nous rappelant trop l'accueil qui avait été fait à M. de La Vaulx, nous décidons de chercher un peu plus haut un autre courant.

À 1.600 mètres, le thermomètre indique + 32,5 à 1 heure de l'après-midi. Nous montons à 1.900 mètres {T = + 22,5); au-déssus de Paris règne une légère brume parfaitement unie tandis qu'à l'horizon d'innombrables nuages dorés aux formes arrondies semblent posés sur cette brume.

On se croirait transporté en plein été, tellement l’ensemble atmosphérique, nuages, température, humidité, brumes, répond bien à une après-midi de septembre.

D'ailleurs, pendant cette journée, le maxima de la région de Paris a été plus élevé que ceux de Nice ou de Cannes. |

L'humidité diminue également avec l'altitude sans présenter toutefois un minima bien remarquable (33 0/0). Une légère brise du Sud nous prendà1.800 mètres, nous faisant traverser la Seine près de Bezons, puis les hauteurs de Sannois et Franconville, village situé sur la route de Paris à Pontoise.

A ce moment notre ballon descend et à 800 mètres nous retrouvons, mais sur une plus grande épaisseur, le courant Sud-Est-Nord-Ouest qui nous fait longer la ligne du chemin de fer. Un peu après Beauchamp (où, pour la première fois, les cris traditionnels de « un ballon! un ballon! » se font entendre, ce qui nous fait supposer que pendant la majeure partie de notre voyage, nous avons été invisibles bien que nous voyions la terre comme au travers d’un voile jaunâtre), nous faisons attraper le guiderope par des paysans.

Jugeant la distance de la gare trop grande, nous décidons de repartir pour atterrir deux kilomètres plus loin à 100 mètres à peine de la station de Pierrelaye, à 2 h. 45 m.

Nous avons remarqué que pendant la dernière demi-heure de notre traversée aérienne, dans le voisinage du sol nous avons usé 100 kilogr. de lest pour nous maintenir, tandis qu'au-dessus des brumes, à partir de 1.000 mètres, le ballon semblait se maintenir en équilibre de lui-même, et il nous semble que l'humidité et la condensation du gaz ne sont guère suflisantes pour justifier cette dépense excessive de lest. De toutes façons, nous croyons que cette observation vient à

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l'appui, pour les voyages de longue durée, de la théorie qui conseille de naviguer à une altitude d'au moins mille mètres, au lieu de guideroper comme on le fait généralement.

Inutile d'ajouter que nous avons rencontré un accueil enthousiaste de la population qui ne savait à quoi employer son dimanche.

Un brave paysan est même venu /a pipe à la bouche se mettre la tête dans l'orifice de la soupape pour voir l'intérieur.

Vexé de la façon plutôt brutale dont je le fis circuler, il ajouta en s’en allant « qu'il connaissait bien ces machines-là, que ce n'était pas la peine de faire tant de manières et qu'il n’y avait aucun danger !! »

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