TRAVERSÉE DU PAS-DE-CALAIS EN BALLON
Le samedi 1° septembre, M. Jacques Faure a effectué sa trentième ascension, en franchissant le Pas-de-Calais, Parti du Cristal-Palace, à Londres, à 7 h. 1/2 du soir, à bord du ballon l'Orient, de 1,000 mètres cubes, gonflé au gaz d'éclairage, l'intrépide aéronaute touchait terre, le 2, à 3 heures du matin, entre Boulogne et Etaples, à Alette, petit village du Pas-de-Calais.
Le ballon avait été équipé à l'aide d’une partie du matériel nautique du Pionnier, imaginé par MM. Ernest Archdeacon et Frédéric Lhoste. Le gonflement de l'aérostat, effectué par M. Mallet, avait commencé à 2 heures de l'après-midi. A ce moment le temps était mauvais : le vent venait du Nord et la pluie tombait sans discontinuer depuis le matin; aussi M. Jacques Faure commencait à désespérer du succès de sa tentative lorsqu’à 6 heures du soir la pluie cessa tout à coup et le vent se mit à souffler du N.-W. Le baromètre montant lentement, indiquait que cette brise devait rester constante : dans ces conditions aucune hésitation n'était possible. Les flotteurs furent fixés au bord de la nacelle, les provisions pour trois jours placées dans une caisse en zinc destinée à les préserver de l'humidité dans le cas où le ballon viendrait à prendre contact avec la mer; le cône-ancre amarré au cercle, le pesage effectué, et à 7 h. 1/2 précises, l’Ortent s'élevait dans les airs emportant, outre son aéronaute et le comte de Kergariou, 120 kilogs de lest disponible.
Le ballon s'éleva à 600 mètres. À 9 heures, les voyageurs aperçurent un premier phare, celui de Chatam; puis ils longaient la rive droite de la Tamise, passant au-dessus de Canterbury, difficile à distinguer à cause du brouillard qui commençait à devenir très épais. À 10 h. 50, n'ayant dépensé qu'un sac de lest, les aéronautes prenaient la mer par 700 mètres d'altitude, hauteur qu'ils conservèrent durant tout leur voyage.
Le ciel était superbe et étoilé, la température presque douce. Au-dessus, à plus de 400 mètres roulaient de gros nuages qui dérobaient à peu près la vue de la mer. Cependant l'équilibre de l’aérostat ne fut maintenu que grâce au sacrifice du guiderope, le lest de bord ayant été épuisé.
À 2 h. 1/2 du matin, les passagers de l'Ortent relevaient sur leur gauche les lueurs de Boulogne.
M. Jacques Faure, se basant sur la vitesse du courant au cours de la première partie du voyage, avait calculé que la traversée ne durerait guère plus de deux heures. Elle en demanda quatre, la direction du vent s'étant légèrement modifiée depuis la côte d'Angleterre : au lieu de pousser sur Calais elle s'était infléchie vers le sud portant sur Boulogne.
Georges BLANCHET.