‹ L'aérostat dirigeable de MeudonChapitre 2 sur 4 · IDE MEUDON · texte numérisé non relu

IDE MEUDON

Le principal résultat des expériences de Meudon a été certainement de remettre la question de la direction des ballons à l'ordre du jour. Elle y est restée depuis lors, quoique l'Académie des Sciences n^aît pas cru qu'il fût nécessair^a de faire un rapport sur le mémoire que MM. Krebs et Renard ont soumis à son approbation. M. Gaston Tissandier a publié une intéressante Histoire des ballonSj dans le but de faire connaître son opinion définitive. M. Jamin, le nouveau secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences a pris la môme méthode pour indiquer ce qu'il pensait des nouveaux procédés. De fort instructives études ont paru dans le journal l'Aëronaute, sur la vitesse moyenne des vents et sur l'appréciation des détails de l'expérimentation. La Société électrique de Berlin a apprécié les résultats des différentes sorties aériennes, en se basant sur une méthode employée par Helmholtz pour l'expérience de M. Dupuy de Lôme. Nous avons indiqué il y a douze ans l'inanité radicale de cette élucubration analytique, de nos bons voisins d'Outre*Rhin. Mais il paraît qu'elle est destinée à reparaître de temps à autre comme la description du serpent de mer dans les journaux américains.

54 ikB BACMM «LXQTaïQUE

D*autre part, nous apprenons que, dans plusieurs pays étrangers, on se prépare à profiter des données scientifiques qui ont été publiées. On nous a envoyé le prospectus d*une Société qui s*est fbrmëe à Saitt- Pétersbourg pour la construction d*un ballon dirigeable. Nous avons Clément regu avis de la formation d'un Comité des ballons qui s*est constitué à Londres^ et dans lequel) figurent un assez grand nombre de membres de la baute aristocratie britannique. Nous y remarquons notamment, MM. le général Bryne, le colonel Barnaby et sir Charles de Crespigny, baronet, qui tous trois ont traversé la Manche à Finstar de Blanchard.

Il n*est donc pas sans intérêt de compléter les remarques que nous avons déjà laites et de rectifier certaines idées erronées, qui pourraient nuire à remploi des aérostats dirigeables ou égarer les constructeurs dans la solution d'un problème à la mode. Nous avons essayé de le faire une première fois dans un discours que nous avons prononcé à propos de la célébration du centenaire du passage de la Manche par Blanchard, nous allons tenter le même travail à Taide d'un autre genre d'arguments.

La nomination d'un nouveau ministre de la guerre^ qui arrive au pouvoir sans préjugés et sans parti pris, ne donne-t-elle pas un certain degré d'actualité à des remarques inspirées par le désir de servir la navigation aérienne, sans nuire aux intérêts du trésor public*

Nous pensons qu'il n'est plus personne aujourd'hui, i^rès le résultat de l'enquête à laquelle on s'est livré dans VAéronaute, qui soutienne sérieusement que les ballons électriques peuvent lutter contre le vent*. 4s|

Digiti

Î>J5 MSUXÎlQN 55

est même douteux que les ballons à vapeur puièseût jamais avoir cette prétention; Nous aVôns fait & la Société de navigation aérienne une communication qui va paraître dans un des prochains numéros de VAéronàute^ et qui prouvera que telle était Topinion de M. Henry Giffard lui-même. Le problème à résoudre se pose donc de la façon suivante :

€ Employer à la direction aérienne un aérostat ayant une puissance modérée de propulsion, mais n'ayant pas perdu sa faculté de changer de niveau, la possédant même à un degré supérieur à celui des ballons ronds ordinaires. »

L'emploi des ballons dirigeables se trouve donc limité par Tétai des connaissances météorologiques. Les ballons seront très utiles pour des transports rapides et commodes, si Ton peut deviner à l'avance la direction des vents. Ils seront à peu près sans usage si Ton ne peut parvenir à résoudre ce problème.

Leur avenir est donc intimement lié à Celui de la météorologie scientifique, qui est encore, on doit le reconnaître, dans son enfance. En eflfet, pour ne citer qu'un exemple, le Bureau central de France annonçait le beau temps lorsque Ton a vu survenir une période de neige générale, en quelque sorte universelle.

Heureusement, on peut dire que leur usage sérieux, régulier, systématique, peut servir à perfectionner rapidement cet art, qui reste obstinément dans l'enfance malgré les sacrifices de toute nature que les gouvernements s'imposent pour arriver à le perfectionner, parce que les prétendus savants qui le dirigent veulent à coup de recherches statistiques» de télé-

56 LV BALLON ÉLKCTRIQUK

grammes et d'équations transcendantes, se dispenser... d*aller en ballon.

Certainement l'usage du télégraphe électrique a produit des résultats utiles, mais les lois du temps sont demeurées impénétrables, parce que les météorologistes restant à la surface de la terre, ne peuvent avoir que les idées les plus vagues et les plus précaires sur les transformations que subissent les courants aériens, sur leurs allures, leurs inflexions, leurs vitesses, leurs épaisseurs, leurs températures.

Le ballon«bouée, obligé de suivre les moindres caprices d'une couche d*air, n'ayant aucun mouvement propre, affecté de mouvements incessants de rotation, dépourvu de toute espèce de stabilité, ne peut fournir sur tous ces divers objets que les renseignements les plus limités. Il n*en serait pas de même d'un ballon allongé, qui pourrait très facilement effectuer sa descente, qui, alourdi par le traînage d'un cône ancre largué à la surface de la mer, pourrait s'y hasarder sans danger, qui, mettant un certain temps i subir l'effet du vent lors du changement de couche, permettrait de constater l'orientation de la route qu'il suit.

La construction et la théorie d'un semblable appareil sont deux choses fort difficiles et qui, probablement coûteront cher ; mais elles ne sont pas hors de la portée de la science actuelle des ingénieurs, si on ne sacrifie pas les qualités aéronautiques à la puissance propulsive, si l'on ne demande aux matelots aériens, que des expériences en rapport avec leur habileté professionnelle.

Le ministère de la guerre n'est pas obligé de tout

Digiti

DE MSDDON 57

faire par lui-même. Il peut trouver un utile et sérieux concours auprès des aéronautes de profession 011 des nombreuses sociétés scientifiques qui s*occupent de navigation aérienne, et qui ne demandent que quelques encouragements peu dispendieux pour se livrer à des exercices intéressants.

M. Eugène Godard a formé une compagnie dans le le but de créer des courses aériennes d*un nouveau genre, dont le succès ne parait pas douteux. Un comité choisi parmi des personnes ayant la connais*sance de Tair, indiquera aux concurrents la ville dont ils devront s^approcher le plus possible lors de leur descente. Cette désignation sera faite à Taide de tous les renseignements météorologiques, recueillis au moment du départ. Le prix sera accordé au concurrent dont la nacelle sera, lors de son atterrissaget la plus voisine du but désigné.

Il ne faut pas croire que, même avec des ballons ronds, la recherche des courants aériens soit hors de la portée des aéronautes expérimentés. Les nombreux voyages effectués d'Angleterre en France prouvent qu'il en est ainsi dans un cas, il est vrai assez simple ; car il a suffi de la projection de quelques ballons précurseurs, pour permettre d'utiliser maintes fois une brise commune et très souvent stable dans nos parages.

La solution du problème inverse, c'est-à-dire le passage de France en Angleterre, en luttant contre le courant aérien le plus habituel, est beaucoup plus difficile, mais elle n'est pas du tout impossible. M. Lhoste y est parvenu à deux reprises difiérentes, en se servant habilement de deux brises superposées.

hS LE BALLON ÉLECTRIQUE

dont aucune n'avait la direction qui convenait à Toxpé- Htece.

Combien ne serdit-elie pas plus facile, ai elle pou-* valtètre tentée avec un ballon dirigeable. Alors on ne se bornerait plus à traverser la Manche, mais on pourrait se lancer sans danger sur la Méditerranée et sur TAtlantique. On serait en état de réaliier avec fruit, pour la science, les voyages qui ne sont encore rêvés que par des illuminés ou par des charlatans aéronautes.

Loin de nous la pensée d'imitor M. Jamin, le nouveau secrétaire perpétuel de TAcacIémie des Sciences, qui termine son article : les Ballons^ par un travail fantaisiste sur la circulation des vents dansTatmosphère, et qui, dans son innocence, raisonne comme si Ton connaissait à fond tous les mystères qu'on ne fait que de soupçonner. Mais sans avoir la prétention de connaître ce qui est encore enseveli, par notre faute, dans les arcanes de la nature, on peut dire que c'est par Tétude du courant ouest qu'il faut commencer l'exploration méthodique de l'atmosphère.

■ En effet, le courant ouest ne se borne pas à amener la plupart des ballons anglais sur nos rives; c'est lui qui paraît nous apporter les orages et les tempêtes écioses en Amérique, ou visitant les États-Unis avant de se rendre dans nos parages. C'est sur ce fait physique important que sont basées les prédictions météorologiques du bureau scientifique du New-York Heraldy que M. Bennett a créé à ses frais, et qui exerce une si grande influence sur le développement des prévisions rationnelles. Les sacrifices de cet ami •^éctelré du progrès auraient été bien plus fructueux^

Digiti

DE MBUDON 59

s*il avait trouté auprès de nos savants français» Tap*** pui que j'ai cru un instant être à même de lui procurer'.

J'ai eu rhonneur de présenter à Le Verrier, mon ami, M. Bryan, qui représentait, il y a une dizaine d'années, le New-York Herald à Paris.

Le Verrier, dont le génie actif aimait les grandes choses, a immédiatement compris l'importance du service rendu à la science par l'homme éminent qui a envoyé W. Long dans les mers polaires, et Stanley à la recherche de Livingston. Il a ordonné de faire une enquête qui est encore à terminer, et qui ne se terminera que lorsque les aéronautes auront pu arriver en Europe avec les bourrasques prédites.

En tout cas la prédominance des vents d'ouest, est un fait assez constant, pour que l'on en puisse tirer un parti dans la stratégie, comme c'est ici le lieu de l'expliquer. Ainsi, si l'on voulait effectuer une rentrée aérienne dans une ville assiégée, on réunirait le maximum de chances en se plaçant au nord-est.

Les inventeurs sont toujours prompts à s'illusionner, et nous en avons vu plus d'une preuve dans l'histoire lamentable des tentatives de la direction qui ont été si fréquentes il y a un siècle. Il n'y a pas un des rêveurs qui ont emporté des rames ou des voiles, qui n'ait soutenu qu'il avait remorqué contre le vent son véhicule aérien. Aucun de ces expérimentateurs infortunés qui n'ait trouvé des partisans, déclarant qu'il avait réussi.

Lorsque Blanchard a effectué son i!)assage de la Manche, c'était avec la prétention de prouver qu'il savait diriger son aérostat à sa guise à l'aide de son ridicule appareil; quoiqull eût jeté ses rames pour allé-

Digiti

ger son vaisseau volant, le diplôme que la ville de Calais lui a accordé constate officiellement qu'il a marché contre le vent. Ces circonstances» et bien d'autres, ont conduit M. Eugène Godard, le doyen des aéronautes français, à faire une autre proposition fort pratique pour se rendre compte de Tefifet des procédés de direction mécanique. C'est de lancer un ballon-bouée abord duquel se trouveraientdes aéronautes assez habiles pour se maintenir constamment à la môme altitude que le dirigeable mis en expérience. Si Ton choisit un jour où l'air ne soit pas troublé par des courants violents, et où le vent souffle d'une façon égale, on pourra écrire l'histoire de tous les mouvements du dirigeable aussi exactement que s'il était renfermé dans une enceinte entièrement close. On le verra se rapprocher ou s'éloigner de son compagnon avec une vitesse qu'il sera très aisée de mesurer.

L'Académie d'aérostation possède un excellent ballon de 1,200 mètres avec lequel il serait très aisé de procéder à une vérification qui terminerait d'un seul coup les polémiques, et qui mettrait la vérité en évidence. Si nous sommes bien informés, cette Société a écrit au nouveau ministre de la guerre pour lui offrir de participer à la vérification des expériences de direction électrique sans autre subside que le gaz. Elle s'engage à fournir deux aéronautes experts pour mener dans les airs le commissaire vérificateur. En opérant de la sorte, on pourrait donner de l'occupation à la commission officielle, qui est réduite à garder le silence, alors que tout le monde parle de l'appareil, qu'elle est chargée de juger.

Mais nous devons nous hâter de dire que la question

Digiti

DS KEUDON 61

de la rivalité de la vapeur et de l'électricité est jugée, et que si ces expériences n'avaient pas un but plus sérieux que de se prononcer sur ce point, ce ne itérait pas la peine d'en parler.

C'est avec une peine véritable que nous voyons un aéronaute aussi renommé que M. Gaston Tissandier se laisser égarer par ses illusions d'inventeur, et croire que l'électricité pourra donner des résultats utilisables au point de vue de la navigation aérienne pratique.

Combien il était mieux inspiré, malgré la violence et l'injustice de ses attaques, quand il repocrhait à M. Dupuy de Lôme de ne pas adopter la machine à vapeur de Henry Giflfard !

Gomment ne voit-il pas qu'en faisant une apologie sans restriction de la méthode électrique, il commet une erreur de même nature, et même beaucoup plus grave?En effet, M. Dupuy de Lôme, n'avait jamais été jusqu'à prétendre que les ballons de la République française devraient être définitivement maniés par des chiourmes, comme l'étaient les galères de la République romaine. Mis en présence d'un besoin urgent, il avait marché par la voie la plus rapide sans se préoccuper de la meilleure.

Plût à Dieu que l'on eût suivi les excellents avis qu'il donnait et que l'on eût mis une machine à vapeur de huit chevaux à l'admirable ballon que des vandales ont déchiré pour en faire des bâches, ainsi que nous l'avons révéléau public, ami du progrès. On aurait épargné beaucoup d'argent au trésor, et la question aurait fait des pas beaucoup plus sérieux qu'avec la méthode que M. Tissandier préconise.

62 LK BALLON iLBGTRIQUE

Certainement Télectricité a rendu des services en permettant des démonstrations éclatantes. C'est ce que prévoyait bien Henry Giffard lorsque je lui ai lu le premier mémoire de Tissandier. lime dit en propres termes et M. Darin qui le soignait alors pourrait ajouter son témoignage au mien. « Les chiffres que Tissandier cite, prouvent qu'il pourra faire une expérience qui démontrera qu'on peut en choisissant son temps revenir au point de départ, mais comme la possibilité de diriger les ballons aura été démontrée de manière à convaincre les Parisiens, il faudra continuer les travaux, ce qu'on ne pourra faire qu'avec la vapeur. »

Aussi M. Giffard applaudissait dans M. Tissandier un continuateur, un élève, parce qu'il lui croyait trop de bon sens pour s'accrocher à l'électricité. Nous avons fait comme M. Giffard, mais si M. Tissandier persiste dans son erreur, nous devons éviter que notre bienveillance égare Topinion.

Nous devons maintenant revenir sur une question de priorité soulevée d'uno façon étrange par le savant directeur du Conservatoire.

M. Jamin, adoptant la théorie historique singulière du colonel Laussedat oppose lui aussi à M. Giffard le volume publié par M.Marey-Monge, l'avocat du ballon de cuivre.

Il est vrai, cet auteur en style aussi lourd que son ballon de cuivre, parle d'employer une machine à vapeur vingt ans avant M. Helmholtz, le savant académicien allemand, et calcule froidement les dimensions qu'il faudrait donner à son vaisseau volant pour enlever les machines des plus grands navire» à vapeur connus.

Digiti

DE MKUDON 63

Mais, (|ui ne sait qu'il fût devancé, au point de vue théorique, par le colonel Lennox, l'infortuné constructeur du ballon l'Aigle^ auquel il ne donnait encore que des rames, faute d'argent. L'expérience ayant manqué, la foule excitée par des agents secrets du pouvoir, déchira le ballon. Ruiné, désespéré, Tinventeur mourut de misère et de douleurs quelque temps après.

Le colonel Lennox, honorable débris de nos glorieuses armées de la République et de l'Empire, était associé avec un docteur Leberrier, qui, après la catastrophe de VAiglej continua à s'occuper de navigation aérienne.Le docteur fit construire un petit modèle d'un ballon dirigeable à vapeur, exécuté à ses frais et sous sa direction par Henry Giflfard, de qui je tiens ces détails. Mon ami était bien loin de s'en cacher, et il doit l'avoir dit à d'autres. Il avait en effet conservé une grande affection pour le souvenir du docteur, parce que l'argent qu'il lui avait fait gagner, était venu à point nommé dans une grande misère, et que, d'une manière indirecte, il lui avait ouvert le ciel.

C'était donc d'avoir réalisé le ballon à vapeur, de ravoir monté à deux reprises différentes, que Glffard s'enorgueillissait ; car l'idée en elle-même, il la trouvait tellement naturelle, qu'il disait que tout le monde l'aurait si ce n'était la crainte d'imiter Jean- Bart, en allumant sa pipe au-dessous d'un tonneau de poudre. Il se réjouissait même un peu de l'embarras dans lequel il mettrait ses successeurs, pris entre le désir de faire grand et la crainte d'opérer au détriment de leur conservation personnelle.

Ce qu'il y a de curieux, c'est que l'on ne comprend

pas du tout la nature de sa gloire dans ces dramatiques expériences. Ce qui le distingue des autres, ce qui le tire de pair, ce n*est pas parce qu*il a tenu tête au vent ou évolué plus ou moins élégamment, c'est qu'ayant eu, à deux reprises, Taudace de Pil&tre et de Zambeccari, il est revenu sain et sauf. Il a prouvé deux choses capitales au péril de sa vie.

La première, c'est qu'une machine à vapeur n'est pas trop lourde pour pouvoir être remorquée dans la région des nuages. La seconde c'est qu'elle peut y aller et en revenir dans des conditions même déplorarables, grâce au foyer à flamme renversée qui est une des ses idées maîtresses et par laquelle il préludait à l'invention de Tinjecteur.

Ce sont ces deux hauts faits qui avaient excité à un si haut degré l'enthousiasme d'Emile de Girardin, si bon juge en pareille matière. Le grand publiciste m'a dit bien des fois qu'il avait vu dans cette circonstance que Giffard a était un homme », c'est un compliment qu'il aurait fait à bien peu de monde.

Quoiqu'il ne fût pas électricien, Giflfard se connaissait bien mieux en matière d'électricité que certains publicistes qui embrouillent cette science. Il ne voulait pas savoir ce qu'était le potentiel, mais il croyait à ïimpotentiel des fluides pour lutter avec la puissance motrice du feu . Son raisonnement était simple : si la pile est bonne à remplacer la vapeur dans l'air, elle devrait leur faire quelque concurrence sur la terre, et lorsque je lui avouais qu'elle ne soutenait pas même la comparaison, il riait de ceux qui voulaient l'emporter dans une région où le poids est tout.

Du reste les officiers deMendon parlaient à peu près

r»E MKUDON <5

dans le même sens que Giffard, quand ils disaient que la partie essentielle de leur invention estunepileï

Hais la pile secrète qu'ils présentent est impuissante, puisqu'elle demande 20 kilogrammes par cheval-heurey au lieu d'un kilogramme qui suffirait à la vapeur.

Voici dans quels termes s'exprime M. Jamin sur le compte de Henry Giffard : < Mais il y a loin d'un projet à sa réalisation. Quand Giffard voulut construire un ballon dans des conditions plus modestes et plus commodes, il éprouva des mécomptes. L'ascension se fit heureusement, la machine évoluait, mais quand il fallut descendre, elle ne put garder son équilibre elle tomba sur sa pointe et le ballon s'échappant du filet se perdit. Giffard ne se tenait pas pour battu et entendait bien recommencer; il ne fallait que de la persévérance il en manqua. Il manqua aussi d'argent. Puis il fut distrait par ces beaux ballons captifs que nous avons vus à Londres et aux Tuileries, et qu'un vent d'hiver creva. »

Autant d'erreurs que de mots, et il s'agit de faits dont tout Paris a été témoin, dont quelques-uns datent d'hier !

S'il n'était puéril d'entrer dans tous ces détails, nous pourrions rectifier toutes les assertions l'une après l'autre.

Il n'y a pas eu une ascension, il y en a eu deux, desquelles la seconde a été malheureuse ! Le ballon n'a pas été perdu, il s'est brisé devant les opérateurs échappant, par miracle, au naufrage. Le ballon captif n'a pas été déchiré par un vent d'hiver puisque la catastrophe a eu lieu en août. A cette époque, il n'était

66 LE BALLON lÊLSGTRlQUE

plus SOUS la direction de GifFard. Oa TavAit iûs^flSsammeot gonflé. Voilà la cause réelle de lacataitropbe, ainsi qu'il a été établi dans VAéronB.ute.

Le ballon avait fourni une longue carrière de plusieurs mois Tannée précédente et supporté des tempêtes exceptionnelles, sans éprouver la moindre avarie.

M. Jamin se trompe, lorsqu'il aocuse Kenry Giffard d'avoir manqué de persévérence« En effett il n*a jamais cessé, jusqu'à sa dernière journée, de s'intéresser aux progrès de la navigation aérienne, mais il avait été blessé de la manière dédaigneuse dont ses travaux avaient toujours été appréciés par les autorités. Il était un républicain de vieille date, fils de ses œuvres, et n'avait aucune espèce d'attaehe avec le gouvernement déchu.

Cependant dans aucune occasion le pouvoir nouveau n'eût recours à ses lumières; dans la science où il était passé maître, on le tenait à l'écart. On lui préférait des inconnus, des ignorants, qui ont fait payer à chers deniers leur apprentissage.

Il ne demandait que d'être encouragé, provoqué à agir. Mais rien ne venait, on le laissait dans un isolement qui lui était pénible.

Il avait trop de fierté pour se précipiter au-devant des honneurs et des faveurs officielles, mais pas assez de philosophie pour les mépriser comme méritent de Tètre la plupart de ceux qui en sont les distributeurs ou qui les reçoivent.

Giflfard s'est retiré sous sa tente, il a fait ^grèm parce qu'il a été dégoûté de ce que les savants officiels lui ont montré ! Mais s'il est mort ce n'est pas

Digiti

sans avoir fait un cadeau perfide à ceux qui avaient empoisonné sa vie. Ce n*est pas sans curiosité que nous attendons de voir quel usage ils feront de ses millions?

La fortune qull a laissée à TÉtat doit, suivant les termes du testament, être affectée à des œuvres utiles au progrès des sciences. Plusieurs questions se poseront inévitablement au moment où les cinq ou six millions qui resteront disponibles devront être employés. Faudra-il laisser sa science de prédilection en dehors de tout encouragement? Si on prend la résolution de lui donner sa part, sera-t-il juste de déserter la méthode qu'il a eu le courage de suivre pour d'autres qu'il connaissait bien et auxquelles, avec le sens pratique qui distinguait toutes ses créations, il n'attribuait aucune valeur sérieuse ?

Ne doit-on pas, au moins, être tenté de montrer que ce n'est pas la perspective d'un danger trop grand qui fait adopter un moteur d'une puissance moindre ?

Nous connaissons des gens très capables, très expérimentés, très hardis, qui ne demandent pas mieux que de tenter Texpérience de placer le feu près du gaz. Mais les savants qui restent à terre, consentiront-ils à aider de vrais élèves de Giffard.

Sans s'arrêter à ce que l'on pourrait appeler les bagatelles électriques de la porte du firmament , n'est-ce pas aux téméraires que doit appartenir l'empire de l'air, et ne faut-il pas répétei;.surtout, à propos de cet élément indocile, le mot de Danton : de l'audace, de l'audace, toujours de l'audace?

Page 1