SEPT FERRER NTS EPSON ER EE SE RTE
Ainsi donc Chapelant n'a pas avoué à Didier.
Il n'a pas avoué au commissaire du Gouvernement pendant l'instruction.
Il n'a pas avoué aux juges au cours de l’audience.
hrs hrpitis med dd sr
Les prétendus aveux de Chapelant ont été Ê forgés par l’accusation, sept Jours après le juf gement, six Jours après l'exécution. Et c’est çà qu'on appelle la justice!
l’accusation dans son
Mais je veux poursuivre
IE dernier refuge.
É ls On nous dit : Oui, Chapelant n’a peut-être “ L fait d’aveux ni à Didier ni au commissaire rap- Ps porteur ni aux juges; mais il en a fait à Grapin, : 1 capitaine d'état-major à la 50° brigade, aujour- | d’hui chef de bataillon au 98° à Roanne. Le ca- A pitaine Grapin était chargé d'interroger les prr- À sonniers allemands amenés dans nos lignes, et
cest pour avoir des renseignements sur les positions ennemies que, le 9 octobre, à 5 heures du soir,
derrière un pan de mur démoli», près du poste a e commandement de la brigade, il s’est entretenu | avec Chapelant étendu sur la paille, la jambe brisée. Et Chapelant lui aurait avoué que le 7 octobre au matin il avait « suivi » le mouvement des hommes qui se rendaient et à la demande d’un officier allemand, il avait agité un mouchoir pour appeler les camarades.
re
LÉ ER PR 2 nn D g
Je pourrais récuser ce témoignage qui n'a aucune valeur juridique, car 1l n’a pas été recueilli par un ofhcier du parquet militaire en présence d’un greffier avec les garanties d'usage; il n’a
ER
ee
er ee
été reproduit n1 à l'instruction n1 à l'audience et, d’après la déposition du colonel Gaube, président | du conseil de guerre, il n'aurait pas été soumis Re aux juges du conseil. Mais ce n’est pas pour cela que je l'écarte. Je l'écarte pour deux raisons.
Voici la première. Le lieutenant Chapelant a Les été blessé le 7 octobre dans la matinée; deux jours Le et deux nuits, il reste sur le terrain sans soin nt 2 nourriture, perdant le sang, grelottant de fièvre. Les brancardiers qui le relèvent le trouvent « épuisé ». Lorsqu'on veut le soulever, nous dé- : clare Sabatier, il supplie : « Laissez-moi, je souffre le trop ». On le transporte du terrain au poste de sefi cours, du poste de secours à l’ambulance, de l'ambulance au château; il ne peut supporter le cahot de la voiture et prie à « chaque instant » qu’on larrête. A un camarade (Auguste Barral, de Roanne) qui veut lui toucher la main, il est hors ! d'état de répondre. Il était abattu, dit Tavel Re. (cote 05), dans un état de faiblesse Gène ; . c'était une vraie loque, dit Coutisson {cote 73) | Que dis-je? Interrogé par une commission rogatoire de la cour de Riom, M. Grapin le reconnaît très loyalement lui-même
pilier ele
ra shop nl rincer sm
npnsstaiiets pipes lien jdn red
is Je dois vous dire que dès le commencement de son récit Chapelant m'a paru très déprimé physiquement et surtout moralement et qu'il ne m'a semblé se rendre compte de la portée et de la gravité de son récit... Il n'existait plus moralement... Je ne l'ai pas d’ailleurs
questionné plus à fond, vu l'état moral dans lequel il 5 était, comprenant que ce quil pourrait me dire seraït | Ps sans intérêt.
En bonne justice, on ne retient pas les aveux échappés dans le délire ou arrachés par la torture.
es xRN ar
Pr
re A ra dot maths
LRREE PRE
Zola mé shu.
cer
Et voilà la première raison pour laquelle les prétendues déclarations de Chapelant sont à nos yeux inexistantes et, selon le mot de M. Grapin luimême, « sans intérêt ».
Voici la seconde raison. C’est qu’il est impos-.
sible que le o octobre, à 7 heures du soir, Chapelant ait en conscience avoué son crime. Il ne l’aurait avoué que ce jour-là, à cette heure-là, à cet homme-la. À tous les autres, avant et après, toujours il a protesté de son innocence.
Il a protesté, nous l'avons vu, ste de Didier (témoignage de Bierce).
Il a protesté ‘auprès de Sabatier :
Donc, il fut amené plusieurs fois du Plessier au Loges, à la résidence du colonel pour y être interrogé. Dans le parcours qu'il fit du Plessier aux Loges, j'eus l’occasion de lui parler. Il m’a toujours dit : « Je swis innocent. »
Il a protesté auprès de Bierce :
« Pourquoi le colonel me menace-t-il de me faire fusiller ? j'ai cependant fait mon devoir et ze suis point coupable... »
Le lendemain, il fut rappelé de nouveau. Cette fois, j'entendis le colonel traiter votre fils de lâche et il voulut lui donner son revolver pour qu'il se brûle la cervelle. « Tiens, voici mon revolver et brüle-toi la cervelle pour ne pas prouver ta lâcheté une deuxième fois ». Votre fils refusa : « Je n’ai point besoin de me brûler la cervelle, puisque j'ai fait mon devoir et que 7e sws innocent ».
Il à protesté à l’instruction, il a protesté à l’audience (témoignage de Rochard).
Condamné, il persiste. Il remet des lettres à son camarade Favel. « Il m'a parlé de son affaire, mais en protestant toujours de son innocence; 1l m'a déclaré avoir fait tout son devoir et ses dermères paroles ont été : Si plus tard tu vois mon père, dis-lui bien que je ne suis pas un lâche ».
Sur le lieu de l'exécution, désespérément il continue. On l’a mis debout contre un arbre, dit Vaudelin... 77 à toujours protesté de son innocence (cote 54).
Sabatier, nous dit Joseph Perret, de Vienne {Isère) : 4
Sabatier attacha lui-même Chapelant sur le brancard, et quand tout fut terminé Chapelant lui serra la main en lui disant : « Je suis innocent, on le saure plus tard ».
Sabatier nous le confirme
Arrivé sur le lieu de l'exécution, votre fils, en me-touchant la main, me dit adieu et ajouta : « /e suis innocent, on le saura plus tard ».
Une vieille femme du pays, Céline Dubois, veuve Delarue, propriétaire à Beuvraigne, 73 ans, assiste à l’exécution (cote 52).
J'ai parfaitement vu l'installation et le colonel s’approcher du condamné et lui présenter son revolver en Jui disant : Si tu n'es pas un lâche, brüûle-toi la cervelle ».’ Le lieutenant lui répondit : Je ne me brâûlérai pas la cervelle car j'ai fait mon devoir et je suis innocent »;
Donc, jamais à aucun moment, devant personne, Chapelant n’a avoué « son crime ». Jamais d’au-
Le { | Le
cune manière il n’a commis de crime. Jamais il ne s'est rendu; jamais il n’a exhorté les autres à se rendre. Toujours il a affirmé qu’il avait fait son devoir. Toujours il a crié son innocence.
Et il est innocent.
Vi=Ea réhabilitation
Citoyens, J'ai fmi. Et je m'excuse encore une fois d’avoir infligé à une assemblée nombreuse qui eût été aisément frémissante, une démonstration austère qui, de parti pris, n'a rien voulu emprunter aux agréments du style n1 aux ressources d’une vaine éloquence. Je ne me suis ingénié n1 à vous plaire ni à vous émouvoir; J'ai cherché uniquement à vous éclairer et à vous convaincre. M’adressant à votre seule raison, je n’ai fait usage que d'arguments, tranquilles et mus dépouillés de toute passion, dépouillés de toute rhétorique. Et ma tâche est maintenant accomplie sl. Vous êtes assurés, comme je le suis moi-même, qu’une effroyable erreur a été commise et que votre com: patriote est innocent.
Je n’ai parlé que de Chapelant, je n’ai parlé que de la victime. Il m’eût été facile de dresser devant vous, comme une cible à votre colère, un individu dont le moins que je veuille dire est qu'il a été léger. Mais la légèreté, excusable chez les petits, est uné faute chez ceux qui commandent, et il est des circonstances où elle confine au crime. Je n’en dirai pas plus. Pour être innocent, le lieutenant Chapelant n’a pas besoin que le colonel Didier
sait 2 sul jme as s-2Rob ent Gr É M EU qr DE AIR Pjeg P
soit flétri, Et la Ligue des Droits de l'Homme, au nom de qui“je parle, n'aime pas beaucoup se donner figure d’accusatrice. Quoique la ‘justice, pour être satisfaite, exige aussi la punition des coupa bles, notre: association de justice laisse volontiers à d’autres le rôle de procureur. Il suffit à son ambition d'être la défense, la sainte défense, de parler pour celui qui est muet, de protéger la vie de ceux qui vont mourir et | honneur de ceux qui sont morts.
Cher Monsieur Chapelant, me A à présent, de ine tourner vers vous ? Depuis cinq ans, J'ai collaboré avec vous, témoin respectueux de votre douleur. Vous le dirai- -je aujourd’hui? ce que j'ai le plus admiré en vous, c’est: votre stoïcisme. D’autres se seraient abîmés: vous vous êtes redressé. Vous avez voulu vivre, vous avez voulu survivre, pour lui, pour sa mémoire. Vous avez remué tout, cherché partout; vous les avez interrogés tous, les compagnons du martyr, et vous les avez reconstituées toutes, une à une, les scènes du calvaire; vous l'avez fait avec une sévère précision, éans ‘émotion apparente, comme s’il s'agissait d'un autre, l'esprit obsédé, possédé, les veux secs.
Vous souvient-il qu'un jour j'ai commis l'indiscrétion de vous en dire ma surprise. Et vous m'avez répondu — citoyens, l’histoire attribue à des grands hommes bien des erands mots qui n’ont jamais été prononcés; mais je l'ai entendue tomber de votre bouche, cette phrase, et vous me direz, citoyens, si vous en connaissez de plus belles :
« Faites vite, Monsieur Guernut, faites vite!
Faites que la réhabilitation vienne vite pour qu 'avant de mourir, je puisse enfin pleurer. »
Certes la réhabilitation officielle, la réhabilitation juridique, vous ne la tenez pas dans vos mains, vous ne la tenez pas encore. Remarquez cependant | e chemin parcouru.
En 1020, l’idée même d’une revision semblait chimérique; 1l fallait qu'une loi nous en fournit les moyens; le Parlement était hostile : nous avons vaincu son hostilité. Une loi a été votée. Ce fut alors le gouvernement qui mit des entraves à son application : nous avons fléchi le gouvernement. Le dossier fut transmis à la cour d’appel de Riom.
Rappelez-vous lés lenteurs de la procédure, la mauvaise volonté du procureur, nos inquiétudes, nôs démarches, notre obstination, notre victoire.
Après une enquête minutieuse —— qui est un
monument de conscience — la cour, unanime, renvoyait le dossier avec des considérants décisifs qui dictaient, semble-t-1l, à la Cour suprême, un arrêt de réformation.
Vous savez le reste, et comment, à la Cour de cassation, il se trouva un homme — homme de proie — qui na jamais cru à l’innocence de personne, qui a fait envoyer au bagne Goldsky, innocent,; Landau, innocent: Marion: innocent; qui avait rêvé d'envoyer au poteau de Vincennes Malvy et Caïllaux, innocents — et qui mit tant de passion dans son réquisitoire qu’on eût dit qu'il voulait fusiller Chapelant une seconde fois. Sous l’influence de l’ancien capitaine Mornet, avocat général, la Cour laissa les choses en l’état.
Cher Monsieur Chapelant, ne vous alarmez pas
NC
se Secmhauimens nn tentant ss & à
rs
reed ere ke dr a @rt @ db badnbcihtie de
re M totem e e Mete ots ce | Ditsrtone sentis à ; “re
outre mesure. Dreyfus aussi a été condamné à Rennes une seconde fois; le pharmacien Danval, condamné à mort pour meurtre de sa femme, innocent comme Dreyfus et eomme Chapelant, a été deux fois débouté devant la Cour de cassation. Et c’est l’année dernière seulement, vingtcinq ans après, que l’entêtement de la Ligue arrachait d’un troisième arrêt, une solennelle réhabilitation.
Ajouterai-je ceci? Nous sommes bien placés, nous autres, pour juger la justice des hommes. Nous savons bien qu’il lui arrive, par précipitation ou par peur, de rendre des sentences injustes, qu'elle maintient ensuite par esprit de corps ou amour-propre. Non, nous n’avons pas, nous autres, le fétichisme de la justice régulière. Et nous sommes obligés, quelquefois, de sortir un peu de la légalité pour trouver la justice.
À nos yeux, les jugements, les ordonnances, les arrêts, tout cela compte peu au regard de la sentence de ‘quelques esprits droits qui prononcent en toute indépendance.
Avant d’être réhabilités par les juges, Dreyfus et Danval l’ont été dans nos consciences. Et cela, peut-être, suffisait.
Dans une courageuse campagne, le Progrès de Lyon a démontré l’innocence de votre fils : 1n’ya plus un Lyonnais qui en doute.
Dans des brochures, dans des tracts, dans des milliers de conférences, la Ligue des Droits de l'Homme de France a proclamé la haute dignité de votre famille; il n’y a plus d'hommes libres qui en doutent.
Vous avez vu cette assemblée, à qui j'ai imposé
un rude effort d'attention, lui disant tout — toute Paccusation — sans ménagement ni réserve; vous lPavez vue immobile, tendue, émue, convaincue, conquise. Qu'il se lève celui qui doute...
Monsieur Chapelant, vous pouvez pleurer : la réhabilitation est faite.