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repas (1), el d'avoir fait arrêter sans preuves un nommé Schwartz (2) — par le général Billot, qui se plaint qu'il ne l'ait pas exactement renseigné sur la réfection du nouveau matériel d'artillerie allemand (3) ?
Le lieutenant-colonel Picquart à fait observer sur le premier point qu'il n'avait fait que se conformer à l'avis de son prédécesseur el du colonel Cordier, qui tous deux lui avaient conseillé de se méfier de la façon la plus absolue de personnes de ce genre el en particulier de cette femme (4) et le colonel Cordier a confirmé sa déclaration (5).
Sur le second point, le lieutenant-colonel Picquart à fait remarquer que Caïnelli avait été condamné à trois ans d’emprisonnement par le tribunal correctionnel de Belfort et qu'il s'explique difficilement la chaleur avec laquelle le général Roget a pris sa défense et reproché au chef du service des renseignements d’avoir précipité le départ de Galanti, qui, sans cela, eût été brûlé (6).
La surveillance du local des attachés militaires n’a été que la continuation plus efficace des errements de son prédécesseur, qui avait loué l'appartement et y avait installé un agent à poste fixe (7).
S'il à fait arrèter Schwartz, c'est que cet homme était un espion avéré, et le général Gonse à dû reconnaître que, lors de son arrestation, on à trouvé sur lui le reçu postal d’une lettre qu'il avait adressée au chef de l’espionnage d'une ville frontière de l'étranger (8).
Quant aux renseignements que le lieutenant-colonel Picquart a fournis au général Billot sur la préparation du nouveau matériel allemand, le fait a prouvé qu'ils étaient rigoureusement exacts, tandis que ceux du général Billot étaient erronés (9).
Nous attarderons-nous davantage à diseuter le reproche que le général Billot a adressé au lieutenant-colonel Pic-
(1) Général Gonse, Rennes 1, 553.
(2) Général Gonse, Rennes I, 552, 563, 564.
(3) Picquart, Eng. crim. I. 680.
(4) Picquart, Rennes, I, 368 à 370. — Cpr. Delaroche-Vernet, Rennes I,
(5) Cordier, Rennes IL, 523 à 525. — Cpr. Lauth Rennes II, 535.
(6) Picquart, Rennes Ï, 397, 477. Cpr. Galanti, Rennes HI, 565.
(7) Picquart, Rennes I, 563.
(8) Picquart, Rennes I, 563, 564. — Cpr. général Gonse, Rennes I, 564. (9) Picquart, Enq. crim. I, 680.
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quart d’avoir été en relations occultes avec la famille Dreyfus et avec M. Scheurer-Kestner ? Le colonel nie tout rapport avec la famille Dreyfus (1) et le général Gonse, qui reconnait n’avoir pas la moindre preuve du fait qu'il avance (6), en est réduit à dire que « les relations étaient probablement indi- « recltés : car le colonel Picquart était trop habile pour se « compromettre (3). »
Quant aux prétendus rapports secrets que le lieutenant-colonel Picquart aurait entretenus avec M. Scheurer-Kestner, on à Cru en trouver la preuve dans la Connaissance que le Vice-Président du Sénat avait eue, dès le début de ses démarches, de Ja correspondance échangée entre le général Gonse et le colonel, et dans la déclaration du nommé Savignaud, qui, élant de planton chez le colonel Picquart au Camp de Sidi-el-Hani du 22 mai au commencement de juin 1897, a prétendu avoir remarqué, dans la correspondance qu'il était chargé de mettre à la poste, les noms de Comminges, de Leblois et de Scheurer-Kestner (4).
Mais M. Scheurer-Kestner a certifié que la correspondance du général Gonse et du lieutenant-colonel Picquart lui avait été communiquée par M° Leblois, et qu'il n’a jamais eu avec le Colonel que des relations au grand jour ne remontant pas au-delà de janvier 1898 (5). Et d'autre part il a été démontré
sans discussion possible que Savignaud est un impos-.
teur (6).
L'on a fait enfin courir le bruit qu'à Caïlsruhe on avait surpris et photographié le lieutenant-colonel Picquart en compagnie de l’attaché militaire À (7). Cette absurde légende a été démentie de tous côtés, et la photographie, qu'on a fait circuler, n'est qu'un malhonnête truquage dont il a été du reste impossible de découvrir l’auteur (8.
Telle est la haine dont les forces coalisées de l'Etat-Major
(1) Picquart Cass. 110 ; Rennes I, 439.
en Lettre du général Gonse, 30 octobre 1897. — Targe, Enq. crim. I, (3) Lettre du général Gonse au Ministre de la Guerre. 16 sept. 1898 (Tav.), cote 4. — Cpr. général de Boisdeffre, Rennes 1, 526. (4) Savignaud (Fabre), 57, 68 ; Rennes II, 281 : Roques, Rennes II, 323 (5) Scheurer-Kestner, Rennes II, 49.
(6) Trarieux, Rennes III, 458, 515, 516. — Roques, Rennes III, 323. Voir pages 553 et suiv.
(8) Cpr. Lauth, Enq. crim. I, 536. — Junck, Enq. crim. I, 502.
d'alors ont poursuivi le lieutenant-colonel Picquart ; telles sont les manœuvres dont elles l’ont entouré ; telle est « la brulalilé excessive », suivant l'expression du général de Galliffet (1), avec laquelle il a été traité.
Ce n’est pas qu'on n'ait cherché à l'amener à composition par la promesse d'une réconciliation. Trois tentatives caractérisées ont été faites auprès de lui en ce sens.
Dès son retour de Tunisie, le colonel Mercier-Milon, qui avait été envoyé à la gare pour le recevoir et le conduire à l'hôtel qu'on lui assignait, lui a laissé entendre qu'il lui serait fort aisé de rentrer en grâce, qu'on était bien disposé en sa faveur, lui rapportant notamment le propos du général Delanne au général de Boisdeffre : « Tout cela est bien « malheureux pour l'Etat-Major: nous ne demandons qu'une « chose, c’est que Picquart revienne parmi nous » (2).
Plus tard, alors qu'il était au Mont-Valérien aux arrêts de forteresse, le général Baïilloud vint lui rendre visite et lui dit: « Est-ce que votre beau-frère ne vous a pas parlé ?.. Voyons, « faites donc un papier pour le Ministre et vous ne serez pas « réformé ; on ne vous mettra pas à la porte de l’armée » (3).
Une note du général Perboyre, que nous avons retrouvée dans les dossiers du Ministère de la Guerre (4), et qui porte la date du 16 novembre 1898, relate enfin la démarche que cet officier à faite auprès du beau-frère du colonel pour amener celui-ci à récipiscence. Comme M. Gay, qui est examinateur pour Saint-Cyr, se présentait au Gouvernement militaire de Paris, pour demander la permission de voir le lieutenantcolonel-Picquart alors aux arrêts de forteresse, le général Perboyre le reçut et se laissa aller à lui demander « à quel « mobile son beau-frère toujours supposé honnête avait pu se « laisser aller pour se faire un des principaux ouvriers du « scandale qui affligeait l’armée ». M. Gay ayant répondu qu'il l'ignorait et dit sa désolation et celle de sa famille de ce qui se passail :
Eh bien ! reprit le général Perboyre, si j'ai un conseil à vous donner, c'est d'user de votre influence sur le Colonel, pour le convaincre qu'après la sentence du conseil de guerre renvoyant Ester-
(1) Général de Galliffet, Enq. erim. I, 904.
(2) Picquart, Eng. 135, 136. Enq. crim. I, 834. (3) Picquart, Enq. crim. I, 835.
(4) M. G. dossier Picquart, annexe VII, pièce 22.
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hazy, if peut honorablement déclarer qu'il s'est trompé et que, s’il prend ce parti sage à tous les points de vue, et seul capable encore d'arrêter le scandale qui va émouvoir le pays, ses amis s'emploieront utilement à obtenir du Ministre une décision bienveiliante à son égard... Je croyais savoir, ajouta le général Perboyre, que le Ministre de la Guerre, M. le général Billot, verrait sans déplaisir aboutir cette solution... Quelques jours plus tard, le 1° février, le conseil d'enquête émettait l'avis qu'il y avait lieu de mettre le lieutenant-colonel Picquart en réforme. Son attitude aux séances de la Cour d'assises (23 février) dessillait les yeux. M. Picquart ne pouvait plus être qu'abandonné à lui-même.
Le colonel était en effet demeuré inébranlable. Il avait mis D. 369 toutes ses forces au service de la justice et de la vérité. Pour elles, il avait brisé son épée alors que l'avenir paraissait devoir lui réserver les plus hautes situations de l’armée. Pour elles, il avait sacrifié sa liberté et accepté de défendre son honneur menacé dans des poursuites sans cesse renouvelées. Il n'a jamais fléchi. Indifférent à toutes les pressions, sourd à toutes les sollicitations d'où qu'elles vinssent, il a déposé devant la Justice, n'écoutant que la voix de sa conscience : et c'est ainsi qu'il n’a cessé de donner, dans ce milieu où l'honneur de tant d’autres a sombré, le noble et réconfortant exemple d'une loyauté éprouvée et d’une grandeur d'âme hors de toute atteinte.
4° PRESSION EXERCÉE SUR LES TÉMOINS A DÉCHARCE ET SUR LES PERSONNES SOUPCONNÉES D'ÊTRE SYMPATHIQUES AU CONDAMNÉ.
Le lieutenant-colonel Picquart ne fut pas le seul {émoin dont l'Etat-Major ait cherché à se débarrasser. Tous ceux qui pouvaient, à un titre quelconque, sembler gênants dans l'affaire Dreyfus, ont été attaqués et pourchassés.
A. — Lajoux
C'est ainsi qu'un ancien agent de la Section de Statistique, Lajoux, s’est vu en butte à ses manœuvres.
Lajoux était entré à la solde du Ministère de la Guerre, au commencement de 1890, sur la recommandation du colo-
nel Lebel (1). Ii n'avait pas tardé à rendre de sérieux services dans les diverses missions qui lui avaient été confiées. Le colonel Sandherr et Henry le tenaient pour un agent très intelligent et précieux (2). L'attitude de ses chefs à son égard se modifia brusquement le jour où il eut l’imprudence de rapporter au colonel Henry les propos que lui avait tenus Richard Cuers sur l'affaire Dreyfus et par lesquels celui-ci disait l'innocence du condamné et désignait Esterhazy
comme le coupable. Henry le congédia sans mot dire et, quel-
ques jours après, lui écrivit qu'on mettait fin à sa mission (3).
Pour expliquer cette mesure, l'Etat-Major rédigea une note dans laquelle il multiplia les griefs, accusant Lajoux d’avoir extorqué de l’argent au service sous prétexte d’affaires qui n’existaient que dans son imagination, d’avoir compromis notre service à Bruxelles et même d'avoir entretenu des relations suspectes avec les agents étrangers (4). Malgré ses sollicitations, toutes relations furent suspendues entre, la Section de statistique et lui. Réduit à ses seules ressources. Lajoux se retira en Belgique où il ne tarda pas à tomber dans la plus noire misère (5). Et un jour où il était revenu à Paris malgré la défense qu'on lui en avait faite, on le fit enfermer comme fou à Sainte-Anne pendant quarante-huit heures (6).
Nous voyons cependant l'Etat-Major renouer avec lui ses rapports en septembre 1897, c'est-à-dire à l'époque précise où, sous l'impulsion de M. Scheurer-Kestner, la campagne en faveur de la revision allait entrer dans la période active. Gribelin reconnait qu'il s’est alors rendu à Anvers, en Compagnie d’une autre personne, pour y négocier le passage de Lajoux et des siens sur un navire en partance pour le Brésil ; il ne conteste pas qu'il lui remit même quelque argent pour lui permettre de vivre jusqu'à son départ et que, le 25 septembre 1897, il lui fit parvenir sur le paquebot de nouveaux subsides par l'intermédiaire du chancelier du consulat de
(1) Lajoux, Enq. crim. II,41.
(2) Lajoux, Rennes II, 18. — Targe, Enq. crim. I, 979. (3) Lajouk, Enq. crim. Il, 42: Rennes IT, 16. — Targe, Enq. crim. I, 979, 981.
(4) Note. Rennes II, 27. — Lauth, Rennes I, 613.
(6) Lajoux, Rennes II, 17. — Lauth, Rennes I, 613. — Gribelin, Rennes, 15°599.
France, en l’avisant qu'à son arrivée au Brésil, une somme de 300 francs serait mise à sa disposition (1).
L'Etat-Major allègue qu’en cette circonstance il n’a fait qu'obéir à un sentiment d'humanité à raison des services antérieurs de Lajoux (2). Cela n’explique nullement pour quels motifs, au lieu de lui envoyer un secours pécuniaire à cet effet, on à jugé utile de dépêcher à Anvers un officier du service, avec mission de retenir lui-même le passage de l'homme ef des siens sur le premier navire en partance ef de s'assurer ainsi de la réalité de son départ. Mais si nous songeons que ces faits se placent en septembre 1897, à l’époque même où, à da connaissance de l'Etat-Major, les partisans de la revision venaient de prendre la résolution d'agir et que Lajoux, grâce aux révélations que lui avait faites Richard Cuers, pouvait devenir pour eux un témoin précieux, nous comprendrons l'intérêt puissant qu'avait l'Etat- Major à l'expédier dans l'Amérique du Sud et nous ne nous étonnerons plus qu'il ait chargé l’un des siens de préparer et d'assurer l’embarquement sur place (3).
La suite des événements vient à l'appui de cette idée. Au mois de mars 1899, le commandant Rollin, alors chef du Service des renseignements, reçoit de Turin une lettre de Lajoux qui, l’imformant de son retour en Europe et de sa détresse, sollicite quelque secours pour se rendre à Paris (4). Le devoir de l'Etat-Major était d’éconduire le personnage qui, suivant Gribelin, était « une parfaite canaïlle » et envers lequel, en dépit de ses récriminalions, aucun engagement n'avait été pris, ainsi que le prouve une lettre écrite le 22 août 1895, par le colonel Sandherr au commandant Henry (5). Le commandant Rollin s’empressa au contraire de lui adresser courrier par courrier une lettre contenant 200 francs avec ces mots : « Relournez immédiatement à Gênes, et rendez-vous chez le consul général qui a nos instructions » ; puis il solhcita et obtint du Ministère qu’une mensualité de 200 francs fût versée à Lajoux sur les fonds secrets de la Section de statistique. Enfin il dépêcha un officier du bureau, le capi-
(1) Lauth, Rennes I, 615. — Gribelin, Rennes I, 592 et 598. — Lajoux, Rennes II, 16 et 17. — Targe, Enq. crim. I, 981.
(2) Lauth, Rennes I, 615. — Gribelin, Rennes I, 592, 599.
(3) Lajoux, Eng. crim. Il, 41, 42.
(4) Lajoux, Enq. crim. II, 43. — Rollin, Rennes Ii, 11.
(>) Gribelin, Rennes I, 599. — Cpr. Lauth, Rennes I, 614.
taine François, à Gênes (1), avec mission d’aviser Lajoux de la décision prise et de le réembarquer immédiatement pour le Brésil, en lui payant le prix de son voyage et en exigeant de lui la déclaration écrite qu'il setenait pour satisfait (2).
Les considérations d'humanité, que le commandant Rollin invoque, lui aussi, pour se justifier (3, sont manifestement inopérantes, puisqu'elles s'appliquent à un homme sur le compte duquel le Ministre de la Guerre s’exprimait en ces termes dans une lettre adressée par lui au Ministre des Affaires étrangères, le 8 janvier 1898 :
IT {(Lajoux) a dû être renvoyé en raison de ses nombreuses escroqueries au préjudice du service et de ses relations nettement établies à plusieurs reprises avec des agents d'espionnage en Belgique. C'est un individu des plus dangereux, absolument taré, et dont il y a lieu de se mélier en toute circonstance (4).
L'exceptionnelle bienveillance du commandant Rollin et du Ministre de la Guerre à l'égard de Lajoux, en mars 1899, le souci de le voir repartir immédiatement pour le Brésil, ne peuvent s'expliquer que par le désir d'acheter le silence de ce témoin gênant et de le tenir éloigné, à l'époque même où la revision se poursuivait devant la Cour de cassation (5), et alors qu'il avait manifesté dans une lettre adressée au Ministre de la Guerre, en novembre 1897, l'intention de produire, le cas échéant, ses révélations (6), Lajoux ne s’y est pas trompé, et il a toujours considéré l'affaire Dreyfus comme étant la cause de sa disgrâce et de son éloignement (7).
Bet C. — Les experts Gobert et Pelletier.
Les experts Gobert et Pelletier qui, lors des poursuites intentées en 1894 contre Dreyfus, se sont refusés à lui altribuer le bordereau, ont été, de la part de l'Etat-Major, l'objet de toute une série de petites vexations. On a d’abord cherché
(1) Dépêche du Ministre de la Guerre. Rennes III, 310
(2) François, Enq. crim. J. 641, 642. — Carrière, Rennes III, 310. — Targe, Enq. crim. I, 979 et suiv. ; a
(3 Rollin Rennes II, 10 à 12. — François, Eng. crim. I, 642. R
(4) Rollin, Rennes Il, 20 et 21. — Note du Ministère de la Guerre,
8 janvier 1898 : Rennes IT, 27. be 15) Cpr. M° Demange, Rennes 1, 334,392, ; (6) Lajoux, Enq. crim. I, 41, 42, 43. — Rollin, Rennes II, 14. 7) Lajoux, Enq. crim. I, 41, 42, 43.
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à exercer une pression morale sur M. Gobert. En effet, lorsque le 11 octobre 1894, on l’a mis pour la première fois en présence du bordereau dans le cabinet du général Gonse, un certain nombre d'officiers qui se trouvaient là, et parmi eux le commandant Henry, se sont efforcés d'appeler son attention, d'une façon toute particulière, sur les ressemblances graphiques de cette pièce avec les documents émanant de Dreyfus (5). Si déplacée que fût cette insistance, elle demeura sans effets.
Aussi plus tard, quand M. Gobert eût conclu qu'il n'était pas impossible d'attribuer le bordereau à une autre personne qu'à Dreyfus, tout fut mis en œuvre pour rendre son témoignage suspect. Une campagne de presse fut organisée et donna à entendre que les experts, défavorables à la poursuite, avaient manqué à leur devoir professionnel (2). Au cours de l'informalion, le commandant d'Ormescheville lui adressa les pius vifs reproches, « l’accusant d’avoir commu- « niqué avec son confrère Pelletier, d'avoir commis des indis- « crétions, etc. » (3), lui faisait grief dans son rapport d’avoir cherché à connaître le nom de la personne incriminée, et signalant la défiance que sa manière d'agir inspirail (4).
A Rennes, le général Mercier et le général Gonse ont repris ces attaques (5).
M. Pelletier n’a pas été plus épargné. Si l’on reproche à
M. Gobert d'avoir communiqué avec lui, on lui reproche à P-
lui-même de ne pas s'être mis en rapport avec M. Bertillon (6), comme si la prudence et la conscience ne lui commandaient pas d'éviter tout contact avec un expert dont l'opinion était déjà connue (7). On lui fait grief de ne pas s'être rendu à la convocation du rapporteur (8), alors qu'il était appelé à comparaître le même jour devant la Cour d'’assi-
ses (9).
(DiGobert Cass 09 40 Gobert; Rennes 1], 298.
(2) Gobert, Cass. 99, 1, 271. à (S)GObert, Casse (4) Rapport d'Ormescheville, Cass. 99, II, 75 et suiv. & cprnerel Mercier, Rennes I, 89 ; Il, 313, 314. — Cpr. Gobert, Rennes , 303.
Rapport d'Ormescheville. Cass. 99, II, 77. — Général Mercier, Rennes
(7) Pelletier, Rennes Il, 470.
(8) Général Mercier, Rennes I, 90.
(9) Pelletier, Rennes) II, 470.
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Toutes ces récriminations futiles n’en avaient pas moins pour but de rendre le témoignage des experts suspect. C’est ce que déclare le général Mercier lui-même.
Mais que vaudrait ce grief en comparaison de celui qui résulterait des démarches faites, si nous en croyons Esterhazy et les notes qu'il a produites devant le consul de France à Londres, auprès des experts Belhomme, Couarû, Varinard et Lothe, pour les amener à conclure en faveur de l’inculpé ?
D. — Le capilaine Freystatter.
Le capitaine Freystatter, s'étant trouvé en désaccord avec le général Mercier sur le contenu du dossier secret produit en 1894 devant le Conseil de guerre de Paris, a été attaqué avec une extrême vivacité par le général Mercier qui, non content de le représenter comme étant la victime d’une superposition de souvenirs, ce qui était tout naturel et eût dû suffire, a versé aux débats deux lettres n'ayant aucun trait à l'affaire (1), mais imputant au capitaine, l’une un acte de refus d’obéissance et d’indiscipline, l’autre le massacre d’une troupe de prisonniers à Madagascar, sans ordre, sans enquête et sans jugement (2).
Pour expliquer cette impardonnable attaque, le général Mercier déclare lui-même qu'il a voulu « disqualifier » le témoin (3) ! Au moins, n’eût-il dû avancer que des faits pertinents et exacts. Or, d’une part, il ne nous est pas donné de comprendre en quoi la discipline peut être intéressée au débat qui s'élève entre deux témoins, l’un fût-il général et l’autre capitaine. D'autre part, M. Laroche, ancien résident de France à Madagascar, a relevé, comme elle le méritait, l'accusation portée par le général Mercier contre le capitaine FreYstætter par une lettre qu’il a adressée au Président du Conseil de guerre, le 7 septembre 1899, et dans laquelle il a rendu pleinement hommage à la conduite de son ancien subordonné, uniquement coupable d’avoir surpris et châtié une troupe de brigands qui épouvantaient le littoral en assassinant les Hovas et en incendiant les villages (4).
(1) Général Mercier, Rennes III, 537, 538.
(2) Général Mercier,. Rennes IT, 539.
(3) Général Mercier, Rennes III, 540 ; Eng. crim. I, 269. (4) Lettre de M. Laroche, Rennes Il, 540.
E. — Le commandant Forzinetti.
L'ancien directéur du Cherche-Midi, le commandant Forzinetli, a fait preuve envers Dreyfus de sentiments d'humanité pendant tout le temps de sa détention. Il s'est permis de dire au général de Boisdeffre, qui le questionnait, qu'il croyait que l'accusation faisait fausse route et que Dreyfus était aussi innocent que lui. Il n'en a pas fallu davantage pour qu’on le proclamät joueur et qu ‘on lui attribuât tous les vices (1).
Fe ne commandant Hartmann.
La déposition si précise, si nourrie du commandant Hartmann avait, dans une première audience, singulièrement ébranlié les affirmations du général Deloye : elle devait être continuée Île lendemain. Dans l'intervalle, on lui dépêcha le commandant Ducros, pour lui laisser entendre que ses déclaralions avaient fait très mauvais effet sur le Conseil et étaient de nature à compromettre la cause qu'il défendait. Cette insinuation, dont le commandant Ducros se fit l'interprète de bonne foi sans se rendre compte du but poursuivi, jeta le trouble le plus profond dans la conscience du commandant Hartmann, au point que peu s’en fallut qu'il ne fût pas en état de se présenter de nouveau devant le Conseil de guerre (2). *
. G. H. — MM. Trarieux et Reinach.
Les membres du Parlement n’ont pas été plus épargnés que les autres, quand ils se sont montrés favorables à l’accusé. C’est ainsi que le Bureau des renseignements s'est, pendant tout le cours de l'année 1898, servi des crédits alloués dans l'intérêt de la défense nationale pour soumettre à une surveillance de police un sénateur, M. Trarieux, un ancien député, M. Joseph Reinach (3), et pour constituer contre eux un dossier ultra secret que le commandant Cuignet s’est
(2) Picquart, Eng. crim. I, 840.
(3) Lettre de M. Reinach au Ministre de la Guerre, 13 septembre 1599 et de M. de Freycinet du 15 septembre ; Rennes IIT, 813 à 815.
chargé de faire passer sous les veux du Conseil de guerre {1). Mformé de ces agissements, qu'il a qualifiés d’ « infâmes », M. Trarieux les a dénoncés dans trois lettres écrites les 12, 14 et 19 septembre au Ministre de la Guerre (2). Le général de Gailiffet, tout en blämant ces faits dont il a reconnu l'exactitude (3), n'a pas cru pouvoir faire disparaître du dossier secret les pièces signalées (4) ; mais il a, du moins, ordonné que la correspondance qu'il avait échangée à ce sujet avec M. Trarieux y serait jointe, pour conserver le souvenir de l'incident et des protestations trop légitimes auxquelles il avait donné lieu (5).