EMILE ZOLA LE NOUVEAU WINKELRIED
— Voyez de quel bras vigoureux je tiens toutes ces lances embrassées : que je triomphe ou que je succombe, j'ouvrirai un chemin à la vérité !
{Lustige Blàtter, de Berlin, février 1898, n° 6.)
* Allusion à la courageuse initiative d'Arnold de Winkelried à la bataille de Sempach (138b) qui, au prix de sa vie, ouvrit aux confédérés suisses un chemin à travers les lances autrichiennes. Quoique cette action d'éclat soit connue, il n'est peut-être pas inutile de la rappeler ici; j'en donne donc le récit d'après l'historien Gaullieur : « Un homme du pays d'Unterwald, Arnold Strutthan de Winkelried, chevalier, dit à ses compagnons d'armes : « Je veux vous frayer un chemin », s'élance hors des rangs, s'écrie à haute voix : « Prenez soin de ma femme et de mes enfants, chers et fidèles confédérés, souvenez-vous de ma famille»; il atteint l'ennemi, embrasse quelques lances, les enfonce dans sa poitrine et, grand et vigoureux, en tombant il les entraîne avec lui sur la terre. Soudain ses compagnons passent sur son corps, tous les bataillons des confédérés arrivent impétueusement, pressés les uns derrière les autres. » — L'on sait le reste; la victoire fut aux Suisses
Or, de même que Winkelried ouvrit un chemins aux siens à travers les lances ennemies, de même Zola en venant s'offrir au jugement de la Cour et à la vindicte publique a fait le sacrifice de sa personne pour ouvrir aux autres le chemin de la vérité et de la justice.
Telle est du moins l'opinion des Lustige Blàtter aux yeux desquelles le courage moral est tout aussi méritoire que le courage physique Lutter contre une foule ameutée demande autant de grandeur d'âme d'abnégation de soi-même, qu'offrir sa poitrine aux lances ennemies '