‹ L'affaire Dreyfus et l'imageChapitre 63 sur 142 · LE BOUC ÉMISSAIRE DE DREYFUS · texte numérisé non relu

LE BOUC ÉMISSAIRE DE DREYFUS

D'après la longue roule, le tableau célèbre de Holman. (Punch, de Londres, 29 janvier 1898.)

* Les Anglais ont surtout portraituré Zola quoique jusqu'à ce jour le portrait-charge en couleurs que la Vanity Fair accorde toujours aux personnages que l'actualité met en vue d'une faço n transcendante, soit encore à venir. Aussi sont-ce surtout des petits portraits, des petites images en manière de vignette, et nullement les grandes compositions qu'on eût été en droit d'attendre. On verra, par un des dits portraits ici reproduits, que la tradition du porc comme animal symbolique du grand écrivain a également passé le détroit et que les Anglais ne se font point faute de le porciner.

Mais, mouton ou bouc émissaire, ce n'est pas de trois pieds seulement, mais bien de ses quatre pieds, qu'il s'est enfoncé dans l'affaire Dreyfus.

Toutefois, si l'image le caricature, le texte le défend et l'on ne lira pas sans intérêt l'article suivant du Moonshine, intitulé : Moonshine à Paris.

« Il y a quelques années, les gens d'intelligence ordinaire étaient quelque peu abasourdis de voir que la nationalité de M. Glâdstorte avait la faculté de varier suivant la province dans laquelle se trouvait l'homme d'État. Cette ubiquité en ce qui concerne la patrie n ? est pourtant pas particulière au grand

vieillard, car il est à remarquer que Zola, il y a peu de temps encore, acclamé de toutes parts, comme une des gloires de la France, est, depuis qu'il s'est fait Je champion du prisonnier de l'île du Diable, dédaigneusement appelé Cet Italien. Et où serait donc l'affront d'appartenir à une nationalité étrangère ou d'avoir un nom étranger; il est assez difficile de l'indiquer. Si nos voisins étaient logiques, il faudrait s'attendre à les voir conspuer, maintenant, Sarah Bernhardt et Reichenberg.

«Et que dire de cet Italien, Gabriel d'Annunzio, dont la Ville Morte, à la Renaissance, était au même moment le sujet de toutes les conversations. Et Gambetta ne serait-il donc qu'un barbare étranger pour le parti conspueur d'aujourd'hui?

« La France pour les Français », a meilleur air que Vlà un étranger, jetez-y un pavé de notre charbonnier, mais politesse française à part, il paraît que cela se vaut.

« La fièvre patriotarde, dont la presse parisienne est atteinte en ce moment — l'année zola brandissant sa PLUME passée la maladie (Caricature du Moon- à la mode était le shine, de Londres.) délire russôphile — a suggéré au directeur d'un journal quotidien l'idée de proscrire à l'avenir de ses colonnes, tout mot d'origine étrangère, et particulièrement d'origine anglaise.

Deux m ots d'un usage constant, interview et reporter deviennent entrevue et reporteur, mais comme, dès le paragraphe suivant, on voyait ap paraître speechs et toasts, il est à craindre que la richesse de la langue ne puisse pas suffire au désir d'un patriotisme aussi exigeant.

Page 1