‹ L'affaire Dreyfus et l'imageChapitre 76 sur 142 · LES INNOCENTES JEUNES VIENNOISES QUI ONT SIGNÉ L'ADRESSE A ZOLA · texte numérisé non relu

LES INNOCENTES JEUNES VIENNOISES QUI ONT SIGNÉ L'ADRESSE A ZOLA

(Kikeriki, de Vienne, 17 février 1898.)

* Cette vignette du Kikeriki fait allusion à l'initiative prise par un groupe de jeunes filles appartenant à tous les mondes de la société viennoise de l'envoi à l'écrivain français d'une adresse conçue en ces termes :

« A Emile Zola, les jeunes filles de Vienne.

« Les jeunes filles de Vienne soussignées, qui ne connaissent de la vie que ce qui est bon, beau, noble et vrai, sont profondément émues en pensant à vous. Elles sont remplies d'une vive admiration pour votre magnanime sacrifice et votre courage incomparable dans la lutte qui est engagée pour le triomphe du droit et de la vérité. Avec l'expression de leur sympathique enthousiasme, elles vous envoient du fond du cœur leurs meilleurs vœux pour le succès de votre cause, qui restera écrite en lettres ineffaçables dans les annales de l'humanité.

« Vienne, 4 février. »

Suivent cinq cents signatures.

■v j^^^^-«fir#fgf5

CARICATURES AUTRICHIENNES 207

Le Kikeriki qui, en sa qualité d'organe allemand anti-sémite, a forcément dû prendre parti contre Zola dans un pays où la haine de race se trouve doublée d'antipathies religieuses, a protesté avec tout un groupe de femmes et de jeunes filles chrétiennes contre cette adresse, et employant l'arme de la caricature il a dépeint sous les traits ei-dcs T sus, c'est-à-dire avec des nez et des mentons outrageusement hébraïques, les jeunes filles <c éprises du bon, du beau, du noble et du vrai.»

Rien que de normal et de parfaitement correct en cette petite guerre.

Mais la Patrie, qui avait donné la nouvelle d'après un journal belge — un vrai chauvin ne devant pas savoir l'allemand — a cru devoir faire suivre ledit récit des appréciations suivantes :

« Quant aux « jeunes filles de Vienne » dont il est question, il s'agit, à n'en pas douter, des aimables personnes que l'on voit, dès le matin, faire le trottoir au Graben et dans les environs de la cathédrale. Celles-là seules peuvent s'intéresser à Zola : toutes les filles publiques de la capitale autrichienne ont lu Nana et Pot-Bouille.

C'est charmant. On ne saurait mieux tenir le vieux drapeau de la politesse, de la galanterie française, et les jeunes Viennoises, chrétiennes ou non, doivent être sous le charme :

Ab uno disce omnes.

Page 1