‹ L'affaire du collier, d'après de nouveaux documentsChapitre 29 sur 120 · L'AMBASSADE DE VIENNE · texte numérisé non relu

L'AMBASSADE DE VIENNE

Pour équiper son ambassade, Rohan avait dépensé des sommes immenses. Deux carrosses de parade du prix de quarante mille francs, aux coussins de velours mauve avec passements d'argent, les mantelets, custodes et gouttières doublés de soie blanche; on eût dit de grandes lanternes empanachées, ciselées par des orfèvres, suspendues sur des ressorts d'acier. La caisse tout entière, et jusqu'à la coquille où le cocher posait ses pieds, étaient peintes d'armoiries et de fleurs encadrées de rocaille d'or sur les laques brillants. Une

1. Correspondance secrète du comte de Mercy-Argenteau avec l'empereur Joseph II, et le prince de Kaunitz, publ. par le chev. Alf. d'Arneth et Jules Flammermont. Paris, 1889-91, 2 vol. in-8, et un fascicule d'introduction. — Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et le comte de Mercy-Argenteau, avec les lettrvs de Marie-Thérèse et de Marie-Antoinette, publ. par le chev. Alf. d'Arneth et A. Geffroy. Paris, 1874, 3 vol. in-8. — Mémoires pour servir à l'histoire des événements de la fin du XVIIIe siècle, par l'abbé Georgel. Paris, 1817, 3 vol. in-8. — L'ambassade du prince Louis de Rohan, à la cour de Vienne, 177 {-1774, Notes écrites par un gentilhomme, officier supérieur [Antoine-Joseph Zorn de BulachJ attaché au prince Louis de Rohan, Strasbourg, 1901, in-8.

Dans la séance du 17 novembre 190-2 de la Société des Études historiques M. le vicomte Maurice Boutry a donné lecture d'une étude sur l'ambassade du prince Louis de Rohan à Vienne, étude écrite d'après des documents inédits provenant des archives des Affaires étrangères, où l'on trouvera des détails nouveaux. Elle sera imprimée sous le titre : L'ambassade du prince Louis de Rohan à Vienne {1772-1774).

écurie de cinquante chevaux, dont le premier écuyer était brigadier des armées du roi, un sous-écuyer et deux piqueurs; six pages tirés de la noblesse de Bretagne et d'Alsace, vêtus de soie et de velours en broderie, avec un gouverneur pour le métier des armes et un précepteur pour le latin; deux gentilshommes pour les honneurs de la chambre : le premier était chevalier de Malte et le second capitaine de cavalerie ; six valets de chambre, un maître d'hôtel, un chef d'office, tout de rouge habillés et galonnés sur les coutures; deux heiduques qui avaient des brandebourgs et des plumets; quatre coureurs chamarrés de broderies d'or et pailletés d'argent : chacun de ces costumes avait coûté quatre mille livres et faisait au soleil un étincellement de féerie; douze valets de pied; deux suisses, dont l'un, le plus maigre, pour les appartements, et l'autre, très ventru, pour le service de la porte. Pour accompagner les repas, six musiciens habillés d'écarlate, les boutonnières filigranées d'or fin; puis un intendant de maison, un trésorier, quatre gentilshommes d'ambassade nommés et brevetés par la Cour; pour secrétaire d'ambassade un jésuite et, pour seconder le jésuite, quatre secrétaires adjoints \

Marie-Thérèse n'avait pas accueilli d'une manière favorable le nom du nouvel ambassadeur. « J'ai tout lieu d'être mécontente du choix que la France a fait d'un aussi mauvais sujet que le coadjuteur de Strasbourg, écrivait-elle à Mercy-Argenteau. Je l'aurais peut-être refusé si je n'avais été retenue par la crainte des désagréments qui auraient pu en rejaillir sur ma fille. Vous ne laisserez pas de faire comprendre à la

1. Voir les détails donnés par l'abbé Georgel, secrétaire de l'ambassade du prince Louis à Vienne, Mémoires, IL 218-19.

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