‹ L'affaire du courrier de Lyon: les procès Lesurques, Durochat. Vidal, Dubosq et Béroldy. D'apresChapitre 18 sur 80 · POUR MADELEINE BREBAN · texte numérisé non relu

POUR MADELEINE BREBAN

3 bonnets rends dont un garni de

blonde.

3 fichus de linon.

2 — de mousseline.

1 — de toile.

8 mouchoirs toile.

1 — mousseline à raies.

1 — à mouihes.

3 collerettes dites u frison ».

1 serviette.

2 schales de soie.

-2 paires de souliers, dont une de peau de chèvre, l'autre d'étoffe.

1 besace toile grise.

1 perruque.

1 livre de poudre.

1 couronne.

1 cocarde ruban bleu et rose.

Relevé dune note pour Madame :

Livres.

Façon de 2 robes 1 600

— de 2 robes toile 1 900

Ruban de fîile 50

Total 3 550

(En pluviôse an VI, un louis valait 5 400 livres assignats et lo mois suivant 8 600 livres.)

Relevé d'une note de couturier pour monsieur Etienne .'

Livres. Livres-

Façon d'une redingote. . .. 1400

Boutons de redingote 400

Façon de 6 gilets.*: 3 600

Boutons de 6 gilets 800

Cordon de gilets 10

A reporter 6 2-10

Report

Façon de 2 culottes

Boutons de 2 ( ulottob

Raccommodage d'un habit.

Total

casion pour revenir a Paris par la mèiiie voiture, ce qui lui fut accordé.

Couriol ne s'était point départi de son imperturbable sérénité; il s'excusa auprès. de Gobier de tous les ennuis fpi'il lui cansait bien involonlaireuient, en lui disant adieU :

« Ne vous inquiétez pas, mon bon ami, je reviendrai chercher ma voiture et mes bagages dans deux ou trois jours, car je n'aurai point de peine à prouver mon innocence »

jViais le j)()slillon avait déjà fouetté^ ses chevaux, et, escortée de gendarmes à cheval, la voiture de ])olice filait vers Paris sous les regards étonnés des habitants qui commenlaicnl cette arrestation insolite.

Le soir même, à dix heures, Heudon se présenlait au Bureau central avec ses deux prisonniers, qui étaient aussitôt écroués à la chambre d'arrêt dudit Bureau, tandis que l'inspecteur rendait comple de sa mission et remettait tout l'argent et toutes les valeurs, sauf quinze pièces d'or de vingt-quatre livres chacune, prélevées pour les dépenses du, voyage.

Pendant tout le trajet, Couriol, comme désintéressé de ce qui se passait autour de lui, n'avait point prononcé trois paroles.

Le 21 floréal, le connnissaire du Bureau central, en vertu de l'article 23 du Code des Délits et des Peines, dénonçait au citoyen Daubanton, juge de paix de la section du Pont-Neuf, et renvovait devant lui : Etienne Couriol, la fille Breban, Antoine Bruer, Pierre Richard et sa femme, comme prévenus de l'assassinat du courrier de Lvon.

Le juge Daubanton, conunis par cet acte, était donc

l'arrestation de couriol et de la fille BREBAN 59

désormais chargé de l'instruction de l'affaire qu'avait commencée le juge de paix Beau, de Melun. C'était là une irrégularité de procédure qui devait retarder la solution du procès, puisque, pour éviter la cassation, rinstruction dut être refaite plus tard en entier par le juge de paix Beau.

Ainsi, dix jours après le crime, malgré l'anarchie et le désordre du moment, la police avait réussi à arrêter un coupable et son complice ; les deux femmes devant être remises en liberté et Bruer acquitté par le Tribunal criminel.

fe'-

Instruction devant le juge Daubanton.

Arrestation de Lesurques et de Guénot.

Cinq inculpés se trouvaient donc incarcérés. Le premier soin du juge de paix Daubanton fut de rechercher si les valeurs trouvées sur Couriol étaient bien celles qu'emportait à l'armée d'Italie le courrier ExcofTon.

A cet effet, il manda le citoyen Mayeux, garçon de caisse à la Trésorerie nationale, demeurant rue Neuve- Catherine, 682, section de l'Indivisibilité, et son collègue Roussel. C'étaient les deux employés qui avaient été chargés de l'expédition des assignats remis à l'Administration des Postes.

Le juge Daubanton ne fondait que peu d'espoir sur ce moyen d'instruction, tellement il paraissait difficile de pouvoir, après plusieurs semaines, reconnaître des assignais délivrés tel jour par la Trésorerie.

Cependant, contre toute attente, Rousset put affirmer qu'il reconnaissait dix assignais de dix mille livres chacun, série 2/460, n**" 356, 357, 358, 359, 36o, qui portaient la marque 10. B. looooo et X en dessous; série 2^60, n"" 3o6, 307, 3o8, 309, 3io, marqués 5. B. 5oooo.

INSTRUCTION DKVANT \.E JUGE DAl.'BAiNTON 61

« Ces derniers, dit Roussct, sonl, sans aucun doute, ceux que nous avons confiés à l'Administration des Postes. La marque X et le paraplie sont de l'écriture de May eux. »

Cette affirmation fut confirmée par Mayeux, lequel reconnut lui aussi que ces assigiiats faisaient bien partie de renvoi fait par la Trésorerie, et que celte marque et ce paraphe étaient de lui ; qu'il n'y avait quelui pour en faire de semblables.

Le juge Daubanlon ne pouvait plus avoir de doutes : Couriol était bien un des assassins, ou, tout au moins,, un complice du crime.

D'ailleurs, un incident imprévu devait précipiter la marche de rinstruction.

Le citoyen Guénot, qui s'était trouvé chez Gohier, à Château-Thierry, lors de l'arrc^slalion de Couriol, était venu à Paris, pour rechercher ses papiers qui avaient été saisis Favant-veille.

A cet e(Tet, le 23 floréal au matin, il se rendait au Bureau central, lorsqu'il rencontra, sur le Pont-Neuf, son ami Joseph Lesurques. Ils avaient été éle\és ensemble à Douai et s'étaient retrouvés plusieurs fois^ depuis, pendant les séjours de Guénot à Paris.

{{ Tiens! te voilà donc déjà revenu de Château- Thierry? questionna Lesurques.

— Il le faut bien, mon cher ami. Il m'est arrivé une affaire bien désagréable. Pendant que j'étais chez Gohier, à Château-Thierry, un particulier a été arrêté chez lui, comnie inculpé de l'assassinat du courrier de Lyon.

— Ah! oui, réplictua Lesurques, ce crime abominable dont tout le monde parle. Je suis heureux qu'on tienne enfin un des assassins ; car, vraiment, les brigands deviennent trop nombreux ! Mais cela ne me dit

pas comment lu te trouves sm* le Pont-Neuf aujourd'hui ?

— On a saisi tout ce qui se trouvait chez Gohier, mème\mes papiers, et je vais de ce pas les chercher au Bureau central. On me les rendra, j'espère, sans difficultés. Mais, viens avec moi ; tu pourras au besoin certifier mon identité.

— Je n'aime guère fréqueatei' ces gens-là !

— Viens, tu me rendras service. »

Sur ce, Lcsurques suivit Guénot au Bureau central.

Le gendarme, de faction à l'entrée, leur indiqua le cabinet du juge Daubanton. Dans une vaste antichambre, un nombreux public attendait sous l'œil des huissiers de bureau.

« Le juge Daubanton? s'il vous plaît, citoyen.

— Il faut attendre. Le juge est fort occupé ce malin. Je doute même qu'il vous reçoive.

— Nous allons toujours attendre un peu. »

Et ils allèrent tous dcuv bavarder dans un coin de la pièce.

Depuis leur arrivée, ils étaient, sans s'en douter, l'objet de l'attention persistante de deux femmes, d'allures campagnardes, ([ui, comme eux, attendaient.

Après les avoir longuement et profondément dévisagés, l'une d'elles dit à l'autre :

(( Je t'affirme que ce sont eux I j'en suis sûre !

— Il faut prévenir le juge )>, ajouta l'autre.

Et, comme l'huissier passait près d'elle, elle le tira par sa redingote et lui dit, à voix basse, qu'elles avaient une grave et très urgente déclara lion à friire au juge.

(( C'est bon, c'est bon, grommela celui-ci, nous allons voir. »

El il entra dans le cabinet du juge Daubanton.

[NSTRICTION DEVANT LK JUGK DAl'BANTON 0.*^

Peu de tcfliips après, une des deux femmes était introduite.

(( Ah ! tant mieux, fit Guénol, ce sera l)ienlôt mon tour î »

La femme qui venait d'entrer déclara, très émue, au juge Dauba nton qu'elle s'appelait femme Sauton et qu'elle était servante à Montgeron, chez la citoyenne Châtelain ; que, le 8 floréal, vers les deux heures et demie, elle avait vu entrer quatre particuliers qui avaient demandé du café ; que, comme il n'y en avait point de fait, ils avaient attendu qu'il fût prêt et avaient joué au billard dans la pièce à côté ; qu'après avoir pris leur café, ils s'en étaient allés à cheval du côté de Lieursaint.

(( Du reste, ajoula-t-elle, je viens de reconnaître, dans la pièce qui précède celle-ci, un jeune homme blond, ayant une redingote bleue avec un gilet blanc, pâle de figure, pour être celui qui a oflert de payer la dépense en assignats, laquelle a été ensuite payée en numéraire par un autre plus grand. J'ai aussi reconnu là un autre particulier qui porte un gilet jaune et qui était de la même compagnie.

— Dans quelle pièce, dites- vous, sont ces particuliers? questionna le juge vivement intrigué.

— Mais dans celle où nous attendions, citoyen. D'autre part, dans la pièce que je viens de traverser, j'ai vu aussi un homme qui était, à Montgeron, dans la même société. Je me rappelle même qu'il avait une redingote brune et que c'est lui qui a payé en argent. )>

Le juge prit sur la table un sabre à poignée et à garde de cuivre à la houzarde, avec un fourreau de cuir noir, garni tout du long de cuivre.

« Connaissez-vous ceci?

— Oui, citoyen, c'est le sabre de l'homme dont

je viens de vous parler en dernier. De ]|ilus, je me souviens que, pendant que ces particuliers étaient dans le billard à jouer, je les ai entendus parler de Lvon, mais la citovenne Châtelain est entrée et ils se sont tus.

— Yous maintenez votre déclaration, citoyenne?

— Oui.

— Bien. Signez! »

On introduisit ensuite la femme Grossetêle. Celle-ci était en service chez le citoyen Evrard, aubergiste également à Montgeron, à renseigne de « la Chasse ». Le 8 floréal, un particulier à cheval était descendu vers midi ou une heure à Tauberge, et avait demandé de la soupe et une demi-bouteille de vin. Elle avait servi la demi-bouteille et, pendant qu'on préparait la soupe, celui-ci était sorti sur le pas de la porte. Il rentra bientôt et ordonna un dîner pour quatre. Un quart d'heure après environ, trois particuliers arrivèrent à cheval et tous quatre dînèrent. Ils demandèrent des pommes et, comme il n'y en avait point, ils dirent qu'à défaut de dessert, ils prendraient du café. Et sur ce ils se dirigèrent vers la maison de la cilovenne Chatelain que le garçon leur indiqua.

« J'ai reconnu dans la pièce précédente, ajoutât-elle, deux des particuliers dont je vous parle. L'un est blond, pâle de figure, l'autre est plus grand, c'est pour lui que j'ai été chercher deux pipes et du tabac. Je me souviens qu'un des particuliers demanda à la citoyenne Evrard si le citoyen son mari était là, et que, s'il était là, il le reconnaîtrait sûrement, car il lui avait vendu, il y a quelque temps, un fort joli cheval.

— Vous êtes corlaine de ce que vous avancez ? demanda le juge.

— Certaine.

lNSTRi:CTrOx\ DEVANT LE .U'C.K DAUBANTON 05

— Bien. Signez et relirez-vous. »

Couriol, qui élail gardé dans une salle voisine, fut alors introduit et Ton fit rentrer la femme Sauton. Elle affirma que c'était bien là un des particuliers qu'elle avait vus le « 27 avril » dernier.

« Quelle est cette faconde s'exprimer en Répu))liquo, citoyenne? lui fit remarquer le juge.

— Faites excuse, je voulais dire 8 floréal ; ce particulier est celui qui paya la dépense en argent et voilà son sabre, là, sur la table. »

La citoyenne Grossetète, introduite ensuite, fit une déposition identique.

Le juge, les ayant ensuite congédiées, fit ramener Couriol dans la salle 011 il ét<ût auparavant et ordonna de faire entrer le citoyen Guénot.

C'était un homme de 5 pieds 4 pouces ^ au visage ovale, fortement marqué de petite vérole, aux cheveux déjà gris, tandis que les sourcils et la barbe étaient restés châtains; les yeux étaient bleus, le nez serré. le menton rond, le front haut, la bouche moyenne avec les lèvres épaisses.

« Je viens chercher, citoyen, dit Guénot dès qu'il fut entré, les pièces qui m'appartiennent et qui ont été saisies lors de la descente...

— Il s'agit bien de cela ! interrompit sévèrement le juge ; je vous garde à la disposition de la Justice I Quels sont vos noms, pays de naissance. Age, profession et demeure?

— Je me nomme Charles Guénot, natif de Douai, département du Nord, âgé de trente-deux ans, préposé aux transports militaires à Cambrai, demeurant à Douai, rue de Cambrai, et à Paris, rue de la Buchcrie, 27.

— Pourquoi et depuis quand êtes-vous à Paris ?

— Je suis venu à Paris pour faire la recherche de trois caisses d'argenterie que j*ai confiées à un nommé Morrn, voiturier de Meaux, pour les remettre à l'agence monétaire et qu'il n'a pas remises. J'y suis depuis deux mois.

— Où avez- vous logé tout ce temps ?

— Chez le sieur Richard, bijoutier, rue de la Bûcherie, 27. Je suis allé deux fois, pendant cet intervalle, à Château-Thierry, chez le citoyen Gohier, mon collègue, préposé aux transports militaires.

— Le citoyen Richard ne fait-il pas un autre commerce que celui de la bijouterie ?

— Je ne lui en ai pas vu faire. Je lui ai vu acheter des soieries, par exemple !

— Ne va-t-il pas en foire?

— Je ne sais s'il va en foire, mais je sais qu'il voyage quelquefois et qu'il est même venu parfois chez nous, à Douai.

— N'a-t-il pas fait un voyage dans les premiers jours de ce mois-ci ?

— Non, je ne sais pas cela, parce que je ne suis revenu que le 9 de ce mois-ci , au soir; je revenais de Château -Thierrv.

— Quel jour êtes-vous parti de Château -Thierry ?

— Je suis parti le 8 de Château-Thierry, j'ai couché ce jour-là à Meaux et suis arrivé le 9 à Paris.

— Quel jour êtes-vous parti de Paris pour Château- Thierry ?

— Je suis parti le 28 ou plutôt le 27, je suis arrivé à Château-Thierry le 29, j'y suis resté huit jours pendant lesquels j'ai été à Epernay.

— Connaissez-vous Couriol ?

— A cette époque je ne le connaissais pas.

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