‹ L'affaire du courrier de Lyon: les procès Lesurques, Durochat. Vidal, DubosqChapitre 1 sur 66 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

« L'histoire est une résurrection », a dît Michelet, et cette résurrection est plus réelle encore quand il est possible, malgré l'éloignement du temps, de retrouver les personnages, leurs paroles, leurs gestes, leurs costumes, leurs sentiments, leurs larmes ou leurs joies.

L'évocation d'un grand,pr9t;Ès, véridique roman judiciaire, permet tout particulièrement de revivre un instant dans l'intimité de ceux qui y furent mêlés.

Grâce, avant tout, à la bienveillante confiance de yi. le ministre de la Justice qui, après un si long temps écoulé, voulut bien nous communiquer les dossiers criminels des divers procès; grâce, beaucoup aussi, aux recherches précieuses faites par notre excellent confrère Robert Barillet sur le premier procès de tbermidor an IV; grâce également à l'amabilité de M. Julien de Lasalle, bibliothécairearchiviste du ministère de la Justice; grâce enfin à l'accueil que nous avons trouvé à la Bibliothèque nationale, au musée Carnavalet, et même auprès des habitants de Montgeron et de Lieursaint, empressés à nous confier les souvenirs qu'ils avaient recueillis sur cette affaire, il nous a été loisible de mener cette ceuvre à- bonne fin.

6 L AFFAIRE DU COtlBiailR DE LYON

Nous n'avons point la présomption de croire que nous sommes le premier à parler de cette passionnante affaire; mais, jusqu'ici, on ne s'est guère préoccupé que du procès Lesurques et de sa réhabilitation.

Tous les ouvrages et opuscules, qui ont paru depuis lors, ne sont que des bibliographies, des mémoires, des romans ou des plaidoyers en faveur ou contre son innocence.

Une des descendantes du malheureux Excoffon, rassemblant les souvenirs qu'elle tenait de son père, qui les avait lui-même recueillis de la bouche du fils infortuné de la victime, lesquels, par cela même qu'ils ne sont que des souvenirs, s'écartent parfois de l'absolue réalité, a cherché, dans un véritable réquisitoire, à justifier et à rendre définitif le jugement qui avait frappé Lesurques. Sa légitime affection pour celui qu'elle considère comme une des victimes de ce dernier ne lui permet point de garder cette impartialité nécessaire à l'historien. Notre but fut tout autre.

Nous souvenant que nous n'étions qu'un narrateur, et qu'à ce titre nous devions échapper à toute influence étrangère, nous avons jalousement évité tout rapport avec les descendants de ceux qui, à un titre quelconque, avaient été mêlés au drame.

C'était, avons-nous pensé, le plus sûr moyen de garder notre complète indépendance de jugement. Notre prétention a été, non point d'imaginer une œuvre de polémique, mais seulement de faire revivre scrupuleusement les enquêtes, instructions et débats, tels qu'ils se sont comportés, de scruter la psychologie des accusés ou de leurs juges, d'évoquer l'époque durant laquelle le drame et les divers procès se sont déroulés, enfin de ressusciter toute l'affaire dans son ensemble, sous la forme la moins aride et la moins monotone possible.

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Et cependant il nous fallait conclure.

Par suite de deux faits importants, que nous a révélés l'étude approfondie des nombreux dossiers et des pièces les plus <iissiinulées, nous avons été amené à une opinion qui nous a paru aussi logique que juridique, conclusion basée, et sur le verdict du jury de l'an IX, tel qu'il établit la culpabilité toute spéciale de Dubosq, et sur la sincérité du testament Béroldy, éléments d'appréciation qui, bien que primordiaux, semblent cependant avoir échappé à tous ceux, njénie les plus attentifs, que cette affaire a intéressés à un titre quelconque '.

Si ces nouvelles considérations n'établissent point péremptoirement la culpabilité ou l'innocence de Lesurques, elles conduisent du moins à une solution moralement et juridiquement incbntestable.

Au surplus, les documents précis et très complets que nous avons loyalement exhumés , permettent à chacun d'être lui-même le juge, également impartial, des divers accusés.

Patis, 30 juillet 1^04.

I. CepcDdaDt Vixrkx. de U Cour de adinti, pour la premUre fois, le principe de li jugemeots Lesurques et Dubosq.

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