LE PROCÈS CBI1|[>'EL
papier, et seules les caisses de l'Ëtat les recevaieat encore. On arrivait aiosi à celte situation bizarre et anormale que les alTaires commerciales et induslriel'es ajant repris uaecertaine activité, grâce à la réouverture de quelques communications avec le continent par l'effet de nos victoires, la crise Tmancière privée avait cessé un instant, tandis que, pour l'Ëtat, elle persistait encore et plus aiguë que jamais.
Cependant les abords du Palais de Justice étaient gardés ce jour-là par une force de police plus importante que d'ordinaire. Force de police est plutôt ici une hyperbole, car celle-ci n'existait plus guère. La gendarmerie urbaine et rurale était complètement d^ sorganisée et n'était ni vêtue ni équipée. Il était difficile d'obtenir d'elle un service régulier. Quant à tft police proprement dite, elle avait été licenciée par le ministre Cochon, plus tard comte Cochon de Lappatent, préfet et sénateur de l'Empire, qui venait de remplacer Merlin de Douai ; et ses agents secrets, ses u mouchards », comme on les appelait déjà, veillaient presque seuls k la sécurité de Paris, avec quelques gendarmes.
a) Première audience (15 thermidor an IV) '.
Lorsque, ce i5 thermidor, à dix heures du malin, les douze jurés ' vinrent s'asseoir à leur banc peu avant
I. N.B.— Les dépositions des Icmoiiis rpsultent sentes et teiluelleiDent du dossier d'instrncCion ; maïs les débats deva
iuridictian criminelle étant, de par 1.^ loi, purement oraux, et l«« jouniNHde celte époque ne contenant point de comptes rendui judiciaires, Im incidents d'audience n'ont pu être par nous recon- ■lilués que d'après des piùces et documents trÈs divers dont nous mai indiqué auLtnt que possible la source.
Toute celle partie n'est donc qu'une évocation plinùl qu'ua* reproduction des débats.
t. C'étaient les citoyens Robilliard, Saulnier, Scribe, Moniulliff, Porcher, Joly, Lapaime, Chogol, Sareau, Perreau, Lescaud
i'entn'e du Tribunal, la salle n'était guère envahie que par la foule des témoins à charge et à décharge, derrière lesquels le public habituel des affaires criminelles se tenait debout, séparé par une balustrade de bois.
La chaleur était, cette année-là, particulièrement intolérable et le Paris élégant avait déjà, à cette époque, déserté en grande partie la ville pour les campagnes environnantes ou même la banlieue à la mode : Neuîlli, avec son château et son parc admirables; Longchamp, où la « jeunesse dorée n prenait ses ébats ; Boulogne, l'ancien Meous-lès-Saint-Cloud ; Auteuil, surtout, dont les eaux minérales ferrugineuses étaient encore fort
La salle où se tenait alors au Palais de Justice le Tribunal criminel était située au' premier étage entre la cour Saint-Martin et les cours dites aujourd'hui « cour des Femmes» et « cour des Cochera ». Celait une pièce rectangulaire, assez sombre, très sobre de décoration, et qui occupait l'emplacement des 3' et 4' Chambres de la Cour actuelle, juste au-dessus de la 7* Chambre de la Cour. L'escalier qui y donnait accès prenait dans un coin de la. cour Saint-Martin.
Un huissier-audiencier, vêtu de noir, portant au cou une cliaine dorée qui descendait sur la poitrine, et à la boutonnière une médaille suspendue par un ruban aux trois couleurs, avec ces mots : « Action de la Loi h, fit retomber lourdement sur les dalles sa canne noire à pomme d'ivoire et annonça d*une voix solennelle : Le Tribunal criminel, citoyens !
Le Président, le citoyen Gohier, ainsi que les juges assesseurs, les citoyens Roydot, Doillat, DameuVe et Godefroy portaient le costume édicté l'année précédeKje :