‹ L'Affaire Dussault [microforme]Chapitre 9 sur 9 · PETER · texte numérisé non relu

PETER

mettez-moi, à ce sujet, une petite digression, Il y a trois ans, lorsque le Nationaliste à commencé contre moi cette campagne que l’on sait, j'ai pris une action et le journal a été condamné au plein montant, $400.00. La presse hostile et mes adversaires se sont-ils inelinés devant la décision du tribunal? Non, on s'est moqué du juge et l'on à dit que j'évaluais ma réputation à $400.00. Comme si, dans ds causes de cette nature, l’on poursuit pour avoir des gros sous, et non uniquement, pour la revendication de son honneur. Le plai- “yer du Nationaliste était diffamatoire s’il avait plaidé la vérité des faits. J'ai pris une nouvelle action. Le journal a été de nouveau condamné, mais par un tour de passe-passe, il a fait banqueroute et il a continué, sans interruption, sa publication et sa diffamation sous un autre contrôle nominal, Il y a autre chose.

Le 19 octobre 1908, à St-Gervais, dans le comté de Bellechasse, en présence d'au moins trois mille personnes, le candidat conservateur pour la Chambre des Communes, un nommé Vézina, m’accusa de parjure, d'avoir ‘‘dans la boîte aux témoins, foulé aux pieds ce qu'il y avait de plus sacré." Mis en demeure de retirer cette parole, il la réitéra en me défiant de le poursuivre, ‘‘Vézina, me suis-je contenté de répondre, vous êtes un misérable et cette parole vous conduira en prison.” L'action fut prise le 30 octobre et, le 3 février 1909, j'obtenais jugement pour le plein montant. Vézina n'a pas acquitté la condamnation pécuniaire et, le 17 juin, mes procureurs faisaient motion pour la contrainte par corps. Vézina a multiplié les procédures et a même présenté une requête civile pour faire annuler le jugement. Toutes ses procédures ont été rejetées et, le 8 octobre 1909—une année après l’offense commise—j’obtenais un jugemnet ordonnant la contrainte par corps et, le 3 novembre, Vézina était enfin emprisonné, Remarquons, en passant, qu'il n’a pas songé un instant à se rétracter, où même à m'exprimer ses regrets de ce malheureux incident. Or, qu’est-il arrivé? Des journaux m'ont pris

à partie. Stais un sans-coeur, un être impitoyabie et tout ce qu’il est possi ’imaginer, parce que je me prévalais de la Joi de mon

pays, et qu. je faisais exécuter la sentence des tribunaux. Ceci, je l'avoue, ne m'a guère surpris. Mais on l’a dit : le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable. Me croirait-on, si j'affirme que des citoyens éminents, des hommes occupant de hautes situations, m'ont adressé des reproches amers? D’autres se Sont enquis auprès de mes amis si j'avais perdu la tête. Les commentaires seraient superflus. Je m'en voudrais de déflorer, par un mot, tout ce que cette mentalité de notre population, celle des villes au moins, peut présenter de charmes à un homme que l’on a traîné dans la boue. Que l’on ne se méprenne pas sur le sens de mes paroles. Je ne reproche pas à mes amis les avis qu’ils m'ont donnés, Je les remercie, au contraire, de

m'avoir fait connaître le sentiment de mes concitoyens et de m’avoir donné cette leçon de philosophie, Eh bien! honorables messieurs, je n’ai pas voulu être dupe de nouveau. Je laisse de côté les ennuis de l’audience, les déboursés et les frais qui sont assez élevés, Ce sont là des considérations secondaires, Mais puisque notre province est devenue la terre promise des diffamateurs, j'aurais eu mauvaise grâce, après tout «« que je ne dois pas au député de Montmagny, à lui élever un piédestal et à le grandir au rôle de martyr. J’ai préféré er. durer mon mal en silence et attendre mon heure. ('ette heure, cette minute, si ardemment désirée, a sonné. Je ne demande ni pitié ni faveur: ni la pitié de mes adversaires, pas plus que la faveur de mes amis, mais je demande justice, justice entière, justice complète, la justice qu'a le droit d'exiger de ses pairs un citoyen odieusement outragé.

J'ai promis, au début de mes remarques, d'ignorer mes accusateurs, même celui qui a pris l'initiative de cette campagne. Je me rallie à l'opinion du philosophe : ‘L'homme n’a qu’une heure dans la suite des siècles. Je le plains s’iLla perd à se venger.” Ces hommes pour la plupart sont encore jeunes. J’ignore ce que l’avenir leur réserve, Ils auront peut-être un jour l'exercice du pouvoir et ils connaîtront alors l’amertume des déncnciations injustes, des insinua-

tions perfides et des sous-entendus assassins. J'ai trop de hauteur d’âme pour désirer jamais que ceux qui m'ont combattu de Ja façon que l’on sait traversent les jours sombres que j’ai connus. Mais, ai jamais ils en ont de semblables, laissez-moi former le voeu qui,comme moi, ils sortent de ces épreuves, le front haut, entourés de la sympathie et de la confiance de leurs collègues et de la grande majorité de leurs concitoyens.

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