Bibliog. Hivoire, n" 82;L
MÙ L AFFAIRE J.-.l. ROUSSEAU
Sa patrie est, dit-il, aveugle et trop ingiate De ne pas couronner ses écrits, ses travaux.
Et de condamner leurs défauts ; Mais de les approuver faut-il qu'on nous contraigne? Et des maux qu'il a faits faudra-t-il qu'on le plaigne?
Oui, c'est l'auteur do tous nos maux.
Nous le savons, son orgueil nous dédaigne;
Son seul désir est qu'on le craigne, Que de ses sentiments le public soit instruit,
Et que son nom fasse du bruit.
Sa haine seule détermine
Ou son estime ou son mépris;
Sans respecter la loi divine,
Son goût, ses leçons, sa doctrine
Peuvent gâter tous les esprits.
Il n'est plus pour lui de patrie, Dès qu'il s'est dégradé du rang de citoyen;
A la servir rien ne le lie; Et s'il était un jour maître de son destin Peut-être — j'en frémis — qu'au gré de son envie,
11 lui déchirerait le sein!
Tous ceux qui avaient été directement ou indirectement môles au conflit se trouvaient de ce chef exposés aux plus vives attaques. L'un des plus maltraités fut le pasteur de Géligny, Jacob Vernes. Après s'être vu accusé de la brochure lâche et délatrice de Voltaire, il s'entendit reprocher sa mansuétude dans la discussion qu'il soutint à ce sujet contre Rousseau. Le pauvre homme se trouvait pris entre cette charité, dont sa profession lui faisait un devoir, qui recommande le pardon des injures, et les conditions de la lutte humaine, qui obligent à les venger ; sans parvenir à pardonner tout à fait, il ne s'abandonnait pas non plus à son ressentiment, et mettait peu d'àpretédans ses plaintes. C'est dans cette posture ambiguë que le peint un