‹ L'affranchie: comédie en trois actesChapitre 15 sur 97 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

PlEPiIîL. ROùER. Aj»K'5 avoir écoulé quelques miinitef la >érénade.

PIKKIU:

Listel a l»eau blaguer, ça n'est vraimen ^ j>as mal.

C'est même très Lien. .

IMKIIRK

Votre amie à la fenùlre est d'un joli effet : elle a une robe de clair de lune. Ah ! elle est très allurale, très branchée, très racée... et puis Venise lui va très bien. M"^ de Moldère est de ces femmes pour lesquelles les villes de luxe et de volupté sont leurs vrais cadres. Regardez si elle n'a pas Fair d'une dogaresse !

ROGER

Votre amie aussi est charmante.

Acre ï, scesK m

[ Je vous remercie elle est geotille.,

B6stua& bonne petite filie. Mais vous, vou i Irf'S amoureux... case voit.

I C'est vrai?

' Plutôt... et vous avez raison. Venise, Spyez-vûus, est une ville de passion ; c'est pe ville pour les lunes de miel ou pour les pptures; mais il ne faut pas y apporter, ^mmc moi, un amour calme et m^nie fesigné.

UltliMH

Pourquoi y èles-vous venu ?

PrERItb', lii^lgiianL JulielU i U

[ C'est elle qui a voulu.

ROGLiri

Elle croyait sans doute que Venise con-

serve le» liaisons malades, comme SIbb^I'u conserve les poitrinaires.

Oui, mais quand la jjliltsio est Irop avancée, le midi les actit;ve... c'est ce tjui mVrive. Depuis que je suis ici, je suis comme un fou : ilaus ce Jôcor merveilleux, JiiQs cette atmosptii^ro d'amour, j'ai un maladif dé&ir d'inconnu, et je rHvù l'aventure avec toutes, avec la petite Vénitienne qui passe oiaquîUée sous son c\i&\e brun, avec l'Amûrtcaine rousse qui dine à côté de moi à l'Iiâtel...

je voudrais avoir un rendez-vous, même avec une femiiie qui ne viendrait pas, car c'est déjà une volupté d'allendri;. et j'ai besoin d'un ronnan même puéril, mais qui illuminerait mon séjour à Yeuise.

r.a n'est pas drôle.

J'ai eu la même sensation, cet IiÎTëlj

I de l'Opéra, Elle avait voulu y aller, cl je

rappelle, à un monicnt, nous éliotis

bis dans le foyer et collés coulre le mur,

; dans un domino noir, nous regardions

s quis'amusaicnletnousétioiis6inisLres.

P© jelait des iionfelli... pour avoir l'iiir

^hé 1 olié ! mois c'était doua Elvire, car elle

avait plutût l'air d'une qui aurait vu passer

soa amant avec toutes les autres ; cl en elTet,

c'ûtail bieo toutes les autres, les inconnues,

^^lil étaient ses rivales.

B Vous me dites ra... et votre amie est là, â deux pas, qui écoute des musiques dans t nuil, et en ce moment même, elle est

1 Irain de b

r un souvenir n

'Ubliai.1i

VeDise. Ah ! c'est ellrayanl, c'est Ira- [quL-, presque.

[ Oui, c'est épouvantable. Et avec ça elle lora les nacelles, les sérénades, elle est

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très pont des soupirs. Â chaque instant, il faut prendre une gondole... Je me venge en marchandant les gondoliers... je ne leur donne pas de pourboire... c'est idiot. Mais je ne peux plus, je ne peux plus : j'ai assez de la vie intérieure que je mène ici, et nous allons partir bientôt.

ROGER

Mais à Paris ce sera même chose.

PIERRE

Sans doute.

ROGER

Alors, ne vaut-il pas mieux, pour elle et pour vous, lui dire ce qui en est.

PIERRE

C'est bien difficile de dire ça à une femme.

ROGER

Alors ?

PIERRE

Oh! je sais bien, il n'y a pas de raison

(Our que (;a finisse. Et pais, il y a l'habifcdo... l'habiluile ou Irente-cinq ans de colhgc... c'est là que je m'achemiae tout Jou- Bent ; j'ai quelquefois des r^^volles, parce Bue je suis à un âge dangereux où, avant ne renoncer tout à fait àraniour, ou a besoin l'uno dernière ivresse.

BOGliR is êtes la fcmuie de trente ans.

Si vous voulez.

Enfin, vous traînerez une existence miscible et Juliette ne sera pas heureuse ; ne vaut-il pas mieux lui dire la vérité ?

Toutes les vérités ne sont pas bonnes à

Nous nous payons de faux proverbes;

At l'affhanchie

toutes les vérités sont bonnes à dire, au contraire, mais c'est nous qui ne sommes pas tous bons pour les entendre.

PIERRE

Il y a des choses qu'il est difficile de faire comprendre à une femme, surtout quand elle est pleine de tendresse et de dévouement et qu'elle vous donne à chaque instant les preuves du plus grand amour. Ainsi, encore toutdernièrement, c'est elle qui m'a envoyé une balle dont j'ai la cicatrice, là, au-dessus du sourcil.

Oh ! alors en effet c'est différent : vous ne pouvez pas être ingrat...mais je ne savais pas que...

PIERRE

Si... si... il y a de ça six mois à peu près, Juliette ne demeurait pas encore avec moi... depuis nous habitons ensemble.

1 1, sce:(E III

C'esl bien le muins.

pri^RBiî

Et un soir, j'avais donné rendez- vu us à

nïnuil ilans moQ atelier à une très Jolie

élite femme. Vers onze heures et demie,

S rentre chez moi, j'ouvre la porte et, dans

Kombre, je sens une main glacée ijui nie

Jrenil... Ifi. C'était Juliette... elle avait eu

1 pressenlimeni ou elle avait reçu une de

;08 lettres tjue des personnes généreuses

ïiettcnt à la poste en oubliant de les

figner... enfin elle était là.

Je n'aurais pas voulu Cire à voire place.

l'inttBic ■

I Moi non plus. Figurez-vous qu'avant de fentrer. j'avais aclielé une bouteille de pampagne, et je n'avais qu'une idée, pétait de me débarrasser de celte bouloillc

:t6 l'affranchie

avec laquelle je me sentais ridicule... Vous connaissez mon atelier, vous savez qu'il y a une petite antichambre avec un coffre à bois près de la porte d'entrée. Je soulève le couvercle, je fourre la bouteille dans le coffre à bois et je referme la porte et le couvercle en même temps, de façon à ce ({uc les deux bruits coïncident.

ROGER

("était Je la présence d'esprit.

PIERRE

Attendez ! J'allume une lampe. Juliette et moi nous causons, et tout en affectant la plus grande tranquillité, je pensais à l'autre. Je me disais : « Si elle pouvait ne pas venir ! » Mais elles viennent toujours dans ces cas-là. En effet, on frappe, et je vais ouvrir; comprenez-vous ça? Je vais ouvrir!

ROGER

Vous aviez dépensé toute votre présence

Bsprit pour la bouteille ilo cliatii|iagne, il I TOUS en restait plus.

PIERRi; i doit être i;a. EnHn, je fais entrer collo l'teinmc dans l'alelier, Je la fais asseoir... elle me dit: ir Je ne voua déraiige pas? »

Je lui réponds : ic Mais pas du tout, au contraire. » A ce moment Juliette, sort do sa pocho un revolver et elle tire.

BOCiKll Sur vous ?

PIKRIIK

|Non, pas sur moi, c'eût été logiijue, mais r la femme qui n'en pouvait mais. 8eument je ma jette entre les deux et je BOis une balle... là. Je tombe, Juliette nit qu'elle m'a tué... elle se précipite en jeurant sur mon corps, tandis que l'autre uvaitplus morte que vive.

ROGi:il

jEUe aurait pu vous tuer, c'est un drame ii-itable.

:i8 i/affhanchie

PIKRRK

Je vous crois ; mais vous comprenez que lorsqu'une femme a fait ça pour vous...

RO(iER

Elle pourrait recommencer.

pii:rrk

Non, ce n'est pas ra, et si je vous ai détaillé celte scène grotesque, ce n'est pas pour le plaisir de vous raconter un fait divers ; mais c'est pour vous montrer quelle femme est Juliette. Le jour où je lui dirai que je ne l'aime plus, elle est capable de faire quelque sottise, de s'empoisonner, comme elle me l'a fait pressentir plus d'une fois.

ROGER

Oh ! oui, c'est très grave. Alors 5 vous allez vous condamner toute votre vie à mentir et à la trahir.

PIERRE

Que voulez-vous ?

' Moi, je ne pourrais pas.

(Jomnient faire t

■' on

Ah ! voyez-vous, il fauJrail: proclamer le

t (le ne plus aimer, il faudrait liabiluei-

gens âriiliie quo c'est une chose simple,

naturelle, fatale môme, et que les amours

élernelleB sont d'admirables exceptions,

mais des exceptions. Car endn, quand on

y réflècliit, c'est monstrueux! En aucun cas,

on ne peut s'engager pour la vie. li^a reli-

ion il n'y a pas de vœux éternels ; deux

isociés peuvent se séparer, deux époux

peuvent divorcer, un officier peut donner

sa démission ; mais notre code sentimental

l'admetpas que dcuxamants se quittent, et

iQ demande à l'amour libre, quelle iro-

! plus qu'on ne demande aux affaires,

mariage, au patriolisiTit; et à la religion

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