DATE ET CAUSE DES ÉTIAGES
Les étiages de l’Afrine offrent un contraste frappant avec la violence de ses crues. Ils se produisent généralement en septembre, à la fin d’une longue période de sécheresse, marquée par une absence complète de chutes d’eau ; parfois ils persistent jusqu’en novembre ou décembre, si les pluies de l'hiver sont tardives ou si les premières pluies tombées, faibles ou de courte durée, n’ont pu profiter utilement au ruissellement ou à linfiltration:; la
Rx à A 4 423 53 chétivité des débits peut alors atteindre 5883333353 200 ou 300 1/s. Cette décroissance est
due naturellement à un déficit de FiG. 57. — Débits d'étiage de l'Afrine. l'alimentation, à un épuisement des
réserves souterraines. En effet, ce sont les capacités de rétention du bassin, enrichies par les eaux infiitrées à la saison pluviale, qui soutiennent les débits dela rivière, après la période de ruissellement ; mais un drainage continu les épuise, et si elles ne reçoivent longtemps encore d’une infiltration nouvelle qu'un renfort nul ou insignifiant, leur débit est réduit à une infime médiocrité.
PROFONDEUR DES ÉTIAGES.
Le tableau XXVI relate les débits d’étiage de l’Afrine, durant ces dernières années ; pour en apprécier la gravité et les rendre comparables à ceux d’autres cours d’eau, nous les avons traduits en litres/seconde par km? ; leur valeur moyenne est de 0,55 m/s. à Midanki et 1,11 m°/s. à Bassout, ce qui correspond à 0,41 et 0,51 1/sec. par km?.
La variation de ces débits, pendant les différentes années, suit, en les prolongeant, celles de la pluviosité annuelle : en effet, aux années de faibles
précipitations (1931-32), correspondent des étiages bas, et leur décroissance se poursuit pendant l’année suivante, en raison de l’épuisement des réserves souterraines : les années pluvieuses (1934-35), en revanche, présentent des étiages élevés, et l'enrichissement de la nappe qui en résulte permet de mieux entretenir les débits de l’année qui suit. Ce fait s'explique par le jeu des capacités de rétention et le report à nouveau, dans chaque année, du compte des réserves de l’année antérieure.
La comparaison des étiages minima de l’Afrine avec ceux des autres cours d’eau syriens, met en relief la pénurie de ses eaux : ses débits peuvent descendre à 0,10 1/sec. par km?, et ceux du Kara Sou à 0,14 1/sec. par km? ; cette médiocrité est d’ailleurs une des caractéristiques du régime pluvial méditerranéen, lorsque les débits ne bénéficient de l'influence d’aucun bassin régulateur.
Dans le bassin de l’Oronte, la présence des retenues naturelles du Ghab et de l'Amouk, en élève les débits d’étiage minima à 1,14 1/s. par km?.
Dans un régime nival, les débits d’étiage seraient encore beaucoup mieux entretenus !, car l’alimentation des nappes souterraines est mieux assurée par la fonte des neiges que par la pluie ; et de plus, la rétention nivale au sommet des montagnes constitue des réserves qui suppléent au déficit des années à faible précipitation, et ne sont influencées que par les composantes de longue période.
C’est ainsi que les grands fleuves complexes, tels que l'Euphrate dont l'alimentation appartient à un régime nivo-pluvial, échappent, pour cette cause, et par suite des compensations entre les régimes élémentaires, à de graves étiages ?.
ÉvorLuriox DES ÉTIAGES. COURBES DE DÉCRUE.
L'évolution des étiages ne ressemble en rien à celle des crues ; ils s’établissent en général par un abaissement graduel du plan d’eau dont les variations finissent par se réduire à moins d’un centimètre par jour ; l’allure de la baisse est d'autant plus lente que le bassin doit à ses formations géologiques des réserves plus abondantes.
Cette décroissance progressive des débits obéit à une loi qui permet de caractériser le régime de leur alimentation souterraine.
En effet, lorsqu'un cours d’eau n’est plus alimenté par les apports superficiels (régime non influencé), un lien analytique existe entre son débit Q,
1. Dans les Alpes et les Pyrénées, aux versants plus perméables, mieux arrosés et souvent enneigés, les étiages minima se maintiennent entre 4 et 10 1/s. par km?.
2. Rappelons cependant que l'analyse des débits de l'Euphrate à Deiz-ez-Zor nous a conduit à prévoir la possibilité d'un débit limite d’étiage de 90 m/s, ce qui correspondrait à 0,66 l/sec. par km?. C. R, Ac. Sc., 1939, t. 208, p. 756.
Tagzeau XX VI.
Débits d'étiage de l'Afrine.
MIDANKI BASSOUT
{PLUIE D'AZAZ m /m
ABSOLU RELATIF ABSOLU RELATIF m/s 1/s/km? m/s 1/s/km?
Moyenne : | 0.554 0,41 1,110 5 190,8
{ L'Arire à Mark:
Courbe de Decrue et Graphique des Capacrles hberees
Tagceau XXVII.
Etiages minima de certains cours d’eau syriens.
DÉSIGNATION | ABSOLU RELATIF L | m/s 1/s/km? NL
RARES à Midadkine tue 0,30 0,22 Novembre 1930 y Basequt. ns me 0N2270 | 0,10 Août 1933 Maure SOUL, SR ITRI, 0,31 0,14 Août 1933
Le Kouek à Muslimié ........ 0,90 0,00 Juillet-octobre 1 Le Sadjour à Dédet......... 0,05 0,02 Août 1932 L'Oronte à Antioche ........ 26,30 1,14 | Juillet 1934
Le Khabour à Souar . : ...... 33,70 1517 Août 1932 L'Euphrate à Deiz-ez-Zor. . . .. 150,00 ut L0 Septembre 1934 1. Eaux retenues pour les irrigations, de l’amont.
alimenté par le sous-sol, le volume V des eaux souterraines et la perméabilité des couches qui les contiennent (Maillet) : la rivière s’écoule à la manière de l’eau d’un réservoir qui cesse d’être alimenté, en sorte que le débit Q est une fonction continue du volume utile V dans le réservoir.
»s L'Arire à Bassout
Courbe de Decrue et Graphique des Capacites bbérees
On peut écrire
dV = — Q dt, avec V = f(Q)
ce qui conduit à la relation :
: P(Q) t— to = 9 (Qo) — » (Q), en supposant &° (Q) — 0
La comparaison des courbes de débit de l’Afrine de 1930 à 1938 permet aisément de tracer la courbe de décrue de cette rivière, pendant la période de régime propre non influencé. Ce tracé s’obtient en éliminant eraphiquement les ondes successives, dues aux averses locales, qui viennent se greffer sur la courbe principale. Son équation répond à l’une des formes suivantes :
Q = A eat | B ou Q = (1 + 6t)?
Q, désignant le débit instantané en m/s ; t — le temps exprimé en jours ; e, la base des log. naturels ;
A et 7, B et 5, des paramètres variables.
La courbe répond à la forme exponentielle, lorsque son anamorphose logarithmique, obtenue en portant en abscisses, les temps t, et en ordonnées, les logarithmes de Q, fournit une ligne droite ou une succession de droites, représentées par l’équation
log Q = log A—z2t.
Tel paraît être le cas des courbes de décrue de l’Afrine à Midanki et à Bassout ; nous les avons reproduites sur les figures 58 et 59, pour une durée de la décrue de 180 jours : leurs transformées sont constituées de tronçons de droites, dont les paramètres A et 3 sont relatés par le tableau XX VITE
Le paramètre 4 a reçu le nom de coefficient de tarissement de la rivière ; il est d'autant plus petit, que le débit est plus constant.
Les fortes valeurs de ce coeflicient durant les premières phases de la décrue peuvent être expliquées par la nature particulière des roches du bassin de l'Afrine. Leur grande majorité est en effet formée de calcaires fissurés, où l’eau infiltrée remplit d’une part les fissures, et d'autre part, imbibe la roche elle-même.
A la baisse des eaux, la déerue présente trois phases successives : La première est une phase de circulation ; les fissures, gorgées d’eau (sous pression), sont le siège d’une circulation active ; l’eau en charge reflue à travers la masse de la roche noyée qu’elle continue à imbiber jusqu’à saturation. La deuxième est une phase de circulation et d’égouttement, dans
laquelle les fissures se lihèrent, pendant que les roches s’égouttent dans le réseau des fissures en voie d'évacuation ; la décrue est alors alimentée par la vidange des fissures qui va en diminuant et par l’égouttement des roches. A un certain moment, le débit de l’égouttement prédomine, c’est la troisième phase, caractérisée par une décrue lente et progressive.
Tagreau X XVIII.
Décrues de lAfrine.
. ee — INTERVALLE JOUR DURÉE DÉBIT A 4 CAPACITÉ | Décrue de Midanki.
0 = 30 m3/< | ! = & i. — 30,000 | 0,3275 | 5,091 X 105mÿ n — 10,7 Il = 6 j. — 15,743 |" 0,0964 4,919 X 106m$ | 40 ee 6,90 | III | — 27 a — 8,213: |1"0,09314%1/7:979 X 10m 31 — 3,10 | IV | — 2923: — 6,285 0,0228 | 5,700 X 106m3 60 — | 41,60 | V — |. 60 j. — 4,055 | 0,0155 | 4,459 X 106m3 | 120 — 9,80 | | VI | SE NC — 2,055 | 0,0078 | 3,310 X 108m3| 180 0,50 | | | | Total... | 30,750 X 106m% Décrue de Bassout. | | 0 = 30,00 | | l 5): — | 30,000 |10,12324 | 9,675 x 106m3!
5 — 16,20 :: | | II —— 15 j | 26,174 | 0,07576 | 9,904 X 106mÿ | 20 — SD | III = 36 J. — | 10,373 | 0,03453 | 9,260 X 106m| 56 — 1:50, 0, : | IV — 124 j - | 1,890 0,00412 112,583 X 106m5| 180 À: 0,90 | | Total....|41,422 X 108m3| |
Ces diverses phases, qui se succèdent dans le temps, peuvent se produire simltanément, aux diverses profondeurs. Les puits à ciel ouvert, creusés dans les calcaires fissurés du Kurd Dagh, nous ont, en effet, souvent permis d'observer qu'au voisinage du niveau aquifère, le forage traverse une zone de caleaires humides (légers suintements), à laquelle succède une zone où les fissures, pleines d’eau, fournissent cependant un faible débit (effet d’une
charge réduite), Landis que les fissures plus profondes, remplies d’une eau en charge, fournissent un débit plus abondant. L)
Les deux dernières phases de la déerue ont d’ailleurs été reconnues dans celle de l'Oronte à Djisr-el-Hadid !86/;les coefficients de tarissement obtenus varient entre 0,00952 et 0,009711.
La décrue de l'Afrine même dans sa phase la plus lente, (x — 0,00412), reste plus rapide que celle de lOronte à Djisr-el-Hadid ; cette différence
# L'Arire > Mark
Graphique darronce des Bes Debts
Debt Due apres U jours
F1G. 60. — Graphique d'annonce des bas débits de l’Afrine à Midanki.
semble due d’une part à la constitution lithologique du bassin de lOronte, plus perméable et recouvert d’un sol plus protond que celui de l’Afrine, et d'autre part, à l'influence du lac de Homs et des marais du Ghab et de FAmouk, qui en régularisent les débits.
L'intérêt qui s'attache à la connaissance des courbes de décrue réside en L PE Re ” 2 RQ LI ce qu'elles permettent la prévision des débits d étiage et l'étude du brlan annuel des réserves souterraines ; cette prévision offre d’ailleurs une utilité réelle, par suite de la présence d’une saison sèche prolongée.