INFLUENCE DES FORMATIONS GÉOLOGIQUES
La diversité des formations géologiques, observées dans le bassin de l'Afrine, engendre des modalités de rétention et d’émergence de l’eau, particulières à chaque région.
Là où les basaltes ou les roches vertes (gabbros et serpentines) affleurent à nu, avec des fissures colmatées, l’eau des pluies ruisselle à leur surface avec une vitesse accentuée par leur déclivité.
Sur les flanes du Bulbul Dagh, ces roches sont recouvertes de végétation, et de produits de décomposition, dus à l’altération de leur surface par les
agents atmosphériques (alternatives de chaleur et de froid, de gel et de dégel, choc des gouttes et des grèlons, pénétration des racines, ete...); la couche meuble ainsi formée présente, contre les averses, un pouvoir absorbant qui amortit le ruissellement et favorise l’infiltration des eaux, à travers les faibles fissures. Cette eau pénètre et percole jusqu à la rencontre d’un niveau imperméable où elle est retenue. Ainsi le puits qui alimente la ville d’Azaz plonge dans la couche de décomposition superficielle d’une coulée basaltique qui se raccorde aux formations de Küllis ; les multiples filets d’eau que l’on rencontre au pied du Bulbul Dagh sont alimentés par les suintements qui imprègnent les zones d’éboulis. Toutefois, l’eau retenue par ces couches superficielles est, en général, de faible importance et tarit rapidement ; de plus, sous l'effet de pluies persistantes, ces couches altérées se saturent vite et finissent par se comporter comme des surfaces imperméables.
Plus active sur la rétention des eaux pluviales, paraît être l'influence du massif du Hawar Dagh ; formé d’un calcaire tendre, crayeux, et couvert de végétation, ses pentes adoucies favorisent davantage l’infiltration.
En effet, la craie, dans son état primitif, compacte et peu perméable, n’est pas le siège de nappes aquifères d’imprégnation générale ; mais exposée à l'air et à l’humidité, elle s’altère en surface et s’émiette par dissociation, et peut alors présenter, à faible profondeur, quelques nappes de retenue. De plus, elle peut offrir parfois d'importantes réserves d’eau en circulation, localisées dans ses fissures, diaclases ou joints de stratification.
Ce mode de cheminement de l’eau dans la craie a été illustré par M. Lutaud, dans son Introduction géologique à l’étude de la nappe des puits du Département d’Eure-et-Loir [54]; les nombreux forages, exécutés dans le Kurd Dagh, pour le ravitaillement en eau des communes, confirment ces résultats ; aménagement de la source de Katma, que nous relaterons plus bas, en fournit aussi un exemple frappant.
Enfin, sur les surfaces dénudées du Djebel Semâne, formé d’un puissant massif de calcaire éocène qui recouvre un noyau crayeux (sénonien), l’érosion à mis à nu tout un réseau de fissures et de cannelures, caractéristiques des formations karstiques. L'eau s’infiltre en grand dans ces fissures, jusqu’à la rencontre du soubassement craveux, compact et imperméable ; et, à la faveur d’une diaclase ou d’un changement de pente qui amène l’aflleurement de la craie, l’eau réapparaît à l'air libre, en gros bouillons, à travers les fentes de la roche; tel paraît être le mécanisme des sources de Bassout (125 1/s), d’Aîn Dâr (80 1/s) et de Bordj Abdalo (25 /s), qui résurgent au pied du massif de Dj. Seman, sur la rive gauche de l’Afrine.
L'importance et le régime de ces sources varie avec l'étendue des surfaces exposées, l’origine, la disposition et l’enchevêtrement du réseau de leurs fissures. L'horizontalité des couches inférieures, l'existence de dépressions
spacieuses où l’eau s’accumule, l’étroitesse des fissures servant d’exutoire, peuvent aboutir à la formation de véritables réserves qui entretiennent un écoulement prolongé (Katma). Tandis que la pente et la largeur des conduits souterrains rendent la circulation des eaux imfiltrées si prompte, que lors des grandes pluies, elles participent aux maxima des crues, et lors des sécheresses, elles renforcent faiblement les étiages, faute de réserves. C’est le cas de la source de Karajouroune, qui résurge à 5 km. à l'Est de la vallée de l’Afrine, en aval de Midanki, dont le débit atteint 500 à 600 1/s après les fortes pluies, et tombe à 10 1/s à la fin de l'été.
Il importe d’ailleurs de souligner le fait que dans les zones fissurées, la notion de bassin versant est faussée par le phénomène karstique. En effet, si l’on peut délimiter les surfaces réceptrices, pour le ruissellement, d’après la ligne apparente de partage des eaux en surface!, pour les eaux qui s’infiltrent, la frontière réelle de l'écoulement peut se trouver bien au delà, ou bien en deçà d’une crête ; et toute évaluation des débits probables, d’après les chutes d’eau et l'étendue topographique du bassin, devient sujette à des erreurs. C’est pourquoi, l’étude des résurgences de cette nature devrait ètre entreprise par des mesures directes, pour apprécier l'importance de leur contribution au débit de l’Afrine, ou déterminer leur régime.
Des jaugeages de débit, des mesures intermittentes de salinité et de température ayant été effectuées aux sources de Katma et de Bassout, nous essayerons d’enunterpréter brièvement les résultats, en attendant qu’une étude plus complète nous permette d’analyser l’hydrologie souterraine du bassin de lAfrine.
Érupe pes sources pe Karma Er pe Bassour.
Source de Katma.
La source de Katma émerge au pied des hauteurs qui dominent le plateau d’Azaz, au col de passage entre les bassins du Kouek et de l’Afrine. Elle jaillit à travers les fissures d’un calcaire compact miocène qui recouvre un noyau crayeux sénonien. L'ensemble de ces fissures constitue un réseau complexe de drains où cheminent les eaux infiltrées, en sorte qu’une partie de l’eau tombée sur le bassin topographique du Kouek est drainée vers celui de l’Afrine.
Jusqu'en 1933, cette source fournissait un débit moyen de 40 1/s ; et son captage était réalisé par une galerie souterraine de 15 m. de longueur, qui aboutissait à un bassin de mise en charge, où l’eau recueillie servait à actionner ün bélier hydraulique, et le trop-plein s’écoulait dans un canal
1. Nous avons déjà signalé (supra, p. 135) que le bassin d'alimentation (par ruissellement) d'une rivière peut avoir lui-même une limite variable, suivant l'importance de la pluie,
d'irrigation. A la suppression de ce bélier en 1934, il est apparu que l’eau résurgeait par trop-plein, à travers les fissures naturelles de la roche, et que les irrégularités de la galerie (éboulements des parois, seuils du profil) provoquaient une surpression de plus de 1 m. 50 au-dessus des griffons. Un premier décapage avant permis d'améliorer le débit, un captage plus complet fut entrepris : la galerie drainante a été rectifiée et approfondie
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