Joh., I
Nommé duc de Mésopotamie, il avait pendant cinq années pris part, sous les ordres de Bélisaire, aux événements de la seconde guerre perse *; en 541, il avait assisté, — avec un rôle moins glorieux peut-être que ne le raconte son panégyriste Corippus, — à la bataille de Nisibis; puis il avait eu la bonne fortune, par un heureux coup d'audace, de sauver Théodosiopolis vivement pressée parles armées de Chosroès, et sous les murs de Dara, il avait réussi à battre et à faire prisonnier l'un des meilleurs lieutenants du roi, Mermeroès '. La trêve conclue en 546 entre l'empire et la monarchie des Sassanides avait permis à Justinien d'employer en Occident les services du victorieux général ; bientôt les événements allaient justifier la confiance du prince, et montrer combien était heureux pour l'Afrique le choix qu'il avait fait.
Il ne faut point en effet juger uniquement le nouveau gouverneur d'après le portrait un peu pâle qu'en a tracé Corippus. En dépit des flatteuses intentions du poète, son personnage est un peu trop dessiné selon le type ordinaire des héros d'épopée : trop souvent il n'est qu'un décalque, et combien affaibli, du pieux Énée ^, et comme son modèle, il apparaît trop constamment sous la figure d*un infatigable et fatigant discoureur, sentencieux % vertueux et grave, et parfaitement ennuyeux. Ileureusement l'histoire même des campagnes qu'il a conduites donne du général byzantin, une plus favorable idée. Plus d'i^ne fois, Tancien lieutenant de Bélisaire se montra digne du chef dont il avait reçu les leçons. Rompu de longue date à la tactique des indigènes, il sut déjouer tous leurs pièges, éventer toutes leurs ruses; et son énergique audace triompha avec un égal succès des obstacles de la nature et de la résistance des hommes. Dans l'hiver de 546-547, malgré les difficultés d'une saison froide et pluvieuse, il poursuivit la campagne avec une rare ténacité; à deux reprises, en plein