Le patrice Jean rentre dans Carthage
698. — Hassan réoccupe Carthage dont les Byzantins sortent pour toujours.
APPENDICE II
Désastres qui ont entravé le développement de la race africaine et de l’Église d’Afrique.
Nous avons réuni dans cet appendice les faits qui déchargent, selon nous, la race africaine et l’Église d’Afrique de la responsabilité du désastre final dans lequel l’une et l'autre ont été comme englouties. Éparpillés au cours de notre travail, ces faits n’eussent pas présenté une démonstration aussi évidente; le lecteur aurait peut-être hésité à les recueillir; plusieurs d’entre eux ne l’eussent pas frappé. On verra, par l’énumération qui va suivre, quelles conditions ont été faites à l’Afrique chrétienne ; la conclusion qui en ressortira ne différera guère, croyons-nous, de celle que nous avons formulée.
Nous prenons l’Église d’Afrique sous l’épiscopat de saint Cyprien, c’est-à-dire à l’heure où elle est devenue un organisme viable et où elle représente en Afrique une force sociale. A ce moment, elle doit être tenue pour responsable en partie de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas. L’Église de Carthage, en particulier, exerce son action par ses conciles, son évêque et les ressources dont celui-ci dispose.
A peine rentré de l’exil, l’évêque de Carthage avait fait appel à la générosité de ses fidèles en faveur des victi-
APPENDICES
mes du soulèvement des tribus numides de 253 L Beaucoup de frères avaient été emmenés prisonniers et nous trouvons à cette occasion une des premières applications de la charité chrétienne s’exerçant au rachat des captifs; on recueillit cent mille sesterces2, environ 25.000 francs de notre monnaie. Les conditions précaires de sécurité des Eglises de l’intérieur ont été trop peu remarquées. Nous avons vu que les fidèles avaient essaimé au delà des frontières de l’Empire dès le début du ni0 siècle, il est donc tout à fait probable que les établissements fondés chez les Gétules et parmi les autres peuplades se rattachaient à d’autres missions échelonnées depuis Carthage et les principaux centres chrétiens dans la direction qu’avaient
1. L’insurrection de 253 nous est connue par d’autres documents que la lettre de saint Cyprien. En 253, le bulletin de victoire rédigé par le procurateur de Maurétanie, M. Aurelius Vitalis, nous le montre uni à un décurion de Valu Thracorum pour rendre grâces aux dieux immortels : ob barbaros cesos ac fusos. Ephem. Epigr., t. V, 953; R. Cagnat, L’armée romaine d'Afrique , p. 53. L’inscription a été trouvée à Aïn-bou- Did, elle est datée des ides d’août. 11 est possible que la bienfaisance de l'Église de Carthage ne se soit pas bornée à la Numidie, car nous voy ons que la Maurétanie avait eu sa part de misères dans l'insurrection de 253. On lit sur la tombe d’un citoyen d'Auzia, C. I. L., n. 9055, commandant un corps auxiliaire de cavalerie maure le titre de defensor prov(inciae) suae. Le monument a été dédié le 10 février 255 à cause d'un retard involontaire du premier dédicant : P. Aclius Primus dec(urio) col- (oniae) Auz[iensis) prias morte praevenlus quam ded{icaret) pat(ri) piissimo : Acl{ia) Audi f(ecit) l\ilia ) p(atri ) d(e)d(i)cavitque) XIII kal. Mar(lias) ( anno ) pr{ovinciae) CCXVI. Les faits sont donc au plus tard de 255. 11 est possible qu’il y ait eu envoi de fonds de Carthage en Maurétanie et lettre de saint Cyprien aux évêques de cette province Cependant la correspondance ne contient aucune allusion à cette lettre, cf. A. Harnack, Ueber verlorene Briefc und Actenslücke die sieli aus der Cyprianischen Brief sammlung ermilleln lasscn, in-8°, Leipzig, 1902 ; mais on s’est demandé si la raison n’en serait pas que le soulèvement aurait duré cinq ans en Maurétanie? 11 se serait terminé par l’expédition de 259 et la chute de Faraxen. Cf. Masqueray, dans le Bull, de coim. afric., t. I, p. 255 sq. C. Juli.ian, Bull, des antiq. afric., 1885, p. 275, croient à ce soulèvement de 253 à 259 ; R. Cagnat, op. cit., p. 55, estime que rien ne le prouve mais qu'en réalité, en Maurétanie, la révolte * était toujours latente et se manifestait, de temps à autre, suivant les circonstances, par des éclats soudains ». Ceci importe beaucoup à l’histoire des Eglises de cette province.